‹ Traité élémentaire de pathologie externe (volume 3)Chapitre 66 sur 95 · LÉSIONS VITALES ET ORGANIQUES DE LA MAIN · texte numérisé non relu

LÉSIONS VITALES ET ORGANIQUES DE LA MAIN

1° Inflammations; abcès de la main.

Les inflammations de la main sont fréquentes, tout en étant, cependant, plus rares que celles des doigts. Elles sont dues, en général, à des traumatismes de la main ou à la propagation d’une inflammation des doigts. C’est à la paume de la main qu’elles siègent le plus souvent. Cependant les inflammations de la face palmaire peuvent se communiquer à la face dorsale.

Avec Bauchet (1), on peut diviser en trais classes les inflammations de la paume de la main, suivant qu’elles sont superficielles, souscutanées ou profondes.

A. Inflammations superficielles. — Le plus souvent l’inflammation superficielle de la main revêt l’apparence de l’ér thème, de l’érysipèle,

(1) Du panaris et du phlegmon delà main. Paris, 1858.

de rangioleucite. Elle se termine le plus souvent par résolution au bout de quelques jours.

Cependant on voit quelquefois survenir sur la peau rougie par l’inflammation des phlyctènes plus ou moins volumineuses, remplies d’un liquide séreux, séro-purulent ( forme phlycténoïde de Bauchet). Ces phlyctènes lorsqu’elles viennent à être déchirées, laissent les papilles ; du derme à nu, ce qui devient l’origine de douleurs vives.

Enfin, Bauchet a décrit, sous le nom d 'inflammation anthracoïde, une troisième forme de phlegmasie superficielle de la main, s’observant surtout à la face dorsale, et se présentant avec l’aspect ordinaire d’un petit furoncle, qui se termine par l’expulsion d’un bourbillon.

B. Inflammation sous-cutanée. — Elle est constituée par le phlegmon proprement dit. En général, elle est due à une écorchure ou à une piqûre avec un instrument chargé de matières septiques; mais souvent on l’observe chez les ouvriers journaliers, à la suite d’un durillon forcé.

On désigne ajnsi communément l’inflammation du derme autour d’un durillon, lorsque celui-ci a été le siège de pressions, de contusions, de la part des instruments de travail. Il en résulte d’abord une exhalation de sérosité sous le durillon, puis une congestion du derme, et finalement une phlegmasie du tissu cellulaire sous-cutané.

Au début de l’affection, le malade se plaint de douleurs vives, lancinantes; la pression est douloureuse ainsi que les mouvements des doigts.

L’inflammation se propageant gagne la face dorsale de la main et la racine des doigts, et forme une tuméfacLion rouge œdémateuse.

Tous ces phénomènes locaux sont accompagnés de fièvre plus ou moins intense, de frissons, d’insomnie. Les doigts sont légèrement fléchis.

Au bout de quelque temps, le pus se forme, les douleurs deviennent plus lancinantes. Alors la peau s’ulcère au niveau du durillon, <i la fusée purulente, rencontrant une couche plus résistante qui se décolle des parties avoisinantes, vient former une phlyctène purulente. C’est ainsi que se forment les abcès en bouton de chemise. Puis la phlyctène s’ouvre, le pus s’écoule, et la guérison s’obtient rapidement.

Au début, le traitement sera dirigé contre l’état général: antiphlogistiques, calmants, etc., puis, entre le sixième ou huitième jour, lorsque la collection purulente sera formée, le chirurgien devra intervenir en incisant les tissus au niveau du point culminant.

Parfois une contre-ouverture à la face dorsale de la main sera nécessaire.

G. Inflammations profondes. — On admet généralement que ces inflammations peuvent occuper deux sièges distincts : les gaines synoviales et le tissu cellulaire sous-aponévrotique.

a. V inflammation des gaines synoviales de la paume de la main a été niée par Dolbeau et son élève Chevalet (1), excepté dans les cas de

(1) Inflammation de la main Thèse de Paris, 1875.

plaies avec ouvertures de ces gaines. Suivant les auteurs précédents es phlegmasies consécutives aux panaris du pouce et du petit doi<'t' attribuées à 1 inflammation par propagation des gaines synoviales ne seraient que des angioleucites.

