‹ Traité élémentaire de pathologie générale; comprenant la pathogénie et la physiologie pathologiqueChapitre 43 sur 198 · ACTION DES TRAUMATISMBS. VJ · texte numérisé non relu

ACTION DES TRAUMATISMBS. VJ

locale du traumatisme peut n'être pas encore épuisée, car il semble que, dans certains cas au moins, la perturbation qu'elle a produite dans la nutrition des tissus puisse devenir le point de départ d'une néoplasie. Sans doute, c'est à tort que les malades atteints de tumeurs rapportent presque constamment Tûrigine de leur affection à une violence extérieure, mais il semble que les médecins commettent une erreur inverse en leur opposant une négation systématique. D'autres fois le traumatisme est le point de départ d'une maladie chronique; M. Potain a vu la néphrite albumineuse succéder à la contusion des reins, et l'ulcère de l'estomac à la contusion de i'épigastre; les traumalismes rachidiens sont quelquefoiâ suivis de myélite.

^3. — Réaction générale.

Elle peut se présenter sous la forme fébrile ou sous la forme altjide,

a. La réaction fébrile fait le plus souvent défaut dans les cas où le foyer ne communique pas avec Textérieur ou avec une cavité communiquant elle-même avec l'extérieur; aussi a-t-on pu soutenir que la réaction constituant la véritable fièvre traumatique n'existe pas en réalité et que la fièvre des blessés e^l toujours le résultat d'une infection hétérocthone. Cette manière de voir n'est pas exacte, car on peut voir une réaction nettement appréciable, bien que généralement peu intense et de courte durée, succéder à des traumatismes sans plaie, tels que des contusions ou des fractures; nous avons même vu, àlaSalpètrière, des fractures du col du fémur provoquer, chez des vieilles femmes, une fièvre adynamique comparable à celle qui, chez ces sujets, indique d'ordinaire l'existence d'une pneumonie. Un élève de M. Vemeuil, M. G. Maunoury (1) a montré que la fièvre primitive des blessés peut se montrer dans trois conditions différentes : tantôt elle est le fait du traumatisme lui-même et due probablement à la pénétration dans le sang de substances pyrétogènes élaborées dans le foyer; tantôt elle est causée par une inflammation de la

I ) G. MAonoary, La fièvre primitive des blessés, Paris, 1877. ~ Gemmer und ^ o',iminn, Aseptiches wufi'ffieùer {Vvlkmnnns Sammlungy lS78y.

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plaie qui la produit au même titre qu*une inflammation viscérale; tantôt enfln elle résulte d'une infection due à la pénétration de matières septiques dans le foyer, et par son intermédiaire dans le sang ; l'absence de réaction fébrile dans la grande majorité des cas où la méthode des pansements antiseptiques e^t convenablement appliquée montre bien que l'importance de cette dernière cause doit être considérée comme tout à fait prépondérante.

b. La réaction que nous appelons algide est plus souvent désignée sous la dénomination vague et mal déflnie de choc troumatiquey et confondue ainsi avec des accidents tout difTérents tels que la commotion cérébrale (choc local), la syncope (choc à distance) et Tembolie graisseuse ; les phénomènes qui la caractérisent sont un abaissement de la température périphérique el souvent aussi de la température centrale variant de quelques dixièmes de degré à 1» 2 degrés et plus, raffaiblissement des contractions cardiaques, le ralentissement de la respiratiou, la pâleur des téguments combinée souvent aux extrémités avec la teinte cyanique de l'asphyxie cutanée, la prostration des forces, des vomissements, de la torpeur ou de l'excitation cérébrale et une diminution de la sécrétion urinaire : cet ensemble de symptômes offre avec celui que nous décrirons sous le nom de collapsus algide et que Ton observe dans le choléra, l'empoisonnement par le tartre stibié et l'étranglement intestinal une analogie frappante; ils doivent être, selon toute vraisemblance, rapportés Tun et l'autre à une même cause prochaine, qui paraît être une action d'arrêt produite par les excitations périphériques et s' exerçant sur les centres d'innervation cardiaque, respiratoire, vasculaire et caloriflque (I).

La réaction algide est suivie, quand elle n'entraîne pas rapidement la mort; de la réaction fébrile qui paraît liée à une perturbation inverse de l'innervation, et iln'estpas rare de voir, pendant quelque temps, les deux formes prédominer tour à tour comme dans certains cas de choléra.

