‹ Traité élémentaire de pathologie générale; comprenant la pathogénie et la physiologie pathologiqueChapitre 93 sur 198 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Les matières inorganiques qui entrent dans la coastitutioD de i*organisme à Tétat de sels solubles peuvent, dans des conditions très variées, se précipiter et former des masses solides dont la présence est assez souvent Torigine de troubles morbides. Nous étudierons successivement, sous le nom de eonerétiom interstitielles j celles qui se déposent dans Tintimité des tissus, et sous le nom de concrétions calculeuses celles qui se développent dans les conduits glandulaires aux dépens des liquides quT.i renferment.

ARTICLE I. — DES CONCRÉTIONS INTERSTITIELLES (DÉPÔTS, PÉTRIFICATIONS, INCRUSTATIONS, CRÉTIFICATION).

On observe deux espèces principales de concrétions interstitielles ; Tune est caractérisée par ses bases, l'autre par son aciit: la première comprend les concrétions formées de sels de chauz et de magnésie^ la seconde les dépôts uratiques.

§ 1. — Concrétions calcaires et mai^nésiennes.

D'après M. Talamon (1), la calcification ne se produit jamais que dans un tissu conjonctif préalablement modifié. Celte modification consiste en un épaississement stratifié qui letnosforme en un tissu fibroïde à substance fondamentale amorpbe avec cellules plates disséminées ; c'est ainsi que, d'après Comil et Ranvier, les séreuses calcifiées sont constituées par des limes parallèles de tissu conjonctif, entre lesquelles se trouvent de$ cellules plates. Les plaques ainsi formées se laissent infiltrer par les sels calcaires et représentent des carapaces solides; on

(1) Talamon^ De la calcification (Revue mensuelle de médecine et de chinr' gU. 1877).

les rencontre dans les plèvres, le péritoine et la tunique vaginale (i}; elles sont fréquentes autour de la rate.

Les parois des bourses muqueuses, quand elles sont envahies par la calcification, présentent la même structure, c'est-à-dire qu'elles sont surchargées d*une substance amorphe qui espace ies éléments figurés, représentés par des cellules plates isolées, qu elles ont pris une disposition stratifiée et qu'elles ne renferment pas de vaisseaux (Talamon) ; il en est de même des corps étrangers des articulalions et des séreuses, de la tunique interne des artères et des corpuscules de Pacchioni. Talamon a montré que partout où il se produit une calcification on retrouve le même tissu.

Dans Yendartérite^ les cellules de la tunique interne se multiplient et il se forme, au-dessous de Tendothélium, une substance intercellulaire, résistante, presque amorphe, qui donne bientôt à la membrane une consistance cartilagineuse. Les plaques ainsi constituées peuvent devenir athéromateuses, se caséifler et se métamorphoser de molécule à molécule en une matière crayeuse plus ou moins friable, ou bien elles se transforment directement en plaques calcaires saillantes ou déprimées (2); il en est de même dans Tendocarde.

On voit beaucoup plus rarement se déposer des concrétions calcaires dans les parois des veines variqueuses ; dans Tintérieur de ces vaisseaux, on trouve parfois des concrétions appelées phléhoUthes, qui sont, d'après Rokitansky, des coagulations sanguines calcifiées.

Les corps étrangers intra-articulaires et ceux des séreuses péritonéale et inguinale s'incrustent fréquemment de calcaires; 1 en est de même des fœtus qui se développent en dehors de l'utérus; tantôt la calcification occupe seulement leur membrane d'enveloppe, tantôt le fœtus lui-même s'incruste en totalité ou en partie.

Les dépôts calcaires sont très rares dans les fibres musculaires striées ; on les observe au contraire assez souvent dans les Qbres lisses qui constituent en partie la tunique moyenne des artères et aussi dans les lio-myomes utérins.

'r CornU et Ranvier, Manuel cThistologie pathologique, 2* édition, Paris, \? Valpitn, Cours inédit de la Faculté, 1872, cité par Talamon.

Fig. 104. — Calcification des cellules nerveuses de la moelle.

Grossissement 240 (FOrster).

