INSUFFISANCE
§ 1«'. — Considérations générales.
L'exercice des fonctions peut devenir par lui-même, lorsqu^il esl poussé jusqu'à la fatigue ou lorsqu*il est insuffisant^ le point de départ de désordres persistants.
On a directement constaté qu'un organe en état d'activité renferme plus de sang qu'en l'état de repos ; il devient le siège d'une hypérémie fonctionnelle; or il semble que cette hypérémie puisse, lorsqu'elle se renouvelle trop fréquemment, être ie point de départ d'une phlegmasie chronique.
II faut considérer en outre que le fonctionnement d'un orf^ane suppose nécessairement une modification dans la structure intime de ses éléments ; le fait a été nettement reconnu pour les muscles, les nerfs et les glandes (1).
Sous l'influence de la fatigue, l'état électrique des muscles est modifié ; la consommation d'hygiène et la production d'acide carbonique y augmentent; les acides gras en disparaissent en partie; leur réaction devient acide; les produits de la désassimilation, particulièrement l'acide lactique, la créatine et la créatinine y augmentent ou s'y forment de toute pièce; l'excrétion de l'urée se trouve accrue.
Les propriétés physiologiques du muscle sont également altérées (2). Le muscle fatigué se raccourcit moins et produit moins de travail utile. On a noté surtout la diminution de son excitabilité; sur le graphique donné par sa contraction, on peut voir que la période d'excitation latente est plus longue, que la secousse présente moins d*amplitude et en même temps plus
'. , Consalter à ce sujet Carrioii, De la Fatigue et de son influence pathogéntque^ Pirls, 1878.
l^ Voyez les Traités de physiologie de Beaunis, de Réclard etde Kûss et Duval.
Mi ÉriOLOGIB.
de durée si la fatigue n'est pas excessive, que la fusion des secousses se produit plus rapidement, et enfin que la ligne de descente est très oblique, ce qui indique la lenteur plus grande du retour du muscle à la longueur initiale. Dans les cas de fatigue extrême, la durée de la secousse diminue en même temps que son amplitude.
Les organes de Tinnervation subissent dans les mêmes conditions des modifications analogues : leur état électrique change ; ils s^échaufTent (1) ; leur réaction devient acide ; M. Byasson a reconnu que le travail cérébral augmente l'excrétion de Turée, des phosphates et des sulfates alcalins ; les nerfs fatigués deviennent moins excitables; il faut pour les mettre en activité augmenter Ténergie de Texcitation.
Ces altérations, essentiellement passagères, disparaissent d'ordinaire complètement sous l'influence du repos, mais Ton conçoit que, par leur répétition très fréquente, elles puissent entraîner à la longue des modifications permanentes dans la structure des parties.
Si la fatigue est nuisible, le défaut d'exercice ne Test pas moins : la nutrition des éléments qui constituent les organes ne s'effectue régulièrement que si ces organes sont en état d'activité fonctionnelle; sous l'influence d'un repos prolongé, les échanges s'y ralentissent, et les tissus finissent par s'altérer. De même qu'un muscle s*hypertrophie et devient plus fort quand il est exercé fréquemment, de même il tend à s*atrophier sous l'influence d'un repos prolongé. C'est surtout dans les organes de la vie de relation, soumis à l'influence de la volonté, que l'action pathogénique de ces causes se fait sentir; dans les appareils qui fonctionnent automatiquement ou par voie réflexe, le surmènement, s'il se produit, échappe en général à l'observation, si ce n'est dans les organes musculeux dont il peut amener successivement l'hypertrophie et la dégénérescence.
Nous étudierons successivement l'action de l'exercice exagéré et de l'exercice insuffisant des fonctions dans les différents organes soumis à l'influence de la volonté.
(1) SchifTet Broca ont constaté réchauffement du crâne pendant le travail intellectuel.
CAUSES INTRINSÈQUES DYNAMIQUES. 4i)
§ 2. — Fati^pnes cérébrales.
Le cerveau peut dire fatigué activement par excès de travail intellectuel i il peut être fatigué passivement par des excitations trop fréquemment renouvelées; différentes par leur locali* sation, les altérations provoquées par ces deux espèces de fatigues présentent dans leurs caractères et leur évolution les plus grandes analogies.