(1) Consulter à ce sujet la thèse de M. Piéchaud où sont analysés et discutés avec talent les travaux contemporains sur ce point de physiologie pathologiquïji

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§ 4. » Action à distance.

Les foyers traumatiques peuvent provoquer secondairement des troubles dans la constitution ou la nutrition des parties arec lesquelles ils se trouvent en connexions vasculaires ou nenreuses. L'oblitération des artères voisines donne lieu parfois à la gangrène des organes auxquels elles se distribuent; celle des veines est souvent le point de départ d*émbolies qui vont produire en divers organes, et surtout dans les poumons, des infarctus souvent multiples ; participant de la nature du foyer initial, ceux-ci aboutissent àla gangrène et à la suppuration quand ils proviennent d*un foyer gangreneux ou septique. Il nous suffira de mentionner les adénites simples ou spécifiques que provoquent les altérations des lymphatiques intéressés par la lésion traumatique.

Les troubles de Vmneruation peuvent être dwects ou indirects. Les troubles i/tr^c/< résultent de Taltération des nerfs qu'intéresse le (oyer traumatique ; ils siègent dans les parties auxquelles ils se distribuent et portent, suivant la nature des filets lésés, sarleur sensibilité, leur motilité ou leur nutrition ; ils peuvent être précoces ou tardifs ; c'est ainsi que Ton voit les névrites consécutives à des gelures donner lieu aux lésions du mal perforant (Duplay etMorat}. Les troubles indirects se produisent par l'intermédiaire des nerfs centripètes et des centres ; ils peuvent porter sur les fonctions psychiques, les mouvements, la sensibilité et la nutrition; ils siègent assez souvent dans le membre même qui a été blessé ; ce sont tantôt des spasmes et des contractures réflexes (chorée des moignons de Weir Mitchell, faits de contractures observés par Duplay et Terrier) ; Untôt des douleurs (i), des arthropathies et des atrophies ; les mêmes désordres peuvent se produire dans le membre opposé (2), et il faut admettre alors un trouble trophique de nature réflexe. Assez fréquemment Taction à distance porte ^ur l'innervation de l'estomac ou du cœur et se traduit, dans

(1} OlUfier, Contribution à t'iiude de$ névraigies réflexes traumatiqves MéU de biologie, 1874).

(^) H^Uo^eên, Note sur un eus de gangrène d'origine réflexe {Comptes rvnduide la Société de biologie^ 1^0).

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le premier cas, par des vomissements, dans le second par la lipothymie ou la syncope; il' faut interpréter de la même manière les troubles de vascularisation que révèlent souvent la pâleur et le refroidissement de la face et des extrémités.

Les affections des centres nerveux qui peuvent se développer dans ces conditions sont multiples : du côté de Tencéphale, il faut citer le délire ordinairement passager, mais quelquefois durable, qui succède dans certains cas au traumatisme, TépUepsie que Ton voit apparaître à la suite d'une violence extérieure et avec des caractères tels, que son origine accidentelle ne peut être mise en doute (1). Rowland et Leyden ont publié des observations d*hémiplégies consécutives à des trauoiatismes périphériques ; rien ne prouve que ce ne fussent pas de simples coïncidences. M. Brown-Séquard (2) a montré que les lésions expérimentales du sciatique produisent Tépilepsie. Dans un cas que nous avons observé en 1866 à Thôpital des Incurables, un homme a été pris, quelques semaines après une brûlure profonde siégeant au membre supérieur droit, de convulsions épileptiformes revenant sous forme d*accès, et limitées d*aboni au membre blessé, puis étendues au cou et à la face, et enfin généralisées et accompagnées alors de perte de connaissance.

Les lésions périphériques peuvent amener le développement d'affections médullaires, soit en déterminant une phlegmasie qui se propage jusqu'au centre spinal par l'intermédiaire des nerïs {neuritis migrans) [Hayem (3), Klemm (4)], soit en produisaut) par action réflexe, des troubles dans la vascularisation de la moelle (Brown-Séquard expliquait ainsi certaines paralysies qu'il appelait réflexes), soit en provoquant, à distance, dans cet organe une modificalion qui en exalte ou en paralyse l'activité (convulsions réflexes, excitations paralysantes). On voit aussi (oi survenir dans ces circonstances des myélites subaiguës oo

(1) Il existe dans la science un certain nombre de faits de cette nature cités par Talamon (Revue mensuelle de médecine^ 1879).

