‹ Traité élémentaire de pathologie générale; comprenant la pathogénie et la physiologie pathologiqueChapitre 35 sur 198 · ACTION DE LA PRESSION ATMOSPHERIQUE. G · texte numérisé non relu

ACTION DE LA PRESSION ATMOSPHERIQUE. G

profond et de défaillance; leurs forces sont anéanties ; leur respiration accélérée et irrégulière devient anxieuse; souvent ils font des efforts de vomisseraentS; alors môme que leur estomac est vide ; leurs traits s'altèrent. Ces accidents se dissipent rapidement sous Tinfluence du repos, pour se reproduire au moindre exercice musculaire.

Dans les ascensions aéronautiques, les effets nuisibles de la dépression barométrique ne se font sentir qu'à une hauteur beaucoup plus considérable que dans les montagnes, sans doute parce que l'anoxhémie due à la fatigue musculaire ne vient pas s'ajouter à celle que produit l'appauvrissement de Tair respirable. Les accidents qui ont été notés le plus souvent par les aéronautes sont la dyspnée, l'asthénie, des hémorrhagies nasales, conjonctivales, labiales, gingivales et bronchiques, des palpitations, Taltération de la voix, des bourdonnements d'oreilles, une sensation de vertige avec obnubilation des sens qui peut aller jusqu'à la syncope et enfin la mort. Le souvenir de Ja catastrophe du Zénith est présent à tous les esprits.

L'homme peut vivre cependant à une altitude considérable ; on trouve au Mexique et dans l'Himalaya des villages à 4000 mètres d'élévation ; mais, d'après M. Jourdanet, la santé de leurs habitants subit une altération qu'il rattache à l'anoxhémie : ils sont peu vigoureux, peu actifs et sujets aux vertiges ainsi qu'à la dyspepsie.

Les expériences de M. P. Bert ont montré que Vaugimeniation de la pression atmosphérique peut, si elle est très considérable, donner lieu à de graves accidents et même entraîner la mort. L'oxygène agit comme un poison, particulièrement «iiir le système nerveux, mais l'excès de pression auquel l'homme peut se trouver soumis n'atteint jamais des proportions assez considérables pour donner lieu à ces désordres. Les ouvriers qui travaillent dans les chambres à air comprimé et dans les cloches à plongeurs n*y éprouvent que des troubles sans gravité ; leur respiration devient irrégulière, en même temps que plus profonde et plus lente ; leur pouls, d'abord accéléré, se ralentit plus tard ; leur voix est changée ; ils accusent une sensation de tension intra-musculaire.

Ces ouvriers sont cependant exposés à de graves dangers, non pendant leur séjour dans l'air comprimé, mais au moment

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OÙ ils cessent d*être soumis à son action, si la pression s'élevait à cinq atmosphères ou au-dessus et si elle est trop brusquement abaissée : ils peuvent être alors atteints de perte de connaissance, de délire, de convulsions, de douleurs vives, de paralysies diversement localisées et d'hémorrhagies pulmonaires et nasales ; chez beaucoup d'entre eux on voit apparaître des tumeurs sous-cutanées que Ton désigne sous les noms de puces ei de moutons ; un certain nombre meurent rapidement dans le coma, d'autres subitement ; ceux qui survivent sont assez fréquemment atteints de paralysies persistantes. On sait aujourd'hui que ces divers accidents sont dus surtout à la mise en liberté, au moment de la décompression, des gaz dissous dans le sang par les hautes pressions. L'exactitude de cette hypothèse, formulée d'abord par M. Rameaux (1), et plus tard par Hoppe-Seyler(1857), a été démontrée expérimentalement par M. Paul Bert : chez les animaux tués par une brusque décompression, on trouve dans le sang une quantité de petites bulles de gaz constituées par de l'azote (de 70 à 80 pour 100) et de Tacide carbonique (de 30 à 20 pour 100) ; elles sont parfois en telle abondance dans les gros vaisseaux, et surtout dans les veines, que le sang y est mousseux. On conçoit que ces bulles, jouant le rôle de corps étrangers, puissent entraver la circulation dans les petits vaisseaux, et amener ainsi la formation d'infarctus ; telle est, selon toute vraisemblance, l'origine des ramollissements que l'on a trouvés dans la moelle chez les individus atteints de paraplégie persistante à la suite d'une brusque décompression.

Au moment de la décompression, la brusque dilatation des gaz contenus dans l'intestin et l'estomac peut provoquer la dyspnée en s'opposant à l'abaissement du diaphragme et en même temps donner lieu à la congestion des viscères situés hors de l'abdomen en faisant refluer dans leurs vaisseaux la grande quantité de sang que les veines de cette cavité contiennent à l'état normal.

(1) Bacqaoy, Action tfe tair comprimé ^ thèse de Strasbourg, tfiS3, cité par Lacaasagne.

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