CHAPITRE VI
DE LA THROMBOSE ET DE L'EMBOLIE ARTICLE I. — GENÈSE ET CARACTÈRES DU TUROMBUS.
On désigne sous le nom de t/irombose l'obstruction coir' ou incomplète, chez un sujet vivant, d'un vaisseau par un gulation sanguine. Pour en comprendre le mode de prod: il est nécessaire de savoir préalablement comment se fi' coagulation du sang. Les recherches récentes de M. U^jcz ont jeté une vive lumière sur cette question.
On admettait autrefois que la tendance du sang à se c.af J
1 R. Lcpine, De rhémiplégie pneumoniqiie, Paris, 1870. ('2) G. Hayem, Sur la formation de la fibrine du sang étudiée on fr..-^'' {Co7fiptcs rendus de l' Académie des sciences. 1878). — Du prore^'V.' •! gulation et de ses modifications dajis les maladies {Bidletin de la S:--. •' hôpitaux et Union médicale, 18SI. — Nouvelles recherches sur la cyz^ 4 du sang [Union médicale. 188*2).
DB Ul THROMBOSB ET DE L*EHBOLIE. Wi
spoDlanémeni était due à une augmentation ou à une altération de la fibrine que l'on considérait comme une de ses parties constiluantes. Les recherches de Denis (de Commercy)etd*A.Schmîdt rat montré qu'elle ne fait pas partie du sang normal chez Tiniividu vivant ; sa formation est due à Faction d'une substance lile fibrino-plastîquej dérivée des éléments cellulaires et nommée aussi serum-globuline^ sur une substance normalement lissoute dans le sang et appelée fiàrinogène par A. Schmidt et }lasmme par Denis ; celte action ne peut s'exercerqu'en présence ian ferment dont le mode de développement est encore à l'éude; on peut présumer dès à présent qu'il provient, non, comme e veut A. Schmidt, de la destruction des globules blancs, mais )ien des hématoblastes en voie d'altération.
M. Hayemaen effet montré, en premier lieu, que ces éléments prennent une part active à la coagulation : «Au moment où elle e produit, on voit, dit-il, partir des hématoblastes isolés ou ;roupés en amas, des traînées filamenteuses qui se perdent en 'effilant à une petite distance*» Les hématoblastes sont donc epointde départ du phénomène. M. Hayem a reconnu de plus [u'ils sont constamment altérés quand le sang se coagule et |Qe la coagulabilité de ce liquide varie en raison direcle de eur vulnérabilité ; fiizzozero (i), dans des recherches en faveur lesquelles il a réclamé la priorité, bien vainement, car elles ont notoirement postérieures à celles de M. Hayem, a fait éga- Bmenljouer à ces éléments, qu'il désigne improprement sous le lom de plaquettes, le rôle essentiel dans la coagulation ; il affirme [u'ii suflit de les ajouter à un liquide coagulable, mais ne coagulât pas spontanément, pour en déterminer la coagulation ; le Plasma reste cependant coagulable quand il est filtré et par coniquent privé de ses hématoblastes; mais ceux-ci, avant d*en Ire séparés, ont eu le temps de s'altérer et ils ont laissé 'dans le ugla substance qui parait jouer le rôle de ferment et amener » coagulation (Hayem).
Les diverses causes de thrombose que nous allons énumérer ^ssent très vraisemblablement en amenant l'altération des lématoblastes. On peut en distinguer quatre ordres diffé- SDts qui sont les altérations de la paroi, le ralentissement de
(1) Biziotero, Sur un nouvel élément du iong et ton importance dans la ^^f^^nbue et la coagulation {Àrch. ital, de biologie. 1883).
Hallopiau. » Pathologie générale. 20
la circulation, robstrucUon du vaisseau par une embolie, les modifications dans la constitution du sang.
Les altérations des membranes et surtout celles de Tendotliélium favorisent puissamment la coagulation du sang. Zalm a vu (1), dans ses expériences, une simple piqûre de la paroi am^ ner la formation d*un thrombus. La cause la plus fréquente de la thrombose artérielle est Tallération de la paroi avec ses conséquences, la destruction de Teudothélium et le rétrécissement du vaisseau ; le sang est souvent aussi coagulé dans les veines variqueuses; dans ces diverses circonstances il est très probable que Taltération de la paroi entraîne celle des hématoblastes. On peut voir cependant Tulcération de la tunique interne exister sans formation de caillots.
Le ralentissement du cours du sang joue également un tt\t important dans la genèse des thromboses ; on les observe souvent dans le cours des affections cardiaques et chez les sujets dont la circulation est- ralentie par le fait d*une maladie adynamique ou d*une cachexie. Laslase est la première condition de la formation de caillots dans les anévrysmes, dans les direrlicules des cavités cardiaques (auricules, anfractuosités de la paroi, anévrysmes partiels); nous verrons bientôt qu*elle participe en même temps que Taltération de la paroi et une modification dans la constitution du sang à la genèse des thromboses dites marastigues.
La thrombose peut être le résultat d'un obstacle direct au cours du sang ; il en est ainsi dans les cas où un vaisseau se trouve comprimé par une tumeur, un os déplacé ou un appareil ; les embolies constituées par le passage dans la circulatiuo de corps solides ont la même action ; elles peuvent provenir du cœur, des veines, ou des artères ; ce sont le plus souvent des fragments de caillots ou de thrombus détachés par le courant sanguin, quelquefois des fragments de valvules ulcérées, ou des produits pathologiques provenant de Tinilammationde la paroi, tels que des plaques calcaires ou de la bouillie atbéiomateuse ; la pénétration dans les vaisseaux de produits cancéreux ou tuberculeux, ou d'éléments normaux tels que la graisse de la moelle osseuse peut être également la source d*embolies.
: (1) Zibn, Bulletin de la Suisse Romande. ISSU