UES AEEEUT10NS CHARBONNEUSES. Ù
les Archives de médecine. Depuis celle époque, la littérature chirurgicale s’est enrichie de remarquables travaux sur les affections charbonneuses : ce sont les publications de l’Association médicale d’Eure-et-Loir, les mémoires de Maunoury et Salmon (de Chartres), les traités de Raimbert (de Châteaudun), de Bourgeois (d’Étampes) , etc., enfin quelques thèses inaugurales.
Fournier, Observations et expériences sur le charbon'malin, avec une méthode assurée de le guérir. Dijon, 1769. — Enaux et ChaüSSIER, Méthode de traiter les morsures des animaux enragés et de la vipère , suivie d'un précis sur la pustule maligne. Dijon, 1785. — Bayle, Considérations sur la nosologie , suivies de
V histoire d’une maladie gangréneuse non décrite jusqu’à ce jour (thèse, in-8, Paris, 1801). — Bidault de Villiers, Pièces et consultation médico-légale relatives à la pustule maligne (Œuvres posthumes, 1828, p. 183). — Regnier, De la pustule maligne, 1 829. — Heusinger, Die Milzbrandkrankheiten der Thiere und des Menszhen. — Historisch-geographisch-pathologische Untersuchungen. [Les maladies charbonneuses des animaux et de l’homme, recherches historico-géographiques et pathologiques]. Erlangen, 1850. — Comptes rendus de l'Association médicale à’ Eure-et-Loir, 1849-1852. — Brauell, Versuche und Untersuchungen betrefpend den Milzbrand des Menschen und cler Thiere [Expériences et recherches sur le sang de rate et le charbon de l’homme et des animaux] ( Archiv für pathol . Analom., 1857, t. XI, p. 132, et Journal de médecine de Bruxelles, 1857, t. XXIV, p. 555). — Maunoury, Recherches expérimentales sur l’inoculation de la
pustule maligne de l'homme aux animaux ( Gazette médicale, 1855, p. 351).
Salmon et Maunoury, Mem. sur l inoculation de la pustule maligne comme moyen nécessaire de diagnostic de la véritable pustule charbonneuse ( Gazette médicale, 1857, p. 684). — Raimbert, Traité des maladies charbonneuses. Paris, 1859.
J. Bourgeois, Traité pratique de la pustule maligne et de l’œdème malin, ou des deux formes du charbon externe chez l’homme. Paris, 1861.
lous ces travaux établissent que chez l’homme, la plus commune des affections charbonneuses est la pustule maligne, qu’on a encore désignée sous le nom de charbon idiopathique ou essentiel. Une autre forme du mal bien moins fréquente que la précédente, mais pas très rare cependant, est celle décrite par Bourgeois sous le nom d’œdème malin. Maunoury a essayé de prouver l’existence, dans la Beauce, delà fièvre charbonneuse essentielle; mais ses preuves ne sont pas convaincantes. Enfin, quant au \ charbon symptomatique d’une infection charbonneuse spontanée, aucun de ceux qui, depuis Fournier, ont écrit sur lé charbon n’en a rapporté : d’irrécusables exemples. Cependant, comme on n’est pas en droit de nier
f ce que ce savant médecin a publié, nous donnerons une simple analyse de son travail.
1” Pustule maligne.
; La pustule maligne , qu’on désigne encore vulgairement sous les noms | f e bouton malin, de puce maligne, de feu persique, ou de charbon tout sim- I plument, est une allection virulente, à forme gangréneuse, duc à la con- - tagion du virus charbonneux des animaux, et qui, après être restée quelque temps locale, finit le plus souvent par s’accompagner d’accidents u généraux très graves.
DJiS MA LA KJ- ES VIIU'LENTKS.
Etiolgwx.-— Tout le monde admet que la pustule maligne est ordinaire- ! mcnL transmise à 1 homme par les animaux ; mais dans quelques cas rares, , ; 1 «dlcelion est communiquée de l’homme a l’homme. Quant a la possibilité | du développement spontané de la maladie, soutenue par quelques méde- r cms, elle est niée par le plus grand nombre. Nous aurons donc à examiner ; la question étiologique sous ces diüérents points de vue.
1 1 ransmisston des animaux à l'homme. — La pustule maligne provient:
presque toujours d’animaux atteints d’affections charbonneuses. Lesmammifères herbivores, plus souvent que d’autres malades du charbon,, sont la source la plus abondante de la pustule maligne chez l’homme. Ce sont donc le bœuf, la vache, le mouton, la chèvre, le cheval, l'âne, etc., qui propagent surtout cette redoutable maladie. Chaussier et Bourgeois î apportent aussi 1 observation de personnes atteintes de pustules malignes pour avoir préparé des peaux de lièvre.
il n exisLe point d observations suffisamment probantes de pustules malignes transmises par des carnivores. Cependant Thomassin (1) dit avoir mi la maladie se développer sur un individu qui avait dépouillé un loup mort dans un lossé. Les expériences de l’Association médicale d’Eurc-et- Loir, confirmées par celles de Brauell (de D or pat), ont établi que la maladie charbonneuse n avait pu être communiquée au chien comme elle l’était aux herbivores.
La pustule maligne est surtout transmise par les animaux atteints d afiecLions charbonneuses internes , qu’on désigne chez le mouton sous le nom de sang de rate; chez le bœuf, sous le nom de maladie de sang; enfin, chez le cheval, par l’expression de fièvre charbonneuse. Mais on a vu la pustule maligne provenir aussi du contact de l’homme avec des animaux surmenés, et même, dit-on, avec des animaux en apparence sains, dans des conditions que nous ne pouvons pas encore apprécier. ' ‘
Tous les produits des animaux charbonneux peuvent transmettre la maladie; mais les liquides des tumeurs charbonneuses et le sang sont les matériaux les plus actils de la contagion. L’humeur charbonueuse est
tantôt un liquide séreux, tantôt une matière fibrineuse, riche en sérum, et dont on n’a pas encore étudié le principe colorant. Les peaux, les crins des animaux malades, donnent souvent la pustule maligne, car le virus n’a point perdu de sa force en vieillissant. Cauvière, cité par Bourgeois, prétend qu’il existe sur certains cuirs de petits kystes dont la rupture laisse sortir un liquide brunâtre, susceptible de transmettre le bouton malin. Enfin on a regardé la colle provenant de parties charbonneuses comme suspecte (Virchow).
Gela admis, quel est le mode de contagion? Souvent la maladie est transmise par inoculation sous la peau ou par simple contact. A l’appui de cette contagion directe, il faut citer la plus grande fréquence des pustules malignes sur les parties découvertes du corps, à la face, aux bras, au cou,. Les individus qui surveillent le bétail, le soignent ou l’abattent .
(1) Dissertation sur le charbon malin de la Bourgogne, ou la pustule maligne, 1782.
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UKS Al'l'ECÏJONS (J 1 1 Ail 110 NN!E U SES .
les ouvriers qui travaillent les peaux, les crins, ont mille occasions de se piquer avec des instruments ou des corps chargés de principes charbonneux, el l’inoculation de la pustule maligne est facile à comprendre dans ce cas. L’inoculalion directe est nettement constatée dans une observation de Bayle. Un chirurgien, s’étant blessé à la main avec un instrument qui avait servi à ouvrir une mule morte du charbon, fut pris de la pustule maligne. Bourgeois a vu la maladie produite par une écharde détachée d’une pièce de bois provenant d’une bergerie.
Mais il est quelquefois impossible de saisir la moindre écorchure au lieu occupé par la pustule maligne. On explique alors le transport de la matière charbonneuse, soit par les mains qui la portent, soit par les insectes qui la déposent sur un point où la peau est mince, l’épiderme éraillé, mais ce sont souvent là des hypothèses. Quelquefois encore il existe sur la peau de petites éruptions pustuleuses qu’on déchire sans y faire attention et qui ouvrent une voie facile au virus.
