‹ Traité élémentaire de pathologie externeChapitre 19 sur 50 · MU «ES LÉSIONS TRAUMATIQUES · texte numérisé non relu

MU «ES LÉSIONS TRAUMATIQUES

matiqucs, et dans ce dernier cas on les pansera comme les plaies par instruments tranchants.

ARTICLE V

l'LAIES PAR MORSURE.

Les plaies par morsure méritent qu’on leur consacre quelques lignes, car, en apparence bénignes, elles s’accompagnent souvent d’un cortège de symptômes fort graves. Ainsi le bec allongé et souvent recourbé de certains oiseaux produit des'morsures qu’on a vues suivies d’accidents très sérieux, tels que mouvements convulsifs, syncope, état gangréneux, phénomènes peu en rapport avec la petite étendue de la lésion.

Les mammifères à dents pointues les enfoncent plus ou moins profondément, et produisent ainsi de véritables trous dansl épaisseur des tissus.

La lésion en reste là si l’animal écarte immédiatement après ses mâchoires, mais parfois il les tient quelques instants convulsivement serrées et exerce sur les parties qu’il a pu saisir de violentes tractions; de là des déchirures plus ou moins étendues et que l’on comprendra facilement.

Parmi les herbivores, les solipèdes sont ceux qui mordent avec le plus de vigueur. Ils pincent avec force entre leurs incisives la partie qu ils saisissent, et sans la mâcher, sans la tirailler, ils la maintiennent ainsi soumise à une pression des plus énergiques pendant plusieurs minutes. Cette espèce de morsure n’est pas rare chez les individus qui par profession approchent souvent les chevaux, parmi lesquels on en trouve quelquesuns qui ont la fâcheuse habitude de mordre. Ces morsures de cheval sont particulièrement utiles à connaître, car on les voit assez souvent dans les hôpitaux. On les reconnaît à des stigmates restés en impression sur la peau, et cette empreinte forme deux lignes courbes se regardant par leur concavité et séparées par un espace de peau saine. Chaque ligne est formée par la juxtaposition d’une série de plaques de couleur variable, et qui correspondent aux dents. Ces plaques sont d’un rouge vif ou foncé et ecchymotique, si la contusion a été de moyenne force; elles sont sèches, grisâtres, comme parcheminées, si l’action contondante a été tout de suite . portée à l’excès. Les tissus sous-cutanés sont aussi le siège de lésions variées, depuis la simple rupture avec infiltration sanguine jusqu au bioiement complet des parties molles et des os. J’ai vu, sur 1 avant-bias un individu auquel j’avais pratiqué l’amputation du bras pour une lésion semblable, les artères coupées en travers.

Jusque-là il ne s’agit que de contusions plus ou moins fortes; mais j l’animal arrache quelquefois le morceau, et il en résulte une plaie qui a

l’aspect irrégulier des plaies par arrachement. i

La marche des accidents consécutifs varie suivant qu’il s agit < un morsure qui ne comprend qu’une petite épaisseur de parties molles ou a totalité d’un membre. Dans le^ deux cas, la douleur est 01 j 'l'®* réaction générale intense et souvent fort peu en rapport avec -

PLAIES EMPOISONNÉES

produites. Si la morsure a été jusqu’à la désorganisation complète des tissus, on voit les parties sphacélées se détacher et les choses se comporter comme nous l’avons indiqué à l’article Contusion. Si la totalité d’un membre, l’avant-bras par exemple, a été saisie entre les deux mâchoires d’un cheval, il n’est pas rare de voir promptement survenir un gonflement inflammatoire des parties molles, qui se termine soit par une gangrène générale du membre, soit par un phlegmon diffus suivi de fusées purulentes, etc.

Ces morsures s’accompagnent souvent d’accidents généraux de la plus grande gravité.

Tiuitement. — Il faut surveiller avec soin la marche des morsures. Dans les cas simples, quelques émollients, l’irrigation continue, peuvent suffire à empêcher le développement d’accidents sérieux; mais dans les cas graves, il faut avoir recours à des émissions sanguines locales ou générales, et lorsque le gonflement des membres se manifeste, à de larges débridements qui comprennent l’aponévrose. J’ai la conviction d’avoir une fois empêché le développement d’un de ces phlegmons si graves, en débridant profondément l’aponévrose antibrachiale chez une femme dont l’avant-bras avait été fortement pincé entre les incisives d’un cheval.

ARTICLE VI

PLAIES EMPOISONNÉES

On connaît sous le nom général de plaies empoisonnées , des blessures au sein desquelles ont été accidentellement déposées des substances vénéneuses, dont on distingue plusieurs espèces, telles que les poisons végétaux ou minéraux, les matières septiques des cadavres, les venins et les virus. De là des plaies qu’on désigne par les noms : 1° de plaies empoisonnées proprement dites, 2° plaies anatomiques , 3» plaies envenimées , à» plaies virulentes. L’accident local est souvent ici peu de chose, et le chirurgien doit surtout songer aux symptômes généraux qui succèdent à l’introduction du poison, du virus ou du venin dans l’économie.

§ I. — Plaies empoisonnées proprement dites.

Les poisons végétaux ou minéraux peuvent, lorsqu'on les dépose à la surface d une plaie, être plus ou moins vite absorbés; de là résulte un empoisonnement dont les caractères ne ditl'èrent pas de ceux qu’on ob- « vc apres 1 ingestion des matières par les voies digestives. Toutefois la

lion ,!■ P°'SOn “ “ ne" <|C caustilue> peut ne subir aucune modiflca- ... " 80,1 asPe1ct- Amsi> ïuand dépose à la surface d'une plaie une

er a ne quantité de morphine ou de strychnine, on a très rapidement

deux a clniriUteS’ !“ P“n0“ènes Physiologiques ou toxiques de ces ux alcaloïdes, mais la surlace de la plaie n'est pas altérée.

peuplades sauvages qui combattent à l’arc empoisonnent l'extré-

fi 06 T) ES LÉSIONS TRAUMATIQUES.

mité do leurs flèches avec diverses substances inconnues dans leur nature, mais dont les propriétés ont été bien étudiées dans ces derniers temps par les physiologistes dans divers travaux remarquables sur le curare et le woorara. Nous renvoyons nos lecteurs à ces travaux et aux traités de toxicologie; car il ne peut être question ici d’exposer les symptômes des différents empoisonnements qui pourraient se montrera la suite des plaies empoisonnées. Nous nous bornerons donc à tracer les règles du traitement qui convient en général à ces sortes de plaies.

