ARTICLE VII. — PHÉNOMÈNE DIT DE « CHEYNES-STOKES
Cheyne (2) a décrit le premier, en 1814, cette modification du rhythme respiratoire qui a été surtout étudié depuis, au point de vue clinique par Stokes (3), au point de vue physiologique par Traube et Filehne. Si l'on observe un malade qui en est atteint, on voit que, par instants, la respiration s'arrête complètement pendant plusieurs secondes (jusqu'à 40, d'après Bernheim) (4) ; puis les mouvements réapparaissent ; d'abord très faibles et superficiels, ils augmentent successivement d'intensité, au point de devenir souvent plus forts et plus fréquents qu'à l'état normal ; subissant ensuite une modification inverse, ils décroissent graduellement pour s'arrêter de nouveau complètement ; la durée de la période comprise entre deux pauses varie de 15 à 75 secondes ; elle peut se modifier chez le même malade d'un jour à l'autre.
Le nombre de mouvements respiratoires compris dans la série graduellement ascendante et descendante ne s'élève guère au-dessus de 30 (Bernheim) ; dans certains cas, la pause succède immédiatement aux aspirations profondes; les phases croissantes et décroissantes font alors défaut. D'après M. Biot (5), le nombre des pulsations artérielles et leur tension diminue pendant l'apnée; le même auteur a noté, au moment de la pause, l'obnubilalion plus ou moins complète de l'intelligence, et, au moment où elle se termine, des phénomènes convulsifs, mais c'est là un fait exceptionnel.
Le phénomène s'observe surtout dans l'apoplexie cérébrale et dans les maladies du cœur ; nous l'avons constaté également chez des urémiques et aussi dans la grande hystérie (6). Filehne (7) a pu le pro-
(1) Filehne, Arch. f. exper. Path. X et XI.
(2) Cheyne, Dublin Hospilal Reports, vol. XI, p. 217.
(3) Stokes, Traité des maladies du cœur et de l'aorte.
(4) Bernheim, Gazette hebdomadaire de médecine, 1873, 496.
(5) Camille Biot, Etude clinique sur la respiration de Cheyncs-Stokes. Paris, 1878.
(6) Hallopeau, Des accidents convulsifs dans les maladies de la moelle vpinière, p. 58.
(7) Filehne, Arch. f.experim. Pathol. X, p. 442. — Sur la physiologie du phénomène de Cheynes-Sto/ces {Revue mensuelle, 1878). Berlin, klin. Wochens., 1878.
TROUBLES DES FONCTIONS DE L'APPAREIL RESPIRATOIRE. 52b Lire chez le lapin par une injection de 0,5 à 0,1 de chlorhydrate de Uorphine.
La cause prochaine des accidents paraît être une diminution de ^excitabilité du centre respiratoire (Traube) (1) coïncidant, d'après Filehne, avec un trouble dans l'innervation des arlères cérébrales, fen effet, la diminution de l'excitabilité du centre respiratoire peut expliquer la pause, mais non la période de dyspnée.
Voici, selon Filehne, comment les choses se passent : au moment de la pause, le sang se surcharge d'acide carbonique et s'appauvrit en oxygène : il excite le centre vaso-moteur, produit la contraction des arlères de l'encéphale et l'anémie du centre respiratoire, qui se trouve ainsi assez vivement excité pour entrer en action ; mais bientôt, sous l'influence des grands mouvements respiratoires, le centre vaso-moteur cesse d'être excité, et le sang artériel afflue en abondance dans le centre respiratoire. La cause qui avait mis ce dernier en état d'activité cessant d'exister, les mouvements respiratoires s'affaiblissent, puis s'arrêtent.
Filehne a constaté, chez des animaux morphinisés, des modifications de la tension artérielle concordant avec sa théorie ; il a démontré de plus que l'on peut, chez l'homme, faire cesser le phénomène en paralysant les vaisseaux par l'inhalation de nitrite d'amyle. Il a observé aussi chez de jeunes enfants, au moment de la pause, un affaissement de la grande fontanelle indiquant une diminution de l'afflux sanguin dans les vaisseaux de l'encéphale.