CHAPITRE II
Comme celle de la chaleur, elle peut s'exercer dans des condilioQs très diverses : nous aurons à étudier successivement les troubles que produit Yabaissement persislant de la tempéra^ ture atmosphérique dans les climats froids, Vaction immédiate^ iiénérale ou locale^ d*un froid intense, celle d*un refroidissement nctidentel et passager, et Vaction prolongée du froid humide,
§ 1. — Action prolongée du f!roid atmosphérique.
Placé dans un milieu trop froid, Torganisme tend à diminuer ses pertes et à augmenter sa production de chaleur ; à cet effet, les fonctions de la peau se réduisent au minimum en mêoie temps que les fonctions de digestion et de respiration deviennent plus actives. Ces modifications ne semblent pas exercer, par elles-mêmes, une influence fâcheuse sur la santé, mais elles conduisent à des fautes d*hygiène qui deviennent des causes de maladies. Du besoin d*aliments riches en matériaoz combustibles naît un goût particulier pour les graisses, aliments de difDcile digestion, et pour les boissons alcooliques, aliments irritants, et il en résulte des phlegmasies chroniques desToies digestives; par la môme raison, l'intoxication parTalcool n'est nulle part aussi fréquente que dans les climats froids. La disette de viandes et de légumes frais y engendre souvent le scorbut. Pour mieux se défendre contre le froid, les habitants s'accumulent dans des chambres étroites et mal aérées, et se Savent ainsi soumis à Tinfluence de l'encombrement qui paraît être la condition génératrice du typhus (I).
1 Virehow, Du lyphus famélique, tradait par H. Hallopeau, Paris, 1868. " keUcfa, Considérations sur Vétiotogie du typhus eranthématique (Gaz,
fiO ÉTIOLOGIR.
S 2. — Action directe dn froid intense.
A. Action locale, — Comme le calorique, le froid peut donner lieu, suivant rintensilé de son action, à de Téry thème, à de la vésication ou à des gangrènes plus ou moins profondes. Toules choses égales, les parties les moins volumineuses et les plu^ éloignées du cœur subissent les altérations les plus considérables. L*étude expérimentale des modifications que le froid apporte dans l'état des purties et dans leurs fonctions permet de s'expliquer la production de ces lésions. Sous son influence, le> vaisseaux se contractent, probablement par action réflexe, en même temps que les tissus pAlissent et se rétractent. Si Tapplication du froid est de longue durée, le rétrécissement des vaisseaux peut persister pendant plusieurs jours et môme plusieu^ semaines; la coarctation des veinules parait être plus durable que celle des artérioles, et ce fait contribue à produire une tuméfaction œdémateuse des parties (i). Quand la chaleur revient, la dilatation succède à la rétraction des vaisseaux et l'anémie localo fait place à Thypérémie. Cette congestion secondaire peut entraîner par elle-même, lorsqu'elle est très intense, de grave^ désordres, et elle semble favoriser souvent la production de l'œdème, de l'inflammation et de la gangrène; aussi est-il dangereux de réchaufi'er trop rapidement les parties congelées.
Le sang se solidifie à une température peu inférieure àO°; le^ vaisseaux se trouvant ainsi oblitérés, l'interruption de la circulation amène promptement la gangrène. Dans les mêmei» conditions, les globules rouges s'altèrent; ils prennent un aspect crénelé (Pouchet) ; leur matière colorante se dissout dan^ le plasma et imprègne les tissus ; les globules blancs perdent leurs mouvements amiboïdes et meurent. Les nerfs, d^abord excités par le froid (d'où les douleurs et les crampes), perdent ensuite leurs propriétés physiologiques (d'où les paralysiev motrices, sensitives et vaso-motrices) ; la myéline se coagule (Tillaux et Grancher); les muscles sont également altérés dans leur structure ; leurs fibres se divisent en sarcous élément*.
Lorsque la congélation a duré peu de temps, les parties peu-
(r TédiMiat, Dexfjeiur^s, Ihèse d'agri^gation, IKHO.
ACTION DU FROID. fli
vent rerenir rapidement à leur état normal, autrement il se produit des lésions consécutives de nature phlegmasique, avec uu sans perte de substance: les artères restent épaisses et entlammées, et leur calibre est diminué ; les os et les articulations peuvent être également le siège de phlegmasies chroniques ; la névrite a, dans plusieurs cas, déterminé la production du mal perforant (1) ; cette même altération peut secondairement >e propager à la moelle et y déterminer des lésions qui, suivant !eur siège, donnent lieu aux symptômes de Tataxie, à des' paralysies ou à des troubles trophiques (2).
B. Action générale, — Les individus exposés à un froid intense peuvent succomber rapidement ; l'abaissement de température nécessaire pour amenerla mort varie essentiellement >uiTant les conditions dans lesquelles il survient et surtout suivant le degré de résistance des sujets ; tandis que Thomme ^igouTeuxet accoutumé graduellement au froid peut supporter nne température de — 40'', on voit des sujets affaiblis par les maladies, les privations, les fatigues ou des émotions dépreswves présenter des accidents graves et même mortels s*ils sont eiposésà un froid beaucoup moins vif; il suffit, pour tuer un nouveaa-né, de lui laisser subir Tinfluence de la température extérieure sans le protéger par des vêtements. Il est probable que ces accidents sont dus principalement à l'abaissement de •a température du corps ; les expériences sur les animaux démontrent en efTet que la mort survient chaque fois que la chaleur centrale descend au-dessous de 20*" (Horwatb) ; mais cependant cette cause n'intervient pas seule, car souvent les trou- Mes morbides ne se manifestent qu'au moment où le sujet refroidi se trouve trop rapidement réchauffé.
