‹ Traité élémentaire de pathologie externeChapitre 38 sur 50 · UE L A F FE CT ION FA UOINU-.M OU VK USE · texte numérisé non relu

UE L A F FE CT ION FA UOINU-.M OU VK USE

Les accidents produits par l’usage d’aliments provenant d’animaux morts du charbon ne sont pas analogues aux symptômes de la fièvre charbonneuse. Ce sont le plus souvent des accidents gastro-intestinaux, comme ceux qui succèdent à l’ingestion de matières toxiques. Il y a des frissons, de fortes crampes dans le ventre et dans les membres, des vomissements verdâtres, des selles de même nature et une altération profonde du visage. Dans la plupart des cas ces phénomènes typhoïdes se sont dissipés peu à peu; mais dans un fait cité par Costa (1) , la mort est arrivée au milieu d’une prostration profonde.

Nous ne savons rien du traitement de la fièvre charbonneuse, dont la gravité est facile à soupçonner.

ARTICLE IL

UE l’affection farcino-morveuse.

Il existe chez 1 homme, comme chez certains animaux (mammifères monodactyles), une maladie virulente, caractérisée anatomiquement par des éruptions sur la peau et certaines muqueuses, surtout celle des premières voies respiratoires, par des exsudais spécifiques et par des collections purulentes dans le tissu cellulaire, les lymphatiques, les muscles, certains viscères, etc. Cette affection est désignée sous les noms de farcin et de morve.

A cause de la propagation de celte maladie des animaux à l’homme, nous croyons devoir présenter d’abord un aperçu très succinct sur l’affection farcino-morveuse chez les animaux.

— ®e l’affection farcino-morveuse chez les animaux.

Cette maladie naît spontanément chez les animaux sous l’influence de causes qui altèrent la constitution générale : ainsi agissent les habitations insalubres, une mauvaise nourriture, un travail excessif, l’encombrement, l’action du froid sur la peau en sueur, les grandes souffrances que causent des opérations graves, enfin la contagion. Mais on est moins disposé aujourd’hui qu’autrefois à voir dans la contagion la cause la plus efficace de 1 affection farcino-morveuse dans les espèces animales.

Division. — On distingue plusieurs formes de la maladie , suivant que les lésions restent limitées aux téguments et aux couches sous-cutanées, ou qu’elles envahissent des organes plus profondément situés, et en particulier les muqueuses nasale et respiratoire.

Dans le premier cas, c’est le farcin (de farcimen, andouille, à cause de la tonne en boudin des tumeurs), et dans le second la morve. Mais il s’agit si bien alors d’un même principe virulent, que souvent le farcin se termine par la morve, et qu’à l’aide de l’inoculation on peut reproduire l’une

0) Annali univers, dimcdicina, et Gazelle medicale, I8SI, p. SOi.

IJES .MALADIES VIRULENTES.

dos maladies par l’autre. C’est ce qui résulte aujourd’hui de l’observation d’un très grand nembre de faits cliniques et des inoculations pratiquées par Leblanc, où l’on voit l’inoculation de liquides morveux donner lieu au larcin, et celle de liquides farcineux à la morve (t).

Le larcin, comme la morve, se montre à l’état aigu et à l’état chronique.

Symptomatologie. — 1° Le farcin aigu peut à peine être séparé chez les animaux de la morve aiguë, car il en est, ou le signe précurseur, ou l’une des expressions symptomatiques. Tantôt l’éruption nasale morveuse précède, tantôt elle suit l’éruption cutanée farcineuse, et dans quelques cas les deux éruptions se font simultanément. Quand on inocule le liquide purulent des pustules du farcin aigu, on produit, soit la morve ou le farcin isolément, soit les deux maladies simultanément. L’histoire du farcin aigu viendra donc dans les lignes qui suivent.

2° La morve aiguë s’annonce chez les animaux par de la tristesse , de l’abattement, de la perte d’appétit, un amaigrissement rapide ; souvent tous ces symptômes se montrent vingt-quatre à quarante-huit heures avant l’éruption pustuleuse.

L’éruption morveuse se produit du côté des cavités nasales et du tégument externe.

La muqueuse des fosses nasales est d’abord très rouge, et il s’écoide par les narines un liquide séreux et jaunâtre; les ganglions sous-glossiens s’engorgent aussitôt et deviennent douloureux. Si l’on examine alors avec attention la pituitaire, on y constate des plaques de pustules d’une teinte gris plombé à leur sommet et rouges à leur circonférence. C’est le plus souvent sous le repli de l’aile externe des narines que ces phénomènes sont le plus marqués. Le tissu de la pituitaire s'infiltre en même temps d’une matière qui l’épaissit en lui donnant un aspect marbré.

Du côté du tégument externe on observe l’apparition de tumeurs : les unes, lenticulaires, développées dans le derme ; les autres, plus volumineuses, ovoïdes, comprenant la peau et le tissu cellulaire sous-cutané. De ces tumeurs partent des cordons lymphatiques, parfaitement isolés, qui finissent par se perdre dans un gonflement œdémateux. Les ganglions auxquels ces cordes aboutissent sont gonflés. Sur le trajet de ces lymphatiques engorgés, on aperçoit de petites tuméfactions d’abord dures et plus tard fluctuantes.

L’ensemble de ces éruptions et de ces tumeurs légumentaires constitue ce qu’on appelle le farcin aigu , et les lésions du côté des fosses nasales caractérisent la morve aiguë.

A ces éruptions cutanées se joignent, dans la morve aiguë, desinllam* mations suppuratives du testicule, de l’épididyme, désarticulations, des gaines synoviales, des muscles, etc. Ces diverses fluxions morveuses, du côté des organes génitaux et des muscles, etc., s’accompagnent d’oedèmes souvent énormes et d’abcès multiples.

(1) Des diverses espèces de morve el de farcin considérées comme des formes variées d'une même affeclion générale contagieuse. Paris , 1839.

DK l/AFKKKTJON F A il C1N U-MORVE USE .

À la suite de la période d’éruption, on constate souvent un amendement momentané du mal; mais, bientôt après, les tumeurs pustuleuses de la morve s’ulcèrent. L’ulcère, qui dans les fosses nasales succède à la pustule, est ii bords saillants, boursouflés, Laillés à pic ; souvent il est recouvert d’une croûte rougeâtre, formée par la dessiccation du suintement séreux. Plusieurs ulcères se réunissent entre eux, puis gagnent en profondeur et perforent la cloison nasale; toute la pituitaire est détruite, et il s’écoule par les narines un liquide séro-purulent mêlé de sang, répandant une odeur putride.

Les téguments dans lesquels repose la pustule morveuse se dessèchent; cette pustule se sépare ensuite peu à peu des parties voisines, et aux limites de la séparation on observe un liquide huileux, filant, jaunâtre, qui forme une croûte sous laquelle l’ulcère se cache. Cet ulcère est circulaire , à fond granuleux, à bords taillés à pic ; plusieurs ulcères se confondent, et il résulte de là de vastes plaies anfractueuses, revêtues de croûtes jaunâtres et répandant une odeur fétide. Toutes les autres productions morveuses donnent également lieu à des ulcérations de mauvais aspect, comme celles des pustules cutanées.

La morve aiguë, chez les animaux, ne guérit que très exceptionnellement; la mort est une terminaison très commune; enfin, assez souvent, la maladie passe à l’état chronique.

Quand on fait l’autopsie des animaux atteints de morve aiguë, on constate, outre les lésions précédentes, des abcès métastatiques dans les viscères et dans les muscles, des pneumonies lobulaires , des pleurésies, des abcès dans le testicule, des collections purulentes dans les sinus de la tête.

3° Le farcin chronique est une autre forme de la maladie virulente que nous étudions chez les animaux, et c’est une des formes les plus communes. Il se manifeste par l’éruption, dans la peau et dans le tissu cellulaire sbus-cutané, de certains tubercules qu’on désigne, d’après leur volume, sous le nom de boutons et de tumeurs. Ces tubercules, d’abord isolés, se relient les uns aux autres par des cordons lymphatiques unis ou noueux.

Les tubercules farcineux passent tour à tour par une période de crudité et par une période de ramollissement. On les voit surtout à la face, à l’encolure, aux flancs, aux fesses, formant des noyaux sphéroïdes ou olivaires, uniformément durs, peu douloureux et isoiés des parties sousjacentes. Les cordes farcineuses unies ou moniliformes suivent aux joues, à la face interne des membres, la direction des gros troncs lymphatiques, et constituent des cylindres durs et indolents qui aboutissent à des ganglions dont la consistance est la même. Quand on coupe une de ces tumeurs farcineuses à l’état de crudité, on y trouve une masse dure, blanchâtre, dont le centre est formé par une cavité contenant une matière puriforme.

L’induration des boulons farcineux peut durer plusieurs mois; mais

DES MALADIES ViULLENTES.

peu à peu il se produit à leur centre un ramollissement progressif qui transforme la tumeur ou la corde farcineusc en des kystes puriformes à , coque fibreuse. Enfin cette coque s’amincit et se détruit sur certains points; le pus se. fait jour au dehors et s’étale sur la peau de l’animal comme une huile épaisse. L’ouverture de ces abcès 11e se cicatrise pas; elle est remplacée par des ulcères à bords renversés et végétants; les parties voisines de ces ulcères suppurent aussi, et ainsi de vastes lambeaux de peau sont entièrement détruits.

O11 observe encore dans le farcin chronique des engorgements froids et indurés d’un ou de plusieurs membres, des inflammations suppuratives dans le testicule, etc.

Il y a un mouvement fébrile qui précède l’éruption du farcin chronique; mais lorsque cette éruption a eu lieu, les principales fonctions de l’animal peuvent s’exercer pendant longtemps sans aucun trouble.

Le farcin chronique peut finir par la morve chronique, mais il se transforme aussi en farcin et en morve aigus sous l’inlluence de quelque opération, d’un travail exagéré, etc.

Les lésions trouvées à l’autopsie des animaux atteints du farcin chronique consistent, outre les tumeurs cutanées et lymphatiques déjà décrites, en masses plus ou moins indurées dans divers organes. Ainsi les poumons sont remplis de tubercules farcincux; les testicules sont, infiltrés d’une matière blanchâtre, souvent puriforme en bien des points; les sinus sont remplis de pus; enfin on observe encore les autres lésions de la morve.