C’est donc par inoculation que la pustule maligne se transmet le plus souvent des animaux à l’homme; on a soutenu que sa propagation pouvait se faire aussi selon un autre procédé , l’infection miasmatique par 1 atmosphère; mais il est assez difficile de démontrer exactement l’in-
fluence de cette dernière cause.
Il n’est pas prouvé que la pustule maligne puisse être transmise par l’alimentation avec des viandes provenant d’animaux malades. Les faitscités à l’appui de cette opinion démontrent seulement que des viandes infectées peuvent donner lieu a des accidents plus ou moins graves d’empoisonnement, mais non à une véritable affection charbonneuse. On avait cru pouvoir expliquer ces accidents par le développement de pustules malignes à l’intérieur, par une sorte de contagion directe provenant des \iandes malades introduites dans 1 intestin; mais nous verrons plus loin que les lésions intestinales dans le charbon n’ont pas cette signification.
2° Transmission de Thomme à l'homme. — La pustule maligne peut se transmettre de l’homme à l’homme. Le fait d’un étudiant, aujourd’hui médecin distingué en province, qui, sous les yeux de Rayer, s’inocula impunément du liquide provenant d’une pustule maligne, ne prouve pas l’impossibilité de la transmission, car le virus charbonneux ne paraît pas résider dans ce liquide. En effet, quatre inoculations de la sérosité de la pustule maligne ont été faites de l’homme à l’homme par des membres de l’Association médicale d’Eure-et-Loir, et sont restées sans résultat posiùl; mais des faits cliniques ont prouvé sans réplique la contagion de la pustule maligne de l’homme à l’homme. Thomassin, Maucourt (1), Raimbert, ont cité des faits qui tendent à établir celle transmission de a pustule maligne; mais ceux des deux derniers observateurs surtout sont très probants.
Bu reste, si l’on peut expliquer les cas négatifs de transmission de la maladie par la nature des liquides inoculés, on sait, par expérience sur
(I) Thèse. Paris, 1829.
MES MALADIES VIRULENTES
dos animaux que d’autres parties de la pustule maligne sont au contraire très dangereuses.
3° Transmission de l'homme aux animaux. — Un a voulu savoir si le virus charbonneux pris sur l’homme pouvait être de nouveau transmis aux animaux, et l’on a tenté à cet effet quelques expériences, soit à l’aide du liquide huileux exprimé d’une eschare de pustule maligne, soit par le sang, soil par l’insertion sous la peau de fragments de la pustule. Les expériences de l’Association d’Eure-et-Loir, et celles de Brauell (de Borpat), ont montré que les produits de la pustule maligne de l’homme, insérés à vingt-sept animaux (moutons, chevaux, vaches, chiens, lapins, etc.), ont entraîné la mort de dix moutons sur quinze. Du reste, toutes les fois que le charbon humain a été transmis aux animaux, il n'à jamais produit chez eux de tumeurs extérieures ayant de l’analogie avec lui, mais une sorte de fièvre de mauvaise nature, une intoxication génélale, en ont toujours été la conséquence. Des expériences comparatives laites par Raimberl, a l’aide de tissus mortifiés, provenant de plaies ou de brûlures, n ont jamais pu causer la mort des animaux. Ainsi sc trouve détruite l’opinion de Basedow, qui avait voulu prouver l’identité de l’inoculation du charbon, dont il niait le virus, et de l’infection par les sucs cadavériques (1).
U° Origine spontanée. — Rien ne prouve, à côté de ces faits de transmission contagieuse, que la pustule maligne puisse naître spontanément chez 1 homme, et nous partageons tous les doutes de Boyer sur l’origine spontanée d’une pustule maligne épidémique que Bayle aurait observée en Languedoc durant 1 année 1796; car dans le même temps, un grand nombre de bestiaux succombèrent aux affections charbonneuses dans ce pays, et par ce fait-là même peuvent s’expliquer bien des modes de transmission du mal souvent peu faciles à saisir.
L’infection charbonneuse ne donne pas l’immunité contre la maladie, car on a l’observation d’individus qui furent plusieurs fois atteints du charbon.
La pustule maligne sc voit surtout chez les individus que leur profession met en rapport avec les animaux ou les débris des animaux. Aucun sexe et aucun âge ne sont a l’abri de la maladie ; on l’a vue se développer sur une nourrice sans que l’alimentation de son nourrisson ait. été altérée.
Il y a certaines contrées de la France dans lesquelles la pustule maligne se développe de préférence. C’est dans la Bourgogne, la Franche-Comté, la Champagne, la Brie, la Lorraine, l’Alsace, la Provence, le Roussillon, la Bcauce, qu’on la voit le plus souvent; tandis que dans d’autres contrées clic est très rare ou inconnue : tels sont la Normandie, la Bretagne, la Flandre, l’Artois, le Limousin, la Sologne, le Nivernais, l’Auvergne.
Un ne constate véritablement de pustules malignes que sur la peau; les lésions qu’on trouve sur les membranes muqueuses des individus qui succombent aux affections charbonneuses n’ont pas tous les caractères de la pustule.
(I) Cræfcct Walther, Juumal für Chirurgie, 1825, vol. VII, p,- IS5.
DES A l'FECTIOiNS Cil AUBONN EfSKS.
r Symptomatologie. — Knaux et Chaussier avaient divisé en quatre périodes tout à fait arbitraires révolution de la pustule maligne, mais leur classification n’est plus acceptable. Bourgeois ne distingue seulement là que deux périodes : l’une d 'éruption, l’autre d’ intoxication ; tandis que Raimbert en admet trois : la première d’ incubation , la seconde iVéruption , et la troisième d’ intoxication. Nous adopterons celte dernière façon de classer tous ces phénomènes morbides.
i° Période d'incubation. — 11 existe entre l’apparition de la pustule maligne à l’extérieur et le moment où le virus est déposé sur la peau, un espace de temps qui peut varier de quelques heures à trois jours. On a vu exceptionnellement, dit-on, la période d’incubation durer une quinzaine de jours. D’ailleurs certaines circonstances font varier le temps d’apparition de la pustule : ainsi son début est plus rapide si le virus provient d’animaux vivants, s’il pénètre dans l’économie par inoculation, ou s’il est déposé sur une peau line ou au niveau d’un de ces boutons si fréquents à la surface du corps. L’élévation de la température paraît favoriser les progrès du mal. Le seul phénomène de cette période consiste en de la démangeaison dans le point où plus tard se montrera la pustule.
2" Période d’éruption. — La pustule maligne débute par une petite tache difficile à constater, et qu’on a comparée à une morsure de puce. Cette première manifestation de la maladie est plutôt admise d’après le dire des malades que d’après l’observation rigoureuse des médecins. Mais cette tache est bientôt remplacée. par une papule brune ou rosée, conique ou un peu tronquée à son sommet, sur lequel se développe une vési- F,„ .
/ r , • .. , . FlG-./.{,-1~Pustule ma'isrne : A, eschare centrale ; B, anneau
cille rudimentaire ; cette vési- vésiculaire; e, noyau d’induration de la pustule. D aréole
«île remplie d’une sérosité
claire, blanche ou cilrinc, est souvent ombiliquée et repose sur un noyau induré, mobile, circonscrit, entouré d’une nrinh rougeâtre Le développement complet de la vésicule se fait dans l’espace' de vingt-quatre à trente-six heures.