On a fait jouer également un rôle à l'accumulation dans les Hîcères, et plus particulièrement dans les centres nerveux, du ^ang chassé des téguments par la contraction de leurs vaisseaux ; d'après Horwath (3), cette fluxion collatérale se produirait seulement du côté des veines abdominales qui se trouveraient énormément distendues, alors que les autres organes et partif^terement le cerveau seraient anémiés.
Il DnpUy et Morat, Archives de Médecine^ 187-].
^liainain et Terrier, Manuel de patholugie eiienie, î<« édition. Paris, 1877.
'i\\o\y<9[\\^Centtafbl, fiir die medic. \Vn.*^«\., I8(U (;t IH<i.».
62 ÉTIOLOGIE.
F. A.Pouchet(i) a constaté que, dans les parties congelées^Ie^ globules rouges sont détruits, et il pense que, si les lésions sont très étendues, les particules dissociées de ces éléments peuvent, en pénétrant dans la circulation générale, provoquer la mort
§ S. — Action du refroidissement.
Ce mot sert à désigner Timpression que subit le corps humain lorsque la température du milieu ambiant s'abaisse brusquement; le refroidissement peut être purement relatif et il se produit aussi bien dans les climats cbauds que dans les climats froids, pendant la saison cbaude que pendant la saison froide.
Ses causes les plus habituelles sont les changements soudains de la température atmosphérique, Texposition à la pluie, au vent ou aux courants d^air, le passage d*une pièce chauffée dans une pièce froide ou au dehors, les bains froids pris alors que le corps est échauffé, les douches froides non suivies d'exercice, l'insuffisance des vêtements, etc. Sous son influence, Torganisme subit une perturbation qui détermio^ souvent, chez les individus prédisposés, la production de troubles morbides.
Leur nature varie suivant les sujets, et, chez le même sujet, suivant les circonstances dans lesquelles se produit le refroidissement. C'est tantôt une congestion ou une phlegmasie de telle ou telle partie de la muqueuse respiratoire (coryza, bronchite, pneumonie catarrhale), de la muqueuse digestive (angine, gastrite ou entérite aiguë), ou de la muqueuse oculaire (conjonctivite] ; tantôt la phlegmasie d'une ou de plusieurs séreuses (arlhropathies, pleurésie, endocardite, p^"' cardite, méningite spinale) ou de certains viscères (néphrite albumineuse, pneumonie flbrineuse) ; tantôt la congestion ou l'inflammation des nerfs (névralgies et paralysies a frigore)ou de la moelle épinière, tantôt une myopathie ; on invoque, pour expliquer la diversité de ces lésions produites par une même cause, !a moindre résistance des organes atteints, sans dire ce que l'on entend par là, certaines prédispositions de na-
(l)Poochut, Expéritiices sur la congélation des animaux (Acad. des icieficc.v, iSCo).
ture indéterminée, et surtout les diathèses dont Tinfliience est incontestable. Il faut citer enfin, parmi les causes qui favorisent le développement des lésions a frigore^ la débilitation de Torga- DJsme par l'âge, les privations, la fatigue et les maladies.
Noos avons admis que ces accidents ne se développent que chez les individus prédisposés ; ce qui le démontre, c'est que, sur un certain nombre de sujets soumis simultanément à une même cause de refroidissement, quelques-uns seulement en éprouvent du mal à des degrés et sous des formes diverses. C'est sans doute pour cette raison que la pathologie expérimentale est impuissante à provoquer le développement de certaines maladies afrigore^ telles que la pneumonie franche..
On n'a pu encore déterminer le mode de production des mala* à\t$ a frigore ; peut-être est-il variable, et Ton est en droit de formuler, à cet égard, diverses hypothèses. Sous l'influence du refroidissement, les vaisseaux cutanés se contractent, sans doute par action réflexe; le sang refroidi est chassé du tégument eiteme et reflue vers les parties internes où il peut devenir, chez des sujets prédisposés, Toccasion d'un processus pilegmasique. D'autre part on peut supposer que l'excitation des nerfs cutanés provoque, par action réflexe, des troubles dans rinnervation vasculaire ou trophique des mêmes parties. Eofin le refroidissement a pour conséquence habituelle la suspension des fonctions sécrétoires de la peau et particulièrement celle de la sécrétion sudorale ; on peut concevoir que les produits excrémentitiels dont l'élimination est ainsi entravée causent des accidents d'intoxication, ou qu'ils exercent sur certains tissus une action phlogogène, ou enfin qu'ils provoquent dans les autres appareils d'élimination un surcroît d'ac- Wté suffisant pour favoriser le développement d'une lésion persistante.
§ 4. — Action prolongée du froid humide.
l'humidité augmente dans des proportions considérables les ^ifets nuisibles du froid ; elle accroît le pouvoir conducteur de Jîiret des vêtements, et par cela môme les pertes de calorique. L'exposition prolongée au froid humide telle qu'elle est réalisée dans certains climats, dans les constructions neuves, et dans
ùi ÉTIOLOGIE.
les habitations souterraines occupe une place importante dans l*étiologie des rhumatismes musculaires et articulaires, de^ myélites, des névralgies, du scorbut, de la dysenterie, des bronchites et des maladies de Bright.