âu La morve chronique se développe quelquefois d’une façon extrêmement lente, et n’est précédée que de quelques boutons farcineux et d’œdème des membres; dans d’autres cas, son début est assez brusque, et elle est ! annoncée par un léger mouvement fébrile. Les vétérinaires reconnaissent à la morve chronique trois signes qui ne trompent guère, et qu’ils désignent par les noms de glandage , chancres, jetage.

Le. glandage est la présence sous la ganache d’engorgements ganglionnaires durs, douloureux sous une pression un peu forte. Cette induration existe dans les ganglions lymphatiques sous-glossiens. Les chancres sont ces ulcérations circulaires, taillées à pic, d’une teinte grisâtre, isolées ou confluentes, qu’on observe sur la pituitaire, et principalement sous le . repli de l’aile interne du nez. Enfin le jetage est l’écoulement par 1 une des deux narines, ou par les deux narines a la lois, d une matière mucosopurulente, mal liée, grumeleuse, jaunâtre, qui se concrète sui les poih de l’aile du nez; les os du nez sont souvent gonflés du côté du jetage,

et donnent un son mat à la percussion.

La morve chronique peut rester stationnaire, mais le plus souvent elle progresse, et scs lésions deviennent de plus en plus profondes; enfin elle passe quelquefois à l’état aigu, sous l’influence des mêmes causes qui donnent de l’acuité au larcin chronique.

C’est surtout dans la morve chronique qu’on constate, outre les lésions

DE L AFFECTION FA 11U .\0-MUKVE l'SE .

indiquées déjà, des deslruclions étendues de la piluilaire, eL des ulcérations du larynx et de la trachée.

Ces notions rapides sur l’affection farcino-morveuse des animaux rendront plus clair l’exposé de la même maladie dans l’espèce humaine.

§ II. — De l’affection farcino-morveuse chez l’homme.

L’affection farcino- morveuse ( equinia d’Elliotson) est une maladie virulente, spécifique, transmise par contagion et par infection des solipèdes à l’homme, et caractérisée par une éruption pustuleuse de la peau, par un coryza avec sécrétion de pus mêlé de sang, enfin par des fumeurs purulentes et gangréneuses sur divers points du corps, et en particulier sur le trajet des lymphatiques.

Historique. — Depuis longtemps connue des vétérinaires, la morve n’a été étudiée dans sa transmission à l’espèce humaine que depuis un certain nombre d’années, cl, après de nombreuses discussions, cette transmission est acceptée aujourd’hui d’un accord unanime par les vétérinaires et les médecins.

Il n’existe point de description précise de la morve humaine avant la tin du siècle dernier; quelques faits de cette maladie se rencontrent bien cachés çà et là sous le nom de fièvre gangréneuse, de syphilis grave, d’affection charbonneuse ; mais la première indication d’un fait de morve transmise du cheval à l’homme date de 1783, et se trouve dans l’ouvrage de Fr. B. Osiandér (1) sur le cowpox; elle est donc antérieure au fait de Waldinger, qu’on a toujours cité comme le premier fait prouvant la transmissibilité de la morve à l’homme.

Ln 1810, en effet, Waldinger (2), professeur de médecine vétérinaire à Vienne, observa des accidents graves et même mortels à la suite d’opérations sur des chevaux morveux. Lorin (3), chirurgien militaire, publia, deux années plus tard, deux observations de transmission du farcin des chevaux a 1 homme. En 1817, Sidow rapporta (à) que des élèves qui se piquaient en disséquant des chevaux morveux contractaient des ulcères de la plus mauvaise espèce. Mais tous ces faits n’administraient point sans réplique la pieuse de la contagion du virus morveux. Aussi plusieurs \étcii nai rts de Berlin, devançant ainsi quelques-uns de leurs confrères de France, n’admirent point cette contagion, et l’un d’eux voulut même soutenir son opinion en s’inoculant la matière de la morve.

f. ( si en 1821 que lut publié, par Schilling, dans le onzième volume du Magasin de llust, la première observation remarquable de morve aiguë

(1) Ausführliche Abhandlung über die Kuhpocken, etc., 1801.

(2) Wahrnehmungen an Pferden, Aunage -II, Wien. 1810, § 95 (Observations sur les chevaux).

(3) Observation sur la communie, du farcin des chevaux aux hommes ( Journal de médecine clnrurg. el pharmac., févr. 1812).

(1) Kauscli, Memorabilien der Uoilkundc, 1817, t. II.

DES MALADIES VIRULENTES

gvmgi eneuse transmise du cheval a l’homme. On lit a la suite de celle observation un autre fait analogue de Weisses. De 1821 à 1823, des faits semblables lurent observés en Angleterre, et recueillis dans Edinburgh Journal , vol. XVIII, p. 321, et XIX, p. 155. Dans la seconde de ces publications (1) on annonça qu’un vétérinaire de Londres avait contracté d’un cheval farcineuxune maladie du bras suivie d’ulcérations, et que ce vétérinaire, en apparence guéri de sa maladie, fit une rechute et mourut rapidement. A celle occasion, l’auteur de celte note rapporte qu’un malade s’était présenté dans un hôpital à Londres avec un ulcère au bras, provenant d’une blessure envenimée par le contact de la jambe d’un cheval larcineux. On inocula à la jambe d’un âne de la matière provenant de 1 ulcère, la jambe devint malade, et quelques jours plus tard les sym ptômes du glander s (morve) se manifestèrent.

Ces données expérimentales, jointes à celles fournies par üenj. Travers

et consignées dans son livre sur V irritation constitutionnelle (2j, d’autres faits cliniques publiés çà et là, n’avaient point encore suffisamment attiré l’attention sur la morve de l’homme, et il faut arriver jusqu’au premier mémoire d’Elliotson (, Médico-Chirurgical Transactions , 1830) pour trouver une monographie déjà étendue sur celte affection. Le médecin anglais analysa les faits connus, en rapporta trois nouveaux, distingua les formes aiguë* et chronique de la morve, enfin désigna sous le nom générique d ’equinia l’affection farcino-morveuse. Rayer fit d’abord connaître dans son Traité des maladies de la peau les faits d’Elliotson, qui publia en 1833 un second mémoire dans les Médico-Chirurgical Transactions. Depuis cette époque jusqu’en 1837, où parut le beau travail de Rayer sur la morve, un certain nombre de faits isolés, où était établie la transmission de cette affection des animaux à l’homme, furent recueillis en France, en Angleterre, en Allemagne. Mais c’est, aux recherches du médecin français, patiemment suivies durant plusieurs années, que nous devons une connaissance complète de tout ce qui se rapporte à l’histoire de la morve humaine.

Le fait qui avait inspiré le travail de Rayer fut communiqué à l’Académie de médecine, et devint l’origine d’une remarquable discussion où se trouvèrent en présence les contagionnistes et les non-contagionnistes. Depuis cette époque, les cas de morve se sont bien multipliés, cette maladie a été observée sous toutes ses faces, et les recherches des premiers observateurs, complétées par celles de Vigla, Tardieu, Monneret, etc., et par la publication d’un nombre immense de faits isolés, ont donné à l’histoire de la morve et du farcin de grands développements.

Les principaux travaux à consulter sur l’affection farcino-morveuse sont les suivants :

(1) Matlerof Far cy and Glander s Identical Contagion and producing similar Conlagious Malter in the Human Subject by inoculation ( Edinb . Med. and Surg. Journal, 1823, vol. XIX, p. 155).

(2) An Inquiry concerning thaï disturbed State of the Vital Functions, usitally denotninated Constitulional Irritation.

DE l'affection farcino-morveuse.

Schilling, Merkwilrdige Krankheits- uncl Sections-Geschichle einer wahrscheinlich • durch IJebertragung eim-s thierischen Gifles erzeugten Brandrose [Histoire remarquable d’un cas d’érysipèle gangréneux produit par la transmission d’un poison animal ; autopsie] (Rust's Magasin fiir die gesammte Heilkunde, 18 '21, vol. XI, p. 480), première observation bien décrite de morve aiguë. — Elliotson, On tiw Glander s in tlie Human Subject [De la morve chez l’homme] (Medico- Chirurg . Transactions, 1 830, vol. XVI, p. 171). — Idem, Addit. Facls respecting Glander s in the Human Subject (Medico-Chirurg . Transactions , 1 833, vol. XVIII). — Rayer, De la morve et du farcin chez l’homme ( Mémoires de l’Académie de médecine, 1837, t. VI, p. 625. — Discussion sur la morve a l'Académie de médecine, février 1837. — ViGLA, De la morve aiguë (thèse de Paris, 1 839). — -Tardieu, De la morve et du farcin chroniques chez l’homme (thèse de Paris, 1 8 43). — Monneret et Fleury, Compendium de médecine, t. VI, 1 843, article Morve. — Christen, Ein Beitrag z. Kenntniss der Rotzkrankheit, etc. [Contribution à la connaissance de la morve] ( Prager Vierteljahrsschrift, 1 853, vol. III, p. 134). — H. Hauff, Rotzkrankheit beau Mensclien [De la morve chez l’homme], 1855 ( Recueil des observa lions publiées) .

Division. — La maladie que nous étudions peut se montrer sous deux formes que l’on désigne par les noms de farcin et de morve, et dans les deux cas elle peut exister à l’état aigu ou à l’état chronique. Mais quoiqu’il s’agisse ici d’expressions symptomatiques différentes, c’est toujours, comme nous l’avons dit, la même unité morbide qui est en cause. L’une des formes de la maladie peut succéder à l’autre et l’engendrer à son tour; mais, en tant qu’isolée, chacune de ces formes a une physionomie à part dont nous indiquerons les principaux traits en retraçant les principaux phénomènes de l’infection farcino-morveuse.

Étiologie. L’affection farcino-morveuse ne se développe pas spontanément dans l’espèce humaine; son origine, c’est la contagion. Elle est communiquée des animaux a l’homme, ou de l’homme à son semblable. S’il est souvent difficile de trouver le rapport d’un individu malade avec des chevaux morveux, il faut dire qu’aucun fait n’établit le développement spontané de la morve chez des individus complètement isolés de tout contact avec les animaux. Ainsi dans le cas de morve aiguë que Tessici (l) suppose s être développé spontanément, il s’agissait d’une femme d’une moralité trop suspecte pour exclure la possibilité de rapports avec des individus qui soignaient les chevaux. Les observations de Miltenberger (2) et de Guslin (ô) ne sont pas plus probantes, et donnent lieu aux mômes doutes, qui se fortifieront encore par l’examen du diagnostic de la morve.