CetLe opinion exclusive est loin d’être fondée sur des raisons probantes. On sait que les gaines des fléchisseurs du pouce et du petit doigt communiquent directement avec les gaines communes de la paume de la main et du poignet; aussi voit-on assez fréquemment inflammation profonde du pouce et du petit doigt se propager rapidement aux gaines de la paume de la main.

Cette variété d’inflammation de la paume de la main se présente avec les caractères ordinaires de toute phlegmasie aiguë : la douleur est très intense, la rougeur peu vive; le gonflement, assez considérable, efface les dépressions normales de la main. Les doigts présentent une apparence caractéristique : ils sont demi-fléchis, et les tentatives pour les redresser déterminent une vive douleur.

Souvent le gonflement gagne le poignet et la face inférieure de l’avantbras, au niveau de la gaine synoviale radio-carpienne. Cette affection s accompagne d’ordinaire de phénomènes généraux plus ou moins graves.

La suppuration est la terminaison à peu près constante de la maladie. Si l’on n’intervient pas rapidement pour donner issue au pus, on peut voir se produire les désordres les plus graves : suppuration du tissu cellulaire, dénudation el mortification des tendons, ouverture des arti-

culations carpiennes, carpo-métacarpienne, radio-carpienne, fusées purulentes du côté de l’avant-bras. Ces complications peuvent entraîner la mort par septicémie ou pyohémie, nécessiter parfois des opérations plus ou moins sérieuses, ou laisser à leur suite. uu membre inutile.

b. L 'inflammation du tissu cellulaire profond de la main peut se développer à peu près dans les mêmes conditions que la variété précédente, qu’elle complique parfois.

Lorsqu’elle existe seule, on peut la reconnaître aux signes différentiels suivanls : les doigts sont moins fortement fléchis et peuvent être redressés sans trop de douleur; le gonflement est plus considérable; le tissu cellulaire sous-cutané est pris rapidement et le pus tend à se faire jour à l’extérieur, sans rester aussi longtemps retenu que dans l’intérieur des gaines synoviales, enfin les symptômes généraux sont moins graves.

Le traitement des phlegmasies profondes de la main doit être conduit avec énergie. Dès que les moyens antiphlogistiques ordinaires auront échoué, et que la suppuration sera reconnue inévitable, c’est-à-dire vers le cinquième jour, on devra pratiquer une ou plusieurs incisions, de manière à donner une issue facile au pus. Le passage d’un ou plusieurs drains pourra parfois être utile. Enfin les pansements antiseptiques, les bains phéniqués devront être employés.

A une période voisine de la guérison, lorsque la suppuration sera presque tarie, on devra songer à prévenir la rétraction permanente des doigts, en leur imprimant avec prudence des mouvements d’extension.

2° Panaris.

On désigne sous le nom de panaris l’inflammation aiguë des parties molles des doigts.

Les auteurs en admeltent trois variétés : 1° panaris som-épidermique ; 2° panaris sous-cutané ; 3° panaris profond.

Les causes les plus fréquentes du panaris sont les piqûres, les écorchures môme légères, surtout lorsqu’elles sont, produites par un instrument chargé de matières septiques; telles sont, en particulier, les piqûres anatomiques. Ces causes semblent agir plus énergiquement dans certaines conditions de l’économie, chez les individus affaiblis.

Enfin, à diverses époques, les panaris se sont montrés avec une fréquence telle que quelques auteurs, Ravaton, Martin, Pitha, elc., ont cru devoir admettre un panaris épidémique.

Les deux sexes ne sont pas également prédisposés aux panaris. Polaillon a relevé 750 observations de ce genre, dont 527 hommes et 223 femmes.

