ARTICLE I". — ORIGINE ET TRANSMISSION DES AGENTS INFECTIEUX
On peut les partager en trois groupes principaux, les miasmes, les contages et les miasmes-conlages. Suivant les excellentes déQnitions de M. Bernheim (1), la substance infectieuse prend le nom de miasnie quand elle a la propriété de se multiplier dans le milieu extérieur, celui de contage quand elle se multiplie dans l'organisme, celui de miasme-contage quand elle peul se multiplier dans l'organisme et en dehors de lui.
Les miasmes proprement dits viennent toujours de l'extérieur, le plus souvent du sol et ne se transmettent pas d'un sujet à un
(I) Bernheim, article Contagion du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales.
lotre; les eoniages viennent presque toujours, sinon toujours, fan organisme infecté ; si nous faisons une réserve c'est que certains d*entreeux, ceux de larage et de la morve, semblent pouroir, dans des cas exceptionnels, se développer, sous Tinfluence le conditions indéterminées, chez des animaux non contaminés; es mtosmef-con/a^es peuvent naître soit du sol, soit d'un sujet Bfecté ; mais il semble, au moins pour plusieurs d'entre eux, {ae, dans ce dernier cas, la transmission ne puisse se faire iireclement d'un individu à Tautre, et que Tinfectieux ne soit iusceptible d'agir sur un nouvel organisme qu'à la condition de Hibir, dans le milieu extérieur, une nouvelle élaboration, ou i'èire absorbé par un sujet mis en état de réceptivité par une infloeoce miasmatique. Il parait en être ainsi particulièrement pour la Gëvre typhoïde et le choléra.
La plupart des aîgents infectieux comme la plupart des ôtres organisés ne sont pas cosmopolites.
Les miasmes proprement dits habitent le plus souvent certaines localités en dehors desquelles leur influence ne se fait pas sentir. 11 en est ainsi particulièrement des miasmes paludéens; la condition nécessaire à leur développement est un état particulier du sol, permettant vraisemblablement à certains micro-organismes de s'y développer ; il se réalise dans les pays marécageux et aussi, d'après M. L. Colin, chaque fois que la fécondité d'un sol riche en matériaux organiques n'est pas utiibée fièvres de Rome) (I). Le miasme paludéen est relativement Hxe, et on ne le voit jamais se propager loin de son foyer oripnel comme le font ceux du choléra et de la ûèvre jaune.
Certains faits indiquent que les conditions de terrain dont nous Tenons de parler ne sont pas suffisantes pour amener-le développement du miasme et qu'un autre élément doit intervenir, car on connaît des contrées, les lies Marquises par exemple, où des-marécages étendus n'engendrent pas la malaria sous un climat torride. Cet élément est, selon toute vraisemblance, le germe infectieux, le microbe dont la pénétration dans l'organisme donne lieu aux accidents d'impaludisme.
On connaît des faits analogues, et peut-être encore plus frappants, pour plusieurs pyrexies ; un des plus célèbres est celui
(i) Uon GollD, TraUé dei fiévret intermittenla. Parii, 1870.
Ui ÉTIOLOGIS.
des lies FeroG rapporté par Panam : ces tles n'avaient pas été visitées par la rougeole depuis 4781, quand, en 4846, cette maladie y fut importée par un sujet qui en était atteint; elle s'y propagea avec une telle intensité que, sur 7789 habitants, 4500 seulement purent y échapperpar la fuite; quelques vieillards seuls furent épargnés parmi ceux qui y étaient restés, et ils avaient eu déjà la maladie lors de Tépidémie de 4784.
Chacun sait que le choléra est endémique dans Tlnde, an Mexique, et sur la côte occidentale d'Afrique. Rappelons enfin que la syphilis, très vraisemblablement importée d'Amériqae, n'a envahi l'Europe qu'à la fin du xv* siècle, et que la scarlatine a fait en 4597 sa première apparition en Islande.