Le mécanisme le plus saisissable de cette contagion, c’est l’inoculation, et quelques médecins ont soutenu que c’était là le seul mode de transmission de la maladie. Patellam (à), pour appuyer celte opinion, citait le fait du gardien des chevaux morveux de l’école vétérinaire de Milan, qui

(t) Gazette médicale, 1852, p. 496.

(2) Ibid., 1853, p. 50.

(3) Revue médicale, 30 novembre 1856.

Ci) Giornale di velerinaria in Torino, 1853, vol. I, p. 245

ri, ss

DKS .MALADJJSS VliUJLJiNTKS.

occupai I, cette place depuis dix ans lorsqu’il lui atteint de la morve à la suite d’une inoculation à sou petit doigt.

La maladie parait pouvoir se développer aussi par infection. Mais là encore la démonstration manque souvent, parce que toute impossibilité d inoculation est parfois difficile à établir. Un fait, souvent cité, de morve contractée par inlection, est celui de cet externe du service d’Auguste Bérard, Rocher, qui, disait-on, n’avait pas de piqûre au moment du développement de la maladie. Mais en donnant ce fait comme un cas d’infeclion, on oublie peut-être trop que ce malheureux élève avait pris une part très vive à l’autopsie d’un morveux, appuyant ses mains sur les pustules de la face pour soutenir le crâne qu’on sciait. N’y a-t-il pas eu là plus d’une cause d inoculation? Chez les animaux, la contagion par l’air expiré est au moins douteuse : ainsi Renault (d’ Al fort) n’a pas pu transmettre la maladie en adaptant les têtes des animaux en expérience aux deux extré-

mités d’un long tube imperméable, et en les obligeant par ce méca-1 nisme, pendant des heures entières , à échanger l’air de leurs poumons.

C’est chez les palefreniers, les cochers, les maquignons, les cavaliers, les vétérinaires, que la morve a été le plus souvent observée. Il est facile de comprendre que le muco-pus qui s’écoule des naseaux d’un cheval malade est souvent, chez ces individus, déposé à la surface d’une écorchure ou de quelque muqueuse éraillée. On sait d’ailleurs avec quel défaut de précaution pour eux-mêmes les palefreniers procèdent au pansement des animaux malades. N’en a-t-on pas vu essuyer avec leur mouchoir les ; naseaux de leurs chevaux? Macdonel (1) a observé la morve débutant par une amygdalite violente chez un individu qui buvait dans le seau

destiné à faire boire les chevaux ; enfin c’est quelquefois dans l’ébrouement de quelques animaux que le pus est projeté sur la face, où il s’inocule.

L’introduction dans les voies digestives de chair ayant appartenu à des chevaux morveux peut-elle produire la morve? La science ne possède point à cet égard de faits bien positifs. Hamont assure cependant avoir vu, dans la ménagerie du pacha d’Égypte, un lion et des chiens mourir après avoir mangé du cheval morveux, et, à leur autopsie, il aurait constaté les altérations de la morve. Mais on a souvent et pendant longtemps nourri, à l’École d’Alfort, des porcs avec la chair de chevaux morveux, sans qu’on ait eu à signaler aucun accident, soit sur ces porcs, soit, sur les individus qui mangeaient leur viande. Cependant cette question mérite ‘d’être étudiée, aujourd’hui que les sociétés hippophages se multiplient en Allemagne et qu’on fait quelques tentatives pour les introduire en France.

Toutes les formes de l’affection farcino-morveuse peuvent reproduire la maladie en donnant lieu tantôt au larcin, tantôt à la morve proprement dite. Un même cheval, au rapport de Christcn, infecta trois individus :

(1) Rayer, Mémoire cite, p. (>(><S.

DK l,A FFKCTION FA IWJXÛ-jMOJWEUSE.

le premier fut pris du farein chronique après six semaines de service auprès de l’animal; le deuxième, six semaines plus lard; et le troisième, après avoir soigné l’animal pendant quinze jours, furent atteints de la morve aiguë, et tous trois moururent. Mais ces deux étals morbides paraissent pluscontagieux à l’état aigu qu’à l’état chronique; l’École d’Alfort a même longtemps soutenu que du cheval au cheval la morve chronique n’était point transmissible, et que la contagion n’arrivait que dans le cas où la morve chronique prenait momentanément un caractère d’acuité, Le plus grand nombre des cas de morve aiguë, dans l’espèce humaine, provient au contraire des formes chroniques de la morve et du farein. En effet, malgré de sévères règlements de police, les animaux

I: chroniquement malades ne paraissent point assez gravement atteints pour

être écartés des travaux qui les mettent en contact journalier avec des ouvriers, tandis que les animaux frappés par la morve aiguë sont très promptement abattus.

Le virus de la morve est à son maximum d’intensité dans la matière du jetage; mais le liquide purulent des boutons cutanés, des engorgements métastatiques du poumon, peut aussi reproduire le mal. On voit la maladie se déclarer chez un cheval sam auquel on a transfusé un peu de sangpris chez un cheval morveux; mais, dans l’espèce humaine, on ignore si l’inoculation du sang produirait la morve.

Ce virus agit avec une grande promptitude : ainsi Renault (d’Alfort) a constaté qu’une cautérisation, une heure après l’insertion du poison, ne suffisait plus à prévenir les effets du mal. D’autre part, il conserve longtemps sa puissance : Renault et H. Bouley ont vu la matière de l’écoulement nasal desséchée et délayée dans l’eau conserver encore, au bout d’un mois et demi, presque toute son activité. Ils ont en même temps remarqué que le virus était aussi énergique à la septième génération d’inoculations successives qu’à la première.

Le temps d’incubation de la morve est très variable quand la maladie est contractée par infection; mais dans la contagion par inoculation, c’est au bout de deux à huit jours que les accidents se manifestent. D’ailleurs il faudra là, comme dans toutes les questions de contagion, tenir compte de la prédisposition individuelle du sujet. La morve paraît se développer également bien sur toutes les constitutions fortes ou débiles, et l’obser- \ ali on presque unique de 1 affection farcino-morveuse chez des hommes s’explique seulement par le genre de travaux auxquels les femmes se livrent.

La morve ne se transmet pas seulement du cheyal à l’homme, mais elle est aussi contagieuse de l’homme à l’homme et de celui-ci au cheval Depuis l’époque (1835) où Gérard fils mourut de la morve aiguë, après une piqûre faite à l’autopsie d’un élève d’Alfort qui avait succombé à la meme maladie, des faits analogues ont pu être recueillis. Le plus frappant est celui de l’externe du service d’Auguste Bérard, Rocher, qui trois jours après l’autopsie d’un morveux, vil des accidents locaux succéder

T>ES MALADIES VIRULENTES

5 un malaise général ; le seizième jour, il succombait avec tous les signes de la morve.

La morve se transmet de l’homme au cheval, à l’Ane, au bouc, à lu brebis, à des chiens : c’est ce qui résulte d’expériences aujourd’hui assez nombreuses.

Symptomatologie. — Nous allons successivement décrire les différentes formes de l’affection farcino-morveuse en commençant par celle qui est la plus grave et la mieux connue. Ainsi nous examinerons tour à tour: la morve aiguë, la morve chronique , le farcin aigu et le farcin chronique.

1° La morve aiguë est une affection fébrile, caractérisée par le développement, dans les losses nasales, d’ulcérations qui produisent le jetage, et par l’apparition sur la peau de plaques érysipélateuses, de bulles, de pustules et de plaques gangréneuses.

Quand la morve aiguë provient d’une inoculation, la période d’incubation est assez courte; les accidents locaux débutent par une angiolcucite ou une espèce d’érysipèle phlegmoneux qui se recouvre de phlyctènes, et les accidents généraux ne se montrent guère au delà d’une semaine après l’apparition de ces phénomènes extérieurs.

Quand la morve résulte au contraire d’une infection, les signes généraux se montrent les premiers. C’est tantôt du malaise, de la céphalalgie, du frisson fébrile, de la simple courbature ; tantôt de la prostration, des épistaxis, du dévoiement; tantôt enfin un état douloureux dans les articulations ou les muscles, au point de simuler une affection rhumatismale. Ces douleurs arthritiques ou musculaires ne manquent que rarement, et dans quelques cas elles dominent tout le début de l’affection. J’ai vu avec Marchand, médecin de l’école d’Alfort, un élève vétérinaire chez lequel la morve avait débuté par une douleur dans le genou, assez vive pour laisser croire qu’il s’agissait simplement d’une arthrite blennorrhagique, car ce malheureux jeune homme avait eu récemment une gonorrhée. Ces douleurs sont tantôt continues, tantôt intermittentes, et plus vives la nuit que le jour; on les a vues naître spontanément ou succéder seulement à la pression et aux mouvements. Quelquefois des engorgements phlegmoneux ou des abcès se développent plus tard dans ces parties très douloureuses. Enfin la morve a débuté exceptionnellement par des accès fie fièvre intermittente tierce.

Au bout d’un temps assez court, deux ou trois jours environ, il se montre sur divers points du corps des tumeurs molles, douloureuses, fluctuantes, véritables abcès qui souvent se gangrènent. Des plaques érysipélateuses, précédées par de la démangeaison ou par un certain degré de chaleur, apparaissent en général au visage d’abord, puis aux membres. Elles ont pour centre une vésicule, une papule ou une pustule, et forment des taches diffuses d’un rouge jaunâtre ou violacé, luisantes, légèrement œdémateuses, et qui ne tardent point à se recouvrir de vésicules ou de bulles remplies d’une sérosité brunâtre au-dessous de laquelle le derme est. sphacélé. Sous l’influence de cet érysipèle œdémateux de la

DK l'affection FARCINO-MOHVEUSE.

lace , les paupières se ferment et la conjonctive est le siège (Tune inflammation puriforme. Ces plaques érysipélateuses se voient encore sur les membres. On constate aussi un notable enchifrènement; la voix devient nasonnée; la respiration laisse entendre quelques bulles de râle muqueux et sibilant ; enfin le malade tousse un peu et accuse dans les fosses nasales et dans le nez une chaleur et une gène particulières. Il a envie de se moucher, et expulse alors un liquide ténu, opaque, blanchâtre et visqueux. Chez quelques sujets, on pourra facilement découvrir la rougeur et le boursouflement de la muqueuse, et quelquefois même les pustules qui la recouvrent.

