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CHAPITRE IV

DES MALADIES VIRULENTES

On désigne sous le nom d c maladies virulentes , des affections spécifiques, contagieuses, qui doivent leur origine à l’introduction, dans l’économie, d’un principe non isolable, désigné sous le nom de virus , lequel possède la propriété de germer et de reproduire des états morbides analogues à ceux dont il provient. Des maladies virulentes, les unes sont plus spécialement du ressort de la médecine : telles sont la variole, la rage ; d’autres, telles que la pustule maligne, la morve, le farcin, la syphilis, rentrent mieux, par leurs manifestations extérieures ou par les secours qu’elles demandent à la chirurgie, dans le cadre d’un traité de pathologie externe. Sans nous dissimuler combien il est difficile de tracer ici une séparation nette entre la partie médicale et la partie chirurgicale de notre art, nous nous bornerons à décrire seulement, parmi les maladies virulentes: 1° les maladies charbonneuses , 2° Vaffection farcino-moroeuse, 3° la syphilis.

ARTICLE PREMIER

DES AFFECTIONS CHARBONNEUSES

Les maladies charbonneuses sont des affections virulentes et contagieuses qui consistent en une altération du sang, sous l’influence de laquelle il se forme , le plus souvent dans la peau et dans le tissu cellulaire sous-cutané, des tuméfactions auxquelles, à cause de leur coloration noire, on a particulièrement donné le nom de charbon. '

Ces affections sont communes aux hommes et aux animaux; mais, chez ces derniers, elles se développent spontanément, tandis que, dans l’espèce humaine, elles sont presque toujours le résultat d’une transmission contagieuse. Les cas de charbon spontané, dans l’homme, sont excessivement rares et souvent contestables.

On ne peut pas bien faire 1 histoire des affections charbonneuses dans l’espèce humaine, sans connaître d’abord leur développement chez les animaux. Nous examinerons donc cette maladie dans les espèces animales avant de l’étudier chez l’homme. D’ailleurs les recherches sur les affections charbonneuses ont été souvent entreprises en môme temps par des médecins et par des vétérinaires; et pour mieux comprendre les résultats des uns, il faut être déjà familiarisé avec les travaux des autres,

§ ®es affections charbonneuses chez les animaux.

Historique. — On connaît, depuis la plus haute antiquité, les maladies charbonneuses chez les animaux ; les historiens, les poètes, les hippiatres

MALADIES vihulentes.

nous ont laissé sur ce sujet des renseignements très précis. Mais, sous ce titre, ils ont aussi confondu avec le charbon d’autres affections épizootiques, telles que ce typhus contagieux qui détruit si souvent de grandes quantités de bétail. C’est dans le siècle dernier qu’on commença à observer avec soin des épizooties charbonneuses, qui se développèrent en grand nombre sur divers points de la France et en Europe. Depuis cette époque jusqu’à nos jours, les épizooties charbonneuses ont été très fréquentes et ont régné successivement dans presque tous les départements.

L’étude de ces épizooties, par des vétérinaires très distingués, a donné lieu à d’intéressantes recherches dont les principales sont consignées dans le Traité du charbon, de Chabert (1782); dans les Recherches sur les causes des maladies charbonneuses chez les animaux, de Gilbert (1795) ; dans les Instructions vétérinaires, la Correspondance de Fromage de Feugré, les Mémoires de Gohier; enfin dans de nombreux articles insérés dans le Recueil cle médecine vétérinaire. Tous ces travaux ont été remarquablement exposés et jugés à l’article Charbon, publié par Bouley et Reynal , dans le A ouveau dictionnaire pratique de médecine, de chirurgie et d’hygiène vétérinaires, t. III, p. hiih.

