ARTICLE VI. — DES TROUBLES DU SOMMEIL
Le cerveau éprouve chaque jour, comme tous nos organe^ un besoin impérieux de repos ; ce besoin se traduit d'ordinaire par de six à huit heures de sommeil ; la durée de cette périoiie varie suivant l'état physique et mental de l'individa.
Le cerveau, pendant le sommeil, subit dans sa configuratioi!
des changements qui, bien quMmparfaitement connus, méritent cependant Tattention. Galdwell, chez ane femme dont la Toûte crânienne avait été partiellement enlevée, a pu constater que cet organe restait inclus dans le crâne et sans mouvements pendant le sommeil, tandis qu'il venait faire saillie à la surface pendant la veille. Blumenbach a observé également, chez un malade, l'affaissement du cerveau pendant le sommeil et son expansion avec turgescence au réveil. Bruns a constaté positivement à Taide d'un appareil enregistreur, chez une femme qui présentait une perte de substance osseuse, que les mouvements du cerveau étaient pendant le sommeil d'une amplitude moindre que pendant la période de veille.
Les physiologistes qui se sont occupés de cette question sont d'accord pour admettre que le sommeil coïncide avec une diminution notable dans l'activité de la circulation cérébrale ; et Durham en conclut que tout ce qui augmente l'activité de la circulation cérébrale tend à assurer la veille, et que tout ce qui diminue cette activité et en même temps n'altère pas la santé générale tend à amener le sommeil. M. Hénocque (i) fait remarquer cependant qu'il ne faudrait pas considérer cette anémie relative de l'encéphale comme la cause môme du sommeil, car on peut provoquer cet état par l'action de substances notoirement vasordilatatrices, telles que l'opium et le chloroforme; la condition prochaine du phénomène serait, d'après Pflûger, la diminution de la quantité de sang qui se trouve emmagasiné dans l'encéphale ou apporté par les vaisseaux ; il se produirait là, d'après Bertin, une sorte d'asphyxie du cerveau. Cette impuissance fonctionnelle est-elle due à l'encombrement des tissus par les matériaux de dénutrition ou à l'épuisement des matériaux nécessaires au jeu de l'organe ? Les deux hypothèses ont été vivement soutenues dans ces derniers temps ; peut-être les deux causes agissent-elles concurremment ?
(Juoi qu'il en soit, le sommeil est un acte nécessaire, et sa mise en jeu régulière est indispensable au fonctionnement normal de l'organisme.
Sa durée peut être exagérée ou amoindrie. Le premier de ces
(1) Berlin, Dictionnaire encyclopédique, article sokmsil. — Blumenbach, hychological Jowmaly col. V. — Mathias Duval, Nouveau dicL de Jaccoud^ tft. SoHjiEiL, t. XXXIIl, 1S82. ~ A. Maary, ouvrage cité.
58i DES TROUBLES FONCTIONNELS (SYMPTOHES).
troubles est presque physiologique chez bien des sujets qm s'endorment après chaque repas sans préjudice d*un sommai prolongé pendant la nuit. Il devient maladif quand il persiste presque constamment, se renouvelant spontanément dès quîi n*est plus interrompu par une excitation ; on Tobserve soas cette forme chez les polysarciques ; ils s*endormeDt non seDl^ ment quand ils essayent de travailler ou de lire, mais aussi dans le cours d'une conversation et à table ; on observe des phénomènes analogues dans certaines formes de néphrite chronique, mais ici il faut prendre garde de confondre le sommeil avec les états comateux qui présentent la particularité de persister, malgré toutes les excitations auxquelles peut être soumis k malade, et de s'accompagner souvent du trouble respiratoire que Ton appelle le $tertor. Cette tendance invincible au sommeil ne pardt pas entraîner par elle-même de conséquences graves, mais elle est habituellement d'un pronostic f&cheox quand elle n'a pas été provoquée artificiellement.
L^insomnie est au contraire un symptôme des plus pénibles; elle entraîne la fatigue cérébrale. Des conditions multiples peuvent la produire : elle est le résultat de la volonté chez les sajets qui se livrent à des travaux excessifs, soit manuels, soît cérébraux. Il faut ajouter le plus souvent, en pareil cas, une iofluence médicamenteuse, celle du café ou du thé.
L'insomnie s'observe assez^fréquemment dans diverses maladies de l'encéphale et en particulier dans celles qui donnent lieu à la démence; elle en est un des signes les plus fréquents. Ce^^ également un symptôme des fièvres ; elle se produit au début des pyrexies exantbématiques, de la pneumonie, de la fièvre typhoïde oh on la voit se prolonger ordinairement pendant tooU la période d'état ; on l'a signalée dans les affections de l'estcmac et d'une manière générale dans toutes les maladies qui s'accompagnent de douleurs. Nous devons mentionner enfin parmi ses causes, les excitations cérébrales violentes; noo l'avons vue se produire à ta suite des épreuves d'un coocouri: elle survient à la suite des chagrins que provoquent des reve.'^ de fortune, l'amoindrissement de sa situation sociale ou la per^^ d'un être chéri.
L'insomnie peut se produire à des degrés très divers; le pl(^' souvent elle n'est que relative ; les malades ne donnent chaque
jour au sommeil qu'un laps de temps insuffîsant ; il en est ainsi chez les sujets contraints de se surmener; Tinsomnie consécn* tWe à des excès de fatigue intellectuelle peut être beaucoup plus opiniâtre; nous Tavons vue, dans un cas, persister pendant plus d'une semaine ; elle peut être d'une durée beaucoup plus longue chez les aliénés.
Les sujets en proie à l'insomnie sont généralement dans un Hat très prononcé d*ezcitabilité nerveuse; toutes les sensations eur deviennent pénibles ; ils tombent dans une sorte d'agitation iDxieuse ; leur appétit est le plus ordinairement troublé ; leur einl pâlit; leur regard, d'abord brillant, devient plus tard atone ; 1 y a mélange de faiblesse et d'excitation ; les sujets tombent lans un état de prostration qui semble pouvoir aboutir à une erminaison fatale. Il importe de distinguer, à ce point de rue, l'insomnie provoquée accidentellement par un surmènenenl intellectuel ou une émotion pénible, de celle qui se proluit sous l'influence d'une maladie mentale; la première est 1& )ius souvent passagère et la seconde durable.