Une éruption pustuleuse se développe enfin sur différents points du corps et surtout au visage. Ces pustules sont en général discrètes, mais dans quelques cas on les a vues aussi confluentes que dans la variole; elles débutent par une papule rosée, pourvue à son centre d’un point purulent, augmentent peu à peu, blanchissent et s’entourent d’un cercle rosé.

Ces pustules peuvent se dessécher, se transformer en bulles remplies d’une sérosité purulente, ou enfin se changer en ulcères. Quelquefois, entre les pustules, on voit sur divers points du corps des tubercules rougeâtres ou des taches rosées lenticulaires. L’éruption de la morve n’a d’ailleurs rien de régulier

tne matière d’abord muqueuse, puis puriforme, sanguinolente, brunâtre, fétide, s’écoule par les fosses nasales : c’est là \e jetage, écoulement si abondant chez les chevaux, très développé souvent aussi chez l’homme, mais qui peut manquer, lorsque les matières sécrétées par la pituitaire se dirigent, à cause du décubitus dorsal, vers l’arrière-gorge. Quand l’écoulement se fait à l’extérieur, on voit la matière se dessécher et s’attacher au pourtour des narines, sur les lèvres, et déterminer là de véritables excoriations. La matière sort souvent par les deux narines à la fois; mais on prétend que le jetage est plus fréquent à droite qu’à gauche chez l’homme, tandis que chez le cheval le contraire aurait lieu.

On constate dans certains cas des désordres concomitants du côté de la bouche et de l’arrière-gorge. Ainsi le malade accuse une constriction au ; gosiei , une certaine difficulté dans la déglutition. Si on lui fait ouvrir la bouche, on voit alors la muqueuse buccale rouge, boursouflée; cette îougcur s étend sur les amygdales, sur le voile du palais, où l’on constate de petites pustules et quelques ulcérations. Souvent il existe des pustules a la base de la langue, des plaques pseudo-membraneuses à la face interne des joues. Toutes ces lésions expliquent, chez certains malades, l’écoulement d’une bave écumeuse et sanguinolente et le- gonflement des parotides et des ganglions sous-maxillaires.

Le jetage s’observe dans une période avancée de la maladie ; alors la respiration devient plus difficile, le malade expectore des crachats mousseux ou fétides et rouiliés, comme dans la pneumonie ; la diarrhée augmente et s’accompagne quelquefois d’hémorrhagie par l’anus. Dans un

l'I'-S MALADIES VIIU'LKXTES

cas cité par Mackenzie (1), il existait une salivation aussi forte qu’après l’usage des mercuriaux. Le pouls perd en force ce qu’il gagne en fréquence; la faiblesse s’accroît de plus en plus, et l’intelligence s’altère. Les troubles cérébraux se montrent tantôt dès le début de la maladie, tantôt vers la fin. ils consistent en un délire qui apparaît d’abord la nuit, plus tard le jour, et qui d’intermittent devient continu. Ce délire porte en général sur les chevaux, auprès desquels le malade a contracté son Direction. Il y a, outre celte incohérence dans les idées, de la perte de la mémoire, etc.

L’examen du sang n’a rien fait découvrir qui mérite d’être signalé.

Les plaques gangréneuses peuvent se montrer d’emblée sur la peau, mais le plus souvent elles succèdent à des infiltrations sanguines, à des phlyctènes ou à des plaques érysipélateuses. On les voit surtout sur le visage, aux paupières et au nez, sur le prépuce et autour des grandes articulations.

Les altérations du visage augmentent chaque jour; le nez, les joues, les paupières, sont tour à tour envahis par cette espèce d’érysipèle gangréneux, qui donne à la face un aspect horriblement repoussant. Les pustules et les collections purulentes se multiplient aussi sur d’autres régions du corps; tantôt ces abcès sont précédés des symptômes de l’érysipèle phlegmoneux, tantôt ils se développent brusquement et d’une façon latente.

Peu à peu les forces diminuent, la voix s’altère par l’œdème de l’épiglotte, la respiration s’embarrasse par des râles muqueux, sibilants, fins et fixes; les inspirations montent à h 0 et 50 par minute; les matières du jetage se dessèchent aux orifices des narines, qu’elles obstruent; la langue devient fuligineuse et sèche; une diarrhée fétide avec météorisme du ventre s’ajoute à tous ces désordres; le pouls faiblit et devient intermittent. Enfin le malade, profondément découragé, tombe dans un délire Continu avec une stupeur profonde ou une agitation qu’on a peine à calmer et qui se complique d’une hyperesthésie générale, et ce malheureux succombe au bout de quinze à vingt jours. Mais on a vu quelquefois la mort arriver plus tôt (le troisième jour), ou plus tard (le vingtneuvième).

La marche de la morve aiguë est, on le voit, assez rapide; quant aux cas de morve aiguë auxquels on donne une durée de plusieurs mois, il faut les placer parmi ces faits de morve ou de farein chroniques que termine la morve aiguë.

Les auteurs du Compendium de médecine , dans un excellent article sur la Morve, ont, pour mieux fixer dans l’esprit l’évolution de tous ces phénomènes, divisé la maladie en trois périodes, à chacune desquelles ils ont donné un nom différent. La première, ou période rhumatismale, est surtout marquée par l’intensité des douleurs musculaires cl articulaires; la seconde, ou période typhoïde , est caractérisée par la prostration, l’ap-

(I) Monthty Journ ofMed., octobre 1851 .

UE J/AFFÜOÏJON FARC1N0-M0RVEUSE. 59a

parition des lâches hémorrhagiques et gangréneuses; enfin la troisième période, ou période spéciale , se traduit par les pustules, le coryza, le jetage, etc.

2° Morve chronique. — L’affection que nous venons de décrire à l’état aigu peut, soit primitivement, soit consécutivement, revêtir la forme chronique. Quoique cette dernière variété de la morve chez l’homme soit plus , rare que les précédentes, elle est toutefois bien connue, grâce au remarquable travail que lui a consacré Tardieu dans sa thèse inaugurale.

Ordinairement la morve chronique est précédée du farcin chronique, mais quelquefois on la voit naître directement. Dans ce dernier cas, la , maladie débute par des symptômes adynamiques et par d’assez vives douleurs dans les articulations, les lombes, le cou, les parois de la poitrine, etc. Ces douleurs, dans la morve chronique simple, ne sont pas souvent suivies d’abcès. Quand la maladie est précédée du farcin, c’est après plusieurs mois de cette dernière affection que la morve se manifeste. Quoi qu’il en soit de cette origine, le malade accuse d’abord un mal i de gorge qui n’a rien de franchement inflammatoire, mais qui résiste par sa ténacité. Il se plaint aussi, vers la partie supérieure du sternum, d’une douleur et d’un étranglement que la pression exagère. Il existe en même temps de l’enrouement, de l’aphonie, une toux douloureuse, fréquente et profonde, de la dyspnée et une expectoration de mucosités grisâtres et sanguinolentes ; enfin, un enchifrènement plutôt à gauche qu’à droite, et une pesanteur douloureuse vers la racine du nez. Rarement on a l’occasion d’observer du jetage, et l’écoulement nasal est souvent provoqué.

Si l’on parcourt de l’œil ce qu’on peut apercevoir de la cloison , des parties antérieures des fosses nasales et du pharynx, on découvre assez souvent des ulcérations, ou à leur place des brides cicatricielles très distinctes. Quelquelois on a eu occasion d’observer les signes d’une bronchite ou d’une pneumonie ; et dans un seul cas Tardieu constata du glandage.

La peau ne tarde pas à devenir sèche et jaunâtre comme dans le farcin ; en même temps le tissu cellulaire des parties déclives, surtout des pieds, s infiltre de sérosité. Enfin, on constate la plupart de ces phénomènes généraux que nous avons signalés comme propres à la cachexie farcineuse.

La morve chronique a une marche très lente; elle peut durer de plusieurs mois à plusieurs années, même en offrant des intervalles de guérison apparente. La mort survient , soit par un dépérissement général avec fièvre, maigreur, diarrhée, soit par une morve aiguë qui s’ente sur la morve chronique.

.1 Farcin aigu. Le farcin aigu se reconnaît : 1° à des angioleucites souvent suppuratives; 2” à des abcès d’une physionomie spéciale qui tendent vers l’ulcération; 3° à une éruption pustuleuse et gangréneuse ; l\" à une altération profonde de la constitution.

S il débute, comme cela a lieu souvent, par inoculation, tantôt la piqûre J- 38

M'ij .MALADIES VIRULENTES.

se cicatrise promptement, tantôt elle devient le siège d’une pustule qui sc transforme en une ulcération blafarde. Quoi qu’il en soit, on ne larde , pas à apercevoir au-dessus du point d’inoculation des traînées noueuses d un rouge foncé, sensibles au toucher, et qui aboutissent à des ganglions egalement tuméfiés et le plus souvent douloureux. Au bout de peu de temps, on voit divers points de ces angioleucites se tuméfier, se ramollir et donner lieu à de véritables abcès. Dans quelques cas la piqûre est l’origine d’une phlébite ou d’un érysipèle phlegmoneux.

L’état général est aussi assez profondément altéré. Le malade accuse une fièvre à peu près continue avec quelques redoublements; et en même temps il existe une répugnance pour les aliments, des nausées, de l’insomnie et un délire léger.

Letle angioleucile farcineuse s’est quelquefois terminée par résolution, mais le plus souvent elle donne lieu à des abcès qui s’ouvrent, s’ulcèrent et se reproduisent avec une désespérante ténacité.