Division. — Les affections charbonneuses des animaux ont reçu les dénominations les plus bizarres et les plus variables, suivant les régions du corps où elles se manifestaient, les doctrines médicales en vogue, le pays où la maladie régnait. C’est ainsi qu’on trouve les affections charbonneuses désignées par les noms de charbon externe, anthrax , bubon, ylossanthrax , avant-coeur, anti-cceur (charbon du poitrail) , peste rouge, fièvre putride, pernicieuse, ataxique, gastro-entérite charbonneuse, etc. Aujourd’hui, la plupart des vétérinaires désignent sous le nom de charbon l’ensemble de ces affections virulentes, en admettant toutefois les variétés que nous allons indiquer.

Chabert eut le mérite de séparer le charbon d’autres maladies générales putrides, gangréneuses, hémorrhagiques, œdémateuses, et il en distingua trois espèces : le charbon essentiel, le charbon symptomatique, et la fièvre charbonneuse.

Il regardait le charbon essentiel comme une maladie locale, spontanée ou communiquée, qui se manifestait sous la forme d’une tumeur extérieure sans être précédée de symptômes généraux. Celte variété des affections charbonneuses paraît être très rare chez les animaux, tandis qu’elle est la plus commune dans l’espèce humaine, où nous la retrouverons sous le nom de pustule maligne. Alors l’infection charbonneuse est consécutive à l’évolution de ce charbon essentiel, le plus souvent transmis par l’inoculation.

Le charbon symptomatique est précédé de phénomènes fébriles, d’ataxie, d’adynamie; la tumeur n’est que consécutive à cet état morbide général dont elle est l’expression locale symptomatique.

La fièvre charbonneuse n’est précédée ni suivie d’aucune tumeur à la surface du corps; elle ne provoque que des phénomènes morbides, généraux, subits et d’une gravité extrême.

DES AFFECTIONS CHARBONNEUSES

Cette division des affections charbonneuses n’indique pas qu’il existe une différence essentielle dans la nature de ces trois formes de charbon; mais Chabert voulu seulement marquer ici des différences symptomatiques importantes au seul point de vue de la pratique. Un autre vétérinaire qui a fait de beaux travaux sur les affections charbonneuses, Gilbert, n’admit pas les distinctions de Chabert. Il établit que toutes les maladies auxquelles on a appliqué l’épithète de charbonneuses ne sont que les manifestations d’une fièvre particulière qu’il désigna sous le nom de fièvre 'putride gangréneuse. Cette fièvre existe avec des manifestations extérieures ou sans manifestations apparentes au dehors ; mais, dans ce dernier cas, il se développe souvent des tumeurs dans l’intérieur des organes ou des cavités splanchniques, particulièrement dans la rate, le foie, les lames du mésentère et la région sous-lombaire.

L’idée de Gilbert est plus vraie en médecine vétérinaire qu’en médecine humaine. En effet, chez l’homme, l’immense majorité des cas de maladie charbonneuse consiste en pustules malignes (charbon essentiel), transmises par inoculation, sans qu’il soit possible d’admettre là une fièvre charbonneuse préalable. Mais pour les animaux où le développement spontané delà maladie est la loi générale, la division de Gilbert paraît plus rationnelle : c’est, du reste, celle qu’ont adoptée Bouley et Reynal dans leur article déjà cité.

Étiologie. — Le charbon détruit chaque année , dans diverses parties ! de Ia France, un grand nombre de bestiaux; il règne à l’état d’épizootie : dans bien des contrées, et à l’état d’enzootie dans la Beauce, la Brie,

! la Bourgogne, la Champagne, le Dauphiné, le Languedoc, la Lorraine, la Provence, etc. Beaucoup de causes ont été invoquées pour expliquer le : développement de ces maladies ruineuses pour le pays et dangereuses pour les hommes, mais on est loin d’être d’accord sur les conditions ' étiologiques de ces affections.

On a placé parmi les causes occasionnelles du charbon les habitations insalubres, les aliments de mauvaise qualité ou altérés par des cryptoj games, les boissons d eaux bourbeuses, une alimentation trop succulente ou composée de plantes des prairies artificielles, l’usage de foins nouveaux, les marches forcées, la contagion. Gilbert avait déjà fait remarquer I (Iue si ces causes avaient toutes une influence réelle, le nombre des affections charbonneuses serait plus considérable qu’il n’est réellement. Bouley et Reynal ont soumis à leur judicieuse critique l’influence de toutes ces

causes, et ils nous semblent avoir placé la question sur son véritable terrain.

