‹ Traité élémentaire de pathologie externeChapitre 7 sur 50 · UC · texte numérisé non relu

UC

à une chaleur modérée, crut voir se déposer du pus. Dehaën, professant que le pus est tout formé dans le sang, ou Quesnay, croyant que ce pus résulte d’une inflammation localisée des vaisseaux, n’ont rien démontré qui vaille la peine d’être rappelé.

Le pus, dit-on aujourd’hui, est une sécrétion. L’expression est mauvaise : c’est l’exsudation d’un blastème à travers les capillaires, blastème au sein duquel naissent les globules de pus. Quelques auteurs ont voulu pénétrer le mécanisme de cette exsudation, et n’ont abouti à rien de sérieux. Kaltenbrunner n’a écrit sur le mécanisme de la pyogénie que des hypothèses ; Gendrin, croyant que les globules du pus ne sont que des globules du sang altérés et dépouillés de leur enveloppe, a trouvé d’abord Donné pour venir à l’appui de sa doctrine ; mais cette opinion ne peut être admise par ceux qui ont quelque habitude des recherches micrographiques, et nous doutons fort Jque Donné partage aujourd’hui son opinion de 1834. Plus récemment on a discuté la question de savoir si les globules du pus ne seraient pas des globules blancs du sang, et cette opinion a trouvé des défenseurs, en Allemagne surtout, où l’on admet facilement une identité de nature entre les produits normaux et les produits morbides de l’organisme. Le travail déjà cité de Zimmermann peut mettre au courant de ces débats curieux, mais sans utilité réelle. Quant à nous, nous repoussons cette analogie. Les globules blancs du sang nous ont toujours paru, à 1 aide de l’acide acétique, faciles à’séparer des globules du pus. Ce réactif fait voir dans ces corpuscules des noyaux bien distincts qu’on ne trouve pas dans les globules blancs du sang. La figure 7 montrera mieux ces différences. Un globule de pus, D, traité par l’acide acétique et augmenté de volume par endosmose, ne peut y être confondu avec les globules rouges, A, empilés, isolés ou crénelés, B, et les globules blancs du sang, C.

En résumé, le pusse produit par I exsudation des matériaux liquides cki sang altéré par la stase capillaire phlegmasique. Ces matériaux en dissolution constituent un blastème dans lequel se développent spontanément les glpbules de pus. Ces corpuscules se forment de toutes pièces; d’abord très petits, ils augmentent peu à peu de volume jusqu’à ce que leurs caractère^ soient nettement touchés. Les recherches déjà citées de Lebcrt sur l’évolution des globules purulents chez la grenouille rendent bien compte de tout ce qu’on peut observer avec nos moyens d’investigation.

Cette façon de considérer la suppuration pourrait nous dispenser de parler des agents de la sécrétion du pus, des membranes pyogéniques, si de grands noms chirurgicaux n’en avaient soutenu chaleureusement 1 tp.nr.p.. Personne ne peut nier qu’à -la face interne de certains abcès.

I lG 1. — Éléments du sang cl du pus : A , globules rouges du sang; B, mêmes globules crénelés; C, globules blancs ; D, globùlôT du pus traité par l’acide acétique et très grossi.

l’exisque

dans quelques trajets fistuleux, qu’à la surface de plaies ulcérées il n’existe une sorte de membrane duc à un dépôt de lymphe plastique plus

DE LA SUPPURATION

ou moins organisée; mais sans raisons suffisantes, Delpech a soutenu qu'il s’agissait là d’une membrane destinée à la sécrétion du pus. Déjà cette idée se trouve en germe dans une opinion d’Ev. Home (1), à savoir, que dans l’inflammation une surface vasculaire se forme antérieurement au pus dans le tissu cellulaire.