La seconde phase du farcin aigu, c’est la généralisation des collections purulentes. En effet, après quelques jours d’un certain malaise et d’un affaiblissement profond, accompagnés souvent de douleurs musculaires et articulaires, on voit naître sur divers points du corps, éloignés du lieu de 1 inoculation, de petites tumeurs molles, quelquefois sans changement de couleur a la peau, légèrement douloureuses au toucher. Ces tumeurs, qui deviennent d’un rouge violacé, ne tardent point à s’ouvrir et laissent écouler une assez petite quantité d’un pus sanguinolent et glutineux ; quelquefois c’est par la gangrène que ces abcès se terminent. Soment des angioleucites partent de ces abcès farcineux. On voit aussi des collections purulentes plus profondes dans le tissu cellulaire souscutané et intermusculaire, des phlyctènes, des bulles comme dans la morve.

Après un temps variable d’une à quatre semaines, une éruption qu’on a comparée a celle du vaccin se montre sur un grand nombre de points de la peau. Ce sont de petites élevures assez saillantes, entourées d’une auieole rouge connue un furoncle ; elles s’abcèdent aussi et s’ulcèrent. C’est là le prélude d’une fin prochaine qui arrive au milieu du délire, de la stupeur, etc.

Si le farcin aigu est contracté par infection, on voit survenir tout de suite les phénomènes généraux, bientôt suivis de l’apparition, sur divers points du corps, de collections purulentes et de l’éruption caractéristique.

Le larcin aigu se distingue de la morve aiguë par l’absence de tout signe de jetage par les fosses nasales. Sa durée est plus longue que celle de la morve, et il se termine presque constamment par la mort.

4U larcin chronique. — Le farcin est plus fréquent à l’état chronique ([u a 1 état aigu. Dans sa première forme, il peut se montrer sons I rois aspects: Yanqiolmcite farcineuse, V ulcère farcineux , le farcin proprement dit.

L angioleucite farcineuse chronique peut se montrer primitivement ou

l)K 1/ AFFECTION FAUCINO-MORVEUSE.

être consécutive à l’angioleucite aiguë. Dans les deux cas, elle se manifeste par des traînées rouges et des engorgements sur le trajet des vaisseaux lymphatiques. Ces tumeurs sont lentes dans leur évolution, sans douleur, et s’ouvrent en donnant lieu à des ulcères ou à des fistules inlerq minables.

Ces accidents locaux se compliquent d’un abattement profond, d’accès irréguliers de fièvre qui s’elTacent et reparaissent à des intervalles de temps indéterminés. Assez souvent après plusieurs mois, une année môme de ces accidents, on voit les abcès se cicatriser et la guérison s’effectuer ; ïi mais les récidives sont fréquentes.

Parfois Yulc'ere farcineux succède à la plaie d’inoculation, sans gonflement, sans abcès. Les phénomènes généraux, tels que faiblesse , diarrhée, douleurs articulaires, ne se montrent que postérieurement au développement complet de l’ulcère, qui subit d’ailleurs des phases diverses ; caron le voit alternativement, pendant un temps considérable, se fermer et se rouvrir.

Dans une forme bien plus grave de la maladie, le farcin proprement dil, les phénomènes, généraux précèdent l’explosion des phénomènes extérieurs. Le début du mal est souvent insidieux : un malaise général, une grande faiblesse, de l’anorexie, une céphalalgie intermittente, des douleurs erratiques dans les muscles et les articulations, des crampes dans les mollets et les avant-bras, précèdent quelquefois l’apparition d’une tumeur fluctuante et sensible qui se montre dans ces régions, au front, etc. D’autres fois le mal commence par un abcès aigu; enfin ce n’est pas chose rare de voir les phénomènés généraux durer un mois à six semaines, jusqu’à ce qu’un abcès se montre au dehors.

Quel que soit le début du mal, son expression la plus caractéristique est l’abcès farcineux.

Ces collections purulentes existent le plus souvent aux membres inférieurs et quelquefois à la tête. Elles sont sous-cutanées ou profondes, et semblent dans quelques cas succéder à la plus légère contusion. Leur nombre est très variable, et, dans leur succession, elles atteignent souvent un chiffre assez élevé; leur volume varie depuis celui d’une noisette jusqu’à celui du poing.

Les tumeurs farcineuses ont une marche tantôt chronique, tantôt aiguë. S’agit-il de tumeurs sous-cutanées, on trouve des masses primitivement fluctuantes ou mollasses, mobiles sur les parties sous-jacentes, recouvertes d’une peau saine ou violacée et amincie. Souvent le malade n’y éprouve aucune douleur, et la pression seule la réveille. Quand les tumeurs ont une marche franchement phlegmoneuse, le malade y accuse de vives douleurs, avec un sentiment de chaleur et de tension.

Ces tumeurs farcineuses ne se résorbent pas complètement, et dans le petit nombre de cas où on les a vues s’effacer, leur disparition a été suivie de nouveaux abcès farcineux sur d’autres points du corps. Le plus souvent elles s’ouvrent, soit par un travail lent d’ulcération de la peau.

ny,) DES MALADIES VIRULENTES.

soit par suite d’une inflammation franche; il s’écoule alors de ces tumeurs un pus sanguinolent et quelquefois du sang plus ou moins pur. ■ De là résultent des fistules et des ulcères farcineux, dont la cicatrisation ne s’obtient que difficilement. Ces abcès ou ces ulcères farcineux s’accompagnent souvent d’engorgements ganglionnaires.

Monneret a décrit ( Journal de médecine , t. I, p. 19) une autre variété de tumeurs farcineuses. Ce sont des masses indurées ou empâtées, non fluctuantes, à développement très lent, douloureuses à la pression ou dans les mouvements des membres, et qui, après avoir duré un certain temps, se résorbent peu à peu en laissant souvent après elles de vives douleurs.

Enfin il n’existe dans le hircin proprement dit aucun désordre du côté des fosses nasales et de la bouche.

A mesure que se multiplient ces tumeurs farcineuses, la constitution s’affaiblit; les parois de ces foyers ne peuvent plus se recoller; les os s’altèrent au fond de ces trajets fistuleux où persiste un ulcère livide et violacé, à bords irréguliers, amincis et bleuâtres, qui sécrète un pus sanieux et fétide. En même temps l’amaigrissement devient extrême, la peau sèche, jaunâtre et terreuse, le visage pâle et triste, la parole brève, la respiration difficile. Enfin une fièvre continue, avec exacerbation plus ou moins vive, une tendance à la rêvasserie, de la diarrhée colliquative, s emparent du malade, qui , au bout d'un temps souvent fort long, succombe dans le dernier degré de l’épuisement. Cette terminaison du larcin n’est pas la seule; assez souvent la morve aiguë succède au farcin chronique, et termine ces phases douloureuses de la maladie. Mais, dans un certain nombre de cas, parmi lesquels on peut heureusement placer celui d’un professeur distingué d’Alfort, la guérison a eu lieu.

Anatomie pathologique. — 1° Morve ai;/uë. Quelques-unes des lésions de la morve aiguë ont été signalées dans la description qui précède. Nous ne reviendrons que sur certains points qui exigent de plus amples détails.

Les éruptions cutanées de la morve aiguë ont été étudiées avec grand soin par Elliotson et Rayer, et les remarques faites depuis eux ont peu ajouté à la description de ces médecins éminents.

Les papules, que nous avons laissées d’un rouge vif pendant la vie, sont, après la mort, blanches et dures, et si l’on vient à les inciser, on trouve qu’elles sont formées par un épaississement jaunâtre et une injection des couches les plus superficielles du derme.

L’éruption qu’on désigne sous le nom de pustuleuse a une grande analogie de structure avec le boulon farcineux des chevaux. Chaque pustule consiste en une masse assez solide, tenace, d’un blanc foncé ou d’un jaune blanchâtre, qui est déposée dans les mailles du derme, et sur laquelle l’épiderme passe tout simplement. Ces petits tubercules dermiques sont légèrement arrondis, entourés d’une aréole assez injectée et dépourvus d’ombilic. Ils se ramollissent dans leurs couches superficielles, et l’on

JUi L'AI'FÜGTJON l'AllilIiN’O'jMOllVEL'SE. 1 2

trouve alors sous l’épiderme un liquide puriforme, assez consistant, jaunâtre, qui contient peu d’éléments formatifs ; ce liquide se colore plus tard par du sang en rouge brun ou en noir. Quelquefois on trouve des groupes de tubercules morveux sur lesquels se développent de grandes vésicules épidermiques soulevées par des liquides hémorrhagiques.

La matière déposée dans l’épaisseur des mailles du derme peut continuer à se ramollir; elle est alors expulsée au dehors, et l’on trouve en sa place une ulcération circulaire. Cette perte de substance comprend une partie de la totalité du derme jusqu’au tissu cellulaire sous-cutané, qui est parfois le siège d’une petite collection purulente.

En résumé, si l’on fait la cçupe d’une pustule morveuse, on trouve du dehors au dedans, l’épiderme, un liquide séro-purulent, la couche concrète jaunâtre, tenace, située dans les mailles du derme, enfin le tissu cellulaire sous-dermique.

A leur début, les pustules de la morve ne sont pas ombiliquées, et en cela elles diffèrent, des pustules de la variole; mais plus tard on voit parfois des pustules farcino-rriorveuses ombiliquées. Dans ce dernier cas, le liquide sous-épidermique est sorti à travers l’épiderme perforé, et, après son expulsion, cet épiderme est venu adhérer à la partie excavée du derme, de façon à produire là un ombilic.

Dans les bulles disséminées au milieu des pustules on trouve une sérosité roussâtre ou noire et sanguinolente; le derme est épaissi, rouge, infiltré de sang, ramolli, quelquefois gangrené; mais il ne faut pas trop se hâter de déclarer l’existence d’une gangrène. Ainsi, dans un cas cité par Deville (1), on prit à tort pour une gangrène de la peau une infiltration du tissu par le sang, qui, exprimé par malaxation sous l’eau, laissa à la peau sa structure normale.

On trouve, à l’autopsie des morveux, des collections purulentes disséminées dans l’épaisseur du derme, dans le tissu cellulaire sous-cutané, dans les muscles; le pus est tantôt jaunâtre, tantôt sous l’aspect d’une bouillie colorée de rouge par du sang, et contenant parfois des bourbillons. Les abcès musculaires sont en général petits et s’accompagnent assez souvent d’une destruction des fibres des muscles. Les extrémités détruites de ces fibres font saillie dans les petites cavités purulentes.