On appelle endémiques les maladies ainsi localisées d'une manière persistante dans certaines contrées; elles peuvent frapper en peu de temps un grand nombre d'individus et s'étendre de proche en proche ; certaines d'entre elles peuvent aussi se transformer passagèrement en épidémies^ c'est-à-dire se props^^r à des contrées où elles ne régnent pas habituellement en atteignant un grand nombre de sujets ; telles sont le choléra, la peste et la fièvre jaune; mais ce n'est pas là une règle générale, il en est qui restent toujours circonscrites à la localité dans laquelle elles prennent naissance, telles sont les fièvres paludéennes.
La propagation des épidémies a lieu le plus ordinairement par transmission directe, avec ou sans le concours du sol et de l'atmosphère, mais le fait n'est pas constant; nous citerons par exemple la grippe qui n'est pas contagieuse et qui cependant atteint souvent un nombre énorme de sujets.
Les épidémies ont, nous l'avons dit, tendance à se propager: s'éteignant dans les pays où elles se sont manifestées en premier lieu, elles s'étendent à de nouvelles régions; on a pa suivre successivement ainsi la marche du choléra, de la grippe et du typhus. Il semble qu'une épidémie cesse dans une localité quand tous les sujets aptes à recevoir l'infection ont été frappés ; elle peut faire toutefois, après un laps de temps plus ou moins considérable, des retours offensifs. On en connaît des exemples pour le choléra et ce sont ces faits qui ontpu faire admettre par certains médecins l'origine autochtone de cette maladie: selon toute vraisemblance, ils signifient simplement que son germe- contage peut rester sans se développer et sans périr
pendant an laps de temps considérable dans un milieu pour devenir de nouveau actif sous l'influence de circonstances favorables; c*est ainsi que l'on a vu en 4866 cette maladie renaître dans les salles de la Charilé, un an après sa disparition.
Diverses circonstances extérieures paraissen l influencer d*une maDière puissante Tactivité des miasmes et des coulages; elles constituent Y opportunité cosmique du professeur Jaccoud (1). Nous mentionnerons en premier lieu la température; c'est le plus souvent pendant la saison chaude que les épidémies paraissent sévir avec le plus d'intensité ; la malaria des climats lorrides donne lieu à des accidents beaucoup plus graves que celle de nos pays.
hhumidité du milieu ambiant semble également favoriser le développement des agents infectieux, et, dans certains cas, une perturbation brusque de l'atmosphère a paru influencer la marche d'une épidémie. En 1865, à Paris, le choléra, d'abord relativement bénin, a pris soudainement plus de gravité à la suite d'un violent orage; en 1849 au contraire, le nombre des casdiminua brusquement à la suite d'une tempête survenue le ^iui&';des faits analogues ont été observés la même année à Vienne et à Christiania (2..
Certaines épidémies deviennent plus meurtrières par les temps fruids; telle est par exemple la dysenterie. L'accumulation de détritus organiques, l'encombrement, les mauvaises conditions hygiéniques sont autant de circonstances qui favorisent la propagation de cette maladie et aussi celle de la pesœ et du typhus.
11 faut tenir grand compte, dans l'étiologie des maladies infectieuses, de Vétat de réceptivité du sujet; nous vivons au milieu des agents infectieux ; si nous ne sommes pas tous frappés, c'est qu'ils se développent exclusivement chez les sujets présentant certaines conditions qui n'ont pu être encore déterminées qu incomplètement, mais sur lesquelles on possède cependant des données importantes. Elles consiiinenlV opportunité morbide ^u professeur Jaccoud (3). M. Bouchard (4) en a fait une étude
\) Jaccoud, Ui maladies infediemea, Paris, 1880. v2) Lebcrt, article Cholbaa abutica du Handbuch Ton Ziemiaen, (3 Jaccoud, iœ. cit,
'V> Ch. Bouchard, Étiologie et pathologie générales , leçons résuméet. par ^iMn^Qvaj {Revue de médecine, i99\)'.