Les doigts des malades déchirent bientôt celle vésicule qui était prurigineuse; p, us on trouve au-dessous d’elle une petite tache brunâtre qui répond a une partie mortifiée de la peau, et le prurit cesse. L ’esefile («g. 76) es quelquefois Ires superficielle, mais le plus souvent son épaisseur cs plus considérable; elle est tantôt un peu molle et tantôt tout
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L aréole qui entourait le premier noyau d’induration s’étend peu à peu jusqu’à 1 centimètre environ. La circonférence interne de cette aréole, 1 qui sert de limite a l’eschare, devient le siège d’un cercle de vésicules qui contiennent une sérosité citrine ou sanguinolente; le tout ressemble alors a un chaton de bague entouré de petites perles. Vanneau vésiculaire est quelquefois complet, tandis que dans d’autres cas la moitié de la circonférence est seule recouverte de vésicules; on voit plus rarement ce cercle comme lormé d’un chapelet a grains séparés. Cette couronne vésiculaire s’éloigne du centre à mesure que l’eschare s’étend. Autour de l’aréole vésiculaire, on trouve une aréole érythémateuse souvent fort étendue, et sur ces deux cercles on constate encore de temps en temps de véritables ecchymoses.
A mesure que la maladie fait des progrès, la base indurée et élastique sur laquelle repose l’eschare s’étend peu à peu, car c’est là que s’élabore la matière charbonneuse ; elle se continue insensiblement avec une sorte d’inflammation œdémateuse, molle, pâteuse, rénitente, dont l’étendue est très variable et quelquefois très grande : ainsi une pustule maligne au poignet s’accompagne quelquefois d’un œdème qui va jusqu’au tronc.
Des vésicules peuvent se montrer sur la seconde zone érythémateuse, à une distance plus ou moins grande de la pustule maligne. Elles sont isolées ou réunies en groupes, dont l’éruption se fait simultanément. On a vu très exceptionnellement des vésicules se produire sur un autre membre que celui envahi par la pustule.
La couleur des parties sur lesquelles se développent ces vésicules secondaires se modifie peu à peu et devient jaunâtre, violette ou noire. Le derme est insensible et presque mortifié ; c’est l’envahissement progressif de la gangrène mis en doute par Bourgeois, Maunourv et Salmon. Ces médecins ont en effet attribué le plus souvent à une cautérisation mal faite les progrès de la gangrène ; mais des observations, bien recueillies par Raimbert, démontrent qu’on a nié à tort ces gangrènes étendues dans la pustule maligne. Du reste, comme Thomassin l’a vu, cette gangrène envahit le tissu cellulaire sous-cutané avant de se montrer à la surface des téguments. Les vaisseaux et les ganglions lymphatiques sont assez souvent le siège d’un certain travail inflammatoire dans c.e cas.
Le début de la pustule maligne n’est marqué que par un sentiment de cuisson et de démangeaison sans douleur. Ce n’est, que lorsque l’induration et la tuméfaction œdémateuse se sont prononcées, que l’on constate de véritables douleurs spontanément ou par pression. Souvent aussi cette douleur est remplacée par un sentiment de grande pesanteur.
La période d’éruption de la pustule dure de quatre à six jours.
3° Période d! intoxication. — Les individus atteints de pustule maligne restent en général de deux à quatre jours sans éprouver de phénomènes généraux ; mais, au bout de ce temps, il se manifeste un état fébrile qui indique l’absorption des principes toxiques de la pustule.
Le malade est abattu, somnolent ; son pouls est mou. sa peau chaude
IlliS AKJ'ECTIONS UH A H BON N Eli SES.
et sèche, sa tète pesante et douloureuse; il n’a
plus d’appétit. Mais à
res premiers signes de l’intoxication charbonneuse succèdent des phénomènes plus graves. Le malade éprouve, sans mouvement fébrile, des défaillances, des vertiges; la langue devient sèche, l’halcine fétide; une douleur très vive se produit à l'épigastre en même temps que du hoquet,
des nausées, des vomissements, de la diarrhée. Tous ces symptômes n’existent pas à la fois, mais ils se montrent souvent tour à tour.
Si la maladie n’est pas enrayée par le traitement ou ne s’arrête point d’elle-même, tous ces symptômes s’aggravent; le ventre se méléorisc, le pouls s’affaiblit de plus en plus; il y a des syncopes, de l’anxiété, de l’agitation; la respiration devient rapide et inégale; des sueurs froides, quelquefois accompagnées d’une très grande chaleur intérieure, couvrent le corps; enfin le malade succombe dans l’agitation ou dans le coma, mais sans que son intelligence soit altérée.
La période d’intoxication dure de quatre à six jours, et la maladie, vers son neuvième jour, est arrivée à son apogée.
La pustule maligne, abandonnée à elle-même, tue assez souvent le malade, mais elle peut aussi guérir spontanément. On a vu dans des cas exceptionnels la mort arriver en vingt-quatre heures; d’autres fois les malades ont succombé brusquement sans aggravation de symptômes locaux. Certaines pustules situées au cou ont fait périr les patients à la suite d’un gonflement œdémateux de cette région. Enfin Bidault de Villers et Raimbert ont cité des cas d’individus qui, plusieurs mois après la pustule, avaient succombé h des accidents gastro-intestinaux qui avaient pris naissance en même temps que l’affection charbonneuse.
La guérison spontanée est sans doute plus commune que l’on ne pourrait le croire, et c’est à elle qu’il faut attribuer les merveilleux effets de quelques plantes dans le traitement de ces pustules. Quand la guérison commence avant l’apparition des symptômes généraux, on voit une phlegmasie vive et profonde s’emparer du pourtour de la pustule, dont une partie est expulsée à litre d’eschare, puis tout guérit comme une plaie simple. Si le malade est a la période d intoxication, les symptômes généraux s’amendent, le pouls se relève, l’anxiété diminué, les vomissements et la diarrhée cessent ; une douce chaleur revient la peau en même temps que des phénomènes d’une inflammation franche se développent tout autour de la pustule. 11 s établit une séparation profonde entre la pustule et les tissus sains, et au bout d’un temps qui varie entre huit et vingt jours, on voit la masse mortifiée de la pustule se détacher; quelquefois l’œdème persiste encore plusieurs semaines.
On a décrit plusieurs sortes de pustules malignes, d’après certains caractères sans importance. Ainsi on a signalé une pustule œdémateuse , éri/sipélateuse , phlegmoneuse. Maunoury et Salmon ont tenté de séparer •a vraie pustule maligne inoculable d’une autre espèce de pustule maligne qui n’aurait pas ces propriétés infectieuses; mais ces tentatives n’ont pas abouti jusqu’alors à un résultat concluant.
-DES .MALADIES VIIU’LKNTES.
Nous pensons donc avec Énaux, Chaussier et Bourgeois qu’il n'v a qu une sorte de pustule maligne, dont les variétés dépendent de l'énergie du virus, de la nature du tissu envahi, de la force du sujet etc
Anatomie pathologique. - Nous avons déjà décrit, èn parlant du ■HARPON chez les animaux, les principales lésions internes de la pustule ma lgne, et cet aperçu servira à compléter ce qui manque à l'anatomie pathologique de cette maladie chez l’homme.
Les cadavre.8 des individus qui succombent à la pustule maligne se putréfient facilement; leur ventre est ballonné par des gaz contenus dans es intestins ; les principales veines superficielles ont laissé transsuder le sang t evenu fluide, et sont marquées par des lignes violacées. Celte fluidité du sang explique encore sa sortie par la bouche et par les narines.
L’examen anatomique de la pustule n’a fait voir dans l’eschare qu’une substance brunâtre, livide, noire, dure et sèche, et dans l’induration sousjacente qu’un tissu cellulaire dense, rougeâtre, rempli d’une sérosité .jaune. Les recherches microscopiques entreprises par Rohin, Raimhert, etc., pour étudier la structure de celte pustule, n’ont rien fait découvrir là qui mérite d’être signalé. On y trouve seulement cette appaicnce granuleuse propre à tous les tissus gangrenés et quelques vibrions très communs dans les parties putréfiées.