A. Fatigues actives. — Les excès de travail intellectuel exercent une influence sur le développement des maladies de Ten* céphale, particulièrement sur celui des psychoses et aussi de rhémorrhagie et du ramollissement; il est d*observation que les professions dont Texercice occasionne ce surmènement prédis-» posent à ces diverses affections; sans doute Thypérémie active qu^entratne la fatigue cérébrale favorise dans les artères de Vencëphale le développement des pblegmasies chroniques qui en senties causes ordinaires.
Ces mèm^s fatigues paraissent rendre plus fréquentes et plus graves les complications du côté de Tencéphale dans le cours des maladies fébriles ; c*est ainsi que Ton voit trop sou«* vent la fièvre typhoïde qui survient chez les jeunes gens surmenés par Texcès de travail intellectuel que nécessite la préparation d'un concours revêtir la forme cérébrale.
B. Fatigues passives. — Les excitations de la sensibilité psychique, lorsqu'elles se renouvellent trop fréquemment et avec trop dlntensité, semblent produire dans les centres psychosensitifs une perturbation que Ton peut assimiler à la fatigue, et qui semble jouer un rôle important dans le développement des maladies mentales.
L'observation assigne à ces mômes causes une place considérable dans Tétiologie du cancer. On ne conçoit pas facilement quel rapport il peut y avoir entre un état psychique et la prolifération d'un groupe d'éléments glandulaires ou conjonctifs, mais les faits sont là, et l'on voit trop souvent les signes dn carcinome gastrique, par exemple, apparaître à la suite de chagrins prolongés, chez des individus frappés dans leurs aifeclions, leur fortune ou leur ambition, pour que l'on puisse méconnaître cette relation.
HAi.LorKAt. — Patbolopin fjciK^ralc. 4
50 ÉTIOLOGIE.
Les impressions brusques et violentes (chocs psychiques), particulièrement celles de terreur, peuvent provoquer Tapparition de diverses névroses, telles que la chorée, la paralysie agitante et rhystérie dans ses différentes formes. On les a fait également intervenir dans Vétiologie de Tépilepsie, mais le professeur Lasègue (1) s'est élevé avec force contre cette assertion.
Le défaut d'activité psychique semble favoriser le développement de certaines névroses et particulièrement celui de Thypochondrie et de l'hystérie.
§ S. — Fatigues spinales.
Â. Abus des excitations centrifuges, — Le bulbe et la moelle interviennent par leurs parties conductrices et par leurs éléments cellulaires dans l'exécution des mouvements; ils peuvent donc être surmenés par un exercice exagéré, et, en réalité, cet ordre de fatigue doit être souvent invoqué comme cause des affections qui se développent dans la partie motrice de l'axe. Nous avons signalé le rôle des fatigues vocales dans l'étiologie des paralysies bulbaires, et celui des fatigues musculaires dans la production des atrophies musculaires liées à la phlegmasie chronique des cellules antérieures de la moelle (2).
B. Abus des excitations centripètes, — De même que les noyaux moteurs semblent s'altérer sous l'influence d'excitations centrifuges trop fréquemment renouvelées, de môme les noyaux sensitifs paraissent devenir malades lorsqu'ils sont soumis à des excitations centripètes trop souvent répétées ; c'est ainsi que, suivant nous, l'on peut le mieux s'expliquer le développement du tabès dorsualis non syphilitique; en interrogeant avec soin les malades qui en sont atteints, on reconnaît que, le plus souvent, ils ont subi des fatigues de cette nature provoquées, soit par des excès vénériens, soit par l'impression prolongée du froid, soit par un traumatisme, soit par une cicatrice ou une gelure ancienne, soit par des excès de marche produisant Vex
(1) Lasègue, tonton médicale, 1880.
(2) HiUopeau, Des myélites chroniques diffuses [Archives générales de m^^'leeine^ 1871-1873).-- Des paralysies hulbaires^ Paris, 1876. ~ Article Mobllk épi- ^liiMi (pathologie médicale) du Nouveau Ovtionnaire de médecin" et de dururfjif pratiques. Pari», I87C, t. XXII.