DÉPLACEMENTS ET HERNIES DE L’OVAIRE
Enveloppé dans le ligament large, l’ovaire participe nécessairement aux déplacements de ce ligament. Lâchement uni à la corne de l’utérus par le ligament suspenseur, il suit également les déviations utérines.
(1) Les Ovaires et leurs Anomalies. Paris, 1873.
L’ovarite et la grossesse ovarienne, qui agissent en augmentant le poids de l’organe, les rétractions des trompes, les adhérences, la hernie des viscères abdominaux, sont également des causes qui peuvent produire un déplacement plus ou moins étendu de l’ovaire.
Sous le nom de prolapsus de l'ovaire, Rigby et Mundé ont décrit un abaissement qui se produit sans déplacement des organes du voisinage et par le simple relâchement des moyens de suspension de l’ovaire.
11 n’est pas extrêmement rare de trouver un ovaire hypertrophié dans le cul-de-sac de Douglas. Dans des cas plus rares, on le trouve dans le canal inguinal, le sac dartoïque ou les grandes lèvres ; Kiwisch a rapporté un cas dans lequel un ovaire avait pénétré dans le foramen ovale. D’après Deneux (1), les ovaires peuvent pénétrer dans les ouvertures fémorale et ischiatique, et faire partie d'une hernie ventrale. ; C’est à ces cas, dans lesquels l’ovaire est sorti hors de la cavité abdominale, qu’on a réservé plus particulièrement le nom de hernie de l'ovaire.
Les déplacements des ovaires n’occasionnent pas en général des symptômes graves et caractéristiques, à moins que ces organes ne fassent partie d’une hernie intestinale ou ventrale, ce qui est très rare. Cependant, English et Mundé ont signalé des troubles fonctionnels assez graves, survenant à l’époque de la puberté. On observe alors, sur le siège de l’ovaire déplacé, du gonflement et de la douleur, et une exacerbation cataméniale très intense, accompagnée d’éréthisme génital. Ce dernier point a été signalé par Lourmaigne (2).
Le diagnostic des déplacements ovariens est difficile. L’ovaire hernié à l’aine a -été pris pour une adénite et opéré comme tel (Lassus). Maisonneuve cite des cas analogues. On l’a pris pour un kyste de la grande lèvre (Guersant), pour un lipome (Liiclce). Chez un hermaphrodite, •l’ovaire hernié a été pris pour un testicule (Rizzoli). Il suffira, du reste, pour montrer la fréquence de ces erreurs de diagnostic, de rappeler que sur cent dix cas de hernie de l’ovaire, rassemblés par Puech, la nature de la maladie n’a été reconnue que vingt-deux fois.
On pourra parfois s’aider pour le diagnostic du toucher vaginal et du cathétérisme utérin. Par le toucher vaginal, si l’on pousse l’utérus du côté opposé à la hernie, on détermine dans celle-ci un tiraillement douloureux et une tendance à la réduction ou même une réduction plus ou moins complète. Ces résultats seront encore mieux obtenus, en se servant de la sonde utérine.
L’ovaire hernié donne lieu quelquefois à des phénomènes d’étranglement herniaire, qui simulent absolument les symptômes locaux et généraux de l’étranglement intestino-épiploïque. Dans ce cas, le diagnostic est fait le plus souvent pendant l’opération de la kélotomie.
La hernie de l’ovaire n’entraîne la stérilité que lorsqu’elle est double.
(1) Sur la hernie de l’ovaire. Paris, 1813.
(2) De la hernie de l’ovaire. Thèses de Paris, 18G!I.
D’après certains auteurs, la hernie simple prédisposerait aux avortements et aux présentations vicieuses.
Le traitement de la hernie de l’ovaire varie suivant que l’organe est réductible ou irréductible, suivant qu’il se présente à l’état sain ou qu’il est enflammé, ou le siège d’une tumeur.
La hernie réductible sera maintenue réduite avec un bandage, comme une hernie intestino-épiploïque; si elle est irréductible, on la protégera avec une pelote concave. Dans le cas d’inflammation et d’étranglement, on pourra user d’abord des antiphlogistiques locaux et des narcotiques ; puis, si les accidents d’étranglement deviennent assez intenses pour déterminer l'intervention chirurgicale, on pratiquera la kélotomie, comme dans le cas de hernie intestinale. Mais que fera-t-on de l’ovaire, une fois l’agent de l’étranglement 'débridé? Les auteurs conseillent de le réduire, s’il est sain, et de l’enlever après ligature de son pédicule, s’il est atteint de dégénérescence kystique ou autre, ou s’il est irréductible et fixé par de solides adhérences.