La calcification des éléments nerveux doit être considérée comme très exceptionnelle; Fôrster Ta signalée (fig. 104); Tirchow (1) et Friedlânder l'ont observée à la suite de traumatismes crâniens. Dans la phthisie, le poumon peut devenir le siège de concrétions calcaires ; ce sont les faits de ce genre qui avaient conduit Bayle à décrire une phthisie calcujeuse. Ces concréiions

se déposent le plus souvent dans des masses tuberculeuses; c'est un mode de guénson de U pbthisie. D'autres fois c*est un infarctus qui s*est chargé de seU de chaux. D'autres fois enfin, d'après Talamon, les dépôts se font dans des noyaux de pneumonie chronique. Le corps thyroïde, les testicules et Tovaire, deviennent parfois le siège de ces concrétions. Dans les testicules, elles peuvent occuper la séreuse enflammée ou se former dans des masses tuberculeuses en voie de régression. Des dépôts calcaires se font assez souvent chez les vieillards dans les canalicules urinifères.

Dans l'œil, le corps vitré et le cristallin se chargent parfois de ces mêmes concrétions; elles caractérisent plusieurs variétés de cataractes (2).

On trouve quelquefois le placenta calcifié ; les dépôts se font dans les villosités choriales, par suite, d'après M.Gh. Robin i3-. de l'oblitération fibreuse de leur cavité; certaines femmes sont prédisposées à ces dépôts placentaires, et il s'en produit chez elles à chaque grossesse.

Parmi les tumeurs susceptibles de s'incruster, il faut citer les psammômes qui sont précisément caractérisés par ces dép^i"^ calcaires; aussi Cornil et Ranvier les décrivent-ils sous le nom de sarcomes angiolMiques (fig. 105 et 106). Les encbondromes. les lymphadénites, les lipomes, les cancers et les cancroîdes. peuvent aussi se calcifier, ces derniers très exceptionnellement.

(1) Virchow's Archiv, t. IX. 18S6.

(3) Kobin, Archives d'ophthalm,, t. V.

(3) Robin, Société de biologie. 1854.

Nous avons déjà mentionné les lio-myomes ulérins ; les dépAts se font tanlât à leur surface, tantOt dans leur épaisseur; ces

iDineurs peuvent so transformer en masses calcaires; c'est

Flg. 106. — GroHei concrétioni atntiflée*.

surtout chez les vieilles femmes qu'elles présentent ces incrus-

talioDs,

Des concrétions calcaires se déposent très fréquemment dans les parois des kystes hydatiques ; deux conditions sont, d'après Talamon, nécessaires à leur production : la première estqosj rhydatide ait cessé de vivre, la seconde est que la vieillesse dal sujet ou quelque autre cause favorise les dépôts. Talamon tend à croire qu'ils se forment dans la membrane anhiste quand elle a perdu sa vitalité.

Les kystes séreux peuvent s*incruster de sels comme les membranes séreuses dont ils ont la structure.

Le mode de formation des dépôts ne paraît pas être toujours identique.

Dans certains cas, il est dû manifestement à la pénétrath^ dans la circulation d'une quantité exagérée de sels calcaires ; il it produit une dyscrasie calcaire métastatique (Talamon) ; il eo e^: ainsi dans les faits de carie ou de cancer des os où Ton constate l'incrustation calcaire des parois artérielles, en même teoif^ que des dépôts dans la muqueuse gastrique et dans les poumons ; Virchow a même voulu étendre cette théorie et e-ipl> quer la créliûcation des artères chez les vieillards par racli^iir anormale que présenterait chez eux la dénutrition du systèoit osseux, mais ces faits ne sont pas comparables aux précédenU. car, lorsque la calcification est consécutive à la carie, les sels.v: déposent dans les parties de la tunique interne qui sont en rapport avec le courant sanguin, tandis que, dans la crétific^tioii sénile, rincrustation se fait dans les couches profondes de ii même membrane.

