CHAPITRE II
ACTION DES MODIFICATEURS CHIMIQUES NON ASSIMILABLES (AGENTS IRRITANTS, CAUSTIQUES, POISONS, VENINS)
Ces modificateurs, mis en rapport avec l'organisme, peuvent y déterminer des désordres, 1® directement en leur point d'application, 2^ après leur absorption, dans le sang ou les tissus, 3® au moment de leur élimination. Certains d'entre eux, tels que Tarsenic, le plomb et le mercure, ont ces trois modes d'action.
ARTICLE l". — ACTION DIRECTE AU POINT D' APPLICATION.
La plupart des acides, quand ils sont suffisammentconcentrés, les alcalis, certains corps simples, beaucoup de sels, un certalD nombre de substances élaborées par les végétaux et les animaux (essence de moutarde, huile de croton, poudre de cantharides), déterminent dans les parties avec lesquelles ils se trouvent eu contact des lésions assez analogues à celles que provoquent les corps d'une température trop élevée ou trop basse ; ces lésions occupent soit le tégument externe (brûlure par les caustiques, application de topiques rubéOants ou vésicants), soit la muqueuse digeslive (empoisonnement par les acides, les alcalis, les métalloïdes), soit la muqueuse oculaire ou la muqueuse respiratoire (inhalation de gaz irritants).
 un léger degré, c'est une simple rubéfaction liée sans doute à une dilatation réQexe des vaisseaux ; si l'action a été plus prolongée ou plus vive, il se produit un exsudât interstitiel donnant lieu à la formation de vésicules, de bulles, de phlyctènes . ou de papules douloureuses; enfin, à un degré plus avancé, les tissus sont détruits, il y a sphacèle. Dans l'intestin, les irritants provoquent, sans doute par trouble réflexe dans l'innervation des vaisseaux et des glandes, l'exhalation d'une quantité considérable de liquide. L'action de chaque modiOca-
teur a quelque chose de spécial; les I issus du corps humain
réagissent difiéremment sous Tinfluence de chacun d'eux.
Les diverses lésions locales que nous venons d'énumérer peu*
vent entraîner secondairement soit dans la santé générale, soit
dans les parties reliées à l'organe affecté par des connexions
vasculaires ou nerveuses, les mêmes troubles que nous avons
étudiés à propos des traumatismes (collapsus, fièvre, infection,
troubles trophiques réflexes (1), névroses, myélites, etc.). Les
phéuomènes de coUapsus sont ordinairement beaucoup plus
prononcés dans les cas où la muqueuse digestive est intéressée.
Lorsque l'action irritante, sans être très intense, se renouvelle
fréquemment et pendant longtemps, il se produit une phleg-
masie chronique (gastrite chronique des alcooliques).
Le venin des insectes et des serpents provoque également des accidents locaux qui consistent le plus souvent en une tuméfaction douloureuse accompagnée de congestion. On rapporte généralement ces accidents, de même que les troubles généraux coDcomitants, à l'action d*une substance organique contenue dans ces liquides ; il n'est pas démontré cependant qu'ils doivent exclusivement leurs propriétés nuisibles à leur constitution chimique; élaborés par des organes glandulaires, ils renferment des granulations auxquelles on pourrait attribuer théoriquement une action analogue à celle des ferments figurés ; ils diffèrent néanmoins de ces derniers en deux points essentiels : i* leurs effets sont proportionnels à leur quantité; 2® ils ne communiquent point leurs propriétés aux liquides de l'organisme dans lesquels ils sont introduits ; ils ne se régénèrent point (Littré et Robin).