ARTICLE VI. — ÉVOLUTION DES LÉSIONS INFLAMMATOIRES
L'évolution des lésions inflammatoires varie surtout avec I cause du mal : les inflammations d'origine traumatique ont me tendance naturelle à guérir, quand aucune complication 'intervient; elles jouent souvent un rôle éminemment utile D amenant la réparation de pertes de substance et la réunion le parties divisées.
Les inflammations accidentelles des viscères ont également ineroarche rapide; elles peuvent tuer par la réaction qu'elles rovoquent, ou par les troubles qu'elles amènent dans les foncions de l'organe où elles se développent; dans le cas confire, elles se terminent d'habitude rapidement quand elles se éveloppent chez un individu sain. II en est ainsi pour les angines etJes pneumonies aiguSs; leur marche est ordinairement onmise. à des lois fixes ; elles présentent une période d'état et ■ne période de décroissance. Elles peuvent cependant passer Vèlat chronique.
Les inflammations dont la cause est inhérente à l'organisme ^^fenl aussi longtemps que cette cause ; nous citerons comme
(I) Htnot, Rapports de tinftammation et de la tuberculose, 1S83.
exemples celles qui sont liées à la présence d*agenis infeclieui ou de parasites sur les téguments ou dans rinlimité des viscère». Le fait est évident pour la gale, pour les hydalides, pour la bleunorrhagie. Dans plusieurs maladies, telles que la syphilis, li morve, la tuberculose, la lèpre, il semble se faire, à intervalles y u'. ou moins longs, des générations successives de produits iule- tieux dont chacune peut déterminer des lésions phlegma^iqua
L'âge, la constitution, les diathèses, Tétat des forces, exeuMii une influence prédominante sur la forme et la marche do phlegmasies. Telle affection qui est le plus souvent griu et môme mortelle chez les vieillards (la pneumonie t< presque toujours bénigne chez les enfants; un cachecli'].c. un convalescent ne réagissent pas comme un sujet pléthor.q».?, une angine, une arthrite, une bronchite, évolueront oîr remment chez un rhumatisant et chez un scrofuleux.
11 résulte de ces considérations que révolution d*une pb:masie est soumise à deux influences prédominantes qui sont: l : nature de sa cause; 2^ le terrain sur lequel elle se dévelo;».
ARTICLE VII. — DES INFLAMMATIONS NODULAIRES (Ij.
Nous avons vu précédemment que Ton peut logiquerj' rattacher, avec MM. Lancereaux, Rindfleisch et Ilanot, auprcessus phlegmasique les néoplasies connues sous le nom '. granulations ou de granulomes.
Ces nodules sont formés d'éléments très analogues ào 3 qui constituent les néoplasmes inflammatoires; commet, ils se développent sous l'influence d'agents irritants ; ilsp-j vent subir les mômes transformations et particulièrement ^ ganiser en tissu fibreux ; on voit les mômes causes qui les p: duisent donner lieu simultanément à des phlegmasies ; ii ^
(1] Cohnlieim, Peris, Jaccoud, Laboulbène, Lancereaux, Cornil ei Ri Ouvrages cités. — Villemin, Élu tes sur la tuberculose, Paris, I8(»9. — l cher. De l'unité de In phthisie. Paris, 1872; Tuberculose pulmo/intrf jr de physioloijie. 1878). — Gharcot, Cours de la faculté {Revue /n e?i> ««//<•. .;'] — H. Martin, Recherches anatomiques^ pathologiques et ejpérimeut.: ' \ le tubercule. Paris, 1879; Nouvelles recherches sur la tuberculose sf.'.'-i i et expérimentale des séreuses [Archives de physiologie, 1881). — />:<• < à la Société médicale des hôpitaux sur les rapports de la scf^ofuU < - ' tuberculose. 1881. — Merklen, Revue critique\{Annales dedermatoli^iie. iH — Faisans, Revue générale [Revue des sciences médicales, 1881}. — Hanoi, - i
Il un ensemble de faits qui plaident en faveur de l'identité. Leur défeloppement est le plus souvent provoqué par la pénétration dam lorganisme d'agents infectieux, aussi les désigne-t-on sous le nom de nodules infectieux. L'expérimentation a cependant démontré dernièrement que l'on peut déterminer chez les animaux le développement de néoplasies tout à fait semblables en introduisant dans une cavité séreuse des liquides inertes. Nous nous occuperons d'abord des nodules dits tuberculeux, nous Terrons ensuite par quels carnclères les autres nodules spécv- Gques s'en rapprochent ou en dilTèrent.
