V. — MALADIES DE L’AVANT-BRAS
ARTICLE PREMIER
LÉSIONS TRAUMATIQUES DE L’AVANT-BRAS 1° Plaies et contusions.
L’avant-bras, grâce à sa situation et à la tendance naturelle à porter le membre supérieur en avant pour protéger la poitrine ou la tête, se trouve exposé aux traumatismes de toutes sortes.
Dans les plaies par instruments tranchants, les os eux-mômes, étant donnée leur situation superficielle, sont parfois lésés et même sectionnés complètement. Dans ce cas, la réunion osseuse est des plus difficiles â obtenir.
D’autres fois, il s’agit d’écrasement, de broiement de l’avant-bras, résultant de l’action de corps pesants, du passage d’une roue de voiture. Les morsures de cheval produisent quelquefois des plaies analogues.
Enfin les courroies de transmission, les scies mécaniques, les engrenages, etc., agissant sur l’avant-bras, peuvent occasionner des lésions plus ou moins graves, pouvant aller jusqu’à Y arrachement complet.
Dans tous ces cas, on devra appliquer la méthode antiseptique dans toute sa rigueur. Si un tendon a été sectionné, il faudra pratiquer la suture immédiate. Nous verrons tout à l’heure quelle doit être la conduite dans les cas d’hémorrhagie.
Les plaies par armes à feu de l’avant-bras sont très fréquentes, et le plus souvent elles s’accompagnent de lésions des vaisseaux, des nerfs ou des os. Dans ce dernier cas, l’os est divisé en un nombre considérable d’esquilles. On a relevé, pendant la guerre d’Amérique, cinq mille cent quatre-vingt-quatorze fractures de l’avant-bras par armes à feu.
Les statistiques démontrent de la façon la plus péremptoire que la conservation doit être la règle de conduite du chirurgien, et que cette
méthode thérapeutique est infiniment supérieure à la résection et à V amputation.
Plaies des vaisseaux de l'avant-bras. — Dans les divers traumatismes de 1 avant-bras, les lésions des vaisseaux sont très fréquentes. Elles sont susceptibles de donner lieu à toutes les complications que nous avons étudiées ailleurs; mais il importe de savoir que, dans cette région, les hémorrhagies secondaires sont très communes.
Nous empruntons à la thèse de Martin (thèse de Paris, 1870) les con- ! clusions suivantes qui résument les principes du traitement applicable à ces lésions :
1° <( La compression directe, excellent moyen pour arrêter momentanément 1 hémorrhagie, ne doit jamais être employée comme une méthode de traitement définitif; elle est presque toujours suivie d’acci- I dents, tels que : hémorrhagies secondaires, anévrysmes, gangrène,',] phlegmons diffus. »
2° « La compression indirecte, sans être aussi funeste dans ses résul- j tats, ne donne cependant pas assez de chances de succès, soit qu’on : 1 exerce au-dessus de la plaie, soit simultanément sur les deux artères ! de l’avant-bras. »
3° « La compression de l’humérale est un moyen douloureux, ce qui j ne permet pas de l’appliquer assez longtemps pour juger de son effica- j cité. »
4° « La ligature dans la plaie doit toujours être tentée. Quand elle est bien faite, elle réussit toujours dans les plaies récentes. »
5° « On ne doit pas se contenter de lier un seul bout de l'artère. Il faut toujours débrider la plaie quand l’un des bouts ou les deux à la fois ne sont pas accessibles. »
0° « Si la plaie est ancienne, on doit néanmoins tenter la ligature des deux bouts. »
7° « Dans une plaie récente, en raison de certaines conditions anato- ! miques, anastomoses ou anomalies, deux ligatures, l’une au-dessus, l’autre au-dessous de la plaie, peuvent ne pas être suffisantes. »
8° « Quand la plaie est ancienne, la ligature au-dessus et au-dessous ne devra être pratiquée que lorsque les tentatives de ligature dans la plaie auront échoué. »
9° « La ligature de la cubitale, pratiquée pour remédier à des hémorrhagies consécutives de la radiale, et réciproquement, a fourni des résultats moins satisfaisants que la ligature de la radiale. »
10° « La ligature de la brachiale à la partie moyenne du bras n’a pas toujours suffi pour arrêter les hémorrhagies de la radiale. Les insuccès sont l’exception, lorsque la ligature a ôté pratiquée au-dessus de l’humérale profonde. »
11° « La ligature de la brachiale n’expose pas, ainsi qu’on l’a prétendu, à la gangrène du membre, a
Plaies des nerfs. — Quant aux traumatismes des nerfs, ils sont aussi
fréquents que ceux des vaisseaux. Nous n’avons rien à ajouter à ce que nous avons dit de ces lésions, à propos des traumatismes des nerfs à l’aisselle et au bras. Gomme nous l’avons déjà conseillé, toutes les fois qu’il y aura section complète d’un nerf, avec un écartement d’un centimètre environ, on devra toujours pratiquer la suture des deux bouts du nerf.