Traitement. — Avant toutes choses, il faut s’opposer à l’absorption du poison déposé au sein de la plaie, cL pour cela rien ne convient mieux que la compression. De curieuses expériences de Bouillaud (1), répétées souvent dans les cours de physiologie expérimentale, démontrent parfaitement qu’en appliquant un lien circulaire au-dessus d’une plaie faite à un membre et dans laquelle on a versé de la strychnine, on voit les phénomènes d’empoisonnement s’arrêter, puis reparaître si l’on cesse la compression. Cette compression ne peut être recommandée qu’à titre provisoire, car elle ne deviendrait curative qu’en amenant le sphacèle du membre, et cette dernière ressource ne saurait être acceptée par le chirurgien.

On a voulu atteindre le même but par d’autres moyens que la compression, soit en entraînant le poison au dehors, soit en désorganisant les tissus au milieu desquels ce poison se trouve.

On peut entraîner le poison hors de la plaie par des pressions méthodiquement exercées autour d’elle, par des lavages, par la succion, par des aspirations à l’aide d’appareils variés. Les pressions autour de la plaie favorisent l’expulsion du sang, qui chasse à son tour le corps vénéneux; mais ce moyen ne peut être mis en pratique que dans les premiers moments qui suivent l’accident. Les lavages à grande eau agissent de la même façon, et sont indiqués lorsque la plaie est superficielle et peut être parcourue par le jet de liquide. La succion a une action bien plus énergique, et nous donnons à ce moyen la préférence sur les deux précédents. On connaît l’importance que les anciens attachaient aux pratiques des psylles, et nous pensons avec eux que dans la plupart des plaies empoisonnées, la succion, quand elle peut être pratiquée, est supérieure aux autres moyens de traitement.

Mais la répugnance et la crainte d’un danger réel empêcheront souvent de pratiquer la succion dans des plaies empoisonnées. De là l’emploi de ventouses ou d’appareils spéciaux qu’on a proposé de substituer à la succion buccale. Des expériences faites par Barry (2) établissent qu’en appliquant une ventouse sur une plaie qui renferme de l’acide arsénieux, de la strychnine, etc., on arrête l’absorption du poison. Les effets du toxique ne se manifestent pas tant que la ventouse reste en place; ils se montrent avec rapidité, au contraire, dès qu’on l’enlève, et peuvent être arrêtés dans

(1) Archives, tre série, t. XII, p. 51,

(2) Ibid., t. XI, p. 131 .

PLATES EMPOISONNÉES

leur marche par une nouvelle application de la ventouse. Toutefois Bnrry ne faisait de cette pratique qu’un moyen provisoire, car il conseillait, après avoir laissé la ventouse une heure en place, d’exciser les surfaces traumatiques, de replacer les ventouses et de cautériser en dernier lieu avec le fer rouge.

Enfin, on doit à l’esprit ingénieux de Pravaz un instrument où les effets du vide et des lotions à haute pression sont combinés; mais cet appareil, à cause de sa disposition compliquée, ne pourra jamais rendre de services usuels.

Une autre série de moyens a pour but de détruire les tissus au milieu desquels le poison a été déposé. Le cautère actuel et les caustiques de différentes sortes, tels que la potasse, le beurre d’antimoine, etc., rempliraient parfaitement cette indication; mais dans des plaies où un poison a été déposé, les lavages et la succion ou l’aspiration doivent suffire à débarrasser la plaie du poison, et quand les accidents persistent, c’est que la matière a été absorbée.

Quant à l’amputation de la partie où existe la plaie empoisonnée, c’est un moyen mis seulement en usage par quelques ignorants ou par quelques malades épouvantés.

§ II. — Plaies anatomiques.

Les plaies qui résultent de piqûres faites le plus souvent aux doigts, soit dans la pratique des opérations, soit dans la dissection des cadavres, portent le nom général de plaies anatomiques. Souvent elles ne sont pas suivies d’accidents autres que ceux qu’on voit après certaines plaies contuses ou après des piqûres compliquées de la présence d’un corps étranger; mais dans d’autres cas, les plaies anatomiques s’accompagnent d’accidents particuliers, les uns locaux, qu’on désigne par le nom de tubercules anatomiques , les autres généraux, d’un pronostic beaucoup plus grave.

Le tubercule anatomique est une petite hypertrophie papillaire du derme, développée autour d’une piqûre faite par quelques instruments de dissection, ou à la surface de quelque écorchure superficielle mise accidentellement en rapport avec des matières cadavériques. Cette tuméfaction violacée, indolente, quelquefois saignante, se divise en une multitude d’élevures papillaires au centre desquelles existe un espace vide duquel en peut souvent faire sortir une gouttelette de pus.

Les tubercules anatomiques ne restent pas stationnaires, car il n'est pas l'are d’en voir se former de nouveaux autour de celui qui s’est primitivement manifesté. Ainsi à la face dorsale de la main, sur les crevasses fréquentes au niveau des articulations métacarpo-phalangiennes, on voit se développer quelquefois une pléiade de petits tubercules; dans des cas plus rares, ces tubercules sont disposés sous forme de demi-cercles, comme dans certaines formes de sy pli i 1 idc serpigineuse.

NES LÉSIONS TRAUMATIQUES.

Ces tubercules n’entraînent point, en général, d’accidents sérieux, mais ils gênent considérablement les mouvements de la main; ils disparaissent quelquefois spontanément, mais on est assez souvent forcé de les combattre avec énergie à l’aide de quelques cautérisations.

Les plaies anatomiques compliquées d’accidents généraux se présentent sous deux formes, l’une bénigne, l’autre maligne déjà signalées par John Shaw (4).

1° Dans la forme bénigne , les accidents n’ont rien de spécifique ; il ne s’agit que d’une irritation plus ou moins vive, provoquée par le contact d’une matière purulente, chez un individu dont la constitution est un peu altérée. La partie piquée devient, de douze à vingt-quatre heures après la blessure, douloureuse, chaude, animée de battements; si le doigt a été piqué, il se gonfle et s’enflamme ; les lymphatiques du bras sont aflêctés et les ganglions axillaires très tuméfiés. Ces accidents s’accompagnent d’un trouble fébrile à allures inflammatoires, et ce trouble débute par des tremblements et de la dépression des forces.