La main droite est plus souvent atteinte que la main gauche, et, d’après Velpeau, le nombre des panaris diminuerait du pouce à l’auriculaire.

A. Panaris sous-épidermique.

Désigné fréquemment sous le nom de tourniole, de mal blanc, de mal d’aventure, le panaris sous-épidermique n’est autre qu’une ang ioleucite réticulaire diffuse du derme. On en reconnaît trois formes principales : érythémateuse , phlycténoide , péri-unguéale.

a. Panaris érythémateux. — Il est caractérisé par une rougeur occupant une partie du doigt ou sa totalité, accompagnée de douleurs vives.

La résolution ne se fait pas attendre longtemps, et, au bout de deux ou trois jours, la rougeur disparaît; mais le doigt reste sensible pendant quelque temps.

b. Panaris phlycténoide. — Succédant au précédent ou survenant d emblée, il est caractérisé par l’apparition d’une phlyctène. Le liquide séreux qui soulève l’épiderme devient purulent au bout de quelque temps, puis la peau se fendille, se crève, et donne issue au liquide de la phlyctène.

c. Panaris péri-unguéal. — L’inflammation est localisée à la matrice de l’ongle.

La suppuration peut décoller l’ongle, autour duquel se forment des fongosités rougeâtres.

11 existe, chez les enfants scrofuleux, une variété de panaris péri-

unguéal caractérisée par sa marche lente et se terminant par l’élimination de l’ongle et la formation de fongosités. On le confond souvent avec le panaris syphilitique.

Traitement. Les bains émollients et les cataplasmes suffisent dans le panaris érythémateux. Dans le panaris phlycténoïde et péri-unguéal, on détachera la phlyctène avec des ciseaux, on cautérisera les fongosités avec le nitrate d’argent, et l’on appliquera un pansement à l’iodoforme. Dans le panaris péri-unguéal des scrofuleux, le traitement général est le plus souvent insuffisant; il faut enlever l’ongle et gratter les fongosités (Bouis) (1).

B. Panaris sous-cutané.

11 succède fréquemment au panaris sous-épidermique, et siège dans le tissu cellulaire sous-cutané. Il reconnaît pour causes habituelles les piqûres, les écorchures, etc... Toutefois, Yerneuil a remarqué qu’il avait parfois pour point de départ des indurations épidermiques qui occupent la paume de la main et la racine des doigts des ouvriers. 11 se formerait en ces points une petite bourse séreuse qui, s’enflammant un jour, donne naissance au panaris.

Au début de 1 affection, le malade se plaint de douleurs aiguës, s’exaspérant par les mouvements du doigt et par la pression; ce n’est qu’au bout de deux ou trois jours que la rougeur et le gonflement apparaissent plus considérables sur la face dorsale du doigt, par suite de la plus grande laxité du tissu cellulaire à ce niveau.

Puis le pus se forme, se collecte et au bout de quatre ou cinq jours environ perfore la peau et s’écoule au dehors. Il arrive quelquefois que l’épiderme épais et résistant se laisse soulever par le pus. En pareil cas, il existe une collection sous-épidermique communiquant avec un abcès sous-dermique par une ouverture étroite du derme ( abcès en bouton de chemise ).

On observe assez fréquemment une variété de panaris sous-cutané désigné sous le nom de panaris anthracoïde.

Celui-ci siège en général sur le dos des doigts, et est caractérisé par la présence d’un gros bourbillon blanchâtre qui se détache par la suppuration ; il laisse à sa place un trou régulier qui est rapidement comblé par des bourgeons charnus.

Le traitement du panaris sous-cutané consiste en cataplasmes et bains antiseptiques. Le chirurgien ne devra pas attendre que le pus se fasse jour spontanément, mais inciser profondément et selon Taxe du doigt.

Puis les bains antiseptiques et les cataplasmes seront repris jusqu’à la disparition des douleurs. Le pansement antiseptique appliqué à ce moment amènera rapidement la guérison.

(1) Thèse de Paris, 1883.

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