Ils ont d’abord établi que le charbon se manifeste le plus souvent : oisqu une saison très chaude succède sans transition à une saison très puvicuse, que cette maladie est surtout fréquente dans les lieux où comme en Sologne, existent de larges étangs, des marais, des eaux croupissantes à la suite des inondations; qu’on la voit encore souvent ans es contrées dont le terrain est à base argileuse (Sologne et Nivcr-

UES MALADIES VlKULJiNTES.

nais, Beauce et Roussillon), ou calcaire schisteuse, ou argilo-calcairc. Les eaux arrêtées au-dessous de la terre arable, sur une couche argileuse 1 imperméable, forment alors là une sorte de marais souterrain d’eaux croupissantes.

Le résultat général de ces conditions climatologiques et géologiques est assez facile à saisir. Les eaux stagnantes dans les marais superficiels ou souterrains acquièrent une odeur nauséabonde par la fermentation putride d’une grande quantité de matières végétales et d’infusoires. La conséquence de cette putréfaction est l’exhalation presque continue des gaz hydrogène carboné, sulfuré et acide carbonique. C’est au moment où la température s’élève, pendant les mois de juillet, août et septembre, que ces effluves de la malaria sont plus abondants. Ils se répandent dans l’atmosphère que les animaux respirent, se dissolvent dans les eaux qu’ils boivent, enfin pénètrent dans leurs aliments mêmes.

On a cru que l’alimentation avec les fourrages altérés par des formations cryptogamiques était une des principales causes des affections charbonneuses chez les animaux, mais cette opinion n’est pas soutenable. D’abord, il faut noter que le développement de ces cryptogames sur les fourrages est sous l’influence des mêmes causes qui produisent le dégagement des miasmes marécageux; or on ne peut pas isoler ces deux influences étiologiques. Mais il faut ajouter à cela que les accidents produits par l’alimentation avec des fourrages ainsi altérés sont d’un ordre différent des accidents charbonneux : ce sont des symptômes d’empoisonnement. D’ailleurs ces derniers accidents ne sont pas constants. Ainsi Magne a nourri pendant trois mois un lot de moutons avec des pailles de blé rouillées, et aucun de ces animaux n’est tombé malade.

En résumé, les causes les plus probables des affections charbonneuses paraissent être, comme Bouley et Reynal l’ont établi, les émanations qui se dégagent de quelques marais ou de certains sols pendant les chaleurs de l’été.

Lorsque l’affection charbonneuse est développée chez un animal, elle se propage très facilement par contagion à l’homme et aux autres animaux. La contagion s’opère soit par le dépôt du sang ou de la sérosité qui entoure les tumeurs sur une surface absorbante, soit par l’inoculation d’un de ces liquides dans le tissu cellulaire sous-cutané. Tous les animaux n’ont pas une égale aptitude à contracter le charbon, et, à cet égard, on les a ainsi rangés : le mouton, le lapin, la vache, les solipèdes, les chiens et la volaille.

Quand on inocule les matières du virus charbonneux de ces différents animaux, on constate aussi qu’elles n’ont pas toutes la même activité : ainsi le virus charbonneux du cheval a peu d’énergie.

Si personne ne nie la contagion directe du virus charbonneux, il n’en est pas de même de la contagion à distance. Des autorités également recommandables soutiennent et combattent ce mode de transmission de la maladie, et l’on trouvera dans l’article déjà cité de Bouley et Reynal

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les preuves favorables et contraires à celle transmissibilité. Mais les faits négatifs ne nous ont point paru avoir l’importance des faits positifs, et, en tout cas, il sera bon de se conduire comme si ce mode de propagation de la maladie était établi. D’ailleurs, il n’est pas impossible d’admettre le transport par l’atmosphère d’éléments matériels contagieux provenant d’animaux malades.