L appareil circulatoire contient un sang noir, épais, fluide; les poumons sont congestionnés, mais c’est du côté des voies digestives que les lésions sont plus marquées. Ainsi la surface interne de l’estomac est parfois le siège d une infiltration séreuse, comme mamelonnée. Chaque mamelon, de 1 a 2 centimètres de diamètre, est demi-transparent ou parsemé de taches jaunâtres. Ripamonti y a vu une petite phlyctène qui donna issue a de la sérosité roussâtre et laissa à nu une plaque circonscrite entourée d un cercle inflammatoire. On trouve encore dans l’estomac de petites tumeurs noires, hémorrhagiques, dues à une infiltration sanguine dans le tissu sous-muqueux. Ces diverses taches peuvent être le siège d’un ramollissement et d’une ulcération.
L’intestin grêle est exposé aux mêmes lésions, et. dans un cas on a constaté une hémorrhagie interstitielle entre les lames du mésentère, au point où il s’unit à l’intestin. Ces lésions de l’estomac et de l’intestin ont
été constatées par Rayer, Monod, Simonin (de Nancy), etc. Le gros intestin ne présente point en général de lésions semblables ; cependant Viricel dit avoir trouvé une pustule maligne dans le côlon.
Ces lésions ne sont pas des pustules malignes de l'estomac et de l’intestin grêle , mais des désordres dus à des infiltrations séro-sanguines suivies de décomposition des tissus cl d’ulcération.
Littré (1) a trouvé dans un cas de petits abcès dans le poumon, et dans un autre cas de pustule maligne à la face, du pus dans les veines de cette région.
Enfin on a constaté une augmentation de volume avec ramollissement
(I) Journal hebdomadaire , t. I, p. 449.
DES AFFECTIONS CHARBONNEUSES
do la rate, dont la couleur variait du rouge lie de vin au rouge noir.
Les autres organes n’ont point eu de lésions qui méritent d’étre signalées.
Diagnostic. — La pustule maligne, à son début, a été confondue avec la piqûre de certains insectes, et un peu plus tard avec le furoncle, l’anthrax bénin, l’érysipèle miliaire et gangréneux, les pustules d’ecthyma, la stomacace des enfants, l’acné, etc. Mais il faut, pour éviter l’erreur, se bien rappeler que la pustule maligne a comme caractères pathognomoniques une petite eschare, surmontée d’une vésicule ou de ses débris, entourée d’une aréole vésiculeuse et reposant sur un noyau dur que circonscrit un engorgement souvent fort étendu. Tout cela se développe sans pus et sans vive douleur spontanée.
Les piqûres de puce et de punaise ne produisent en général qu’un gonflement léger qui disparaît très rapidement, et ne doit pas être confondu avec les phénomènes de la pustule maligne. Les auteurs du Compendium de chirurgie (1) citent cependant un fait où l’on vit une piqûre de punaise donner lieu à des accidents qui pouvaient faire croire à une pustule maligne. Une petite vésicule transparente, supportée par un noyau d’engorgement, et accompagnée d’une tuméfaction depuis la main jusqu’à l’aisselle, s’élail produite sous l’influence de cette piqûre à la base du doigt indicateur. La piqûre du cousin donne lieu à une démangeaison très vive; il se forme sur le lieu de la blessure une petite vésicule, quelquefois un très petit tubercule cutané. Quand la phlyctène existe, le malade, en se grattant, la crève, et au-dessous on aperçoit un point central dur et grisâtre. Mais un examen attentif ne tarde point à faire voir les différences qui existent entre ces accidents et la pustule maligne. Dans la piqûre du cousin, la tumeur est non circonscrite, colorée en rouge vif, sans aréole vésiculaire; la démangeaison est moins vive et moins tenace que dans la pustule ; l’aiguillon se retrouve assez souvent dans la plaie; enfin tous ces phénomènes disparaissent très promptement. Quoi qu’il en soit, si le malade habite une contrée où régnent les affections charbonneuses, on devra prendre toutes les précautions nécessaires pour surveiller la marche du mal.
On a assez souvent conlondu la pustule maligne avec lé furoncle. Mais le furoncle est une tumeur rouge, conique, qui débute dans le tissu cellulaire avec des douleurs pulsatives, intolérables à la pression, sans aréole vésiculaire; qui se ramollit et laisse écouler du pus lorsqu’on la comprime: tous signes qu’on ne rencontre pas dans la pustule maligne. L’anthrax bénin, par sa nature inflammatoire, son volume, ses pulsations si intolérables, sa suppuration qui se fait jour par une ou plusieurs ouvertures, ne doit pas non plus être confondu avec la pustule maligne. Boyer et Bidault de Villiers ont cité des faits d 'érysipèle miliaire et pustuleux pris pour une pustule maligne; mais les éruptions érysipélateuses sont irrégulièrement disposées sur une large surface, sans noyau dur central, sans eschare spécifique; la peau voisine est molle et sensible : tous signes qui n’appartiennent pas à la pustule charbonneuse.
(1) Tome I, p. 269.
IIKS MAI.ADIKS VIRULENTES.
Dans les érysipèles gangrène w®, toujours précédés de symptômes «éuéraux, les eschares sont étendues, irrégulières; il y a une suppuration plus ou moins diiluse, et cette physionomie inflammatoire du mal ne permettra pas de prendre ces érysipèles gangréneux pour une pustule maigrie. La stomacace gangréneuse des enfants, arrivée à sa dernière période, peut-elle être confondue avec une pustule avancée? Non, si l’on examine avec soin les choses. En effet., dans la stomacace, l’eschare est plus large H plus molle que dans la pustule; il n’y a pas de cercle de vésicules; la maladie a procédé de la cavité buccale vers la peau, et sa marche a toujours été plus lente que celle de l’alfeclion charbonneuse.
11 y a une forme d ’ecthyma [pustules phlyzaciées ) qu’on peut confondre avec le bouton charbonneux. C’est une pustule qui se montre en général aux membres, et commence par un petit bouton purulent. Arrivée à son développement, elle est aplatie, à rebords saillants; la surface de la
peau, vivement enflammée, est d’une teinte brunâtre foncée, elle peut même être sphacélée dans quelques cas. On fera le diagnostic différentiel tn se 1 appelant la surface molle du bouton ecthymateux, la vive douleur, la nature purulente du liquide, l’absence d’aréole vésiculaire et l’acuité de 1 angioleucite qui accompagne en général ce bouton ecthymateux.
L acné , avec son point noir central d’où l’on peut faire sortir de la matière sébacée; 1 herpès, avec son groupe de vésicules et son gonflement érythémateux, sans noyau dur, ne doivent pas non plus être un sujet d erreur dans le diagnostic en question. Mais, malgré ces indications, la pustule maligne est assez souvent méconnue dans les pays où elle n’est pas endémique, et là où elle règne habituellement, on prend encore quelquefois pour des pustules malignes des pustules furoneuleuses qui n’ont rien de charbonneux.
Quant au diagnostic différentiel de la pustule maligne et des autres formes des affections charbonneuses, il résultera des descriptions qui vont suivre.
Pronostic. — La pustule maligne est une affection grave, car abandonnée à elle-même, cette maladie est très souvent mortelle, et la guérison ne s’obtient parfois qu’au prix de difformités hideuses; mais le pronostic varie suivant un grand nombre de circonstances. Ainsi, lorsque cette maladie a une marche franchement phlegmoncuse chez les individus d’un tempérament sanguin, elle est moins grave que quand elle est indolente, sans indice de réaction, et qu’elle se développe chez des individus d’un tempérament lymphatique ou que la fatigue et la misère ont épuisés. Le péril augmente si la pustule maligne se montre sur un enfant, sur un vieillard, sur une femme enceinte, qui est exposée à l’avortement (Chaussier, Chambon) ; si elle est multiple, si elle siège sur certaines régions, comme à la tempe, aux paupières, où sa guérison même entraîne un ectropion; au cou, où la tuméfaction du tissu cellulaire rend la suffocation imminente. Régnier a vu les nerfs du bras, mis à nu à la chute des eschares, amener un tétanos mortel. Enfin, lorsque la température est très élevée, le pronostic est moins favorable encore.