Les grandes articulations, qui étaient si douloureuses pendant la vie, n’ont parfois rien présenté après la mort. Ailleurs, les altérations phlegmasiques et purulentes existaient autour des articulations; enfin, dans d’autres cas, les synoviales étaient injectées ou infiltrées de sang, épaissies et remplies de pus sanguin ou d’une sérosité purulente. C’est à la hanche, au genou, au cou-de-pied, à l’épaule et au coude qu’on observe le plus souvent ces lésions. Dans un cas même Saussier (2) a trouvé un abcès au milieu des ligaments croisés du genou.

(1) Hevue médicale, avril, 1841.

(2) Expérience, 1810, l. V, p. 38‘J.

*>ES MALADIES VHIUEENTBS.

L’état des fosses nasales a le plus vivement fixé l’attention des observateurs, et j ai pu, sur quatre autopsies de morveux, vérifier l’exactitude des descriptions laites par notre illustre maître, Rayer.

hn ouvrant les fosses nasales, on trouve à la surface de la pituitaire une couche visqueuse, jaunâtre, colorée ça et là par du sang, humide sur certains points, desséchée sur d’autres. C’est du muco-pus qui ne renferme que des globules purulents unis à des cellules épithéliales et à des corpuscules sanguins. Quant à ce végétal signalé par Langenbeck (1), dans le jetage de la morve, chez le cheval, je l’ai inutilement cherché: c’est sans doute là une de ces productions confervoïdes qui naissent si facilement dans les produits en décomposition, sans qu’on puisse leur attribuer aucun caractère spécifique.

Les vaisseaux sanguins de la pituitaire sont plus ou moins injectés ; tantôt on distingue encore les arborisations vasculaires, tantôt tout se confond dans des plaques ecchymotiques. A la surface de cette membrane, quelquefois assez épaissie pour que ses deux feuillets se rapprochent, oii découvre, soit des pustules, soit des ulcérations. Les élevures pustuleuses sont formées par une mince couche d’une matière plastique, jaunâtre, déposée dans l’épaisseur de la muqueuse; elles se ramollissent peu à peu, et leur sommet s’ulcère. Gela représente alors des points blanchâtres, saillants, isolés ou agglomérés. De là des ulcérations arrondies ou irrégulières, grisâtres, parfois fongueuses, qu’on voit disséminées sur divers points des fosses nasales. La perte de substance peut être assez considérable pour atteindre les cartilages et les os qu’on trouve à nu au fond de l’ulcération. De semblables altérations ont été trouvées dans les cellules ethmoïdales, dans les sinus maxillaires et frontaux, et au voisinage de la trompe d’Eustache. Dans quelques cas, îles portions assez étendues de la muqueuse des fosses nasales sont sphacélées et se détachent en un détritus noirâtre.

Dos pustules, des ulcérations, une injection considérable, des ecchymoses, un gonflement œdémateux avec une sécrétion muco-purulente, et parfois même des plaques gangréneuses, se rencontrent aussi sur les joues, les amygdales, à la base de la langue, sur l’épiglotte, les replis aryténo-épiglottiques, les cordes vocales et la muqueuse laryngée. Les glandes parotides el sous-maxillaires ont aussi été vues tuméfiées et infiltrées de sérosité et de pus. Dans l’œsophage, l’estomac et le reste de l’intestin, on n’observe guère autre chose que des taches ecchymotiques. Le foie, le plus souvent sain, a été envahi dans quelques cas par des abcès.

Les bronches, très injectées, d’un rouge pointillé, sont souvent remplies d’une mucosité spumeuse et saignante; mais, c’est dans le poumon qu’on trouve les altérations les plus notables : elles consistent, outre les taches ecchymotiques elles dépôts de lymphe plastique sous la plèvre, en indu-

(I) Kobin, Histoire nat. <tes végétaux parasites, 1 8â3, p. r»IL

Dji j/AKl'KGl'lM.N LA lUil NO-AIOHVKUSE.

5UÜ

rations limitées, du tissu pulmonaire, qui varient du volume d’un haricot à celui d’une noix, et sont tantôt rougeâtres et tantôt grises, comme dans la pneumonie au troisième degré. Dans quelques points les indurations ressemblent à des noyaux d’apoplexie pulmonaire. On voilà côte

de ces singulières altérations de véritables abcès métastatiques. Tous ces aspects des engorgements superficiels ou profonds du poumon sont des degrés différents de la même lésion : ainsi les tumeurs sont d’abord formées d’une substance jaune, solide, dure, lardacée, parsemée de points rouges; et plus tard il se forme au centre de ces tumeurs une collection puriforma entourée d’une aréole plus ou moins saine de tissu pulmonaire.

On a eu aussi l’occasion de voir, dans quelques cas, des engorgements

ganglionnaires, des phlébites, même lorsque la morve n’avait point été gagnée par inoculation. Ainsi les ganglions en rapport avec l’éruption pustuleuse étaient tuméfiés, rougeâtres, ramollis, avec plusieurs points purulents à leur centre. Mais, malgré ces indications, il reste encore bien des recherches à entreprendre sur l’état des lymphatiques et des veines dans la morve aiguë.

2° Morve chronique . - — La lésion la plus remarquable de la morve chronique est d’abord un boursouflement assez considérable de la pituitaire, qui s'efface peu à peu pour faire place à un simple épaississement avec induration. Mais de notables changements ne tardent point à survenir dans l’épaisseur de cette muqueuse : il s’y développe des ecchymoses, des abcès, des ramollissements partiels, et bientôt on trouve au lieu qu ils occupaient de véritables ulcérations. Ces ulcérations gagnent en largeur et en profondeur, et elles atteignent ainsi les os et les cartilages, qui, mis à nu, se carient et se nécrosent. De là résultent des perforations de la cloison, de la largeur d’une pièce de 50 centimes, à bords mousses et amincis, parfois entourés sur quelques points d’un bourrelet saillant et fongueux. Des désordres semblables ont aussi été trouvés dans le sinus maxillaire.

Du côté de l’arrière-gorge, sur les amygdales, la base de la langue, le voile du palais, existent aussi des épaississements avec ramollissement de la muqueuse, des ulcérations irrégulières, d’un aspect grisâtre, et couvertes d’un mucus épais et sanguinolent. Au voisinage de toutes ces ulcérations on voit souvent des cicatrices; car tand.s que la solution de continuité gagne d’un côté, elle se répare de l’autre.

C’est sur l’épiglotte, sur la muqueuse sus-glottique, sur les cordes vocales, et au-dessous d’elles, dans la trachée et même jusque dans les bronches, qu’on observe encore des ulcérations étendues qui détruisent la muqueuse et mettent les cartilages à nu. Ces ulcérations ont une grande tendance à la cicatrisation spontanée. Aussi trouve-t-on, dans la trachée des individus qui succombent, à la morve chronique, des brides cicatricielles, blanches, sèches, fibreuses, saillantes, qui rapprochent des points éloignés de ce canal et déforment son calibre normal.

I)£s MALADIES VIRULENTES.

Les organes de la respiration ont aussi des. altérations qu’on doit

if ,., ’ Ca|’ on V0lt sur Ia I)lùvre el dans le tissu cellulaire sous-pleural ' petites elcvures, tonnées par un dépôt de lymphe plastique et Quelquefois de pus, autour desquelles existe une infiltration sanguine. Le pou mon est envahi par un certain nombre de masses dures, jaunâtres dom les Plus grosses ont le volume d’une noix; ces sortes de dé^L fibrineux sont souvent ramollis a leur centre, qui contient un pus jaunâtre et glumeux. Des ecchymoses, des infiltrations sanguines plus ou moins étenues, accompagnent souvent ces dépôts indurés. Bien plus rarement on home des coUeeüons purulentes dans les viscères abdominaux.

abcès 1T7« °T: ~ S léSi0DS lGS miGUX éludiées tIu farcin ajgu sont les abcès el les ulcérés farcineux. Les abcès superficiels sont plus étendus

que les abcès profonds ou musculaires, qui sont arrondis et varient

du volume d’un pois à celui d’une grosse noix; le pus que contient ces

abcès est tantôt jaunâtre et bien lié, tantôt brunâtre et sanguinolent

Ces collections purulentes semblent déposées au sein des tissus érodés

et 1 on ne rencontre point autour d’elles ces indurations qui existent

autour des collections phlegmoneuses. On a vu des phlébites et des coa-

gu ations sanguines dans les veines partant du point inoculé et mêmeéloignées de ce point.

Dans les poumons, on trouve des infiltrations sanguines, de petits abcès, dans les plèvres, des épanchements de sérosité purulente et audessous des plèvres de petits dépôts de matière farcineuse. Les autres lésions n ont rien de caractéristique. On assure que dans le farcin aigu il n existe aucune lésion des voies nasales; mais nous n’avons pas encore sur ce point une connaissance exacte de l’état des fosses nasales, du larynx, des vaisseaux et des ganglions lymphatiques. â° Farcin chronique. - Les lésions du farcin chronique n’ont rien de ' spécial. On a vu dans deux cas de petits abcès dans la muqueuse laryngotrachéenne, une dénudation des cartilages, et un œdème consécutif de la région sus-glottique par lequel la mort est arrivée. Mais nous avons déjà parlé de ces lésions à propos de la morve chronique.

Les lésions de la peau et du tissu cellulaire sont celles de toutes les ulcéiations chroniques. Quant aux os sous-jacents qu’on trouve parfois altérés, ce sont les lésions de la périostite suppurée et de la carie qu’on observe le plus souvent. On doit noter une injection, un décollement ou une destruction du périoste, un ramollissement, une infiltration sanguine et purulente du tissu osseux dans les points ou il est celluleux et quelquefois des ostéophytes. Il n est pas rare de constater de véritables érosions dans les os, et au-dessous d’elles des ecchymoses. Les veines sont souvent enflammées au niveau des abcès et les ganglions lymphatiques correspondants gonflés et ramollis. Enfin, dans les poumons, on constate les altérations que nous avons déjà signalées.

Diagnostic différentiel. — La morve et le farcin aigus d’une part, la morve el le farcin chroniques de l’autre, pourraient être confondus

de l’affection farcino-mouveuse.

avec un certain nombre d’affections que nous citerons

très sommaire

j ment ici..

•1° Morve et farcin aigus. — Ainsi une angioleucite farcineuse a pu être prise pour une angioleucite simple , et tant qu’il ne s’est point développé d’abcès dont on puisse inoculer le pus, l’incertitude est permise. Dans le cas où l’inoculation aura été négative, on devra garder encore quelques doutes si le malade a souvent été en rapport avec des chevaux morveux.