Le point piqué est. assez souvent le siège d’un abcès, et la suppuration dans les glandes de l’aisselle n’est pas non plus rare; mais tous ces phénomènes se montrent sans que la vie du malade soit gravement compromise.

2° Dans la forme maligne , les accidents généraux débutent brusquement et portent tout de suite une atteinte profonde, quelquefois irrémédiable, à la constitution. Ainsi de douze à dix-huit heures après l’accident, le malade est pris de tremblements, d’une grande anxiété et d’une dépression profonde du système nerveux ; le pouls est faible, quoique rapide. Si l’on examine le doigt piqué, on trouve au siège de la piqûre une petite vésicule circulaire ou ovale qui ne tarde pas à prendre le caractère d’une pustule à liquide trouble. Souvent cette vésicule a un bord très net qui représente assez bien celui de la pustule vaccinale. Cette lésion, d’abord limitée au doigt, n’est pas douloureuse, mais bientôt le malade accuse des douleurs vives dans l’aisselle et dans l’épaule ; les ganglions axillaires, et avec eux le tissu cellulaire ambiant des régions sous-scapulaire et sous-pectorale, sont très tuméfiés, et cette bouffissure, couverte d’une coloration érythémateuse, donne la sensation de quelque chose de spongieux; en même temps l’avant-bras et Je bras se tuméfient et peuvent passer à suppuration.

On a vu. quelquefois le malade succomber très rapidement, en un ou deux jours, sans que les phénomènes locaux aient fait des progrès sensibles. A une grande excitation succède alors une dépression profonde des forces ; puis surviennent une difficulté subite à respirer, des irrégularités du mouvement circulatoire, enfin une excessive torpeur et la mort. Dans des cas moins funestes, la physionomie de la lésion est celle du phlegmon diffus grave, c’est-à-dire que du quatrième au cinquième jour après l’accident, le tissu cellulaire du membre se gonfle jusqu’à l’épaule et au côté de la poitrine; une suppuration gangréneuse envahit les parties et s’ac-

(1) Du traitement des blessures que l'on se fait en disséquant ( Archives de médecine, t. IX, 1 rc série, p. 575.

PLAIES EMPOISONNÉES

PLAIES EMPOISONNÉES. à09

compagne de décollements étendus. Les symptômes généraux prennent alors un caractère asthénique très marqué : la langue devient brune, les lèvres et les gencives se recouvrent de fuliginosités ; un délire faible s’empare du malade, qui meurt en une dizaine de jours, au milieu d’une dépression profonde des forces, avec tous les signes d’une infection purulente entée sur un phlegmon diffus gangréneux.

On ne peut guère confondre ces accidents avec aucune autre maladie ; les circonstances du fait, l’éruption pustuleuse, la distension rapide de la région pectorale, l’état typhoïde, tout cela doit contribuer à mettre sur la voie du diagnostic.

Étiologie. — Il y a, dans les accidents de ces piqûres anatomiques, deux ordres de causes qui répondent aux formes bénigne ou grave de ces lésions. Dans la première forme on peut supposer une simple absorption de fluides putréfiés qui irritent par leur contact les lymphatiques et les ganglions; mais pour la seconde forme on est obligé d’admettre une intoxication par un poison particulier, agissant d’abord sur le sang et secondairement sur le système nerveux. On doit supposer l’existence de ce poison spécial, dans les cas où plusieurs personnes ont été atteintes en même temps, avec le même appareil de symptômes, après avoir disséqué le même cadavre.

Cela se voit de préférence après la dissection de cadavres encore frais, morts de certaines maladies aiguës, telles que la fièvre puerpérale, la péritonite qui succède à l’opération de la hernie étranglée. L’injection conser- \alrice des cadavres à l’aide de l’hyposulfite de soude et du chlorure de zinc, a rendu les dissections moins dangereuses et diminué de beaucoup les accidents des plaies anatomiques.

Du 1 este, on croit avoir aussi observé ces redoutables symptômes sans qu il se soit montré d affection locale, par une sorte de contagion à distance.

Pronostic. Il est des plus graves. La mort est trop souvent la conséquence de certaines plaies anatomiques, et quand les individus guérissent,

leur constitution altérée exige un assez long temps avant de se consolider de nouveau.

Traitement. — On ne saurait trop recommander à ceux qui se livrent aux recherches anatomiques, de ne point négliger les piqûres qu’ils se font durant leurs travaux. Ainsi dès qu’une piqûre est faite, il faut avoir soin d exeicei a tout son pourtour des pressions réitérées assez fortes, et, chose meilleure encore, de pratiquer la succion de cette petite plaie : à 1 aule de ces deux moyens on expulse avec le sang de la plaie le liquide septique qu’elle renferme, et l’on est à peu près à l’abri des accidents.

Quelques personnes conseillent de cautériser ensuite la plaie, soit avec 1 azotate d’argent, soit avec une solution de chlorure de zinc; mais, si des pressions énergiques ou la succion ont été faites, on peut avec avantage se dispenser de la cautérisation, remède douloureux, incertain, et qui, sans profit pour le malade, maintient là une plaie véritable.

Lurant mon prosectoratà l’école pratique de la Faculté, j’ai souvent eu

PER LÉSIONS TRAUMATIQUES.

MO

l’occasion de voir des piqûres anatomiques, et de donner quelques conseils aux blessés; et je me suis toujours trouvé bien de borner toul le traitement au lavage, à la succion de la plaie et à l’application d’un emplâtre agglutinatif solide, tel que le taffetas d’Angleterre.

Si des accidents surviennent, on devra se comporter différemment, suivant l’époque de la plaie. Quand il n’existe qu’une pustule avec des accidents généraux commençants, on doit cautériser la pustule avec le cautère actuel, passé légèrement a sa surface, en môme temps qu’on administre au malade un purgatif salin, et, après l’effet purgatif, des toniques généraux, tels que du vin vieux seul ou associé à l’eau de Seltz, quelques alcooliques, des sudorifiques, comme la liqueur ammoniacale anisée.

On devra traiter par les onctions mercurielles belladonées, par les bains tièdes permanents, enfin plus tard par de grandes incisions, les angioleucites et les phlegmons diffus qui peuvent se manifester.

§ III. — Plaies envenimées.