DES AFFECTIONS CIIAHBONNEUSES. ■> 1 1
Ttraitement. — Ce traitement comprend des moyens prophylactiques et. des moyens curatifs.
1° Moyens prophylactiques. — Les plus grandes précautions doivent être prises quand on est appelé à traiter des animaux atteints d’affections charbonneuses. Ainsi on aura d’abord soin de brûler les fumiers, et l’on ne livrera point a la consommation la viande d’animaux affectés de charbon; car si celte viande a pu clans quelques cas être impunément mangée, dans d’autres l’usage des mêmes viandes a été suivi des accidents les plus graves. On fera enfouir à une assez grande profondeur le corps de ces animaux, en ayant soin de lacérer d’abord leur peau, afin qu’aucun individu ne soit tenté de renouveler l’histoire, aussi drolatique que tragique, racontée par Hartmann dans les Mémoires de l’Académie de Stockholm (1).
Les individus qui soignent des bestiaux charbonneux devront prendre la précaution de s’oindre les mains de corps gras qui isolent des téguments les matières septiques; ils ne toucheront qu’avec des pinces les linges salis et les matières puriformes. Enfin, après ces pansements forcés, on se lavera avec de l’eau chlorurée les mains et les parties du corps qui pourraient être contaminées par du pus, du sang, etc. Tl est inutile de dire que de grandes précautions doivent aussi être prises quand on panse des hommes atteints de la pustule maligne ou qu’on pratique leur autopsie.
T Moyens curatifs. — La pustule maligne est, dans sa première période, une affection locale qui exige aussi un traitement local; les remèdes généraux ne doivent venir qu’en seconde ligne, pour combattre quelques accidents particuliers de la maladie. C’est donc à éteindre sur place le principe septique que doivent tendre les efforts du chirurgien.
Comment est-on arrivé à ce résultat ? Avant qu’on connût bien le développement de la pustule maligne, quelques médecins se contentaient de scarifier la partie malade, et d’exercer sur elle des pressions qui provoquaient, dit-on, la sortie des principes septiques. D’autres conseillaient de joindre à ces scarifications quelque pansement avec des pommades excit an tes et môme caustiques. Mais si ces moyens simples ont pu réussir dans quelques cas, il serait dangereux de s’y fier.
L extirpation de la pustule maligne a joui de quelque faveur dans le siècle dernier, mais elle est tout à fait et justement abandonnée. Maret, chirurgien de Dijon, la pratiqua pendant de longues années, mais finit par y renoncer. G est que le plus souvent le mal reparaissait énergiquement dans la plaie après chaque extirpation. ïhomassin cite de ces récidives un exemple frappant que nous allons rappeler. «En 1755, dans le mois d’août ou de septembre, j’accompagnai, dit-il, un chirurgien auprès d’une femme attaquée de la pustule maligne sur l’épaule droite, près du cou; la gangrène était déjà fort avancée, et l’eschare avait au
(1) Collection académique étrangère, I. XI, p.
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moto» la largeur d'un «eu ,1e Lois livres. La tumeur était très dure et s étendait a plus do doux pouces tout autour de l’eschare. Le chirurgien attaqua cette tumeur avec le bistouri, emporta tout ce qui était sphacelé sans en laisser la plus petite portion; il y eut une grande effù- • ion ( e sang, et 1 opération fut longue et douloureuse. Le chirurgien s applaudissait, et je le croyais dans les règles de la plus saine pratique Selon nous, tout ce qui était attaqué par le levain carbonculeux était emporte ; cette femme devait être hors de danger. Mais quel fut notre étonnement lorsque le lendemain nous vîmes que les chairs, si rouges la veille étaient devenues entièrement livides, et que les téguments de la circonférence du large délabrement que nous avions fait étaient noirs et e larges de phlyctènes. Nouvelle extirpation jusqu’au vif, nouvelles doueurs, nouvelles effusions de sang; le troisième jour, ce fut pis encore a ^ngrenc s’étendait jusqu’aux lombes. Le chirurgien ne se découragea point, il extirpa encore. L'hémorrhagie fut considérable; il fallut beaucoup de tamponnage et une compression forte pour l’arrêter; mais, maigre nos précautions, elle se renouvela pendant la nuit, et la malade mourut. » Cette observation, que je cite comme un renseignement historique, montre tous les accidents de ce mode de traitement de la pustule maligne.
C est a 1 union des scarifications et de la cautérisation qu’il faut rapporter les succès les plus sûrs. Les scarifications, comme l’a nettement établi Chaussier, ne seront ni trop légères, ni trop profondes; elles comprendront l’eschare, et l’on s’arrêtera dès qu’on verra le sang couler. Klles ont pour but de donner issue aux matières septiques de la pustule, en meme temps qu elles favorisent une action plus directe des caustiques.
La cautérisation convient à tous les degrés de la pustule maligne, dans sa première période comme dans la dernière, où prédominent les symptômes généraux. Il est facile de comprendre que la plupart des caustiques aient du être employés; mais il faut écarter tout de suite ceux qui, comme 1 azotate d argent, n ont pas une action prompte et énergique. On a donné la préférence au chlorure d’antimoine , aux acides azotique et sulfurique concentrés, à la potasse (Bourgeois), à la pâte de Vienne, au sublimé et au fer rouge; mais parmi ces caustiques puissants, on doit encore faire un choix. Ainsi les acides, la potasse, le chlorure d’antimoine, sont des caustiques qui ont l’inconvénient de fuser sur les tissus, de donner lieu à des eschares molles qui laissent suinter le sang, enfin de ne s’accompagner d’aucune réaction inflammatoire. On peut donc leur préférer avec avantage d’autres caustiques, le fer rouge ou le sublimé.
Cependant Bourgeois (d’Étampes) emploie de préférence la potasse, et voici son procédé de cautérisation. Il prend un cylindre rie potasse caustique a l’alcool, et ouvre les vésicules de la pustule en promenant ci r— culairement sur elles et sur l’eschare ce morceau de potasse. Dans le cas où l’eschare est trop sèche ou trop épaisse, il en enlève quelques pellicules â l’aide d’une lancette. Au bout de quelques instants, la po-
DES A FKECT10.NS CilAllBÜNNJiL'SES.
tassa dissout les chairs, qui se délayent el forment un détritus qui s’amasse eirculairemenl sur les bords de la petite excavation que l’on creuse ainsi. Mais l’irritation causée par le caustique amène dans la plaie une grande quantité de sérosité qui peut faire fuser la potasse au loin; on doit donc avoir soin d’essuyer à temps ces fusées caustiques. Au bout d’une ou deux minutes, on dépasse les parties malades, et il faut, pour terminer l’opération, toucher légèrement la surface cutanée sur laquelle reposent les vésicules. Quand Bourgeois craint que la cautérisation ne soit pas suffisante, il dépose et abandonne au fond de la plaie un morceau de potasse caustique gros comme un tôle d’épingle.
Le cautère actuel, qui peut dans certains cas rendre de grands services, que j’ai employé trois fois avec un succès complet, a l’inconvénient de donner lieu à des eschares peu profondes, et d’exiger aussi plusieurs applications successives, ce qui cause toujours de vives douleurs et un
grand effroi aux malades. Cependant le feu a l’avantage de réveiller la vitalité des tissus, et d’ôtre dans certaines régions très vasculaires d’un emploi plus sûr que les caustiques potentiels.