Hauopbav. — Pathologie générale. 10
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approfondie dans les leçons sur les maladies infectieuses qu'il a professées à la Faculté en 1880. Il rappelle d*abord que la plupart des agents infectieux ne sont susceptibles de se déyelopper que chez certaines espèces ou certains individus ; la morve qui atteint le cheval, l'âne, Thomme et le lapin, épargne le chieo et les bœufs ; le charbon s*attaque au mouton, au bœuf, à rhomme et au lapin tandis qu'il épargne le chien et le cheval ; la syphilis, qui atteint Thomme et peut ôtre inoculée au singe el au porc, semble épargner tous les autres animaux. « Ces dissemblances, dit M. Bouchard, sont bien évidemment le fait de l'espèce qui, au point de vue physique et au point de vue chimique aussi bien que dans sa manière de vivre, est différente de chacune des espèces voisines. Ce sont ces dissemblances physiques, chimiques et nutritives qui font des individus, a fortiori des espèces, autant de milieux différents dans lesquels viennent s'éteindre ou fructifier les agents infectieux. » La température de l'animal suffit pour le rendre réfractaire à certains agents ; le charbon ne se développe pas chez les oiseaux dont le sang est notablement plus chaud que celui des mammifères, mais si l'on vient à les refroidir artificiellement, ils deviennent susceptibles de contracter la maladie ; c'est ainsi que M. Pasteur l'a communiqué à des poules, qui lui sont normalement réfractaires.
u Cequi est vrai des différences physiques inhérentes aux espèces Test également pour les différences chimiques présentées non seulement par deux espèces voisines, mais encore par deux individus d'une mômeespèce, dont les humeursnesauraientguèrese concevoir chimiquement semblables, étant données les mutations d'apport et de déport qui se font incessamment dans les organismes vivants. Ces différences chimiques résulteront de la proportionnalité, dans le sang, d'albumine, de fibrine, de sels et de matières extractives qui ne se retrouvent ni en qualité, ni en quantité les mêmes d'un individu à un autre individu de même espèce, alors que l'un et l'autre sont sains. Ces nuances deviennent des dissemblances singulièrement accusées de l'homme sain à l'homme malade et personne n'ignore toute la gamme de variantes chimiques représentées par l'organisme d'un enfantou d'un vieillard, d'un scrofuleux ou d'un homme vigoureux, d'un anémique, d'un pléthorique, d'un diabétique, d'un convales-
cent de fièvre grave ou d'un homme amaigri par les privations 1 » Bouchard.)
Ces dissemblances chimiques expliquent pourquoi telle es^ pèce est réfractaire à une infection qui atteint sa voisine, pourquoi telle variété de moutons algériens n'offre pas un terrain favorable au développement de la bactérie charbonneuse alors que la même race, en France, contracte le charbon.
Ces mêmes dissemblances peuvent expliquer pourquoi, parmi les individus qui se trouvent dans un milieu où règne une ma* ladie infectieuse, un certain nombre seulement la contracte; pourquoi la scarlatine et la fièvre typhoïde, par exemple, ne frappent dans une môme famille que quelques sujets, pourquoi la teigne faveuse ne se développe guère que chez les enfants scrofuleuxet pourquoi les vieillards sont le plus souvent réfraclaires à nombre d'infections.
