ARTICLE DU. — TROUBLES DANS LES FONCTIONS UROFOÏÉTIQUES DU KOIE
Murchison (1) et M. Brouardel (2) ont émis l'opinion que le foie est l'organe dans lequel se forme la majeure partie de l'urée. Murchison attribue en outre au foie la formation de l'acide urique qui est éliminé par l'urine. Ses remarquables recherches l'ont amené à conclure que la quantité d'urée sécrétée et éliminée en 24 heures est sous la dépendance de deux influences principales : 1° l'état d'intégrité ou d'altération des cellules hépatiques; 2° l'activité plus ou moins grande de la circulation hépatique.
Bouchardat (3) dit également que la production de l'urée parait être directement ou indirectement influencée par le foie. La valeur des arguments que l'on invoque en faveur de cette manière de voir ne peut être méconnue : en analysant comparativement Je sang de la veine porte et celui des veines sus-hépatiques, Cyon a trouvé que ce dernier contient une quantité notablement plus grande d'urée; Meissner considère, d'après ses expériences, le foie comme le principal lieu de formation de ce produit; Heynsius (4) et Gsethgens (5) admettent que les albuminoïdes se dédoublent dans le foie en urée et en matière glycogène.
M. Brouardel a constaté que, dans les cas où l'activité de la circulation hépatique est accrue, l'excrétion de l'urée augmente dans des proportions quelquefois énormes, et qu'elle se réduit au contraire au mininum chaque fois que les cellules hépatiques sont gravement altérées .
Bouchardat, dans un cas d'ictère survenu sous l'influence d'une émotion morale, a reconnu que le malade avait excrété 38&r,6 d'urée en 24 heures; dans un fait analogue, il a trouvé le chiffre de 55 grammes. Dans la congestion du foie, la suractivité de la circulation hépatique se traduit par une augmentation de la quantité d'urée éliminée. Au contraire, dans les cirrhoses, la quantité d'urée éliminée est représentée par un chiffre extrêmement faible, alors même que le malade continue à se nourrir ; il en est de même dans l'intoxication phosphorée, dans la dégénérescence graisseuse du foie et dans ses affections chroniques; l'urée peut disparaître de l'urine chez les sujets atteints d'ictère grave ; chez un homme atteint de fièvre
(1) Murchison, On functional dérangement of Ihe liver, London, 1874.
(2) Brouardel, L'urée et le foie, 1874.
(3) Bouchardat, De la glycosurie. Paris, 1875.
(4) Heynsius, Archiv f. die Hollandischen Beitr... etc., 1859.
(5) Gœthgcns, Veber den Stoffwechsel eines Diabetiken, etc. Dorpat, 186t>.
J intermittente hépatique, Regnard (1) a constaté qu'au moment de chaque accès le chiffre de l'urée baissait de 16 grammes à 4 ou 5 s grammes ; d'après Hammond, il en serait parfois de même dans les fièvres palustres; mais Lecorché et Talamon (2) ont trouvé, d'autre | part, que, dans les maladies aiguës, ce n'est pas, contrairement à l'oi pinion générale, au moment de l'hyperpyrexie que l'urée augmente lie plus, mais bien après la chute de la fièvre; ils croient que la baisse de l'urée sous l'influence de l'accès fébrile n'est pas propre à la fièvre | hépatique.
La théorie deMurchison. et de M. Brouardel n'a pas été sans soullever de vives objections. M. Valmont (3) a constaté que, chez les (cachectiques qui se nourrissent insuffisamment, l'excrétion de l'urée Idiminue dans des proportions considérables. MM. Lecorché et Talamon contestent la signification attribuée aux observations de Bouchardat; l'azoturie aurait «été produite dans ces cas par une perturbation générale dans la nutrition des tissus, et non par un trouble des fonctions hépatiques; la polyurie signalée dans la congestion hépatique ne serait qu'un phénomène critique ; d'après ces auteurs, la clinique ne permet pas de croire que la formation de l'urée soit une fonction du foie : c'est un phénomène de désassimilation qui se produit dans cet organe comme dans tous les autres. Ces critiques nécessitent de nouvelles recherches.
M. Debove (4) a reconnu, comme M. Brouardel, que la quantité d'urée éliminée diminue dans la plupart des affections du foie; mais, pour lui, il ne s'agit pas d'un trouble dans la formation de ce produit, mais bien d'un trouble dans son excrétion. Chez quatre ictériques, en effet, ses analyses lui ont montré que la proportion d'urée était augmentée dans le sang en même temps qu'elle était abaissée dans l'urine; il semble que le passage ou la rétention dans le sang des éléments de la bile agissent sur les reins et en limitent la sécrétion.
MM. Lecorché et Talamon sont disposés à admettre pour l'acide urique ce qu'ils contestent pour l'urée. Ils ne considèrent pas comme démontrée l'exactitude de l'opinion qui en fait un produit d'oxyda- I lion intermédiaire entre l'urée et les autres matières albuminoïdes. Dans tous les cas de lésions hépatiques, on le trouve en excès dans I l'urine, aussi bien dans les cirrhoses et dans le cancer que dans la \ lithiase biliaire ; son chiffre retombe à la normale dès que la glande
M) Regnard, Soc. de biologie, 1873, p. 739.
(2) Lecorché et Talamon, loc. cit.
(3) Valmont, Étude sur les variations de l'urée dans les maladies du foie. Thèse de Paris, 1879.
(4) Debove, Urémie d'origine hépatique {Union médicale, 1884).
recommence à fonctionner régulièrement; l'acide urique serait ainsi un produit spécial de la désassimilation du foie.