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ARTICLE V. — SALIVATION

L'exagération de la sécrétion salivaire est presque toujours un phénomène réflexe. Le plus ordinairement, l'excitation initiale porte sur la muqueuse buccale ; c'est ainsi que toutes les variétés de stomatite, celles que provoquent les aliments irritants comme celles de la variole et du scorbut, peuvent s'accompagner de salivation; ce symptôme est particulièrement prononcé dans la stomatite mercurielle. C'est surtout en irritant la muqueuse buccale que l'éruption des

TROUBLES DES FONCTIONS DIGESTIVES. 533 dents le produit; cependant on l'observe aussi dans l'odontalgie et dans la névralgie du trijumeau.

D'autres fois le réflexe part de i'estomac : la salivation est un accompagnement fréquent de la dyspepsie et de la gastralgie.

Villemin (t) mentionne, d'après Griffith, le tartre stibié parmi les poisons qui peuvent donner lieu à la salivation ; lorsqu'il est introduit par la bouche, la production de ce trouble fonctionnel s'explique tout naturellement par les ulcérations qui se développent souvent en pareil cas sur la muqueuse buccale; mais, dans le fait de Griffith, 'c'est à la suite de frictions avec une pommade stibiée qu'il s'était manifesté. Villemin cite également un fait de ptyalisme d'origine saturnine.

Ce symptôme est fréquent dans l'accès de manie aiguë; il semble que, clans ce cas, le fait essentiel ne soit pas l'exagération de la sécrétion salivaire, mais un trouble psychique produisant le crachotement. Il faut citer enfin la grossesse et l'hystérie parmi les causes de ptyalisme. Nous ne mentionnons qu'avec beaucoup de réserves la salivation supplémentaire signalée par Royer-Gollard après la suppression des règles.

La salive exhale, dans certains cas, une odeur fétide due probablement aux produits morbides avec lesquels elle est habituellement mélangée. La quantité de liquide éliminée peut être très considérable; elle atteint parfois plus de 3 kilogrammes. Dans ces conditions, les forces du malade diminuent ; il survient de la dyspepsie; la nutrition générale est en état de souffrance; Spring rapporte que Wrigth a perdu 11 livres de son poids en une semaine à l'époque où il faisait ses recherches sur la salive. Il ne faut pas croire à la salivation quand il n'y a qu'écoulement involontaire de salive par suite d'une plaie ou d'une paralysie des lèvres.

ARTICLE VI. — DYSPHAGIE.

L'obstacle à la déglutition peut siéger dans la bouche, l'isthme du gosier, le pharynx ou l'œsophage; on peut distinguer ainsi, d'après le siège, quatre variétés de dysphagie.

La dysphagie buccale peut résulter d'une tumeur de la langue ou de la mâchoire; elle peut être également produite par une paralysie des muscles de la langue et des parois de la bouche, muscles dont la contraction est nécessaire à la propulsion du bol alimentaire, et par le trismus.

(1) Villemin, article Salivation du Dictionnaire encyclopédique.

Les rétrécissements scrofuleux ou syphilitiques, les tumeurs, les affections douloureuses, la paralysie du voile du palais et du pharynx, quelle qu'en soit l'origine, s'opposent souvent au deuxième temps de la déglutition. La paralysie s'observe surtout dans les affections cérébrales et bulbaires ainsi que dans les fièvres. Toutes les causes qui peuvent entraver l'occlusion de l'arrière-cavilé des fosses nasales ont la même action; nous citerons surtout la perforation, l'aneslhésie et la paralysie du voile du palais qui ont pour effet le reflux des aliments dans les cavités nasales.

La paralysie du pharynx peut avoir pour conséquences le passage du bol alimentaire dans le larynx, l'obstruction de ce conduit et l'asphyxie rapide; cet accident n'est pas rare dans la paralysie diphlhérique.

Dans l'hydrophobie rabique, il se produit un spasme pharyngé qui empêche absolument la déglutition.

La dysphagie œsophagienne peut, comme les précédentes, reconnaître pour cause un obstacle mécanique, tel qu'un rétrécissement cicatriciel ou syphilitique, une dégénérescence ou une compression par une lésion de voisinage (anévrysme de l'aorte, abcès prévertébral, cancer du médiastin), une paralysie ou un spasme.

On peut admettre théoriquement que la paralysie du pneumogastrique entraîne celle de l'œsophage ; si l'on pratique chez un lapin la section de ce nerf, on trouve ce conduit rempli d'aliments. Cette paralysie s'observe rarement, si ce n'est au moment de l'agonie.

Le spasme de l'œsophage est beaucoup plus fréquent; il compte parmi les manifestations de l'hystérie et on l'observe également chez beaucoup de névropathes; d'autres fois, il est de nature réflexe et provoqué par une lésion superficielle de la muqueuse.

La dysphagie entraîne naturellement, quand elle s'oppose à l'ingestion des aliments, l'inanition avec toutes ses conséquences.

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