l^oe maladie antérieure, parles troubles qu'elle apporte dans la nutrition et la constitution chimique des tissus, les privations, les fatigues et les excès peuvent accroître la réceptivité du sujet. Nous en citerons, entre beaucoup d'autres, un exemple des plus frappants : un externe fait en J870 son service à Lariboisière dans le service des varioleux; il est revacciné plusieurs fois sans succès ; il ne semble donc pas susceptible de contracter la variole. Or il se trouve qu'au bout de plusieurs mois il est atteint d'un rhumatisme articulaire qui le retient pendant MX semaines hors de l'hôpital ; quand il retourne dans son service, anémié et débilité par cette maladie, il est atteint, dès la première visite, d'une variololde dont les symptômes se manifestent douze jours après; n'est*il pas évident que, dans ce cas, les conditions de réceptivité pour le contage variolique ont été modifiées par la maladie accidentelle ? On peut rapprocher de ces faits ceux où l'on voitla tuberculose se produire à la ^uite d'une fièvre typhoïde ou le choléra chez des convalescents. Toutes les causes qui retardent la nutrition favorisent puissam* ment, d'après M. Bouchard, le développement de la tuberculose ; on s'explique ainsi comment la scrofule, le diabète, l'alcoolisme, iVUirilisme et la grossesse prédisposent à cette maladie.
Chaque fois que la nutrition est retardée, les acides organiques sont incomplètement brûlés ; ils s'accumulent dans l'organisme ; il se produit une sorte de dyscrasie acide ; en même
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lemps rorganisme se laisse dépouiller de ses phosphates et de ses sels calcaires; la vitalité des éléments se trouve ainsi compromise et le corps humain devient « un terrain tout disposé aux germinations infectieuses (i). »
Quand il s*agit d'une endémie, Tacclimatement peut conférer une immunité relative; c*est un fait bien connu en ce qui concerne la fièvre jaune et, dans une certaine mesure, la fièvre typhoïde, mais il n'en est pas toujours ainsi et le miasme paludéen, entre autres, frappe les habitants des pays où il sévit aussi bien que les étrangers, quoique sous une autre forme.
Le mode de transmission des agents infectieux varie pour chacun d'eux. Les miasmes semblent être constamment transportés par Tair ambiant; les miasmes- contages peuvent également ôlre transmis par l'atmosphère ; d'autres fois ils sont ingérés avec l'eau potable; c*est ce qui arrive le plus souvent pour l'agent producteur de la fièvre typhoïde. Ils peuvent naître dans des matières en décomposition ; nous verrons que celui de la fièvre typhoïde provient des matières fécales, tandis que celui du typhus est engendré par l'encombrement et aussi par la famine jouant le rôle de cause accessoire (2) ; certains sont transmis par les marchandises, les vêtements, le linge et les tentures ; nous citerons comme tels ceux de la peste, de la fièvre jaune et de la scarlatine. Les uns sont localisés dans certaines contrées et ne les quittent jamais ; tel est le miasme paludéen ; d'autres existent en permanence dans un ou plusieurs pays, mais ils n'y restent pas toujours confinés ; de temps à autre ils sont transportés au loin et donnent lieu à des épidémies migratrices souvent très meurtrières; on reconnaît là le choléra, la peste et la fièvre jaune.
Les contages fixes ne se transmettent jamais que d'un sujet à un autre, directement, par inoculation ; tels sont ceux de la syphilis, de la rage, du chancre simple et de la blennorrhagie; bien peu de sujets leur sont complètement réfractaires.
Certains contages s'introduisent dans les téguments et y déterminent des lésions locales ; nous citerons parmi eux ceux du furoncle et du bouton de Biskra.
(1) Bouchard, loc. cil.
()) R. Vircliow, Du typhus famélique, tridait de l'aUeinand par U. Hallop^an. Paris, 1868.
Il en est enfin qui ont besoin, pour pénétrer dans l'organisme, qu'une destruction partielle des téguments leur offre une porte d'entrée; ce sont ceux des infections putride et purulente, de la pourriture d'hôpital, du phagédénisme, de l'érysipèle et de l'angiolencite infectieuse ; on cite cependant des cas de septicémie qui seraient survenus sans plaie apparente chez des individus qui séjournaient dans un milieu infecté ; ils sont certainement très exceptionnels.
ARTICLE II. — NATURE DES AGENTS INFECTIEUX (i).