On comprend sous ce nom les plaies compliquées du dépôt d’un venin. Les venins sont des produits de sécrétion normale propres k certains animaux, et qui peuvent par leur introduction dans les voies circulatoires amener des accidents très graves et souvent mortels. Les venins, différents en cela des virus, éteignent leur action dans le corps qu’ils ont frappé; ils ont besoin pour agir d’être déposés sur une plaie saignante, car placés sur la peau et sur les muqueuses intactes, ils ne produisent aucun accident fâcheux. Les récentes et très curieuses expériences de Bernard sur l’action du curare sont là pour prouver une fois de plus ce fait singulier ; aussi la succion peut-elle être exercée sans danger sur les plaies

envenimées.

Les animaux venimeux que l’homme doit craindre, sont ceux qui possèdent, outre leurs appareils à venin, des dents ou des aiguillons qui leur permettent de pratiquer knos tissus des plaies au sein desquelles ils déposent le poison.

Les animaux pourvus de venins appartiennent aux reptiles, aux insectes et aux arachnides. Ce sont surtout, parmi les premiers, la vipère et le crotale; parmi les seconds, l’abeille, la guêpe, le frelon, etc.; et enfin, parmi les derniers, le scorpion et la tarentule. Nous allons passer en revue les plaies faites par quelques-uns de ces animaux.

1“ Piqûre de la vipère. — La vipère'est un reptile commun dans diverses parties de la France, dans la forêt de Fontainebleau, aux environs de Lyon, de Grenoble, dans la Vendée et dans les Deux-Sèvres. C’est le seul serpent venimeux que nous ayons en France, et l’on en distingue trois espèces : Vipera pelias , aspis et ammodytes. Voici les caractères généraux de ce reptile, dont nous avons représenté ici la tete k coté de celle de la couleuvre (fig. 59 et 60) : Crochets venimeux k la mâchoire supérieure; absence de fossettes lacrymales; narines a oiifues

PLAIES EMPOISONNEES.

Ml

latéraux simples, larges et concaves; pupilles linéaires. Tête déprimée, élargie en arrière, revêtue de petites écailles partout ou seulement à la partie postérieure du vertcx. Corps généralement court et trapu, cylin-

Fig. 59. — Tête de couleuvre. Fig. 00. — Tête de vipère. Fig. 61. — Appareil venimeux des serpents:

a, crochets ; b, glande à venin ; c, muscle temporal.

drique, un peu évasé à sa partie moyenne ; queue subitement atténuée vers sa pointe et courte. Au milieu des variations de la teinte de la robe on distingue une raie brune fiexueuse, qui s’étend le long du dos; sur les côtés du corps sont des taches foncées de formes variables.

L’appareil venimeux de la vipère (fig. 61) présente de chaque côté de la mâchoire supérieure deux crochets courbes et mobiles (a). Un canal parcourt le centre de ces crochets et vient s’ouvrir par une fente étroite vers leur sommet et sur leur face convexe. Une vésicule, le réservoir à venin, couvre la racine des dents à crochet et verse dans leur canal le venin qui lui arrive d’une glande (b), analogue à la parotide, située dans fosse temporale ; des muscles, et en particulier les temporaux (c) et les ptérygoïdiens externes, compriment cette glande et en expriment le venin. Lesjongleurs indiens, charmeurs de serpents, savent bien comprimer cette glande avec leurs doigts avant de se livrer à des exercices avec des reptiles dangereux. Le venin est un liquide transparent jaunâtre, un peu visqueux, lormé d’eau, de matière colorante jaune, d’albumine, d’une matière grasse, de sels, et enfin d’un principe venimeux particulier désigné par'le prince L. Bonaparte, sous le nom d ’échidnine ou vipérine. Ce principe possède seul des propriétés venimeuses. Quand l’animal veut mordre un objet, il lui donne avec son museau un choc brusque qui fait basculer les maxillaires supérieurs; la bouche s’ouvre, les dents à crochet se redressent, puis s’cntoncent perpendiculairement dans la partie mordue, en même temps que les muscles compriment la glande, dont le venin est expulsé au dehors.

Historique. Il a été publié sur le venin des vipères de remarquables recherches physiologiques et quelques thèses médicales intéressantes. Nous nous bornerons a indiquer les travaux suivants. — Fontana, Traité sur le venin de la vipère, sur

1>ES LÉSIONS TRAUMATIQUES.

les poisons américains, etc., Florence, 1781.— Paulet, Observations sur la vipère

de Fontainebleau, et sur les moyens de remédier à sa morsure. Fontainebleau, I 805.

MangILI, Mémoire sur le venin de la vipère ( Annales de chimie et de physique, 1 817, t. IV, p. 169). — L. Soubeiiian, Propositions sur la vipère (thèse de Paris] 1855). — Alph. Fermer, Des morsures de vipère et de leur traitement (thèse de I ai'is, 1 858, n° 143). — Viaijd-Grand-Marais, Etudes médicales sur les serpents de la Vendée et de la Loire-Inférieure. Nantes, 1 860.

Symptomatologie. — Les accidents produits par ce venin sont de deux sortes : locaux ou généraux. Aussitôt après la piqûre, qui porte l’empreinte des deux dents venimeuses et qui s’accompagne d’un écoulement sanguin faible, le blessé accuse au point piqué une douleur vive, cuisante, qui s’étend bientôt dans tout le membre, et de là jusqu’aux viscères thoraciques. Les deux piqûres descrochets à venin rougissent et s’ecchymosent; la partie se gontlc, et rarement ce gonflement s’arrête au point mordu. On voit alors cette tuméfaction s’étendre au loin, gagner promptement la totalité du membre mordu et même le tronc ; une sérosité roussàtre s’écoule de la plaie, dans les environs de laquelle se forment des phlyc- Lèncs et des taches ecchymotiques. Mais bientôt la douleur se calme; à la tuméfaction inflammatoire succède une sorte d’œdème mou; puis la partie se refroidit, s’engourdit, et de larges taches livides, violacées, noirâtres et quelquefois gangréneuses apparaissent.

Les accidents généraux se montrent rapidement, une heure ou deux après la morsure.

Une angoisse extrême, une grande faiblesse, une notable difficulté à respirer, de la petitesse du pouls qui devient concentré et inégal, des syncopes, des nausées, des vomissements, de vives douleurs épigastriques et ombilicales, des déjections abondantes, une sueur froide et visqueuse, la suppression des urines, une coloration ictérique de la peau, sont des phénomènes qui, dans les cas graves, servent de cortège aux accidents locaux. Enfin, chez quelques malades, la vue s’égare, la raison se trouble, et la mort arrive au bout d’un ou de deux jours. Dans)ces cas malheureux, le malade éprouve une soif dévorante, la langue sort de la houche et grossit, la gangrène envahit la blessure ; des hémorrhagies ont lieu par les muqueuses nasale, buccale et intestinale, etc.

