ARTICLE III. — ANOREXIE
Ce symptôme s'observe dans des états morbides très divers; on ignore quelle est la nature intime du trouble dont il est l'expression, de même que l'on ignore quels sont la cause prochaine et le siège de la faim; noire tâche se bornera donc à énumérer les circonstances dans lesquelles l'anorexie se produit.
Elle est presque constante dans l'état fébrile; on voit cependant quelquefois des tuberculeux conserver partiellement leur appétit alors même qu'ils ont la fièvre; de même certains typhiques demandent à manger avant que leur température soit revenue au chiffre normal.
Parmi les affections de l'estomac, il en est deux, le catarrhe aigu et le cancer, qui s'accompagnent habituellement d'une perte complète de l'appétit; la règle n'est cependant pas absolue pour le cancer, et il ne faudrait pas se fonder sur l'absence d'anorexie pour nier l'existence de cette maladie; dans les autres affections de l'estomac, particulièrement dans la gastralgie et l'ulcère simple, l'appétence est ordinairement conservée.
La gastrite alcoolique s'accompagne habituellement d'anorexie. Ce symptôme peut être d'origine toxique; nous l'avons signalé dans l'intoxication mercurielle (1); il présente alors cette particularité qu'il se broduit au commencement de chaque repas pour cesser à la fin, de telle sorte que les sujets intoxiqués n'ont d'appétit qu'au dessert.
L'opium et la belladone sont au nombre des substances qui diminuent l'appétit.
L'anorexie est fréquente dans l'aliénation mentale, surtout chez les Mélancoliques. Elle n'est pas rare chez les femmes hystériques ; d'après Lasègue, ces malades accusent d'abord, après l'ingestion des aliments, Une sensation de plénitude stomacale avec angoisse des plus pénibles; Quelquefois elles disent ressentir des crampes avec sensation de lef alliance; leur face pâlit et se couvre de sueurs. Pour éviter le elour de ces malaises, elles restreignent progressivement leur alimentation ; pendant longtemps, leur santé générale ne paraît pas en ouffnr; cependant les mêmes sensations se reproduisent et les malades refusent la nourriture avec d'autant plus d'opiniâtreté que l'on ait plus d'efforts pour vaincre leur résistance; elles opposent aux sollicitations des personnes qui les entourent une inertie absolue; au bout l un laps de temps plus ou moins long, leur santé générale est grave-
■: (1) Hallopeau, Le mercure, action physiologique et thérapeutique. Paris, 1878.
ment atteinte, elles maigrissent, elles ont des vertiges, des syncopes leurs traits s'altèrent (nous avons vu une de ces malades présenter, à l'âge de seize ans, l'aspect d'une vieille femme); Pémaciation atteint le degré le plus extrême et la mort survient.
On distingue plusieurs degrés dans l'anorexie : elle peut être partielle et n'exister que pour certains aliments ; d'autres fois, il y a simplement diminution de l'appétit; il faut distinguer enfin la suppression du désir du dégoût absolu qui existe parfois.
L'anorexie est toujours un symptôme fâcheux quand elle existe en dehors d'un état fébrile.