§ 1". — D«s tobercoloB.
Les tubercules se présentent A l'observateur sous des formes diyerses et avec une structure variée.
Les tuberculei miiiaires, petites nodosités visibles seulement au microscope, peuvent n'être constitués qim par une agglomération d'élémenls ronds analogues aux globules bhmcs :
cette agglomération siège le plus souvent, mais non constamment, autour d'un capillaire ; ses contours ne sont pas nettement arrêtés; ses éléments l'ioDItrent dans les tissus voisins.
Dahs les nodules décrits improprement depuis Koster sous le nom du follicules tuberculeux (flg. 86). on trouve an centre uue ou plusieurs cellules géantes qu'entourent des cellules épithélioldes, et à la périphérie des éléments ronds semblables à ceux des nodules précédents.
Les tubercules type* (granulations de Laennec) sont formés par une agglomération do follicules (dg. 8S, 87).
Enfin Grancber admet l'existence de lubertulet géant», représentés par les masses de la pbtbisie à forme pneumoniquc, masses dans
Fig Sa — Tubercnlai de 1* pio mère InflltriUon ds 1 idrenlice d nna petite irtfere par des igglorointt
de petilea cellules.
lesquelles on trouve une zone centrale caséeuse et aae zone périphérique composée de cellules embrjonDaires ; ils sont Tormés par un agg-lomérat de granulations.
Les opinions les plus diverses ont été émises relatÎTemenU la Dalure et à l'origine des éléments qui constituent ces nodQles: on les a fait provenir des endothéliiims lymphatiques, des cellules de la tunique externe des Taisseaux, des globules blan» émigrés des vaisseaux ; aucune de de ces hypothèses ne peut £tre considérablement démontrée ; mais, en raison des donn^ef
Flg. SG. — Tubercule* du toie. GroulsHment 3&0.
que nous possédons sur la physiologie pathologique de l'inQuomation (voir page 275), la dernière nous paraît la plus vraisen) blable.
Les cellules géantes présentent dans leur partie centrale dd aspect granuleux et à leur périphérie une couronne de noyau généralement ovalaires; leurs contours sont irréguliersethérisrés de prolongements rameux. .
M.Kiener, dans un travail récent, décritainsi la formation des i follicules tuberculeux : dans les séreuses, on voit se prodnin | d'abord une tache opaline formée de tissu embryonnaire et sil- , lonnée par un réseau vasculaire; bientôt, en un ou plusieors |
DB L'INFLAHHATIO». 285
points, apparaissent des renflements pleins sur le trajet des rajsseaui. Ces renfleinents, fusiformes ou ampullaires, sont prodatls par un épaississement de la paroi dont les éléments !eliulaires, notamment ceux de l'endothélium, se multiplient :t subissent une dégénération spéciale que M. Grancher appelle Hlmae, et tendent à se conglomérer. La section transversale les vaisseaux ainsi dégénérés donne, s'il s'agit d'un capillaire à jDe seule tunique, l'apparence delà cellule géante de Langbans,
rig. »■:
tubercaleiue de l'épiploa
Et reproduit, s'il s'agit d'un capillaire à trois tuniques, le follii^ule de Koster.