Les agents qui, en pénétrant dans l'organisme, donnent lieu au maladies infectieuses sont certainement organisés, car ils ont le pouvoir de se multiplier et ce pouvoir appartient en propre à la substance organisée; on pourrait objecter qu'il appartient également aux ferments dits solubles, mais ces fer-
I Da? aine. Recherches sur les infUsoires du sang dai^s la maladie connue "iuslenom de sang de rate {Gazette médicale^ 1863-1864). — Pasteur, Sur la fermentation lactique {Comptes rendus de VAcad, des sciences^ 1857) ; Sur la fer^ ^tntationaicoolique (t6t4.,1858-18&9); De V origine des ferments {ibid,, 1860); expériences relatives aux (jénérations spontanées {ibid., 1860) ; Sur les corpascules organisés qui existent en suspension dans Vair (Annales de chimie ftdt physique^ 1862); Amimalcutes in/usoires vivant sans ga% oxygène litre (i déterminant de» fermentations (Acad. des sciences^ 186M862.) — Pasteur H Joabert, Sur les germes des bactéries en suspension dans t atmosphère et ^0if les eaux {ibid.^ 1871). — J. Tyndail, Im microbes^ traduit de l'anglais pv OoUo. Paris, 1880. ~ Ch. Robin, Sur la nature des fermentations {Jounu ^ Canatomie, 1875); Remarques sur les fermentations bactériennes {ibid,^ I8T9\ — Cohn, Beit, z. Biologie d. Bacillen (Beit. z. BioL d. Pftanzen. Breslau, 1872) ; Nova acta Acad, Leop.-Carol., 1853. — G. NepveQ, Des bactéries et et leur rôle pathogénique {Revue des sciences médicales, ISIS), excellent traTiil donnant Tétat de la science à cette époque ; Du rôle des organismes inférieurs dans les lésions chirurgicales {Gaz. méd., 1875). — Grawits,.Die ^hifnmelvegetationen toi thierischen Organismus {Archiv f. patH, Anat.^ t> LXXXl). — R. Lewis, Les microphytes du sang et leurs relations avec Us ^naïadies, Paris, 1880. •— Hagnin, Les bactéries. Paris, 1877. — Pasteur, Joabert et Chamberland, La théorie des germes et ses applications à la médecine Comptes rendus de l'Acad. des sciences, t. LXXXI). — Ch. Talamon, Du ^^ des microbes dans la genèse des maladies d'après les travaux de Pasftur[Hevue mensuelle de médecine , etc., 1880). — Ch. Bouchard, Leçons sur k$ maladies infectieuses, résumées par Landonsy {Revue de médecine, 1881). - Dq Gazai et Zuber, Du rôle pathogénique des microbes {Uevue des sciences fnédicales, 1881) ; ce travail résume très exactement les faits connus au moment ^^\it para, nous lui avons emprunté plusieurs indications. — Flûgge, ftnnente und Mikroparasiten. Leipzig, 1883. -^ Jaccoud, Les maladies in^ec- <»«««, 1883.
ISM) ÉTIOLOGIE.