Symptomatologie. — 1° Fièvre charbonneuse sans éruption extérieure. — On ne constate pas de symptômes propres à la période d’incubation de la fièvre. Le début de la maladie s’annonce par un changement dans l'habitude extérieure de l’animal. Il est ou abattu, triste, somnolent, ou agité, inquiet, trépignant; bientôt sa lassitude devient extrême, et souvent il se couche. Dans l’espèce chevaline, on constate que la peau est sèche, crépitante sur le dos, les reins, les côtes, et que les poils sont ternes et hérissés. Il y a des frissons violents, des sueurs abondantes; les battements du cœur deviennent rapides, tumultueux, quelquefois intermittents; la respiration est inégale, saccadée.

On voit quelquefois ces symptômes, qui n’ont à la vérité rien de caractéristique, diminuer peu à peu et disparaître. D’autres fois la maladie se définit bien par la formation de tumeurs charbonneuses externes; mais dans un certain nombre d’autres cas, la fièvre charbonneuse continue sa marche envahissante. Tous les symptômes indiqués plus haut s’exagèrent • l’animal rend par les naseaux des matières sanguinolentes, et par l’anus des excréments séreux, sanguins et fétides; puis la température du corps s’abaisse peu à peu, les sueurs sont de plus en plus froides; la faiblesse augmente, l’animal ne peut plus se soutenir sur ses jambes, et meurt souvent dans l’espace de douze à vingt-quatre heures, au milieu de convulsions.

Au début de certaines épidémies, la mort est plus rapide encore. On a i vu des animaux, frappés au milieu de leur travail, s’arrêter, chanceler, tomber comme frappés par la foudre, s’agiter convulsivement, rendre du i sang par les naseaux et l’anus, et mourir fort promptement.

2° De la fièvre charbonneuse avec éruptions charbonneuses externes. — Les ■ tumeurs qui se développent durant le cours de la fièvre charbonneuse i ont une physionomie excessivement variée ; elles siègent en général dans | lc lissu cellulaire sous-cutané ou sous-muqueux, dans les ganglions lymi pratiques, dans les muscles, et s’y montrent sous la forme de nodosités , à' engorgements étendus , d 'infiltrations séreuses ou sanguines.

Le point de la peau qui va être le siège d’une formation charbonneuse ! esten général sensible, un peu sec, et les poils s’y hérissent; la tumeur apparaît comme une nodosité arrondie ou irrégulière, de volume variable,

\ in(,olore i quelquefois on trouve dans la môme région plusieurs nodosités!

‘ Ces. tumeurs sont molles, œdémateuses, crépitantes; leur extension sé fait rapidement, et en même temps elles deviennent froides, noires et insensibles. On y a noté un frissonnement particulier, une sorte d’ébullit'on sous-cutanée due sans doute h la formation continue de bulles

DES MALADIES VIRULENTES

gazeuses qui s’épanchent dans les tissus. Si l’on vient h inciser ces tumeurs il en sort des gaz fétides mêlés à un fluide roussâtre ou noirâtre Ces inri’ sions donnent assez souvent lieu à des hémorrhagies passives.

Les tumeurs charbonneuses se montrent ailleurs sous la forme de arges engorgements durs, froids, insensibles, entourés souvent d’une m i tration œdémateuse assez étendue pour occuper quelquefois la moitié du corps de l’animal.

Quand le charbon se développe à la langue, aux lèvres, on y constate des ampoules, des phlyctènes remplies d’un liquide roussâtre ou jaunâtre corrosif, qui s’ouvrent et donnent lieu à des ulcérations rouges à leur centre et noires à leur circonférence.

Chez les animaux à peau blanche ou sur des parties du corps dépourvues de poils, on constate encore des taches ecchymotiques ou de véritables infiltrations de sang qui deviennent plus tard des plaques gangréneuses.

