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CHAPITRE VIII

Constamment en activité, chargés d'éliminer la plus grande partie des produits anormaux qui pénètrent dans l'organisme et des matériaux de désassimilation qui s'y forment, les reins comptent parmi les organes qui sont le plus souvent intéressés et dont les lésions ont les conséquences les plus graves; il est peu de maladies dans lesquelles leur sécrétion ne soit plus ou moins troublée.

Il ne faudrait pas cependant rapporter à un désordre dans les fonctions des reins toutes les modifications que peut présenter l'urine ; dans bien des cas, ces organes, jouant un rôle purement passif, laissent simplement filtrer les produits anormaux que renferme le sang. La plupart des substances étrangères à la constitution de l'organisme sont éliminées par les reins, sans qu'ils cessent pour cela de fonctionner normalement ; il en est de même de beaucoup de produits pathologiques. La présence dans l'urine de la matière colorante de la bile, d'un excès d'urée ou d'acide urique, ou de glycose n'implique pas une maladie des reins. On a de même considéré ces organes comme passifs dans l'hémoglobinurie : une certaine quantité de globules

(1) Miukowski et von Mering, Gesellschd. Naturforsch. Strasbourg, 1889.

(2) Lépine, Lyon médical, 1889.

(3) Cohnhcim, Jaccoud, ouvrages cités. — Lancereaux, article Rbin, du Dictionnaire encyclopédique. — Potain, Du rhythme cardiaque appelé bruit de galop (Mémoires de la Société des hôpitaux et Union médicale, 1875). — H. Rendu, Des néphrites chroniques. Paris, 1870.— Bouchard, Gull et Sutton, Mahomed, Actes du Congrès de Londres, 1881. — Debove et Letulle, Recherches anatomiques et cliniques sur l'hypertrophie cardiaque de la néphrite interstitielle (Arch. gén. de méd., 1 8S0). — Bouchard, Note sur les albumimt7-ies de la fièvre typhoïde et sur une néphrite qui survient dans cette maladie (Gaz. médic, 1 880). — Ribbert, Ueber die Eiweissauschcidung durch die Nieren, Centralblall, etc. — Lépine, Revue de médecine, 1 882. — Bartels, Mal. des reins, avec additions par Lépine, Paris, 1884. — LabadieLagrave, art. Reins du Nouveau dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, 1882. — E. Wagner, Morbus Rrightii. (Ziemssen's Handbuch), 1882. — Jaccoud, Leçons de clinique médicale, 1883-1887. — Dieulafoy, Manuel de pathol. vit.

rouges ayant été détruits dans le sang, les reins élimineraient simplement la matière colorante que Ton trouverait simultanément dans le sérum (Kuessner) (1); nous montrerons plus loin (article HémoglobL nurie) que cette interprétation n'est plus admise aujourd'hui.

On voit qu'il importe, quand on constate une modification dans la constitution de l'urine, de déterminer si elle est due à une altération du sang ou à un vice dans le fonctionnement des reins.

Les fonctions de ces organes peuvent être troublées par le fait d'un désordre dans leur circulation ou d'une lésion de leur tissu. Nous passerons successivement en revue les différentes altérations que peut présenter l'urine dans ces circonstances, en indiquant quelle en est l'origine, quels en sont les caractères et quelles en sont les conséquences.

ARTICLE Ier. — POLYURIE.

La quantité d'urine excrétée dans un temps donné varie, d'après Ludwig, en raison de l'élévation de la tension dans les glomérules et aussi, d'après Heidenhain (2), en raison de la rapidité du courant sanguin.

La tension dans les glomérules ne suit pas nécessairement les oscillations de la tension artérielle ; on sait que l'activité des circulations locales est sous la dépendance du système vaso-moteur : il est; donc possible que l'excitation des vaso-moteurs qui animent les vaisseaux glomérulaires y réduise la circulation, alors que la tension est élevée dans les artères.

Les expériences d'Eckhard, de Cl. Bernard et de Vulpian ont montré que les vaso-constricteurs des reins, et sans doute aussi leurs vasodilatateurs, sont contenus en grande partie dans les nerfs splanchniques : la section de l'un de ces nerfs produit la congestion du rein correspondant, son électrisation en produit l'anémie (3) ; c'est sans doute à l'excitation réflexe des filets vaso-constricteurs qu'il faut rapporter Fanurie qui accompagne souvent l'accès de colique néphrétique ; l'anurie des hystériques peut s'expliquer par le même mécanisme ; il en serait de même, d'après Cohnheim, de la diminution de l'excrétion urinaire dans la colique de plomb et dans l'éclampsie puerpérale.

Les troubles dans l'innervation des reins sont également, selon toute vraisemblance, la cause de la polyurie provoquée par la piqûre du quatrième ventricule; seulement, en pareil cas, ce ne sont plus

(1) Kuessner, Deuiich. med. Wochensch., 1879.

(2) Heidenhain, Brest artzl. Zeitsch., 1879.

(3) Vulpian, Leçons sur l'appareil vaso-moteur , 1875,

TROUBLES DANS LES FONCTIONS DES REINS. 575 les vaso-constricteurs, mais bien les vaso-dilatateurs qui sont excités. If. Vulpian pense qu'il se produit en même temps une excitation des nerfs sécréteurs. Les polyuries émotives, celles qui résultent des levions traumaliques du crâne, et, à plus forte raison, celles qui sont provoquées par les lésions du quatrième ventricule (1) reconnaissent sans doute le même mécanisme.

D'autres fois, la polyurie est due à une augmentation de la masse du sang (2); elle peut résulter ainsi de la polydipsie. MM. Charles Richet et R. Moutard-Martin l'ont produite en injectant dans les veines une quantité notable de sucre dissous dans de l'eau : un chien, qui, en trois heures, avait excrété 28 centimètres cubes d'urines, en rendit 1364 centimètres dans la demi-heure qui suivit l'injection intra-veineuse de 44 grammes du sucre interverti dissous dans de l'eau; ces auteurs pensent que c'est surtout par le sucre qu'il contient que le lait est diurétique; cette substance favorisant la dyalise, le sang qui en est chargé attire à lui une plus grande quantité d'eau, la pression s'élève dans les glomérules, et la polyurie se produit.

Parmi les causes pathologiques de la polyurie, il faut compter, outre les névroses que nous avons signalées et les traumatismes crâniens, l'hémorrhagie cérébrale (3), le diabète, l'azolurie, la fièvre récurrente et la néphrite interstitielle; elle constitue souvent le symptôme dominant de cette dernière maladie dans laquelle elle paraît due à l'augmentation de pression que provoquent l'hypertrophie du cœur et les altérations des artères; on l'observe également dans la dégénérescence amyloïde. MM. Lecorché et Talamon (4) l'ont vue constamment se produire au déclin des congestion hépatiques et de l'ictère catarrhal. M. Lacombe (5) enfin a décrit une polyurie essentielle qui, selon toute vraisemblance, est liée à un trouble de l'innervatio

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