ments dérivent tous eux-mêmes d*ètres organisés et il y a des raisons de croire qu*on les a séparés d'une manière trop absolue des ferments figurés (i). Ces agents organisés doivent-ils être considérés comme des parasites? Cette manière de voir semble avoir reçu, grâce aux travaux de MM. Davaine» Pasteur el Koch, une démonstration pleine et entière pour le charbon, pour deux maladies des vers à soie, la flacherie et la pébrine, pour le choléra des potJes et, aussi, tout récemment, pour la tuberculose, le rouget des porcs (2) et la morve ; on a trouvé constamment, dans les tissus des sujets atteints de ces affections, des corpuscules spéciaux, à Tétat adulte ou à Tétat de germe, et l'on a constaté que ces mêmes corpuscules, isolés et multipliés par des cultures successives, peuvent, quand on les inocule à un sujet, lui communiquer la même maladie spécifique. En présence de ces faits, rapprochés des données nouvelles qu'a fournies M. Pasteur sur le rôle actif des microbes dans les fermentations, des esprits hardis ne craignent pas d'appliquer * à la généralité des maladies inrectieuses ce qui est démontré seulement pour quelques-unes d*entre elles; ils voient partout des parasites et ils les décrivent; l'infection n'est plus pour eux que du parasitisme. Si Ton mesure le chemin parcouru dans ces dernières années, on peut présumer que l'avenir viendra confirmer l'exactitude de ces vues ; mais dans les sciences on ne peut pas se contenter du vraisemblable, il faut des preuves, et ces preuves n'ont été fournies jusqu'ici d'une manière complète que pour les affections indiquées plus haut, ce sont les seules dans lesquelles on ait démontré Texis* tence d'un microbe capable de reproduire la maladie après avoir élé isolé et cultivé; et encore des pathologistes éminents professent-ils que ce microbe n'est que le vecteur du contage. Hâtons-nous d'ajouter que des faits positifs permettent, dès i présent^ de rattacher très vraisemblablement à la présence de micro- organismes la plupart des autres infections. Il en est ainsi, par exemple, du typhus récurrent, dans lequel on rencontre constamment, pendant les stades fébriles, un microbe
(1) Hallopeau, Recherches sur la nature du ferment peptique {Bulletin de la société de biologie, 1880). ~ Béchamp, les MicrozymoM. Paris, 1883.
(2) Pasteur et ThulUier, La vaccination du rouget des potxs {Bulletin de V Académie et Semaine médicale , 1883).
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particalîer, le êpirille iiObermeier^ de la lèpre, de la fièyre intermittente, de la fièvre typhoïde, de l'érysipèle, de la morve, de la syphilis, de l'infection puerpérale, de la blennorrbagie et du furoncle, maladies où Ton trouve des corpuscules que l'on peut considérer comme des éléments contagieux. Du moment où Ton constate que la présence d*un parasite coïncide constamment avec une maladie déterminée, il est permis d'admettre, alors même que Ton n'a pu faire de réinoculations, qu'il y a une relation entre les deux phénomènes et il est bien peu vraisemblable que ce soit la maladie qui amène le développement du parasite. Il faut considérer aussi que la preuve complète de la nature parasitaire d'une maladie par la culture et la réinoculation est actuellement, et sera peut-ètre toujours, impossible à faire pour la plupart de celles qui sont propres à Vespèce humaine, ear^ pour cultiver un microbe ^U faut nécessai" remcnl tcft terrain favorable et rien ne prouve que^ pour beaucoup deamîages, tien existe actuellement d autre que le sang humain. Quand on voit, par exemple, la plupart des hommes être réfractaJres au contage de la scarlatine, puisque un petit nombre seulement d'entre eux en est atteint, comment s'étonner que ce même contage ne puisse être cultivé dans un liquide organique quelconque ou dans la solution de Pasteur, ou même chez un singe? Ce qui est surprenant, c'est que certains microbes se multiplient dans dételles conditions (1).
Si l'on accorde enfin que l'inoculation à l'homme n'est presque jamais praticable, on arrive à conclure que la preuve directe et complète de la nature animée des contages humains ne pourra être fournie que très exceptionnellement; mais, à défaut de cette démonstration absolue, si l'on arrive à trouver constamment, dans chacune des maladies infectieuses, un microbe spécial, l'hypothèse que nous discutons atteindra un tel degré de vraisemblance qu'on devra la tenir pour vraie, si toutefois Ton a bien établi que ce microbe n'est pas un produit secondaire qui a envahi l'organisme transformé préalablement par la maladie en un terrain favorable à son développement.
I) CoDsalter à ce sujet la remarquablo revue de M. Talamon dam la Kevut "^fntuelie de 1880.
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