Le plus souvent ces tumeurs charbonneuses sont précédées de la fièvre charbonneuse; mais, dans quelques cas, la tumeur se montre, et les symptômes généraux sont si légers, qu’ils passent inaperçus. Mais à mesure que la tumeur prend de l’extension, les phénomènes de la fièvre charbonneuse se manifestent.

Quand un animal est sous 1 influence d’une lièvre charbonneuse, l’apparition des tumeurs est en général marquée par une rémission des symptômes, période de calme trompeur pour des yeux peu exercés.

La tumeui charbonneuse une fois développée suit une marche très variable. On en a vu diminuer peu à peu et disparaître tout à fait, en même temps que la fièvre charbonneuse guérissait sous l’influence d’un traitement général. Ailleurs les tumeurs s’ouvrent, suppurent et se détachent par fiagments gangréneux; quelquefois il y a des métastases qui sont suivies d’accidents généraux promptement mortels. La durée de tous ces accidents ne peut être déterminée.

Anatomie pathologique. — C’est sur le cadavre des animaux qu’on a pu laiie avec le plus de soin 1 anatomie pathologique des affections charbonneuses ; car chez 1 homme, les examens cadavériques sont à la fois plus rares et plus difficiles. Toutes ces recherches n’ont cependant pas jeté un grand jour sur la nature de la maladie charbonneuse. Ainsi le sang qu’on prend sur des animaux atteints de charbon est noir, épais, comme boueux, presque incoagulable, et il se putréfie rapidement en une ou deux heures. La diminution de la fibrine est considérable et assez souvent des deux tiers. Ainsi s’explique l’incoagulabilité de ce liquide dans lequel on trouve a peine quelques filaments fibrineux ; la matière colorante rouge paraît avoir augmenté ; on ne constate pas au microscope d’altération propre aux globules.

Le cadavre des animaux qui viennent de succomber au charbon exhale une odeur infecte ; il est tuméfié; le ventre est considérablement ballonné; on trouve sur la peau des taches brunâtres, et autour d’elles des infiltra-

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lions gazeuses, sanguines, séreuses. Le tissu cellulaire sous-cutané ou intermusculaire est aussi infiltré d’une sérosité jaunâtre ; les chairs de l’animal sont molles et friables. Quand on incise les tumeurs, on trouve qu’elles sont formées d’un amas de sérosité citrine et de sang mêlé à des gaz, sans pus ni exsudât. Delafond prétend que, par un lavage minutieux, ou peut ramener à l’état normal tous les tissus compris dans la tumeur charbonneuse.

La fluidité du sang contribue à infiltrer de ses principes colorants les parois vasculaires, qui sont d’un rouge plus ou moins foncé; les ganglions lymphatiques sont augmentés de volume, ramollis, ecchymosés, rougeâtres ou jaunâtres, et entourés d’une infiltration séreuse; les vaisseaux lymphatiques qui se rendent à ces ganglions sont distendus.

On découvre sur le péritoine, dans l’épiploon, le mésentère, des taches ecchymo tiques, et dans la cavité péritonéale une sérosité sanguinolente ou foncée en couleur. Chez les chevaux, on voit encore assez souvent dans les lames mésentériques, du côté de la région sous-lombaire, des tumeurs charbonneuses dues à des amas de sang noir et à de la sérosité citrine infiltrée. Les intestins sont rouges, colorés partiellement par des taches noires ou verdâtres ; les villosités sont dépouillées de leur épithélium et en partie détruites; la muqueuse est le siège d’infiltrations ecchymotiques; quelquefois on trouve du sang épanché dans la cavité intestinale.

La rate est particulièrement altérée; son volume est doublé, parfois quadruplé; sa couleur est livide, bleuâtre ou noirâtre. Quand elle est bosselée, ses bosselures tiennent à des amas sanguins; enfin le tissu môme de la rate est très diffluent. Le foie est aussi ramolli ; la plèvre est pointillée de taches noires; son tissu cellulaire sous-séreux est infiltré. Enfin il existe des taches brunes et noires dans les poumons.

On comprend combien ces lésions sont variables chez les différents individus; mais les altérations du sang, de la rate et des ganglions lymphatiques sont constantes.