Mais les conséquences des morsures de vipères ne sont point en général aussi graves. La mort n’est guère la terminaison de cet accident que chez des enfants et chez des individus pusillanimes ou dont la constitution est épuisée, quand la morsure a eu lieu dans certaines régions comme le cou, où le gonflement des tissus peut amener des troubles graves dans les fonctions respiratoires ; enfin quand l’animal est âgé, irrité et sans avoir mordu depuis longtemps. Paulet a fait voir par des expériences que les morsures de vipère sont plus graves en été qu’en hiver; c’est qu’en hiver le reptile est engourdi et peu disposé à verser beaucoup de venin dans la plaie. Le plus souvent donc, ces morsures n’ont pas de suites graves, et au bout de quelques heures ou d’une journée, le gonflement diminue, la

l’LAIES EMPOISONNÉES.

chaleur revienL, le pouls se relève, la sueur sc développe et les plaies se cicatrisent. Mais pendant plusieurs jours, et dans quelques cas pendant 'plusieurs semaines, on constate un peu d’œdème et une coloration jaunâtre de la peau.

Fontana, qui, après Redi, Charras et Mead, a fait de belles expériences sur le venin des vipères, a essayé de montrer, des oiseaux jusqu’à l’homme, une résistance progressive à l’action du venin. Ainsi un moineau mordu succombe en cinq minutes, un pigeon en huit ou dix; un chat meurt quelquefois, le mouton échappe souvent à la mort, un cheval sain toujours. Enfin, d’après Fontana, un homme n’aurait rien à craindre, puisqu’il faudrait 15 centigrammes de venin pour le tuer, et que. la vipère n’en contient que 10 ; mais Moquin-Tandon a démontré que chaque crochet de la vipère peut fournir 7 centigrammes de venin, et, d’autre part, des faits cliniques sont là pour infirmer l’opinion de Fontana, basée sur des expériences de laboratoire.

Le venin n’agit que lorsqu’il est en contact avec une plaie ou une surface dénudée, et contrairement à l’opinion de Fontana, les expériences de Mangili ont démontré, ce qui n’est plus aujourd’hui contesté par personne, que le venin peut être avalé impunément, et de plus que' ce venin desséché et conservé depuis plus d’un an détermine, inoculé dans le tissu cellulaire de l’animal, les mêmes accidents que s’il était frais. On peut donc sans danger sucer les plaies faites par les vipères.

Anatomie pathologique. — On ne sait presque rien sur les lésions anatomiques produites dans nos lissus par le venin de la vipère. D’après les remarques de Fontana, Cl. Bernard, Brainard, Rufz ( Enquête sur le serpent, 1843), le sang chez les individus qui succombent à ces piqûres est d’une couleur vineuse ou de rouille; il a perdu sa -cohésion, et, grâce à cette fluidité, il peut s’infiltrer dans les tissus. Les globules rouges sont déformés, les principaux viscères sont ramollis, et les muscles de la partie blessée sont séparés les uns des autres par un liquide foncé, fétide, parfois gangréneux; mais ce sont là des assertions qui auraient besoin d’être bien prouvées.

Traitement. — Avant tout traitement régulier on peut établir la compression, qui est un très bon moyen provisoire. Si la succion de la plaie pouvait être faite par le malade ou par quelque ,autre personne, elle devrait être recommandée comme le moyen de traitement par excellence. Qu’on suce sur ma foi, et je réponds de tout, disait M. A. Sève-

rin. Mais aussitôt qu’on pourra sc procurer quelques caustiques, il faudra cautériser les piqûres.

Dans les cas où la succion a été pratiquée, et lorsque la plaie est encore légèrement béante, on pourra y instiller une ou deux gouttes d’ammoniacpie liquide, en même temps qu’on recouvrira le point piqué avec un petit bourdonnet de charpie trempé dans la même liqueur. Si les phénomènes d empoisonnement se montraient avec une certaine intensité, il ne faudrait point hésiter alors à faire sur la plaie une cautérisation plus ’éner-

1,ES JjKSIONS THAUMAïiUUES.

yique avec le 1er rouge, la potasse caustique, l’acide nitrique, le chlorure d antimoine. Enfin la morsure étant très étroite, si l’on ne pouvait y faire pénétrer ces caustiques, il conviendrait d’inciser le point mordu pour le mettre plus directement en rapport avec le caustique. En général, aussitôt que le caustique s’est convenablement infiltré dans les parties touchées par le venin, les accidents locaux s’arrêtent.

A ce traitement local, il est bon de joindre un traitement général. Le malade sera placé dans un liL chaud, on lui administrera quelques infusions théiformes un peu excitantes. C’est dans ce cas que l’eau de Luce à 10 ou 15 gouttes a été préconisée. Aussitôt que le blessé ne manifestera plus de répugnance pour les aliments, on lui donnera quelques potages, du vin vieux, plus tard l’œdème persistant du membre exigera un peu de compression et quelques frictions excitantes.

On a préconisé à titre de spécifiques bien des médicaments depuis la théiiaque, mais il ne faut pas attacher grande confiance à ces moyens-là. Ainsi le cedron, cette plante de la famille des rutacées qui vient des hauts plateaux de la Cordillère des Andes, a, dit-on, le pouvoir de neutraliser les effets des venins de serpents. Mais dans des expériences faites sur des lapins, il n’a pas neutralisé les effets toxiques lorsqu’il a été administré apiès la piqûre. Il iaut ajouter cependant que donné à ces animaux avant la blessure, il paraît les rendre inaptes à être influencés par le venin. Une autre plante, le guaco, ne paraît pas avoir mieux réussi que le cédron.

2° Piqûre des crotales. — Les accidents produits par le venin des crotales, ou des serpents à sonnettes (fig. 62), ne sont point rares dans les régions de la zone torride. Dans nos contrées, quelques accidents ont surtout frappé l’attention du public : c’est la mort d’un nommé Drake, qui fut mordu, à Rouen, par un de ces reptiles, et dont Pihorel nous a rapporté l’histoire; c’est plus récemment celle d’un gardien du Zoological Gardon, à Londres. On trouvera l’histoire détaillée de ce dernier fait dans les journaux anglais de l’époque (1).