11 est facile de répondre à ces hypothèses. Souvent le pus est infiltré dans les mailles du tissu cellulaire, et il n’y a pas trace d’une membrane pyogénique; dans les muqueuses, le pus est formé sans que la surface suppurante soit le siège d’une fausse membrane. Le plus souvent donc cette apparence membraneuse manque, et l’on ne la distingue que dans les cas on la paroi de l’abcès ou du trajet fistuleux a été le siège d’une exsudation plastique longtemps prolongée,

Hunter a écrit un long chapitre sur les collections de matière sans inflammation. Il cherche a établir, dans ce passage de son livre, que beaucoup de suppurations qui se forment lentement, d’une manière insensible et sans douleur, sont étrangères à l’inflammation. Les preuves manquent à 1 appui de cette doctrine, car Hunter n’a seulement fait que mettre en lumière les principales différences qui existent entre les abcès chauds et les abcès dits froids. On ne peut contester que dans certaines maladies infectieuses il ne se forme très rapidement, sur plusieurs points à la fois et sans grande douleur, des collections purulentes; mais rien n’établit qu’il ne se passe point là les phénomènes anatomiques de l’inflammation. On y trouve même assez souvent de la douleur profonde et obtuse que révèle une pression au niveau de ces collections de pus. L’hypérémie vasculaire, et consécutivement la stase sanguine, se rencontrent aussi dans les vaisseaux qui avoisinent ces abcès.

En résumé, rien ne prouve que cette suppuration ait lieu en dehors des conditions anatomiques de l’inflammation.

Svmptomatologie. — Les symptômes qui annoncent la suppuration sont ocaux ou generaux. Les premiers vont être étudiés à l’article Abcès. Nous

mentionnerons seulement ici une douleur plus vive dans la partie enflamn ee, des élancements, des pulsations, une élévation marquée de la température, et unœdeme presque caractéristique.

HunterH^«ldela(|l0rmar0'1 d“ pUS’ et surlout» seltm 1» remarque de irrégulie^ef nflS ln ammaPons spontanées, on note des frissons généraux

le A c T ?U' reS‘ent qUe rarement limilés * I» partie masut',- SUCCMe tle Ia chaleul' parfois aussi de la

sertdtdontT13 V"'' e”'* * <*» -le la suppuration

art,CleS qui ™"‘ consacrés aux ÏLs et *

(t) Ihom&ùn, Traité de l’inflammation,

UE L'iNFLAMMATlÜN ET UE SES CONSEQUENCES.

ARTICLE IV

UES ABCÈS

Division ues abcès. — On désigne sous le nom d’abcès ( abcedere , s'écarter) toute collection de pus dans une cavité accidentelle; l’existence d’une cavité sépare les abcès des infiltrations 'purulentes. On assigne le nom d’épanchement de pus au dépôt de ce liquide dans une cavité naturelle, comme le péritoine, la plèvre, etc. Ces distinctions doivent être conservées, car Y abcès est précédé et suivi d’un travail particulier qu’on ne rencontre point dans les épanchements de pus, par exemple.

On distingue, et avec raison, plusieurs espèces d’abcès : les abcès chauds sont ceux qui succèdent assez rapidement a une inflammation aiguë , les abcès froids se développent lentement, sans trace apparente d’une inflammation antérieure; les abcès par congestion sont ceux qui doivent d’ordinaire leur origine à une affection osseuse, et vont se manifester a une distance plus ou moins éloignée de leur source. Gerdy (1) proposa, en conséquence de ce dernier fait, de les appeler abcès migrateurs, mais ce mot n’a pas fait fortune. On appelle abcès métastatiques , des collections purulentes qui se forment spontanément sur certains points du corps, à la suite de l’infection du sang par le pus.

Nous n’étudierons ici que les abcès chauds et les abcès froids. Les abcès par congestion seront décrits avec les maladies des os, et l’histoire des abcès métastatiques trouvera sa place dans l’article sur Y infection purulente.

§ !««•. — Abcès chauds.

Anvtomie pathologique. — Très communs dans le tissu cellulaire, les abcès chauds diminuent de fréquence dans différents organes ou tissus. Ainsi on les voit rarement dans l’axe cérébro-spinal, le foie, le poumon, le

système musculaire et le système osseux.

On doit, dans un abcès, étudier deux choses, la cavité et le contenu.

A. Cavité. — Quand un abcès se développe, on voit, au milieu de 1 exsudation plastique inflammatoire, un liquide jaunâtre se déposer primitivement dans les aréoles du tissu cellulaire. Cette formation purulente se limite assez promptement, et le pus se réunit daqs de petites cavités qui, s’ouvrant les unes dans les autres, finissent par constituer un foyer unique L’infiltration plastique persiste tout autour du point ou le pus s est

’Tàis les caractères de la lymphe infiltrée varient sur différents points Ainsi, assez dense dans le voisinage de la cavité, elle n est plus quunc

(1) Chirurgie pratique, t. Il, P-*"2

Page 1