Un donne aujourd hui dans la Beaucc, où règne endémiquement la pustule maligne, la préférence au sublimé. Ce caustique amène dans les tissus une grande réaction favorable à la guérison; il ne fuse pas et donne lieu à des eschares sèches et dures; son application se fait sans ellroi et sans danger d’intoxication pour le malade: à tous égards, il est donc préférable.
La pratique des médecins de la Beauce varie un peu quant à l’emploi de cet agent : les uns s’en servent pur ; les autres l’incorporent à quelque onguent, de façon à constituer de véritables emplâtres. Voici le procédé le plus simple et le plus généralement adopté pour cette cautérisation. On incise crucialement la pustule; l’incision doit être d’un centimètre d étendue et aller jusqu’aux parties saines. On excise ensuite les lambeaux de la pustule, on étanche le sang, et quand l’hémorrhagie est arrêtée, on remplit de sublimé concassé le godet que laisse après elle l’excision de ces lambeaux. On emploie ainsi de 1 à 2 grammes de sublimé. Vingt-quatre heures après cette application, si le malade a beaucoup souifert, ce qui indique que le caustique a touché les parties saines placées au-dessous et au pourtour du mal, si une eschare convenable s’esL produite, s’il existe au pourtour de cette eschare un cercle vésiculeux contenant lin liquide séro-purulent, ce qui démontre de la part des parties malades un retour à ses fonctions normales, les accidents produits pai la pustule sont enrayés. Si, au contraire, le malade n’a pas du tout ou peu soullert, si le cercle vésiculeux n’est pas formé, si l’on voit le concilient œdémateux s’etcmlre, il faut pratiquer une nouvelle cautérisation La grande expérience des médecins de la Beauce, dans le traitement de b pustule maligne, donnons engagera accorder maintenant la préférence ;^hn,c su,; les autres caustiques. Mais si l'on avait à traiter un Jade aime a la période ,1 mlox, cation, on pourrait associer a la cautérisation
J)GS .MA LA 1)1 Es VJIUjLENU'ES.
de Ici pustule par le sublimé l 'application du fer rouge sur la périphérie du mal.
Uuand par 1 application des caustiques la maladie est arrêtée, le gonllemeut œdémateux diminue peu à peu, l’eschare reste dans les limites de la cautérisation, les phénomènes généraux ne se montrent pas, et la partie mortifiée s’élimine avec les phénomènes habituels de la gangrène inflammatoire. On peut alors, si la réaction phlegmasique autour de l’eschare est trop vive, faire des applications émollientes sur la région malade. Plus lard on pansera le mal avec quelques topiques excitants, comme 1 onguent de la mère, le styrax, etc., et l’on traitera la plaie comme uni1 plaie simple.
Quelques indications particulières dans le traitement peuvent naître du siège de la pustule aux lèvres, aux joues, etc. ; mais nous ne pouvons pas nous arrêter sur ce point.
Le salut des malades atteints de pustule maligne est dans le traitement local, quelle que soit l’époque du développement de la maladie. Mais dans la période d'intoxication, il convient de joindre à cette médication topique un traitement général. Les toniques, les excitants, les diaphoniques, sont alors indiqués. On donnera au malade quelques préparations vineuses de quinquina, de la thériaque, du bouillon froid, etc., en même temps qu’on pratiquera sur le corps des frictions aromatiques, etc.
C’est maintenant dans l’histoire de l’art qu’il faut chercher le traitement de la pustule maligne par les émissions sanguines. On trouvera les traces de cette médication dans le livre de Régnier, dans les Archives de la médecine physiologique 1836, p. 238, et dans un article de Schaken (de Nancy), inséré dans 1 e Journal de médecine et de chirurgie pratique , février 1835. 11 est utile d’ajouter que la plupart des guérisons citées à l’appui de ce moyen sont, soit des faits de guérison spontanée, soit des erreurs de diagnostic.
L'emploi des vomitifs et des purgatifs doit être restreint à certains cas où domineraient des phénomènes gastro-intestinaux très prononcés.
Nous n’avons pas parlé ici du traitement de la pustule maligne par des pommades, des décoctions de plantes, des applications de feuilles de noyer, parce que l’insuccès le plus complet attend l’emploi de ces moyens, lorsqu’ils sont appliqués à de véritables pustules malignes.
2° Œdème malin ou charbonneux.
Bourgeois a signalé, le premier, en 1843, une forme d’affection charbonneuse qu’il constata d’abord aux paupières, et qu’il crut devoir à ccl effet désigner sous le nom d’œdème charbonneux des paupières. Depuis cette époque, on a trouvé cet œdème malin sur d’autres parties du corps, au cou, au tronc, à l’aisselle, et quelquefois, mais très rarement, aux membres.
Étiologie. — L’œdème malin paraît succéder à l’absorption du virus charbonneux, soit à travers une muqueuse, soit à travers une peau fine ou dépouillée de son épiderme. Plus l’épiderme cl le derme sont minces, plus l’absorption esf aisée, e! ces conditions sont surtout réunies aux
DÉS AFFECTIONS CIlAlUlONNEUSES.
paupières pour faciliter le développement de l 'œdème charbonneux.
Symptomatologie. — Il faut examiner successivement les symptômes de la maladie, lorsqu’elle siège aux paupières, au tronc, etc.
L’œdème charbonneux des paupières débute par une tuméfaction diffuse de l’un ou l’autre de ces voiles membraneux; le plus souvent c'est la paupière supérieure qui est atteinte, et quelquefois ce sont les deux. Alors les paupières forment un bourrelet saillant et se louchent par leur face externe. Il n’y a pas encore de douleur, mais une simple démangeaison; la tuméfaction est molle, rénitente, demi-transparente; la peau est jaunâtre ou blanchâtre, et le mal s’étend bientôt à la tempe et à la joue.
La marche de cet œdème est rapide ; en vingt-quatre ou trente-six heures, les paupières forment un bourrelet dur; on ne peut guère les écarter les unes des autres; la conjonctive est infiltrée de sérosité et quelquefois de sang, mais l’œil est intact. Jusqu’alors la surface des paupières était lisse, mais bientôt elle devient inégale, bosselée; puis aux bosselures succèdent des phlyctènes remplies d’une sérosité sanguinolente au-dessous desquelles la peau est mortifiée.
On observe encore l’œdème charbonneux au cou, à l’aisselle, dans la région sous-maxillaire et au tronc. Dans cette dernière région, c’est surtout vers la partie supérieure et latérale de la poitrine que la maladie se manifeste sous la forme d’un gonflement mou, pâteux, tremblotant, sans changement de couleur à la peau ; à la région mammaire, très riche en tissu cellulaire, le gonflement est diffus.
L’œdème charbonneux du tronc ne tarde pas à se recouvrir de phlyctènes sur un fond d’un rouge obscur, livide; il s’accompagne, vers le deuxième ou troisième jour, de symptômes généraux qui se terminent très souvent par la mort.
L’œdème charbonneux des membres est d’un rouge violacé, et sa marche est d’autant moins rapide qu’il se développe plus loin di/ tronc.
Diagnostic. — Il n’y a aucun symptôme pathognomonique de l’œdème charbonneux, à la connaissance duquel on arrive par l’examen des circonstances et par la marche de la maladie. On peut surtout le confondre avec V œdème bénin des paupières et avec V érysipèle de la face.