L’appareil des crotales est. à peu près disposé comme celui des vipères, mais le venin a une puissance autrement grande. Ainsi, dans des expériences rapportées par le capitaine Hall, un chien exposé à la morsure d'un serpent à sonnettes, long de quatre pieds, succomba eu quinze secondes; mais d’autres chiens piqués ensuite n’éprouvèrent que tardivement les effets

Fig. 02. — Serpent à sonnettes.

(t) Archives générales, 5° série, t. XIII, p.615.

PLAIES EMPOISONNÉES

du poison. Le malheureux Drake apportai! de Londres trois serpents à sonnettes : l’un d’eux mourut, les autres semblaient sur le point de s’éteindre. Drake les approcha d’un poêle ; et croyant s’apercevoir que l’un d’eux était mort, il le prit par la tête et la queue; mais l’animal, se retournant, lui enfonça un de ses crochets à la partie postérieure et externe de la main gauche. Drake voulut remettre cet animal dans sa cage, mais.il fut de nouveau mordu à la face palmaire de la main. Deux minutes après cet accident, il établit sur l’avant-bras une ligature fortement serrée; un quart d’heure après, Pihorel cautérisa les morsures: cependanfrce malheureux n’en succomba pas moins neuf heures après la piqûre, sans tuméfaction à la main blessée, sans engorgement du bras, mais avec tout l’ensemble des phénomènes généraux que nous avons décrits à l’article Piqûre de la vipère.

Le gardien du Zoological Garden fut mordu à la cloison du nez , et peut-être les dents à crochet pénétrèreu’-elles dans la veine angulaire. Quand on l’apporta à l’hôpital du Collège de l’université, il était presque mourant et ne pouvait ni parler, ni avaler, ni se soutenir. Les pupilles étaient dilatées, la face livide, l’action du cœur faible, et il avait à peine conscience de son état. Après la mort, qui eut lieu un peu plus d’une

! heure à la suite de la morsure, les veines du cerveau, les sinus, les poumons et les principaux viscères abdominaux étaient gorgés de sang; les cavités droites du cœur étaient remplies d’un sang noir, et les cavités gauches vides.

Le traitement doit consister encore ici dans la succion et la ligature, dans les caustiques et les toniques à l’intérieur. Mais on ne doit conserver qu’une médiocre confiance dans tous ces moyens, tant est grande l’activité du venin. Nous ne parlerons pas ici d’une foule de remèdes vantés à loisir par les voyageurs, et qui, après avoir paru jouir pendant quelque temps de propriétés merveilleuses, ne tardent point à perdre tout leur crédit.

3° Piqûres des abeilles , des guêpes, des frelons. — Ces insectes sont munis d’un aiguillon formé de deux lames creusées en gouttière et juxtaposées. De là résulte un canal dont la partie supérieure s’ouvre dans une vésicule contractile qui contient la liqueur venimeuse.

En général, les piqûres d’abeilles, etc., lorsqu’elles sont peu nombreuses, ne déterminent qu’une douleur cuisante, accompagnée d’une rougeur vive et d’un gonflement limité : ces phénomènes ne tardent point à se dissiper. Dans quelques cas rares, ces piqûres isolées ont amené des accidents graves; on en a vu produire un gonflement considérable, Un abcès, de la gangrène, des phénomènes généraux peu en rapport avec la quantité de venin absorbé. Quand une multitude d’abeilles s’élancent sur un individu, il peut en résulter des accidents mortels. Tel est le cas d’un homme dont l’histoire est citée dans les Archives de médecine (1): un

(1) lre série, t." XV, p. 216.

416 DES LÉSIONS TRAUMATIQUES.

grand nombre d’abeilles l’assaillirent et le piquèrent à la poitrine et k la figure, et dix minutes après il succombait avec une respiration faible <d entrecoupée, un pouls à peine sensible, une peau froide.

Les piqûres isolées d’abeilles, de guêpes, n’exigent guère de traitement; quelques lotions froides ou légèrement ammoniacales ou narcotiques suffisent à dissiper la cuisson douloureuse. Dans le cas où beaucoup d’abeilles auraient piqué un individu, il faudrait recourir aux lotions ammoniacales répétées sur les piqûres et aux toniques généraux; fenfin, dans quelques cas où l’insecte est chassé brusquement, son aiguillon est inséré dans la plaie , retenu par ses dentelures. Là poche à venin, arrachée aussi de l’abdomen de l’animal, reste quelquefois fixée à l’aiguillon et peut verser encore son contenu dans la piqûre ; on aura soin alors d’exciser d’abord tout ce qui dépasse la surface de la peau, et l’on retirera doucement avec une pince l’aiguillon dont la présence suffirait à produire des accidents phlegmoneux.

U° Piqûre du scorpion. — L’aiguillon est constitué par la pointe aiguë de la dernière des six pièces mobiles qui forment la queue. La piqûre forme une tache rouge qui s’agrandit peu à peu, et devient noire dans son centre. Puis surviennent de la douleur, de l’inflammation, de l’enflure et quelquefois des phlyctènes. Des phénomènes généraux accompagnent aussi ces manifestations locales de la blessure, et revêtent dans certains cas un aspect effrayant. Mênje traitement que précédemment.

5° Piqûre de la tarentule. — La tarentule, de la famille des arachnides, est munie aussi d’un appareil à venin. Cet animal, très commun dans la Pouille, produit par sa piqûre des accidents locaux et généraux. Le point piqué devient le siège d’une douleur très vive avec enflure, teinte livide de la partie qui se recouvre d’une croûte noirâtre. On observe aussi des symptômes généraux, tels que, anxiété précordiale, douleurs articulaires, fréquence et irrégularité du pouls, abattement ou exaltation, vertiges, tremblement, nausées. Mais il y a loin de là aux faits de tarentisme dont Baglivi a accepté la complaisante histoire (1).

Le traitement local ne peut différer ici de ceux que nous avons fait connaître précédemment; mais, nous ne devons pas passer sous silence le moyen populaire conseillé pour relever de leur état d’abattement les individus piqués par la tarentule :[ce moyen, c’est la danse. On fait approcher quelques musiciens qui jouent des airs, le malade est sollicité à la danse; peu à peu il agite les membres, se lève, danse, et après plusieurs heures de cet exercice, il s’arrête épuisé et couvert de sueur. On trouvera sans doute dans la sudation provoquée et dans l’excitation du système nerveux les causes d’une modification heureusement imprimée à l’état général du malade. Nous nous abstiendrons de mille autres détails qui n’appartiennent plus qu’à la Fable.