(2) Brown-Séquard, Archives de physiologie normale et path.^ 1870.

(3) Hayem, Des altérations de la moelle consécutives aux lésions des nerfs {Société de biologie, 1874).

(4) Klemm, Ueber Neuritis migrans, Strasbourg, 1874.

(5) Ces faits ne sont pas rares. MM. Charcot, Vulpian, Bail, Leyden, Terrier, Ledentu et Poncet en ont rapporté des exemples dont on trouvera rhUtoire -résumée dans Texcellent article de M. Talamon, Sur les lésions du système nerveux central d* origine périphérique (Revue mensuelle, 1879).

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chroniques (1), tantôt diffuses, tantôt systématiques, et, dans ce dernier cas, localisées le plus souvent à la substance grise antérieure ou aux cordons postérieurs (2).

Telle est encore Traisemblablement Torigine du tétanos traumatique, bien que son analogie avec le strychnisme consr titue un argument sérieux en faveur de Topinion qui lui attribue une origine toxique.

Nous devons enfin mentionner, parmi les conséquences possibles des excitations traumatiques, la plupart des névroses complexes, la chorée, la paralysie agitante (Charcot) et Thystérie (Lasègue).

§ 5. — Action sur les propathles.

M. Yemeuil (3) a créé ce néologisme pour désigner les états pathologiques antérieurs aux traumatismes dont il étudiait Vaction pathogénique ; il s*applique tout à la fois aux diathèses, aux maladies générales et aux affections locales.

A, Action sur les diatkèses. — MM. Charcot et Verneuil ont démontré par de nombreuses observations qu'une lésion traamaUqne peut provoquer Tapparition de diverses manifestations rhumatismales, tantôt localisées' dans le membre blessé, tantôt généralisées ; son mode d*action semble alors tout à fait comparable à celui des affections génitales qui donnent lieu aux mômes accidents.

Les malades invoquent souvent un traumatisme comme point de départ d*une affection scrofuleuse, et il] semble que ce soit ordinairement à juste titre, en particulier pour les arthropathies.

'1/ H. Petit, De Pataxie locomotrice dans ses rapports avec les traumatisme^ Hevue mensuelle, 1879;.

<3) M. Gâleiowski a commaniqaé k U Société de biologie deux cas d*atropbie rétinienne ftOTTenut conaécativement à des traumatismes de la région oH>iuire et suivies de phénomènes tabétlques ; ce sont vraisemblablement <1m ataxiet d'origine traumatique dans lesquelles Texcitation initiale a porté, QOD comme d'habitude sur les nerfs centripètes des organes génitaux ou des membres inférieurs, mais sur la rétine et les nerfs optiques (Hallopeau, Comptes rendus de la Société de biologie, 1879).

[%) Verneuil, Des blessures considérées comme causes du réveil des diathèses ft comme motifs de leurs déterminations locales {Revue mensuelle^ 1877) ; — U traumatisme et les propathies {Revue mensuelle^ 1879) ; et Encyclopédie (fe <^irurgie. Paris, 1883, t. î.

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B. Action sur les maladies générales. — - M. Vemeuil s'est attaché à démontrer que les traumatismes peuvent réveiller en quelque sorte une syphilis latente, et que les lésions spécifiques se produisent précisément dans les points sur lesquels a porté la violence ; ses observations ne laissent pas de place au doute, mais, ainsi que nous Tavons indiqué déjà, ce sont là des faits exceptionnels.

II semble également que les manifestations des flôvres éruptives se produisent avec plus d'intensité dans les parties qui ont été le siège de lésions accidentelles ; nous citerons pour exemple la plus grande confluence de Téruption variolique dans les points de la surface cutanée où des ventouses ont été appliquées.

Il serait intéressant de faire des recherches analogues relativement à la morve, à la lôpre et aux autres maladies infectieuses.

Parmi les intoxications chroniques, celle dont les manifestations sont au plus haut degré influencées par les trauma* tismes est Talcoolisme ; chacun sait que trop souvent on voit le delirium tremens éclater à Toccasion d'une blessure.

C. Action sur les maladies locales. — C'est là un chapitre de pathologie qui a été pour ainsi dire ouvert par M. Vemeuil et ses élèves; déjà l'on a signalé l'aggravation momentanée des maladies du cœur sous l'influence d'un traumatisme; il y aura lieu d'étudier l'action de cette môme cause sur les maladies du poumon et des reins.

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