L'œdème bénin, fréquent aux paupières et aux lèvres à la suite de piqûres d’insectes, n’est point différent de l’œdème charbonneux à son début, mais l’évolution de tous ses phénomènes est très rapide; il a disparu en vingt-quatre ou quarante-huit heures, tandis que l’œdème malin commence à s’étendre peu à peu et à se recouvrir de phlyctènes. Girouard ide Chartres) a indiqué deux procédés pour arriver alors au diagnostic diflérenliel. Dans le premier, il recherche avec soin s’il n’existe pas de pustules ou de traces de piqûres de mouche sur la partie œdématiée Pour cela, dit Girouard, il suffit de racler assez rudement avec une spatule la peau de la partie malade pour la dépouiller des matières étrangères ou. la recouvrent; cela fait, le chirurgien, après avoir trempé un pinceau de ‘ harpie ou une éponge dans de l’ammoniaque liquide, le promène npi
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demenl sur lu peau ainsi nettoyée. L’ammoniaque teint en noir la petite \esieule externe ou la piqûre, et l’on peut la cautériser directement.
Lu autre procédé de diagnostic consiste à badigeonner légèrement, avec un crayon d’azotate d’argent humecté d’eau, la surface œdématiée. S’il ne s’agit pas d’un œdème charbonneux, le point cautérisé, et recouvert ensuite d’onguent de la mère, donne lieu, au bout de cinq à dix heures, aune éruption de vésicules miliaires et puriformes; mais si l’épideime na pas été soulevé, ou si les vésicules ne contiennent qu’une sérosité citrine et limpide, l’œdème est véritablement charbonneux. Rdimbei t a vu le premier procédé déceler a la vérité la moindre piqûre, mais cela ne précise rien sur la nature charbonneuse du mal ; ce médecin a plus de confiance dans le second procédé.
Le diagnostic entre l’œdème charbonneux et l 'érysipèle de la face est souvent très difficile. L’œdème s’annonce par de la démangeaison sur la peau, dont la couleur est naturelle ou légèrement jaunâtre ou bleuâtre. La sensibilité n’est point augmentée; la tuméfaction est œdémateuse, diffuse, j) 1 us ou moins duie, et va diminuant du centre â la circonférence; elle disparait peu a peu sans qu il y ait déplacement des phénomènes. L’érysipèle, au contraire, se manifeste avec un sentiment de cuisson vive ou même de brûlure ; la peau est douloureuse à la pression , tuméfiée , lénilente, d une couleur plus ou moins rouge, limitée par un bourrelet; enlin tous ces phénomènes se déplacent.
Quand l’érysipèle devient gangréneux, on est encore mis sur la voie du diagnostic pai 1 existence de collections de pus sous les eschares, ce qu’on ne voit pas dans le charbon.
Enfin les symptômes généraux, à l’inverse de ce qu’on rencontre dans l’œdème charbonneux, se montrent dans l’érysipèle avant les phénomènes locaux.
Le pronostic de l’œdème charbonneux est plus grave que celui île la pustule maligne.
Le traitement consiste, tant qu’il n’existe pas d’eschare, à toucher l’œdème avec des excitants, comme la teinture d’iode, les pointes de feu.
Si des phlyctènes se montrent, on les cautérisera tout de suite, comme nous l’avons dit en parlant de la pustule maligne.
3° Charbon malin symptomatique.
Avant les travaux récents sur les affections charbonneuses de l’homme, on admettait sans contestation l’existence d’un charbon spontané de cause interne. Mais aujourd’hui, une étude très complète de la pustule maligne et des affections plilegmoneuses de la peau a fail voir l’extrême rareté de ce charbon spontané, et a même conduit quelques médecins à nier son existence. En effet, depuis le travail de Fournier [Observations et expériences sur le charbon malin , avec une méthode assuré de le guérir , 1769), il n’a été publié aucune recherche sérieusement conlirmative des idées de ce médecin. Toutes les descriptions du charbon
DES AFFECTIONS CHARBONNEUSES
malin sont donc, dans nos livres classiques, une simple analyse du mémoire de Fournier; et, quoiqu’on ne. soit pas autorisé à nier les faits avancés par ce médecin, il faut, en les interprétant, bien sc rappeler qu’il connaissait mal la pustule maligne, que quelques-unes de ses observations paraissent être des cas d’anthrax bénin, enfin que certains faits indiqués par lui se rapportent évidemment à d’autres maladies infectieuses.
Ces réserves faites, et sans nier l’existence du charbon symptomatique, nous en donnerons la description d’après l’ouvrage souvent cité de I Fournier.
On peut désigner sous le nom de charbon symptomatique une tumeur caractérisée à sa circonférence par un gonflement d’un rouge vif, luisant, d’aspect inflammatoire, et à son centre par une eschare livide et noire. Cette tumeur est presque toujours précédée et accompagnée d’un certain nombre de symptômes généraux qu’on rencontre dans la plupart des maladies infectieuses.
Étiologie. — Le charbon naît chez l’homme spontanément ou par contagion. Le développement spontané de la maladie est sollicité par la fatigue, l’élévation de la température, les privations de la misère et l’usage des eaux croupissantes. C’est à de telles circonstances qu’il faut rapporter le charbon spontané que Fournier observa en 172Zi, à Montpellier, et celui qui règne annuellement en Égypte, quand les eaux du Nil laissent à découvert, en se retirant, des matières animales en putréfac-. I lion. Celte maladie, rare dans le nord de la France, s’observerait surtout dans le Midi, en Languedoc et en Provence.
La contagion du charbon a semblé se faire : 1° par le contact direct avec des matières charbonneuses provenant d’animaux malades; T par l’introduction de principes septiques, soit dans les voies respiratoires (matelassiers, qui respirent la poussière s’exhalant de la laine d’animaux charbonneux; médecin qui avait respiré des matières fétides provenant d’un charbonneux); soit dans les voies digestives (faits cités par Fournier). Au dire de Fournier, l’alimentation par les viandes corrompues d’animaux morts du charbon ou de la clavelée produirait tantôt la fièvre charbonneuse, tantôt le véritable charbon. Mais il faut noter que. la plupart de ces assertions sont de pures hypothèses qui attendent encore leur démonstration.
Symptomatologie. — Le charbon inoculé naît sur le point qui a été touché par la matière charbonneuse; le charbon développé spontanément ou par infection se montre sur une partie quelconque du corps. Mais, quoi qu’il en soit, on constate avant l’apparition de la tumeur une prostration très marquée; le malade accuse un malaise indéfinissable, des nausées, de la tendance à la syncope, souvent un profond sentiment l d’angoisse.
Après un espace de temps variable de quelques heures à un jour, ' apparaît une tumeur souvent peu saillante, dure, fort douloureuse, d’mi
DliS MALADIES VIRULENTES.
rouge vif à sa circonférence et d’un noir fauve à son centre. Des pustules ou des vésicules à fond noirâtre, qui contiennent une sérosité rousse et J âcrc, recouvrent ce noyau d’engorgement charbonneux. Cette tumeur repose sur une base enflammée, tendue, luisante et colorée de diverses teintes. C’est de cette base que partent les racines du charbon, prolongements noirâtres et livides qu’on remarque lorsque la tumeur ne suit point une marche franchement phlegmoneuse et s’affaisse.
Le développement de la tumeur charbonneuse est marqué par une douleur fort vive , une chaleur mordicante et lancinante à la fois, il faut joindre à tout cela une fréquence avec petitesse du pouls, une sécheresse de la peau, une certaine anxiété, une soif vive, des cardialgies, etc., etc.
L’extension du mal se fait rapidement; on voit les tissus qui entourent la tumeur charbonneuse devenir noirâtres, se ramollir, les téguments se recouvrir de vésicules renfermant de la sérosité, et le tout enfin passer à l’état gangréneux. Cette gangrène marche souvent insidieusement sous la peau et détruit parfois de gros troncs vasculaires. Knfin arrivent les phénomènes ultimes, le hoquet, les convulsions, le coma et la mort.