(I) De Anatome, morsu el e/Jectibus laranlularum.

PLAIES EMPOISONNEES.

§ IV. — Plaies virulentes.

Les plaies virulentes diffèrent des précédentes par l’introduction dans l’économie d’un produit de sécrétipn morbide, capable de s’engendrer de nouveau, et qui ne manifeste sa présence qu’après une période d’incubation. Nous devrions parler ici des plaies contaminées par les virus de la rage, du charbon , de la morve , de la syphilis; mais nous renvoyons le lecteur aux articles Pustule maligne, Morve et Syphilis, pour ce qui se rapporte à ces dernières maladies, et nous nous bornerons à quelques mots sur les plaies compliquées de virus rabique. On trouvera, d’ailleurs, dans les traités de pathologie interne, tout ce qui concerne l’histoire médicale de la rage.

Cette affection se développe spontanément dans les animaux du genre chien et chat, et c’est leur salive qui communique alors la rage; mais les fluides buccaux des porcs, des solipèdes, des ruminants, des hommes mêmes atteints de cette maladie, ne semblent pas la transmettre. Le sang des animaux enragés n’est point non plus un agent de transmission.

Les morsures des chiens enragés n’ont rien de particulier; souvent elles guérissent avec une grande facilité. Mais, un mois ou moins après la blessure, le malade devient triste; il semble abattu, et ses nuits sont troublées par d’effroyables rêves. Peu de temps après, se manifeste un sentiment de strangulation à l’isthme du gosier ; le malade crachote souvent; sa vue et son ouïe sont exaltées, et il ne peut supporter ni la lumière ni le bruit; de temps en temps il éprouve de l 'horripilation . Enfin surviennent des accès convulsifs de rage que provoque surtout la vue d’un objet brillant ou d un liquide. Ces accès ne tardent point à se rapprocher de plus en plus, cl le malade succombe au bout de trois ou quatre jours, au milieu d’un accès et par une asphyxie tétanique.

Au moment où la rage se développe, la plaie peut être ou non cicatrisée. On rapporte que quelquefois dans le premier cas la cicatrice se gonfle, devient douloureuse, rougit, s’ouvre même et donne passage à un îquu e sanieux, et que dans le second cas, le pus devient séreux, rougeâtre ; les bourgeons charnus se tuméfient et prennent une coloration ( un rouge vif. Mais il .faut bien savoir que dans la majorité des cas, la plaie n offre pas la plus légère modification.

On trouvera dans les traités de pathologie interne tout ce qui est relatif aux caractères anatomiques, au diagnostic, au pronostic et à la thérapeuujui ( i a îage confirmée; je dirai seulement ici quelques mots du traitement des plaies faites par des animaux enragés.

Une plaie par morsure d’un animal enragé étant donnée, on la comprimera pour en expulser le sang, mais c’est par une cautérisation très P omp e et très puissante qu’on peut espérer de conjurer le mal. Il ne

ZJ71 S (Hrayer 1C1 des lésions que la cautérisation entraîne après elle es organes; la crainte de l’affection rabique domine tout alors.

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UES LÉSIONS TRAUMATIQUES.

Donc si la blessure a atteint un os, on devra le ruginer et le cautériser; si elle a porté sur un œil, il ne faudra point hésiter, malgré la perle probable de l’organe, à y appliquer largement les caustiques ou le 1er rouge. C’est, en effet, à ces deux sortes d’agents destructeurs qu’on a recours.

Si la plaie est étroite, il y a grand profit à la rendre plus large avant de la cautériser; et après un débridement convenable, on y plongera le fer rouge qu’on portera dans tous les sens. Il est bon d’éteindre dans ces plaies plusieurs cautères rougis à blanc. Certains chirurgiens préfèrent les caustiques au fer rouge, et le chlorure d’antimoine a surtoul été vanté par Leroux, Sabatier, Portai, Chaussier et Énaux. C’est là, assurément, un excellent caustique, mais on ne le trouve pas partout comme le fer rouge, et il ne faudrait pas perdre, en attendant, un temps précieux. On peut, d’ailleurs, appliquer une couche de chlorure d’antimoine sur les eschares que le fer rouge aura déjà produites.

Si la partie mordue, un doigt par exemple, avait été fortement désorganisée par les dents de l’animal, il conviendrait de l’emporter en totalité.

Quand le chirurgien est appelé plusieurs jours après la blessure, lorsque la plaie est déjà cicatrisée, doit-il encore cautériser? Boyer professe que le virus de la rage reste longtemps confiné sous la cicatrice et que, tant que la maladie n’est point déclarée, il est toujours temps de le détruire. 11 faut, selon lui, appliquer un morceau de polasse caustique, si la plaie est petite et peu profonde ; exciser et cautériser ensuite, si elle est plus étendue. C’est là, assurément un cas fort embarrassant, pour le chirurgien, car les faits les plus contradictoires se présentent alors à son esprit. Ainsi des individus cautérisés dans ces conditions ont succombé, tandis que

d’autres personnes mordues en même temps, et qui n’avaient fait aucun traitement, n’ont éprouvé aucun accident. Mais d’autre part on trouve dans le Journal de médecine (tome XXX, p. 419), que parmi plusieurs individus mordus par un chien, un seul évita la rage : c’était celui auquel on avait enlevé la cicatrice au bout de vingt-cinq jours, pour cautériser la plaie avec la polasse. Tous les autres blessés succombèrent à la rage. Un fait aussi positif indique au chirurgien la conduite à tenir; il y a prudence à cautériser. On incisera donc la cicatrice, et l’on y portera le chlorure d’antimoine, qui s’infiltre dans toutes les profondeurs de la plaie.

Pravaz avait, un instant, à la suite d’expériences sur des chiens, conçu l’espoir de neutraliser les effets de la rage par l’application du galvanisme dans la plaie; mais une tentative d’application galvanique sur un homme atteint de la rage [Thèse de Paris, 1835) n’a point été suivie de succès. Quant à l’incision deslysses, qui, selon Marochelti (1), indiquent la localisation momentanée du virus sous le frein de la langue, c’est la un moyen dont l’expérience a fait justice en montrant le peu de valeur du prétendu signe indiqué par le médecin russe.

(1) Archives générales de médecine, 1'* série, t. IX, p. 80.

PLAIES SOUS-CUTANEES.

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ARTICLE VII

PLAIES SOUS-CUTANEES.