Les phénomènes primitifs de la morve en ont souvent imposé pour i un rhumatisme ou une fièvre tgphoïde; mais dans la morve, et non dans le rhumatisme, on constate de la stupeur, de l’agitation, des douleurs articulaires sans tuméfaction, sans rougeur, sans chaleur. La céphalalgie sus-orbitaire, la faiblesse primitive, les épistaxis, les troubles intestinaux, les taches rosées, etc., sont tous caractères qui appartiennent à la fièvre typhoïde et ne se rencontrent plus dans l’affection farcino-morveuse aiguë. Certaines morves aiguës cependant simulent assez bien l’une ou l’autre de ces maladies; l’erreur est souvent impossible à éviter, et ce sont les phénomènes ultérieurs qui décident la question. Plus tard, à la période de l’éruption, on ne peut guère confondre la morve avec aucune autre maladie, ni la variole grave, ni la pustule maligne.

Yigla a cité dans sa thèse un fait qui, par l’assemblage de quelques symptômes, eût pu faire croire superficiellement à une morve aiguë. C’est un cas de phlébite de l'orbite et de la face survenue à la suite d’une carie dentaire avec fluxion. Un coryza aigu de voisinage coïncidait avec ces premières lésions. La face était le siège d’un gonflement œdémateux, la paupière du côté malade était gangrenée ; il existait un jetage d’une matière gommeuse, cinq ou six pustules miliaires sur la face, enfin du délire et de la fièvre. Malgré cette réunion de symptômes propres à tromper le médecin, l’absence d’abcès multiples, de douleurs arthritiques et musculaires, de pustules et de phlyctènes sur tout le corps, a fait éviter l’erreur.

L’inoculation, dans ces cas de morve aiguë, peut être un moyen précieux de diagnostic ou satisfaire la curiosité du médecin.

2° Morve et farcin chroniques. — Les lésions nasales de la morve chronique ont pu faire croire à un ozène; mais, dans ce dernier cas, l’état, général reste intact, les fonctions respiratoires ne se troublent pas, on ne constate point de douleurs dans les muscles et les articulations.

La syphilis, par ses douleurs ostéocopes, ses gommes, ses ulcérations, ses altérations de la gorge et des fosses nasales, se rapproche beaucoup de

Îla morve chronique, et cela explique comment des auteurs anciens qui ont écrit sur l’épidémie du xve siècle, ont retracé, sous le titre de syphilis, de véritables cas de morve et de farcin chroniques. Cette similitude de lésions permet encore de comprendre Yan Helmont, quand il disait que la vérole avait pris son origine du farcin. Les difficultés qu’on rencontre dans des cas semblables ne sont souvent levées que par le traitement. Mais en dehors de cette pierre de touche, on s’éclairera des antécédents du malade, de la coïncidence d’autres accidents syphilitiques, de la localisation

^ “ UES MALADIES VIRULENTES

de certains symptômes, comme l’altération des os propres du nez dans a \ croie, et les lésions primitives de la pituitaire dans la morve etc Je im crois pas qu’on puisse confondre facilement une morve ou un

de de léSi°aS qU’°n comPrend «h» le nom

scrofuies, et dont les manifestations du côté des fosses nasales, et du

û’°nt qU’U“e anal°gie Ül°igUée avec maladie q e nous étudions. Les engorgements ganglionnaires qui envahissent

de pre erence le cou et l’aisselle, les abcès scrofuleux qui décoltu la peau, les lésions des os, les altérations des voies nasales, et la phthisie laryngée lorment un groupe de symptômes qu’il suffit de rappeler pour ne point les confondre avec ceux de l’aifection farcino-morveuse chronique.

hnbn, la morve et le farcin chroniques peuvent être confondus avec certaines espèces d infections purulentes qu’accompagnent des abcès multiples, mais qui n’ont point encore été bien décrites.

Pronostic. — Il n’existe point un seul cas authentique de guérison de morve aigue; quant à la morve chronique, elle ne donne guère de meileurs résultats. Le farcin, au contraire, compte un certain nombre de terminaisons heureuses. Quoi qu’il en soit, l’affection farcino-morveuse contractée par infection est toujours plus grave que celle qui nait à k suite de l’inoculation.

Hans le cours des formes chroniques de cette affection, on devra se tenir en garde contre certaines rémissions du mal, qui peuvent durer un intervalle de temps assez grand, et laisser dans l’esprit du chirurgien des espérances trompeuses.

Traitement. La morve et le farcin diminueront d’autant plus que administration exercera une surveillance plus grande sur l’exécution des règlements établis, à l’égard, des chevaux morveux. C’est donc dans celte surveillance administrative, et un peu aussi dans une hygiène plus convenable des chevaux et des hommes qui les soignent, qu’est la seule base sérieuse du traitement prophylactique de la morve et du farcin. Il est bon de rappeler, à cet égard, que les articles 459 et suivants du Code penal frappent d’un emprisonnement et d’une amende les individus qui n ont point dénoncé ou qui ont vendu, exposé, fait servir à un service public les animaux infectés de maladie contagieuse.

Les idées de quelques médecinssur la syphilisation préventive ont conduit Ischerning et Hagge à proposer l’inoculation préventive de la morve chez les chevaux. Ces inoculations diminuèrent la susceptibilité pour les inoculations postérieures, mais n’accordèrent pas une immunité complète (1).

Si le chirurgien est appelé à traiter une plaie infectée par l’inoculation de liquides farcino-morveux, il devra inciser cette plaie, la laver à grande eau en 1 exprimant, enfin la cautériser assez fortement avec la pète de Vienne, le beurre d’antimoine ou le fer rouge. Cette plaie sera ensuite traitée comme une plaie ordinaire.

(I) Journal danois pour l'art vétérinaire, 1857, p. 220 à 294.

1(E l’AEFECTLON l'Wfl&lNO-iVlUHVüUSE . ÜUA

Existe-t-il uueangioleucitc farclaeuse, ou devra, après la cautérisation du point d’où nait l’augioleucite, appliquer le traitement antiphlogistique de la lymphite (sangsues, bains locaux, frictions avec l’onguent napo^

Ilitain, cataplasmes) ; en même temps on soutiendra l’économie par un régime tonique, par quelques préparations de quinquina, etc.

La pratique n’a point encore trouvé de traitement spécifique contre le i larcin et la morve confirmés. On s’accorde généralement à recommander alors l’ouverture des abcès, soit avec le bistouri, soit avec le fer rouge, comme la pratiquent les vétérinaires sur les animaux. On lavera ensuite ! la cavité de ces collections purulentes avec des liquides toniques et excitants. Elliotson a conseillé les injections créosotées dans les fosses nasales, mais il ne faut pas attacher grande valeur à ce moyen.

La morve aiguë a été tour à tour traitée par les évacuants (émétique, ipécacuanha, purgatifs), et par les toniques et les antiseptiques (quinquina, vins généreux, camphre, chlorure de soude); mais aucun de ces i médicaments n’a obtenu une guérison.

Dans l’affection farcino-morveuse à l’état chronique, les chances de guérison sont un peu plus grandes. On a recommandé, outre les excitants et les toniques déjà indiqués, les préparations mercurielles, l’iode, les sulfureux intus et extra, l’hydrothérapie, le carbonate d’ammoniaque. Carpenter (1) a cité la guérison par le traitement mercuriel d’un farcin aigu transformé en morve. Monneret, qui a vu guérir un farcin chronique, administrait au malade 2 grammes d’iodure de potassium el 10 centigr. d’iode tous les jours [Journal de médecine, 18à3, t. I, p. 17). Dans un mémoire sur la morve farcineuse chronique terminée par la ! guérison (2), Bourdon recommande les préparations iodées, et en parti- ' culier l’iodure de soufre et les bains sulfureux unis aux toniques et à une ’ ventilation très active. On pourrait joindre à ces derniers moyens la mé- ! dicalion hydrothérapique.

On trouve encore disséminées çà et là quelques guérisons d’alfections farcino-morveuses chroniques par la solution de Fowler (3), le carbonate 1 d’ammoniaque administré à large dose (5 grammes chaque deux heures) [h) et d’autres médications. Mais on doit être fort réservé pour admettre ■ ces faits au nombre des guérisons; carie diagnostic de la maladie est ; souvent douteux, et la guérison, au moment où l’on publie le fait, est parfois de date trop récente pour être à l’abri des récidives. Ainsi, dans le cas publié par Richard et Foucher (5), la guérison de la maladie datait à peine d’un mois.

Quel que soit l’avenir de çes diverses médications dans le traitement

(1) Medic. Times and Gazette, 1853, n° 266, août.

(2) Gazette hebdomadaire, 1837, p. 884.

(3) Kranz, Münchener Jahresbericht, 1837.

(4) Mackenzie, London Journal of Medicinc, sept. 1831 et 1832.

(3) Archives de médecine, 1831, décembre.

1»:S MALADIES VIRULENTES

de la morve el du larcin, il faut par-dessus tout un régime alimentaire essentiellement tonique et une excellente hygiène, si l’on veut mettre en laveur du malade quelques chances de succès.

article iii.

DE LA SYriIILlS.

La syphilis est une maladie virulente, spécifique, qui ne se développe 1 s spontanément, mais se transmet par contact ou par hérédité, et qui est caractérisée par un ensemble de lésions locales et générales à marche assez bien déterminée.

Les lésions locales, ou accidents primitifs , sont désignées sous le nom e canotes, es lésions générales, ou accidents constitutionnels, ont reçu des dénominations très variées, suivant les tissus dans lesquels elles se produisent. Ces manifestations de la syphilis constitutionnelle ou générale ont été divisées en deux ordres : symptômes ou accidents secondaires, symptômes ou accidents tertiaires, suivant l’époque de leur apparition et

eur siège plus ou moins superficiel. Cependant cette division n’a rien d absolu.

Nous ne comprendrons pas dans cette étude de la syphilis l’histoire dune autre maladie vénérienne, la blennorrhagie; car, quelle que soit I opinion qu’on se fasse de la spécificité de la blennorrhagie, cette affection n’est jamais, à moins de complications syphilitiques, suivie des accidents que nous allons décrire.

