‹ Traité élémentaire de pathologie généraleChapitre 100 sur 183 · ARTICLE IV. — TOUX · texte numérisé non relu

ARTICLE IV. — TOUX

La toux est l'acte par lequel l'organisme tend à expulser les mucosités ou les corps étrangers qui ont pénétré dans le larynx ou la partie sous-jacente des voies aériennes ; c'est un phénomène réflexe ; l'excitation initiale, ordinairement perçue sous forme de chatouillement, de chaleur et de douleur sur le trajet des voies aériennes, provoque d'abord une inspiration profonde et l'occlusion de la glotte, puis une série d'expirations convulsives et bruyantes. Le point de départ du réflexe se trouve le plus souvent dans la sphère de distribution du laryngé supérieur [Rosenthal (3)], mais il peut siéger ailleurs. Chez les animaux, on amène la toux en excitant mécaniquement la muqueuse laryngée au-dessous de l'orifice glottique ; les contacts les

(1) Krishaber, Annales des maladies de l'oreille et du larynx, 1874.

(2) Dechambre a réuni plusieurs de ces faits dans son article Aphonib du Dictionnairs encyclopédique.

(3) Rosenthal, Die Athembewegunyen, etc., 1862.

plus légers sont ceux qui la déterminent le plus sûrement, surtout s'ils portent sur la partie postérieure de l'organe (Cohnheim) ; l'excitation de la muqueuse trachéale et celle de la muqueuse bronchique î produisent les mômes effets (1); en dehors des voies respiratoires, nous devons citer, parmi les parties dont l'excitation peut provoquer r la toux, le conduit auditif externe, qui reçoit des filets du rameau, auriculaire du nerf vague, la base de la langue à laquelle se distribuée un filet du laryngé supérieur, la paroi supérieure du pharynx» (Koths) (2), le voile du palais, les nerfs pneumogastrique et glosso- I pharyngiens et enfin le plancher du quatrième ventricule, immédiatement au-dessous du cervelet, des deux côtés du raphé.

A l'état pathologique, la toux survient plus facilement; l'inhalation d'un air humide ou chargé de poussière suffit à la produire, tandis qu'elle est sans action sur les individus sains; elle peut même être alors amenée par l'excitation de parties qui à l'état normal ne lui donnent pas lieu; il en est ainsi par exemple de la plèvre; on peut chez les animaux l'exciter sans déterminer la toux, tandis que dans la pleurésie ce symptôme est fréquent (3) ; il est vrai que cette maladie s'accompagne souvent d'une congestion pulmonaire et bronchique qui peut être le point de dépari du réflexe. M. Peter (4) admet de même que, chez les phthisiques, l'excitation des terminaisons du nerf vague dans la muqueuse de l'estomac peut amener la toux (toux gastrique) ; l'éruption des dents donne lieu assez souvent au même phénomène (toux denlaire); chez certaines personnes, l'impression du froid sur la peau suffit à la provoquer; Haller (5) toussait chaque l'ois qu'il entrait dans un lit froid et humide.

L'intensité de la toux n'est pas en rapport avec la gravité des lésions; MM. Peter et Krishaber font remarquer que les altérations les plus superficielles sont celles qui la suscitent le plus sûrement; chaque fois qu'elle est provoquée par la présence de corps étrangers ou de produits pathologiques dans les voies aériennes, elle dure jusqu'au moment où les forces des malades sont épuisées ; elle prend alors un caractère quinteux et convulsif ; les secousses expiratoires se renouvellent coup sur coup, cessent momentanément par l'effet de la fatigue pour reprendre ensuite; elles durent dans la coqueluche jusqu'au moment où le mucus visqueux qui embarrasse le larynx a pu être expulsé.

(i) Nothnagel, Zw Lchre vom Husten (Virchow's Archiv, XL1V).

("2) Koths, Expcrim. Untcrs. ûber dem Husten ( Virchow's Archiv, LX).