On a invoqué, pour expliquer la précipitation des sels câ.caires, Taugmentation de Talcalinité du sang {dyscrasie calcaire chimique) ; on sait en effet que les phosphates, soluUcS quand ils sont acides, se précipitent quand ils deviennent neatrès, et Ton a dit à ce sujet que si les incrustations sont si fréquentes dans les artères et si rares dans les veines, c'est parce que le sang de ces dernières est surchargé d*acide carbonique : Gohnheim observe avec raison que, si cette théorie était vraie, les artères pulmonaires devraient être le lieu d'élection de U pétrification, puisque le sang qui les parcourt est celui qui renferme le moins d'acide carbonique, et il se trouve au contraire qu'il ne s'y fait pour ainsi dire jamais d'incrustations.

La condition commune à toutes les parties qui deviennent ie

iège de cette altération est un ralentissement de la nutrition (1); existe dans les parois arlérielles des vieillards, par le fait de la :Iérose des vasa-yasorum ; il existe de même dans les vieux exsuats, dans les lithopédions et dans Tenveloppe des entozoaires.

(lohnheim (2) suppose que les sels calcaires n^interviennent ans la nutrition que s'ils sont unis à une certaine quantité de latière protéique, et que, dans les cas où cette matière protéine vient à ne plus être assimilée en proportions suffisantes, s se précipitent ; c'est ainsi qu'agirait le ralentissement de la utrition dans les circonstances que nous avons indiquées.

Il ne faut pas ranger parmi les calcifications les dépôts ïlcaires qui se produisent chez les vieillards, dans les cartilages Dslaux; ces organes sont le siège d*une véritable ossification oi semble le terme naturel de leur évolution, et russification ifiere essentiellement de la simple calcification : tandis que ïlle-ci est un trouble passif de la nutrition coïncidant avec 1 déchéance physiologique du tissu, celle-là est au contraire I résultat d*un processus actif; il n'y a plus seulement un épôt de sels calcaires dans le tissu interstitiel, il se fait une éofornaation de tissu osseux; les cartilages sont cependant

(ç. 107. — Inflltrttion calcaire d*an cartilage. Coupe transYersale de a couche de prolifération d'une épiphyse cartilagineuse d'un os rachitique. Grossissement 10.

isceptibles de subir la calcification simple, la figure 107 en in;oigne.

(1) Ch. Bouchard, Maladies par ralentissement de la nutrition, 1881.

(2) Cohnheim, /oc. cit., p. 528.

Pour ce qui est des capsules d'enveloppe des entozoaires, q peut attribuer leur calcification, comme celle de laséniliié. ^ leur faible vascularisalion et au peu d'activité qu'y présentent les phénomènes nutritifs ; mais il faut se demander égalem^nl si ces dépôts calcaires ne seraient pas formés par rentozolr^ lui-même; il en est certainement ainsi pour les grains calcaires que contiennent constamment les cjsticerques ; Maas et W'â;' deyer ont de même reconnu que les calculs salivaires ont p* n noyau un amas de bactéries(l). Une partie des pierresde Ton:.nisme serait donc, comme une partie des pierres de Tocc.::, l'œuvre de micro-organismes.

Les accidents provoqués par les calcifications sont suri -il prononcés quand elles occupent les artères et les valvule"^ à cœur; elles contribuent, comme Tathérome qui les a précéilt^e^ à rétrécir le calibre des vaisseaux, à en diminuer l'élasticité. tti favoriser la formation des thrombus. On a vu des plaques cai caires se détacher de la paroi et former ainsi des embolies

La calcification des cartilages est, d'après Talamon, la c^'M prochaine des arthropathies séniles.

g 2. — Concrétions aratiqnes.

On sait que la lésion essentielle de la goutte est le dépôt dani les articulations et souvent aussi dans les tissus périarti^jlaires, les tendons et les cartilages, d'urates de soude, k>'J! forme de cristaux et de granulations amorphes. Ces dépôts surviennent le plus souvent chez des individus prédisposés, s* ua l'influence d'un écart de régime ou sans cause apparente. L'Introduction dans l'organisme d'une quantité de matériaux az.téi hors de proportion avec ses besoins et ses dépenses pârJi exercer une influence dominante sur la genèse et la produeti.a des accidents, mais elle ne suffit pas à expliquer les phénomènes, car on voit assez souvent le mal éclater chez des soje s qui n'ont pas commis d'excès.