M. Hippolyle Martin conçoilautrement le mode de dévelop- [temeat des cellules géantes; il lésa vues se former aussi bien t distance qu'au voisinage des vaisseaux; il tend à admettre que e tubercule est formé primitivement par des éléments embryonuires, ou plol6t par des globules blancs sortis des vaisseaai, tsquels se transforment en cellules épîthéliales et en cellules géantes; celles-ci représenteraient, comme le veut Ualassez, des :ellales vaso-rormatrices dont l'évolution serait entravée.
HindOeisch a décrit un rétîculum entre les cellules rondes
des granulations; on admet généralement qu'il a été trompé par une apparence due à Taction des réaciifs.
Les tubercules subissent le plus souvent la dégéoération caséeuse; elle commence par leur partie centrale; leurs éléments s*infiltrent de graisse et se dissocient ; la granulation finit souvent par s'éliminer en totalité, après avoir provoqué une inflammation du voisinage. Dans des cas exceptionnels, elle subit la transformation fibreuse et persiste.
Les vaisseaux des néoplasies tuberculeuses et ceux qui les entourent s'oblitèrent par le fait d'une inflammation qui débute par les capillaires et s'étend aux artérioles (H. Martin): c'est là très vraisemblablement qu'il faut chercher la cause de la tendance que présentent ces productions à subir la transformation caséeuse.
Les produits que nous venons d'étudier constituent les lésions essentielles de la tuberculose (i); lui appartiennent-ils exclusivement et suffisent-ils à la caractériser? Nous ne le pensons pas. M. Grancher, qui s'appuie sur la présence dans les adénites scrofuleuses de tubercules embryonnaires ou de follicules tuberculeux pour rattacher ces afl'ections à la tuberculose, reconnaît que les mêmes altérations peuvent se rencontrer dans la syphilis, alors que la tuberculose n'est pas à discuter; nous verrons que l'on trouve danslamorre et les inflammations chroniques des lésions très analogues»; on les produit expérimentalement en injectant dans les séreuses des corps inertes. Nous partageons donc ropinioD de M. Cornil (2) quand il dit qu'on ne peut définir une maladie par l'histologie seule, et que des maladies tout à fait différentes par leur cause et leurs symptômes peuvent donner lieu, à un moment donné de leur évolution, à des productions pathologiques très voisines; la présence de tubercules embryonnaires, de follicules tuberculeux même dans une néoplasie ne permet
(1) H y a là un Tice regrettable de nomenclature ; la tuberculose estu^ maladie de nature infectieuse; les lésions dites tuberculeuses sont Yrrisenblablement le résultat d'un mode particulier d'irritation des tissus et peuvent se rencontrer dans diverses maladies distinctes de la tuberculose, telles qo« la syphilis, la scrofule, le lupus, et l'on peut dire également la morre et U lèpre ; il importerait, pour la clarté des discussions qui 8'élè?ent à ce sujet, de leur attribuer une autre qualification.
(2) V. Cornil, Discussion sur la tuberculose {Société des hôpitaux. 1S8!;.
DB LMiNFLAMMATlON. 287
)nc pas d'arfirmer qu*elle est elle-môme de nature tubercuuse.
I.es expériences de M. Martin ont montré, entre autres faits léressants, que les diverses variétés de lésions tuberculeuses mt produites par des irritations dUntensilé diverse ; en injecnt de la poudre de cantharide, il amène la formation de >d(iles embryonnaires; le poivre de Cayenne provoque le déloppement de follicules avec leurs trois zones classiques ; les )dules qui apparaissent consécutivement à Tinjection de pou- ^de lycopode sont formés simplement d'une cellule géante l'entourent des éléments embryonnaires ; les choses sepasnl comme si ces corps étrangers donnaient naissance à des vers d*inflammation miliaire, dont les éléments différeraient iivant rintensité de l'irritation.