(3) Briïcke, cité par Cohnheim.

(4) Peter, Leçons de clinique médicale, t. II.

(5) Haller, Elementa physiologix.

La toux est un acte défensif et utile; c'est un signe fâcheux, quand elle vient à cesser alors que les sécrétions pathologiques continuent à se produire; on peut le considérer, dans la broncho-pneumonie, comme Pavant-coureur d'une fin prochaine. L'insensibilité du larynx chez les aliénés rend plus fréquente et plus grave chez eux la pénétralion de corps étrangers dans les voies aériennes.

Il ne faut pas méconnaître néanmoins que la toux peut donner lieu par elle-même à des accidents quand ses secousses sont trop violentes et trop prolongées.

La contraction énergique des muscles expiraleurs, coïncidant avec l'occlusion de la glotte, a pour effet de transformer la pression négative, qui existe normalement dans la cavité thoracique, en pression positive et de faire ainsi obstacle à l'afflux du sang veineux ; il en résulte une augmenlation de la tension dans tout l'appareil veineux et dans les capillaires et elle peut être portée à un degré tel qu'elle amène des ruptures; on connaît les ecchymoses conjonctivales qui se produisent pendant les quintes de coqueluche; on peut s'expliquer par la congestion des centres nerveux les étourdissemenls, les troubles de la vue et même les convulsions qui surviennent parfois dans les mêmes circonstances ; la pression intra-abdominale est augmentée simultanément et peut donner lieu à la production de hernies en même temps qu'à des vomissements.

La transmission de l'excitation aux filets gastriques du nerf vague se traduit souvent par le même symptôme, mais c'est surtout dans l'appareil respiratoire que les effets de toux peuvent donner lieu à des altérations graves : la glotte étant fermée au moment des secousses expiratoires, l'air contenu dans les alvéoles et dans les bronches atteint un haut degré de tension et exerce ainsi une pression sur les parois qui le contiennent ; celles-ci résistent d'ordinaire dans tous les poinls où elles sont soutenues par la paroi thoracique ; mais dans ceux où elles se trouvent en rapport avec des parties molles, au sommet du poumon, au niveau de son bord antérieur, à la périphérie de sa base, elles se laissent dilater et il se produit de l'emphysème pulmonaire ou des bronchiectasies ; si le poumon est préalablement altéré, il peut survenir, sous l'influence de la toux, des déchirures dont la conséquence est un pneumothorax.

Le caractère de la toux varie suivant les conditions dans lesquelles elle se produit. Elle se manifeste d'ordinaire sous forme d'accès constitués par une série d'expirations convulsives ; si plusieurs accès se suivent à de très courts intervalles, la toux est dite quinteme; bruyante dans la laryngite striduleuse, elle est éteinte, aphone, clans tous les cas où les cordes vocales ne peuvent vibrer, comme dans les

laryngites ulcéreuses et dans le croup ; Trousseau (l) a décrit dans la phlhisie laryngée une toux éructante; la toux est rauque et aboyante dans la laryngite chronique, sèche et brève au début de la pneumonie et dans la pleurésie; chez les asthmatiques et chez les sujets atteints de laryngite granuleuse, elle consiste souvent en une simple secousse expiratoire connue sous le nom dehem; la toux de la coqueluche est caractérisée par la longueur et le nombre des quintes, ainsi que par l'inspiration profonde et sifflante qui leur fait suite, et l'expulsion d'un mucus très visqueux. On observe quelquefois chez les hystériques une toux persistante, sans lésion appréciable de l'appareil respiratoire; Lasègue (2) a montré qu'elle a pour caractères de cesser complètement pendant le sommeil et de rester identique à elle-même aussi longtemps qu'elle dure, de telle sorte que, chez le même malade, elle a constamment le même timbre et se produit sous forme d'accès composés d'un même nombre d'expirations; elle peut se prolonger pendant des années.

Page 1