LÉSIONS VITALES ET ORGANIQUES DE L’AVANT-BRAS 1° Inflammations; abcès.
Nous dirons seulement quelques mots des abcès des parties molles et des inflammations des os de l’avant-bras. Quant aux lymphangites et aux phlegmons diffus qui envahissent tout le membre supérieur, ils seront décrits ultérieurement.
A. Les abcès des parties molles de l’avant-bras peuvent apparaître spontanément; le plus souvent, ils sont consécutifs aux inflammations des gaines tendineuses, aux phlegmons de la main, aux panaris profonds.
Le diagnostic de ces abcès est difficile à établir ; en effet, la fluctuation ne se perçoit que difficilement, l’œdème du membre est considérable, le pus placé profondément se dérobe à la pression du doigt.
Toutes les fois que le chirurgien soupçonnera l’existence d’un abcès de cette région, il devra intervenir rapidement pour éviter de grands décollements, en pratiquant de larges incisions et en assurant l’écoulement du pus par le drainage. Les bains antiseptiques répétés et prolongés peuvent aussi rendre de grands services.
B. Vostéo-périostite a pour lieu de prédilection à l’avant-bras l’extrémité inférieure du radius et le tiers supérieur du cubitus. Les deux formes les plus fréquentes sont la forme syphilitique et la forme tuberculeuse.
Chez les malades syphilitiques, on constate un gonflement osseux i sans coloration anormale de la peau, et une douleur suivant la longueur I de l’os. Ces symptômes et les antécédents du malade aideront au diagnostic. Dans ces cas, le traitement spécifique fera disparaître les accidents.
L 'ostéite tuberculeuse débute, comme dans les autres régions, par des douleurs sourdes, puis le squelette augmente de volume, la peau prend une teinte violacée, les parties molles correspondantes s’enflamment, et des trajets fistuleux s’établissent. Si l’on explore ces trajets à l’aide d’un stylet, on arrive sur une portion d’os dénudé, et quelquefois on pénètre jusque dans le canal médullaire.
Cette affection doit être traitée avec le plus grand soin; elle est susceptible, en effet, de gagner les articulations voisines et de donner lieu à des tumeurs blanches de ces articulations.
2" Tumeurs de l’avant-bras.
Nous n avons que peu de chose à dire des tumeurs de l’avant-bras, qui sont assez rares. Les tumeurs malignes des os sont les plus fréquentes. La plupart se développent aux dépens des parties spongieuses des os, à l’extrémité supérieure du cubitus et à l’extrémité inférieure du radius.
On a observé à l’avant-bras des angiomes, des névromes, des tumeurs fibro-plastiques , des lipomes , des kystes, etc.
Comme partout ailleurs, les kystes hydatiques peuvent donner naissance à des erreurs de diagnostic, et Gosselin (1) a rapporté une observation dans laquelle, même après la ponction, on put croire à la présence d’un simple kyste séreux.
Boettcher (2) rapporte le cas d’une tumeur de la veine cubitale, de la grosseur d’une noisette, irrégulière, de densité fibreuse. L’examen microscopique montra que l’élément fondamental était constitué par des fibres musculaires lisses. Ces tumeurs pourront être confondues avec les névromes, à cause du trajet de la veine cubitale et du nerf.
Le traitement de la plupart de ces tumeurs consiste dans l’ablation, j Pour ce qui est des tumeurs malignes, étant donnée leur tendance à la récidive, elles nécessitent la désarticulation du coude.