Les néoplasies de la tuberculose peuvent ôtre produites par n<M nlation d*un produit semblable (Villemin) ; on les voit i)^ ^e généraliser et elles donnent lieu, si on les inocule à un lire sujet, à une tuberculisation générale. D'autre part, Tinuduclion dans une cavité séreuse de substances inertes amène développement des mêmes lésions, et c'est ce fait, obné maintes fois par les observateurs les plus compétents, li a poussé jusqu'à ces derniers temps les meilleurs esprits à nsidérer comme douteuse la spécificité de la tuberculose. Les périences récentes de M. H. Martin (i) ont montré que l'idené des produits obtenus par l'inoculation de matière tubercuu^eet de matières inertes n'est qu'apparente; ils ont la même ruelure, mais ils n'ont pas les mêmes fonctions biologiques, r tandis que, daus le premier cas, ils se généralisent, sont ^ lés au plus haut degré de propriétés infectieuses, et peuvent repour ainsi dire indéfiniment inoculés, ils restent, dans le 'ond, localisés et isolés, ils ne sont qu'exceptionnellement •>cu1ables et cessent toujours d'être transmissibles après deux i trois générations.
§ 2. — Des nodules de la syphilis et de la morve.
Les lésions syphilitiques peuvent se présenter sous la forme inflammations diffuses ou sous celle de gommes. Dans ce
\\] Voyex page 214.
<]ernier cas, elles forment des nodosités dans lesqaelles on peut distinguer des nodules élémentaires ; ceux-ci sont composé: d'éléments cellulaires analogues aux éléments embryonnaires «t aux globules blancs [nodules lymphoides) ou, plus rarement, dt grosses cellules granuleuses {nodules épilhéliotdes) ; en outre ù ^ont ordinairement en voie de dégénération ; Grancher et Sibourin y ont vu des cellules géantes. Diaprés M alassez, pluMeu:: nodules épithélioïdes peuvent se réunir tout en conservant kui individualité propre, tandis que les nodules lyuiphoîdes se fu sionnent complètement et forment une masse dans laquelle ù cessent de pouvoir être distingués.
Le développement de ces néoplasmes amène d'importast» altérations de voisinage. Le tissu interstitiel devient le si^ d'une sclérose hypertropbique ; le cours du sang est entrj^i dans les capillaires comprimés; il se produit des nécroses ; oo dir lingue dans les gommes anciennes, au centre, une masse caskuy', autour d'elle, une couche de grandes cellules granuleuses qui semblent travailler à sa résorption (couche de résorption) ; plu>rq dehors, une couche de tissu fibreux cicatriciel {zone fibreis^\ •dont la partie la plus interne forme une couche de bour^eoiu charnus qui empiète peu à peu sur la masse caséeuse {couck<^ réparation) (1). Ces nodules représentent la lésion initialede cd néoplasmes; ils offrent une grande analogie avec les noduld tuberculeux; ils en diffèrent surtout, d'après Cornil et Ranger. par la perméabilité des vaisseaux qui les environnent, et parce fait qu'il peuvent aboutir à la formation d'un tissu adulte tel q^ le tissu osseux, tandis que les inflammations tuberculeuses h>u avant tout destructives. Les gommes tendent à s'atropbier, elle) laissent à leur place une cicatrice fibreuse ; d'autres fois elIe^^^ sont ouvertes à la suite d'une inflammation et leur contenu, goi a subi une dégénérescence muqueuse d'une nature spéciale, s'^' limine.
Les masses caséeuses qui représentent les gommes anciennes diffèrent par leur sécheresse et leur résistance des gros tubercules.
Les nodules de la morve présentent chez le cheval la plui
(l) MaUssez et Reclus, Sur les lésions histologiquet de la stfphilis tffi^^ iaire [Archives de physiologie, 1881).
DB L*OÉMORRHAGIB. 289
grande analogie avec ceux de la tuberculose, et il est difficile de les en distinguer (Cornil et Ranvier).