La présence d'une quantité anormale d'acide urique dans le sang pendant les accès ne peut rendre compte des dépôts antiques qui se font dans les articulations; cette proposition re»-

(1) Maas et Waldeyer, Rostock Naiurfursch. Versammlung, 1871

*t clairement des Tnits suivants énoncés par M. Bouchard (1) : totalité du sang d'un goutteux contient au maximum un iinmed*acide urique; or, dans les premiers jours d'un accès, )eut y en avoir par les urines une élimination quotidienne un ou deux grammes et les tophus formés pendant cette iode représentent une somme d'acide urique qui dépasse (siears grammes; on ne peut donc attribuer la formation de i concrétions au dépôt de Tacide urique préexistant dans le ig; elle implique nécessairement la production dans Torgame d'une quantité anormale de cet acide au moment de ccès ; s'il traverse le sang, il n'y séjourne pas. i. Bouchard montre également que l'on ne peut expliquer, mme le voulait Garrod, l'accès de goutte par le défaut d'exttion et la rétention de Tacide urique. On parvient, il est ti, à provoquer chez les oiseaux des dépôts uratiques en leur at les uretères, mais rien de comparable n'existe d'ordinaire ez les goutteux : ils ne présentent que très tardivement des érations des reins, et M. Bouchard a constaté que l'on avait mis à tort une diminution au moment des accès dans la antité d'acide urique éliminée par ces organes ; il ajoute que le is grand excès possible d'acide urique dans le sang ne consae qu'une masse minime comparée à celle que représente nsemble des éliminations et des dépôts.

La formation d'une quantité exagérée d'acide urique sous ifluence d'excès alimentaires ne sufGt pas à rendre compte des p6tstophacés; le rein étant normal, l'excès d'acide devrait îliminer par l'urine ; pourquoi est-il retenu dans le sang ? Il produit chez les malades atteints de leucémie et de cirrhose le quantité d'acide urique bien supérieure à celle que l'on Duve chez les goutteux, et cependant il ne se forme pas chez « de concrétions.

Bouchard rattache la rétention dans le sang et dans les tissus i l'acide urique formé on non en quantité exagérée à la di- Ânution de l'alcalinité du sang, à la prédominance des acides : irrod a trouvé de l'acide oxalique dans le sang des goutteux; ^<) y signale de l'acide lactique; Proust, Rayer et Gallois ont îconnuquel'oxalurie y est presque constante ; cette prédomi-

(0 Boachard, Maladies par ralentissement de la nutntion. Paris, 1883.

Zùi DES PROCESSUS MORBIDES.

nance des acides amène la précipilation à Tétat libre on à YéU d'urates acides de Tacide urique.

Cet excès diacides doit amener réliminaUon d'une quanûl exagérée de phosphates. Beneke assure qu'elle se produit, ei I professeurBouchard (1) montre avec raison que la présence thà les goutteux d'un excès d'acide urique et d'urates acides dâi les urines, celle des mêmes urates dans les tissus, réliminatiJ par Turine d'acide oxalique que Ton trouve également dans sang en quantité appréciable et la déperdition de phosphati sont les caractères d'un état dyscrasique à prédominance acià L'urate acide étant moins soluble que Turate neutre filti plus difficilement à travers les reins et tend à s'accumuler da le sang. Si certains tissus élaborent des acides, Tacide oriqJ devra s'y fixer à l'état d'urate acide, et cela d'une manière du tant plus persistante que ces tissus seront moins yascnlaL'i (Bouchard); il en est probablement ainsi pour les tissus fibreJ

11 y a donc dans la goutte formation exagérée ou destnt€tt>à trop lente des acides organiques. C'est là, pour M. Bouchard, tfl des caractères qui appartiennent à ce qu'il appelle la nutnim retardante.

Ces dépôts uratiques donnent lieu souvent, dans les tissus à ils se développent, à des phlegmasies secondaires.

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