Nous n’avons pas à nous occuper ici du traitement du charbon chez les animaux, mais nous avons cru devoir donner quelques développements à l’étude comparée de cette maladie, parce qu’ils permettront de bien comprendre l’histoire de la pustule maligne chez l’homme.

§ affections charbonneuses cher l’homme

Les affections charbonneuses chez l’homme ont pour cause la plus générale la contagion, et s’expriment alors sous deux formes qu’on connaît sous le nom de pustule maligne et d 'œdème malin. Quant au charbon symptomatique d une fièvre charbonneuse et à la fièvre charbonneuse , les exemples en sont contestables.

Historique. — On peut considérer trois périodes dans l’histoire des affections charbonneuses chez l’homme : la première s’étend d’une antiquité fort reculée à la fin du xvme siècle; la seconde est marquée par les

DES MALADIES VIRULENTES

travaux publiés sur les affections charbonneuses à la fin du siècle dernier; enfin la troisième date des intéressantes recherches de Bourgeois (d Etampes), et comprend les importants travaux successivement publiés par Maunoury et Salmon, l’Association médicale d’Eure-et-Loir, Brauel (de Dorpat), Raimbert, etc.

On trouve dans les anciens auteurs , et notamment dans Gelse et dans Paul d Égine, des descriptions qui peuvent se rapporter aux affections charbonneuses, mais il est certain que jusqu’à la fin du siècle dernier, on a confondu toutes ces maladies avec l’anthrax et d’autres affections érysipélateuses ou gangréneuses.

Vers la moitié du xvm® siècle, on a commencé à séparer un peu le chàrbon virulent des autres lésions avec lesquelles on le confondait. C’est de la Bourgogne, ravagée alors par les affections charbonneuses, que sont partis les premiers travaux sur le charbon humain. Ainsi Maret, en 1752, présenta sur ce sujet un travail à l’Académie de Dijon. Quelques années plus tard (1769), Fournier publiait dans la môme ville son livre : Observations et expériences sur le charbon malin, avec une méthode assurée de le guérir. Ce médecin distingué donnait du charbon une description qui le séparait réellement de la pustule maligne.

Ces premières recherches engagèrent l’Académie de Dijon, célèbre alors par l’activité de ses recherches, à faire de cette question un sujet de prix. Elle proposa de «déterminer la nature du charbon malin, connu en Bourgogne et dans quelques provinces sous le nom de pustule maligne; en désigner les causes, et établir, d’après l’observation, la méthode la plus sûre à suivre dans le traitement de cette maladie. » Chambon et Thomassin se partagèrent le prix ; mais tandis que le premier confondait encore l’anthrax et la pustule maligne, le second indiquait avec précision les caractères propres à la pustule maligne. Nous ne reviendrons pas à ce sujet sur la querelle soulevée entre Thomassin et le fils de Chambon; mais l’Académie de Dijon, ne se trouvant sans doute pas suffisamment éclairée, remit la question au concours (1783). C’est de ce concours qu’est sorti le livre d’Enaux et Chaussier : Méthode de traiter les morsures des animaux enragés et de la vipère, suivie d'un Précis sur la pustule maligne (Dijon, 1785). Cet ouvrage, imprimé aux frais de la province, fut envoyé aux curés et aux syndics des communautés, afin de répandre dans les campagnes une connaissance précise des moyens les plus rationnels et les plus sûrs pour combattre ces accidents.

Ce livre, dans lequel la pustule maligne est nettement séparée du charbon, est resté la monographie la plus complète sur la matière jusqu’à ces dernières années. Les observations de Bayle) de Bidault de Villiers, le Traité de la pustule maligne de Régnier (1829), écrit au point de vue de la doctrine physiologique, ont ajouté peu de chose au Précis d’Enaux et Chaussier, et ne l’ont point fait oublier

Une troisième période dans l’histoire des affections charbonneuses commence avec le travail que Bourgeois (d’Étampes) publia en 1 8û 3 , dans

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