DE LK PROPHYLAXIE ET DE LA THÉRAPEUTIQUE
chancres mous, témoin le sujet chez lequel il a pratiqué plus de deux mille inoculations suivies d'ulcérations. Peut*être pourra-t-on plus tard reprendre dans des conditions plus sérieuses ces mêmes expériences en recueillant le contage sur des singes inoculés, si la maladie présente réellement chez ces animaux une grande bénignité, comme cela parait ressortir des faits observés par Klebs et par Martineau.
Dans ces derniers temps, M. Pasteur et M. Toussaint ont réussi à atténuer le virus de plusieurs maladies infectieuses spéciales à certaines espèces d*animaux, et à le transformer ainsi en une sorte de vaccin dont Tinoculalion confère une immunité durable. Ce résultat a été obtenu en premier lieu par M. Pasteur pour le virus du choléra des poules, en exposant longtemps au contact de Tair pur, dans un liquide de culture, le microbe qui en est l'agent essentiel ; on a ainsi un produit dont Tinoculatien engendre la maladie sous une forme bénigne et rend invul* nérables à ses atteintes les animaux qui l'ont contractée. M. Pasteur a reconnu de plus que ce microbe affaibli peut donner par la culture des microbes également affaiblis, et pour ainsi dire, domestiqués. « Quel triomphe, s'écrie éloquemment M. Bouley, qu^m pareil résultat ! S'emparer du virus le plus énergique, le plus subtil, le plus eflicacc, aux doses les plus infinitésimales; le réduire à un degré déterminé d'action, le faire reproduire* avec son énergie rMuite, dans une série de générations qui fait race dans l'espèce; l'accommoder ainsi aux usages de la prophylaxie par l'inoculation, de façon qu'on devient maître de vacciner contre une maladie mortelle et dé vacciner à des degré divers, suivant qu'on veut donner d'emblée une immunité complète, ou ne la faire acquérir que graduellement! Quel triomphe, et quelles espérances autorisées 1 quelles perspectives ouvertes (!)! >»
Plus récemment, M. Toussaint a appliqué au charbon, par un procédé qui lui est propre, la méthode créée par M. Pasteur de l'atténuation des virus. En soumettant à une température de So"" le sang charbonneux déflbriné, ce physiologiste en a diminué la virulence, si bien que son inoculation ne donne plus lieu qu'à une fièvre légère, bien tolérée par l'animal et suffisante pour lui conférer une immunité durable.
(1) H. Bouley, Les progrès en médecine par t expérimentation, Paris, 1882.
Le même résultat.a élé obtenu par le mélange du sang charbonneux déObriné avec un dixième d*acide phénique. On n'a pu cependant employer en grand, comme moyen prophylactique, rinoculation du virus charbonneux ainsi atténué. Il y a des cas où il reste assez actif pour tuer Tanimal, et d'autre pari rimmunité acquise n*a chez certains sujets qu'une durée de quelques mois ; c'est encore à M. Pasteur que revient Thonneor d'avoir trouvé un vaccin charbonneux susceptible d'être employé en grand par les agriculteurs. Pour l'obtenir^ il maintient les bactéridies au contact de l'air pur à 42"* ou 43* ; dans ces conditions^ elles se multiplient par scission sans engendrer de spores, et leur virulence s'affaiblit; reportées ensuite dans un liquide de culture moins chaud, elles produisent des spores qui ont exactement le degré de virulence des bactéridies mères; on a ainsi un vaccin charbonneux qui permet de donner aux animaux une fièvre charbonneuse légère; celle-ci guérit toujours et confère l'immunité contre la maladie (1).
MM. Arloing, Gornevin et Thomas (2) ont reconnu, d'autre part, que le microbe du vharbon st/niptumatique^ introduit dans le sang, ne s'y multiplie que dans de faibles proportions et rend cependant l'animal en expérience impropre à contracter celte maladie. Ces physiologistes ont réussi à atténuer Tactivité de cet agent en le soumettant, après l'avoir préalablement desséché, puis hydraté, à une température de 85° à 100''; ils ont pu s'en servir pour pratiquer avec succès des inoculations préventives.
L'inoculation prophylactique a élé encore appliquée, en médecine vétérinaire^ à cinq autres maladies, la péfipneumoutt contagieuse des bêtes à cornes^ la clavelée du mouton, la fièvrr aphtheuse des ruminants, la maladie des chiens et la gourme du cheval.
Pourra-t-on réaliser pour les grandes maladies infectieuse^ de Thomme ce qui a élé fait pour celles que nous venons d'énumérer? pourra-t-on parvenir à enrayer ainsi le développement des épidémies? la question est à l'étude, et un avenir prochain en décidera.
(1) PaBtcur, Comptes rendus de CAcaffémie des sciences. 1882.
(2) Arloing, Cornevin et Tliomasv Modifications que subit le virus du charhon symptomalique ou bactérien sous l'influence de quelques causes de destruction {Comptes rendus de la Soc. de ttiologie. 188Î).