Les plaies sous-cutanées méritent une mention spéciale après l’histoire des plaies exposées, car elles tiennent une très grande place clans la pratique chirurgicale. D’autre part, la marche des plaies sous-cutanées est différente de celle des autres plaies, et par cela même on doit faire de ces lésions une description distincte.

Historique. — On a publié sur les plaies sous-cutanées un très grand nombre de travaux, mais malheureusement, beaucoup d’entre eux, destinés à défendre des assertions insoutenables, n’ont pas de caractère scientifique. Nous nous bornerons seulement à citer quelques mémoires qu’on doit consulter pour se faire une idée juste de l’histoire des plaies sous-cutanées, soit que les auteurs de ces recherches aient embrassé l’ensemble de la question, soit cpi’à propos d’un fait particulier, ils aient tiré des conclusions générales. — Ammon, De physiologia tenolomiæ experimentis illuslrata. Commentatio chirurgien. Dresde, 1 837 (traduction dans le journal l’Expérience, 1 "volume, p. 451). — Bonnet, Traité des sections tendineuses et musculaires sous-cutanées, etc., suivi d'un Mémoire sur la névrotomie sous-cutanée, 1 841 . — J. Guérin, Essais sur la méthode sous-cutanée, comprenant deux Mémoires sur les plaies sous-cutanées en général, etc., 18 41. — MALGAIGNE, Sur l’innocuité du contact de l’air dans les incisions sous-cutanées ( Journal de chirurgie, 1 843, 1 "volume page 95). — Bouvier, Mémoire sur la détermination des véritables caractères des plaies sous-cutanées [Archives de médecine, juillet 1 855). — Discussion SUR LA • MÉTHODE SOUS-CUTANÉE devant l’Académie de MÉDECINE ( Bulletin de l’ Académie, 1857, n 9 et 16). Deciiambre et Sée, A oie relative à des expériences concernant l'influence de l'air atmosphérique sur la cicatrisation des plaies [Gazette hebdomadaire, 1857, n° 7). W. Adams, On the Reparative Process in human Tendons. Londres, 1 860.

Les plaies sous-cutanées sont de plusieurs sortes. On en voit qui sont produites par des instruments piquants et tranchants, tandis que d’autres doivent etre classeès dans les plaies contuses ou par arrachement.

Anatomie pathologique. — Symptomatologie. — La plupart des plaies sous-cutanées communiquent primitivement avec l’air extérieur par un trajet étroit et oblique, mais ce trajet n’est que temporaire, ne tarde pas a s oblitérer, et alors la solution de continuité cesse de communiquer avec 1 ait ambiant. D autres fois les plaies sous-cutanées ne communiquent point primitivement avec l’atmosphère : tels Sont certains décollements sous-cutanés dus à des froissements brusques et énergiques.

Les caractères primitifs de la plaie sous-cutanée sont à peu près les memes que ceux de la plaie exposée, mais avec une intensité variable. Ainsi les bords de la plaie s’écartent, et cet écartement, rare et peu marqué dans les plaies qui ne comprennent que le tissu cellulo-adipeux, devient considérable quand il s’agit de tendons et de muscles. Dans la ténotomie par exemple, les deux bouts d’un tendon divisé s’écartent de plusieurs centimètres, et l’espace qu'ils laissent entre eux est rempli plus tard par des élé-

420 1)ES LÉSIONS TRAUMATIQUES.

mcnLs de formation nouvelle. Si dans la plaie aucun vaisseau important n’a élé divisé, loul reste dans les proportions d’une ecchymose simple, elle sang s’infiltre au voisinage de la lésion. 11 n’est pas rare de voir un petit écoulement de sang se faire par le trajet oblique qui conduit a la plaie sous-cutanée, et quelques bulles d’air pénètrent souvent dans le canal de cette plaie, si les tissus divisés se rétractent considérablement. La douleur dans les plaies sous-cutanées est peu intense, car la peau n’a été divisée que dans un très petit espace.

Dans les deux ou Lrois premiers jours qui suivent une plaie sous-cutanée, on constate un peu de gonflement, une certaine augmentation dans la sensibilité de la partie, enfin un léger accroissement de vascularité. Mais ces phénomènes ne tardent pas à s’effacer, puis à disparaître, et la plaie abandonnée à , elle-même guérit, en général, par réunion immédiate, suivant le mécanisme exposé plus haut. Quand il s’est établi un grand espace entre les deux bords de la solution de continuité, une sorte de lymphe plastique est déposée dans cet interstice et s’organise peu à peu en un tissu qui acquiert de la consistance et quelquefois toutes les qualités du tissu primitif.

C’est surtout après des sections tendineuses qu’on peut bien étudier ce mouvement de réparation progressive. Des travaux très importants ont été depuis longtemps entrepris sur cette question, et nous avons eu soin de les indiquer en parlant de l’historique des plaies sous-cutanées; mais tout récemment encore ce sujet a été traité avec soin par W. Adams, dans son travail qui a pour titre: On the Jteparative Process in liuman Tendons (1860).

Nous prendrons pour type de notre description ce qui se passe ici dans la sec Lion sous-cutanée des tendons.

Peu de temps après la section d’un tendon, on voit l’espace vide laissé entre ses deux bouts se remplir lentement d’une matière molle, demiliquide, grisâtre. Du sang s’unit aussi un peu à la matière épanchée, et dans quelques cas le produit plastique s’infiltre même dans les tissus qui entourent le tendon et dans l’intervalle des fibres tendineuses. La gaine qui entoure le tendon et qui maintient l’union entre ses deux bouts divisés est devenue très vasculaire. On y constate, avec un épaississement notable, un réseau de vaisseaux congestionnés ; cette vascularité s’étend même un peu au delà des bouts divisés du tendon; quant à la section de ces bouts, elle reste assez longtemps nette et ne se modifie que plus tard. Mais cette matière plastique est destinée à subir quelques, changements. Peu à peu scs parties liquides se résorbent,- la matière réparatrice devient plus solide, plus grisâtre et mieux définie. Enfin le produit formé d abord d’un blastème à noyaux sert à constituer un faisceau fibroïde comme un cordon qui s’étend entre les surfaces tendineuses coupées. La solidité et l’isolement de ce faisceau deviennent de plus en plus marqués; au lieu des noyaux et des cellules embryo-plastiques, on rencontre au microscope, dans ce tissu fibroïde, des corps fusiformes à noyau, irrégu-

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