C est Fracastor qui le premier, dans son poème célèbre (1), désigna sous le nom de syphilis la maladie en question. Le berger Syphilus avait, dit la fable fracas torienne, outragé le Soleil, et il en fut puni par cette maladie :

Syphilidemque ab eo labem dixere coloni.

On a donné d’autres étymologies au mot syphilis: ainsi Bosquillon, qui avait proposé l’orthographe siphilis, faisait venir ce mot de oï-Ao;, haïssable ; d autres auteurs ont tiré cette dénomination de cùv, avec , et içiktTj, aimei , parce que cette maladie avait toujours une origine vénérienne, ou bien de 7u;, pourceau , et unhTv, aimer, indiquant un amour immonde.

11 est tort probable que ce mot n’a pas eu d’autre origine que la fable de Fracastor.

Bethencourt fut le premier qui appliqua à cette maladie l’expression de lues venerea, et ce mot fut adopté par Fernel, Boerhaave, Astruc. Dauties dénominations, dont le sens sera expliqué dans 1 'Historique de la syphilis, ont encore été données à cette maladie. Ce sont les expressions de : vérole, grosse vérole, gorre, grande gorre, mal français, mal najiohtain, mal des Allemands, des Polonais, des chrétiens, des Turcs, du saint homme Job, de saint Mévius, de saint Sèment.

(I) Hyphilidis, sivc de morbo gallico. Vérone, 1 530.

1)E LA SYPHILIS

§ I. — Historique.

L’origine de la syphilis a donné lieu à de 1res nombreuses discussions que l’on peut toutefois rattacher à deux systèmes : dans l’un on admet que la syphilis a existé de toute antiquité, et dans l’autre que son apparition remonte à une date bien plus récente, à la fin du xve siècle, de lZi9/t à lZr95 environ. Un syphilographe qui partage cette dernière opinion, Simon, de Hambourg (1), n’a même pas craint de donner à cette date une précision plus rigoureuse encore, car il prétend que cette maladie s’est manifestée pour la première fois en 1495, pendant l’invasion des Français en Italie, et très vraisemblablement entre février et mai de cette année. Nous verrons plus loin ce qu’il faut penser de cette détermination en apparence si rigoureuse.

Mais ceux qui admettent l’apparition relativement moderne de la syphilis ne sont pas d’accord sur le lieu d’où provient cette maladie. Quelques auteurs croient qu’elle est originaire d’Amérique, et qu’elle a été apportée en Europe par les équipages de Christophe Colomb. Cette opinion est fondée en partie sur le récit d’Oviedo y Valdez (2), historien espagnol, intendant d’Haïti (1533-1545), qui, pour se justifier aux yeux de Charles-Quint de toutes les violences de son administration, n’a pas craint de calomnier la population indienne en la donnant comme source de la maladie syphilitique. Astruc et Girtanner ont déployé pour défendre cette doctrine historique toutes les ressources d’une remarquable érudition, mais leur opinion n’a plus aujourd’hui grand crédit.

Quelques historiens de la syphilis, Hensler et Grüner, par exemple, dont nous citerons plus loin les ouvrages, ont admis que cette affection était née au xve siècle, et que les Maures chassés d’Espagne l’avaient apportée en Italie.

D’autres médecins repoussant toutes ces origines, ont dit que la syphilis s’était primitivement et spontanément montrée au xve siècle, sous la V forme épidémique.

Enfin, dans ces derniers temps, il s’est produit une doctrine mixte, par laquelle on reconnaît l’existence, incontestable dans l’antiquité, de î certains accidents vénériens, locaux, primitifs, mais par laquelle aussi on réserve pour le xve siècle la syphilis générale, constitutionnelle. Cette doctrine éclectique, soutenue avec grand talent par Simon, de Hambourg et par Rollet(3), a eu pour origine la distinction qu’on a cherché à établir entre le chancre mou non infectant et le chancre induré infectant; c’est donc la conséquence de la doctrine du double virus, et elle en partagera la fortune.

Tel est sur l’origine de la syphilis l’état de la question. Nous pourrions

(1) Dcclaralio defensiva cujusdum positionis de mala franzos nuper per professorem Leporinum oppugnalœ. Hambourg, 1860.

(2) Histoire générale et naturelle des Indes occidentales. Tolède, 1535.

(3) Des différentes espèces de maladies vénériennes (Gaz.mèdic. de Lyon, 1856).

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celle qui, selon nous, réunit le plus de probabilités en sa laveur Mais comme la doctrine que nous adoptons est la négation de toutes les autres, nous 1 exposerons d abord et cela abrégera la discussion.

PfnS°"f qU° la Syphilis a exislé de loule antiquité : cette opinion q ; Sanchez (1) soutint un des premiers, et que Grüner (d’Iéna), tout en pro essant une autre origine , propagea par des recherches bibliographiques de la plus grande valeur, a été défendue de nos jours par osenbaum dans un livre des plus curieux (2), et par Cazenave dans la

d°nt ü a fait précédCT son Traité des syphi ides (1843). Le médecin Irançais a surtout donné à l’appui de son opinion des raisons philosophiques et politiques, tandis que l’auteur allemand a demandé ses preuves aux médecins, aux historiens, aux satiriques aux poètes érotiques de l’antiquité, etc.

Quand on pénètre avec Rosenbaum dans toutes les fouilles qu’il a entreprises, on se trouve souvent en face de sujets d’une licence telle que les citations latines permettent seules de les donner à l’appui de la these qu’on soutient: ainsi s’explique la présence des textes latins qu on lira plus loin. Mais avant de citer les textes qui, selon nous, démontrent l’existence de la syphilis dans l’antiquité, il est bon de 'présenter quelques considérations générales sur les difficultés du sujet à étudier, sur les causes qui nous empêchent de reconnaître la vérole chez les peuples anciens, enfin sur les principes de critique qui doivent nous guider dans ces recherches.

Il est bon de remarquer d’abord que la syphilis est une des rares maladies dont on nie l’existence dans l’antiquité. La morve, par exemple, dont l’étude complète est de date très récente, n’a pas eu le privilège de soulever à ce point de vue historique tant de discussions. On comprend très bien que les éléments symptomatologiques de l’afrection morveuse aient pu être rattachés à d’autres affections gangréneuses; il n’en est pas de même pour la syphilis. Quand on la recherche dans l’antiquité, on veut la trouver dans son expression la plus complète, à l’état de système syphilographique, comme dans nos livres classiques, et l’on ne paraît pas songer que la vérole puisse exister dans le petit nombre de livres médicaux qui nous restent de l’antiquité, sous la forme de fragments pathologiques dissémines çà et là et désignés par des noms très variables.

Rien cependant n est plus vrai que cette dernière opinion : tous les symptômes de la syphilis peuvent se retrouver dans l’antiquité, mais sous des étiquettes différentes. Il ne s’agit que de les y chercher avec cet esprit de critique qui a éclairé d une si vive lumière les études entreprises sur les institutions, les cultes, les mœurs privées ou publiques du monde ancien. Ainsi personne ne nie, et nous en donnerons la preuve plus

(1) Observations sur les maladies vénériennes. Paris, 1785.

(2j Gesthichle d. Lustseuche im Altcrthume, 1837 ( Histoire de la maladie vénérienne dans l' antiquité).

loin, qu'avant le xvé siècle les maladies ulcéreuses des organes génitaux aient été décrites par Celse, Oribase, Aélius, Paul d’Égine, etc.; seulement on oublie que le rapport de ces lésions locales avec les accidents

I constitutionnels avait échappé à la plupart des observateurs. Mais ces accidents n’existent pas moins, et on les retrouve dans la description des maladies de la peau, si fréquentes dans l’empire romain, des lésions du cuir chevelu bien étudiées par quelques auteurs, et entre autres par Alexandre de Tralles, enfin des affections de la gorge, du voile du palais, du tibia, etc. Toutefois notons que, sans connaître ce rapport, on ne s’étonnait pas de trouver chez les débauchés des lésions qu’on rattache assez facilement aujourd’hui à la syphilis.

Si maintenant on recherche la raison de l’ignorance dans laquelle les médecins sont restés sur le rapport qui existe entre les lésions locales et les accidents généraux de la syphilis, on arrive à constater que plus d’une cause s’opposait à la connaissance de ce fait.

C’est d’abord la sorte de répugnance que quelques médecins éprouvaient à écrire sur ces maladies, répugnance dont témoigne ce passage de Celse : « J’ai présentement à parler des maladies des parties honteuses. Les mots dont on se sert chez les Grecs pour désigner ces parties sont moins choquants et ont été adoptés par l’usage, puisqu’on les trouve employés dans presque tous les écrits et les discours des médecins; mais parmi nous ces expressions sont indécentes, et l’autorité des personnes qui parlent avec le plus de retenue ne peut les faire excuser. Ce n’est donc pas une entreprise facile de traiter de ces maladies pour quiconque veut garder les règles de la pudeur sans s’écarter de celles de l’art. Cependant je n’ai pas cru que ce motif dût m’arrêter, et cela pour deux raisons : la première, parce que je ne dois rien omettre de tout ce que j’ai appris concernant la médecine; la seconde, parce qu’on ne peut trop faire connaître les moyens de guérir des maux qu’on ne découvre jamais aux autres que a malgré soi (1). »

Voilà donc un passage de Celse qui établit que les médecins 11e par- I laient qu’avec réserve des affections vénériennes, et que les malades mon- I Iraient une réserve aussi grande; d’où l’on peut conclure que ces malai; dies étaient mal étudiées et mal connues.

D’ailleurs, dans l’antiquité, les connaissances médicales n’étaient pas le domaine exclusif des hommes de l’art, et elles existaient surtout à l’état de médecine populaire ; ce qui permet de comprendre que les individus I atteints d’affections syphilitiques n’avaient pas toujours besoin d’aller ) consulter les médecins. Ils s’adressaient à des charlatans qui n’ont laissé aucune trace dans la science, ou aux prêtres qui faisaient dans les temples une médecine religieuse plus profitable aux intérêts du cuite qu’à la santé des malades (2).

(1) Celse, lib. VI, c. xvill, § 1, traduit de H. Ninnin.

(2) C.authier, Recherches hisloi'iques sur l'exercice de la médecine dans les temples chez les peuples de l’ antiquité. Lyon, 1818.

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