ARTICLE IV. — MODE DE PRODUCTION
Ceci posé, nous devons rechercher à quelle cause îl faut râ^ porter le surcroît d'activité que présentent dans la fiëTre le^ combustions organiques. Deux théories sont en préseDC«: Dans Tune, qu'on soutenue particulièrement MM. Bergmann. Yerneuil (1), Otto Weber, etc., il faut attribuer le phénomèoêi la pénétration dans le sang de matières dites pyrogènes ; dâib Tautre, que Bernard a faite sienne et qui a été soutenue él>> quemment par GhaufTard, il est dû à un trouble dans rinDem* tion vaso-motrice et calorifique.
L'observation montre que très souvent la fièvre est d'origia' infectieuse : les fièvres éruptives, la fièvre intermittente, b fièvre typhoïde ne peuvent s'expliquer que par la pénétratio: dans le sang de substances pyrogènes, très probablement, pocr ne pas dire certainement, de microbes qui agissent soit directement, soit en donnant naissance à une matière septique.
Gaspard, le premier, a fait voir que l'injection de pus dans If sang, le péritoine, la plèvre ou le tissu cellulaire, provoque di: la fièvre. 0. Weber (2) et Billroth (3) ont étudié avec grand scir les accidents auxquels donne lieu l'injection dans les veines c^ sous la peau de produits desuppuration ; mais comment ces mr tières pyrogènes augmentent-elles l'activité des combusliocj Est-ce directement en provoquant dans le sang une fermeota tion? Est-ce indirectement en troublant l'innervation vas^^claire? La question ne peut être actuellement résolue.
La même difficulté se présente pour la fièvre traumatiqQ^- Elle n'est certainement pas toujours provoquée par la pécé* tration dans le sang de matières septiques, car on Fobserfeà ^ suite de lésions sans plaies des parties profondes, telles, p^' exemple, que la fracture du fémur; on pourrait supposer c: pareil cas qu'il se produit au niveau du foyer un trouble deontrition qui aurait pour résultat la genèse de matières pyrogèQ^< la même interprétation pourrait être donnée pour toutes les ^^
(1) Verneuîl, Bull, de ^Académie de médecine^ 1871.
(2) O. Weber, Experim, Slud. ûber Pysemie, Septicémie und Fieber (Pflt^f - JClinik^ 1 804- 1865).
(«) Billroth, Langenbeck's Archiv. H, VI, XIH.
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rres que provoquent les phlegmasies ; mais on peut se demander également si en pareil cas la réaction générale n'est pas due à 1 excitation des nerfs centripètes nés du point lésé et à une iction à distance sur les centres d'innervation vasculaire et :alori0que.
Une expérience de Cl. Bernard semble trancher la question m faveur de cette dernière interprétation (1).
Si l'on enfonce un clou dans le pied d*un cheval, après avoir )réalableroent sectionné tous les nerfs du membre, il ne se )roduitpas de réaction ; celle-ci est au contraire violente si Ton fa pas pratiqué la section préalable. Malheureusement d'autres )hysiologistes, MM. Breuer et Ghrobach (â), ont obtenu des rétiltats différents ; ils ont vu Tirritation de l'articulation du pied tonner lieu à de la flèvre, alors môme que tous les nerfs du Qembre ont été préalablement coupés ; il est vrai que Ton a pu eur objecter que leurs sections des nerfs avaient été incomilèles.
Il est plusieurs circonstances dans lesquelles l'élévation de la empérature peut être rapportée en toute certitude à un trouile de l'innervation; nous mentionnerons particulièrement elle qui dans certains cas se produit par l'effet de la terreur, elle que l'on observe chez les épileptiques en état de mal, chez .'S aliénés en proie à l'agi talion, et celle qui est provoquée par ne lésion de la moelle cervicale ; elle peut, dan§ ce dernier iis, atteindre, en moins de 24 heures, le chiffre de 42* et même
Tscheschichin (3) ayant reconnu que la section de laproibérance au devant du bulbe produit Thypertliermie en con* tut que la partie de l'encéphale située plus haut joue par ipport à la moelle et aux combustions le rôle d'un centre odérateur ; quand son action cesse de se faire sentir, les )mbustions deviennent plus actives et l'hyperthermie se pro« uil.