Dans la variété qu’on désigne sous le nom de charbon érysipélateux , les phénomènes morbides sont moins intenses, mais la rougeur qui circonscrit le charbon est étendue davantage et d’une façon plus irrégulière. Cette forme de la maladie, où l’on voit plusieurs charbons reliés entre eux par des traînées inflammatoires, a été souvent constatée dans l’affection charbonneuse des pestiférés.
Les lésions anatomiques ne sont autres que ces infiltrations sanguines ou ces plaques gangréneuses que nous avons signalées dans le tube intestinal des malades qui ont succombé à la pustule maligne.
Diagnostic. — Les accidents produits par la piqûre d’animaux venir i meux ne peuvent guère être confondus avec la tumeur charbonneuse. La piqûre du scorpion, fréquente dans le Midi, pourrait seule, durant les premiers instants, laisser dans l’esprit quelque hésitation; mais cette hésitation ne sera pas de longue durée, car on ne peut pas constater là l’eschare centrale des tumeurs charbonneuses. Nous avons dit aussi plus haut combien les lésions phlegmasiques et purulentes du furoncle et de l’anthrax sont différentes des lésions primitivement gangréneuses de la pustule maligne et du charbon.
Un point de diagnostic aussi intéressant en théorie qu’en pratique, serait la distinction de la pustule maligne et du charbon, mais nous n’en possédons pas tous les éléments. Du reste, cette distinction ne pourrait s’appliquer qu’aux premières périodes de la pustule maligne. Car la pustule maligne à sa dernière période et le charbon se confondent dans leur expression locale, dans leurs phénomènes généraux, dans leurs caractères anatomo-pathologiques et leur traitement. Puisque la pustule maligne méconnue peut revêtir le caractère plus grave du charbon, ii importe donc de. rappeler leurs différences primitives. Or la pustule maligne a tout d’abord une évolution locale; elle pénètre du dehors au
DES AFFECTIONS CH A II BONNE USES
dedans, et ce n’est qu’au bout d’un assez grand nombre d’heures ou de quelques jours, qu’on voit apparaître les phénomènes généraux. Il n’en est plus de même dans le charbon. L’apparition de celle tumeur est précédée de symptômes généraux, sans qu’il soit possible de découvrir rien de local dans la cause de cette manifestation morbide. Les progrès rapides de cette tuméfaction, qui concordent d’ailleurs avec l’extension des phénomènes généraux, donnent au charbon une physionomie toute particulière. Enfin, dans l’aspect anatomique des tumeurs, on trouve aussi de notables différences.
Pronostic. — Le charbon est une maladie très grave; c’est ce qui résulte de l’opinion unanime de tous ceux qui ont observé de près cette affection. Ainsi Fournier perdit tous ses malades durant une période de onze années (1722-1733). La gravité du charbon est plus grande lorsque la tumeur siège au visage et au cou.
Il laut tenir compte encore, dans celte appréciation du pronostic, de la forme phlegmoneuse du mal, plus favorable que la forme franchement gangréneuse ou l’on voit tomber les phénomènes de réaction salutaire.
Traitement. — Tous les chirurgiens s’accordent à donner ici une large place au traitement général, mais ce traitement n’a point de règles fixes. Ainsi les émissions sanguines sont presque unanimement rejetées; Fournier, qui ne les repousse pas de la même manière, préconise surtout les vomitifs et les purgatifs. Voici comment il procédait dans ce qu’il appelait la foi me inflammatoire du charbon. Il pratiquait une saignée au début, puis administrait le tartre stibié a dose vomitive; le lendemain, il donnait un apozème purgatif (décoction de tamarin, mauve, séné), si l’émétique n avait point produit d’évacuations alvines; le troisième jour, si l’on constatait une amélioration dans l’état général, on donnait quelques bouillons, et si la gangrène s’étendait, on revenait à un vomitif, à un purgatif et aux boissons aqueuses.
Quand, dès le début du mal, les symptômes adynamiques prédominaient, on commençait par administrer quelque cordial, et deux heures après on donnait le tartre stibié ou le purgatif; mais au lieu de boissons aqueuses, on faisait usage de remèdes toniques, vin, quinquina, etc. Fournier insistait sur l’usage répété du tartre stibié. Nous faisons, à titre historique, mention de la pratique suivie par Fournier, mais nous ne saurions ni la conseiller, ni la rejeter. Notons seulement qu’elle n’a pas été très heureuse.
Le traitement local sera celui de la pustule maligne : larges débridementsel cautérisations jusqu’au vif. Fournier, qui ^poussait ces derniers moyens, conseillait d’extirper jusqu’aux parties saines tout ce qui était sphacélé et induré, et de panser la plaie avec un emplâtre dont il donne a lormule. Puis, si la gangrène reparaissait, nouvelle excision des lambeaux sphacéles, lotions excitantes et nouveau pansement avec l’emplâtre
aVOnS montré déJà ce CIUC vaut l’extirpation de la pustule maligne et nous ne saurions trop repousser cette méthode dans le traitement du
DES MALADIES VIRULENTES
charbon. De larges incisions sur la tumeur et une cautérisation mélhoclique nous semblent ici Lout à fait indiquées. Le cautère actuel, par la •[ promptitude de son action, par l’absence de substances vénéneuses laissées dans une large plaie, convient mieux ici que les autres caustiques dont nous avons parlé à l’article Pustule maligne. 11 ne faudra point craindre de porter largement le fer rouge sur tous les points sphacélés, et même, à l’aide d’incisions, dans les tissus qui menacent de perdre leur vitalité.
Il faut enfin se rappeler que certaines variétés de charbon dépassent, par la promptitude de leur marche, toutes les prévisions du chirurgien, et ne reçoivent aucune influence heureuse ni du traitement général, ni des cautérisations les plus intelligemment appliquées. I
4" Fièvre charbonneuse.
Nous avons semblé admettre ci-dessus que le charbon symptomatique était la conséquence d’un état infectieux de l’économie. Cet état, qu’on a désigné sous le nom de fièvre charbonneuse, peut-il exister sans éruption de tumeurs charbonneuses à l’extérieur? La réponse à cette question est très difficile, car on manque sur ce sujet d’observations détaillées, de faits concluants par des caractères tirés de l’anatomie pathologique et de l’inoculation. Cependant des médecins qui ont une grande expérience des affections charbonneuses, Maunoury (de Chartres) elRaimbert, inclinent à admettre l’existence de celte fièvre. Mais des observations plus positives que celles citées jusqu’alors, ont besoin d’être produites pour bien établir l’existence de la fièvre charbonneuse.
Symptomatologie. — Dans les cas qu’on suppose avoir été des exemples de fièvre charbonneuse, mais dont l’autopsie n’a pas donné la vraie signification, on a au début constaté du brisement des membres avec soif, des j envies de vomir sans vomissements, du météorisme du ventre et un besoin : continuel de rendre des gaz. Le malade se plaignait en même temps j d’oppression épigastrique , faisait de grandes inspirations, et son pouls I s’élevait rapidement à 120 ; de l’agitation survenait bientôt et faisait place | ensuite à des lipothymies; puis la peau prenait une couleur plombée, comme dans les altérations profondes du sang. Cependant l’intelligence : jusqu’alors restait intacte; mais successivement et en peu de. temps on voyait survenir du hoquet, un pouls petit et fréquent, de la somnol : lence ; enfin, au moment de la mort, une altération des traits qui rappel ; lait le faciès des malades qui succombent au charbon.
Voilà ce qui ressort de l’ensemble des faits très peu nombreux, il est vrai, recueillis jusqu’alors sur la fièvre charbonneuse.
Ces faits peuvent être comparés par quelques traits à l’épidémie meurtrière qui se déclara en 1727 dans les villages voisins de Montpellier, cl dont Fournier nous a laissé l’histoire sous le nom de pustule maliqne interne. Cependant il serait tout à fait impossible de préciser rien de nei ;i cet égard.