CHAPITRE XI
DE LA FIÈVRE (i) ARTICLE 1*'. — DB LA RÉGULATION THERMIQUE.
La température du corps humain, à Tétat de santé, varie dans des limites restreintes, elle s'élève dans l'aisselle à environ n%2 et dans le rectum à ZVfi ; elle [est à peu près indépendante de celle du milieu ambiant chez Thomme qui vit dans de bonnes conditions hygiéniques, et se maintient aux environs des mêmes chiffres, quel que soit l'excès de chaleur que produise parfois l'exercice des fonctions et quelles que soient les variations de la chaleur atmosphérique ; c'est à peine si un travail musculaire excessif l'élève momentanément de quelquesdixièmes de degré. Il faut donc qu'il y ait à l'état normal une compensation exacte des pertes de chaleur par l'augmentation de sa production, et réciproquement une compensation de la chaleur produite en excès par une augmentation des pertes ; on exprime ce fait en disant qu'il se produit dans l'organisme une régulation de la température.
Les oxydations qui sont les sources de la chaleur animale ont leur maximum d'intensité dans les muscles et dans les glandes;
{\) Cohnhelni, Péris, ouvrages eités. — Uebermeister, Handbuch der Path, u. Ther. der Fiebers, Leipzig, 1875. — Botkin, De la fièvre, 1872. — Hirtz, irticle FiÊVRt du Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques. — Lereboullet, article Fièvre du Dictionnaire encyclopédique. — Du Castel, Pht/tiologie pathologique de la fièvre. Thèse d'agrégation. 1878. — Vulpian, Leçom sur V appareil vaso-moteur, — Claude Bernard, Leçons sur la chaleur animale, sur les effets de la Chaleur et sur la Fièvre^ Paris, 1876. — Loraln, De la température du corps humain et de ses variations dans les différentes maladies. Paris, 1877. — Jaccoud, Tt^Ui de pathologie interne,— Recklinghausen, /oc. cil, — Rindfleisch, Die Elemente der Pathologie. 1883.
Ludwig et Spiess (1) ont démontré que le liquide sécrété par le* glandes salivaires est plus chaud que le sang qui y affine: Cl. Bernard a reconnu qu'il en, est de môme pour la bilee: Turine. La production de chaleur dans les muscles qoi sè contractent a été mise en évidence par Hirn, Becquerel et Brochet (â)et Béclard ; Cl. Bernard a trouvé que le sang de la Teioc jugulaire du cheval est plus chaud pendant la masticatioD, etiii constaté également que, lorsque le rein est en fonction, la température de ses veines dépasse de 0,2 à 0,3 celle de ses artère? et que le sang des veines hépatiques est de 0,â à 0,4 plus chaud que celui de la veine porte ; le muscle cardiaque, en état de contraction, est plus chaud que le sang qu'il renferme; ce fait a été démontré par Heidenhain et Kôrner (3).
C*est là une conséquence nécessaire de la théorie dynamique de la chaleur mise en évidence par Rumford, Robert Mayer, Joolii et Hirn de Colmar (4). M. Béclard (5) a montré que la contraction des muscles produit plus de chaleur quand elle est statique c'est-à-dire non accompagnée de travail mécanique, que lorsqu'elle accomplit un travail mécanique utile ; la partie de laction musculaire non utilisée sous forme de travail mécanique extérieur apparaît sous forme de chaleur.
C*est pour cette raison que, dans le tétanos et dans Tétai de mal épileptique, la température peut s'élever en peu de teoDp> de plusieurs degrés, sous Tinfluence des contractions toniques des muscles..
Les pertes de chaleur se font surtout par les téguments et par la muqueuse pulmonaire, très accessoirement par réliminatiûi: des produits de sécrétion.
Que si un exercice musculaire violent tend à produire rby* perthermie, la circulation cutanée devient plus active et il ^^
(1) Ludwig et Spies», Vergleichung der Wdt*me des UrUerkieferdn^ Speichels und des gleichzeiiigen Carotiden Blutes, {SUzungsberichi der W'tfw Akad* der Wissensch. 18o7.)'
(2) Becquerel et Breschet, Expériences sur les températures pkysiolog^'^ et morbides {Annal, des sciences natur, 1876).
(3) Heidenhain et KOrner, Beitr. z. Temp.-Topographie des Siugetkierh^ pet*s. Breslau, 1870.
(4) Consulter pour cet historique le livre de M.Gavarret, Sur lesphénomry physiques de la vie. Paris, 1869 ; et Lorain, De la température, Paris, It*'.
(5) J. Béclard, De la contraction musculaire dans ses rapports avec le t(^ pérature animale {Arch. gén. de méd. 1866).