Dans les conditions ordinaires, la section de la moelle cervi* lie produit, contrairement à ce qui devrait avoir lieu dans
1. Cl. Bernard, Physiologie et pathologie du si/stème nerveux. Paris, 1868. (tî) Breuer et Ghrobach, Zur Lehre von IVundHeber, Wien, medie, Jahrà,
y i) Tscheschichin, Zur Lehre von der Thierischen Wârme {Reichert's ynd u bo is Regmond's A rchiv . 1 866) .
rhypotbèse de Tschescbicbin, un abaissement de l«i température; mais il faut tenir compte de la perte de calorique qsr la paralysie des vaso-moteurs cutanés fait ainsi subir à Vont nisme, et, si Ton maintientranimal en expérience dans un mih^ cbaud, Topération donne lieu à de Tbypertbermie (Naunpc Quincke (1); néanmoins l'explication de Tscbeschichin neptc être admise ; Bruck et Gunter ont reconnu en effet que .i simple piqûre de la protubérance a les mêmes effets que sa sec tien, et d'autre part on a vu les lésions de la moelle dorsa: provoquer la môme byperthermie que celles de la moelie cervicale.
M. Vulpian (2) a émis Topinion que cet effet des léMcn spinales doit être expliqué par Texaltation des propriétés : des fonctions propres de la substance grise de la moelle allo: ^ée et de la moelle épinière; c'est pour lui un effet d'irriUb nerveuse et non de paralysie.
Cet influence de la moelle s'exerce en partie par les tiv moteurs, surtout les vaso-dilatateurs, en partie par les autr^ nerfs centrifuges qui ont une action sur les phénomèo^ intimes de la nutrition et, par suite, sur la calorificatiou.
Gl. Bernard avait d'abord rapporté l'hyperthermie febrJ À la paralysie du sympatbique produisant la dilatation ^r petits vaisseaux ; cette explication ne peut être admise, «^i Scbiff a montré que, si Ton provoque la fièvre cbez ud animt auquel on a sectionné d'un côté le sympatbique certical. moitié de la tête où les vaso-moteurs sont paralysés s'échauSfe>. se congestionne moins que l'autre. Dans ses derniers ourrugt^ •€1. Bernard a expliqué les pbénomènes fébriles par uneexcu: tion des nerfs dilatateurs et de ceux qu'il appelle thermtqm leur suractivité, entraînant une cessation d'action des Ta>' contricteurs, donnerait lieu à une dénutrition exagérée et p^ suite à la production de cbaleur ; si l'existence de ces ne^ tbermiques n'a pas été acceptée par les autres physoiogistîr>. celle des vaso-dilatateurs a été au contraire démontrée dic^ plusieurs parties du corps, et il est bien probable qu'ils animeoi toutes les ramifications de l'arbre artériel.
Scbiff, et aussi Marey, dans un travail récent, rapporteol i
(1) R. Naanyn et Quincke, ReickerVs und Dubois-Beymond't Arehir. IJ^-
(2) VuIpiâD^ Leçons sur l'appareil vaso-moteur^ t. II, p. 248.
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leur excitation les byperémies actives qui se produisent chez les fébricitants.
Ki nous cherchons k résumer les faits que nous avons exposés relativement à la nature et à la physiologie du processus fébrile, nous arrivons à formuler les propositions suivantes : la fièvre est essentiellement caractérisée par une élévation durable de la température ; elle est liée surtout à une exagération des combusr lions organiques portant sur les substances albuminotdes aussi bien que sur les substances hydrocarbonées ; cet excès de combustions dépend lui-même, dans beaucoup de cas^ et peut-être danstous^ d'un trouble de Vinnet*vation; ce trouble est dû souvent à la pénétration ou à la formation dans le sang de matières pyrétogènes. L exagéralion des combustions ne suffit pas à expliquer les phénomènes ; il faut faire intervenir en outre un trouble dans la régulation ther^ mique; les pertes de calorique ne sont pas chez le fébricitant proportionnelles à la production ; il y a donc^ comme Font vu Marey et Taube^ rétention dans t organisme d'une partie de la chaleur qui s'y développe.