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ARTICLE VI. — TROUBLES DANS LA SÉCRÉTION ET L'EXCRÉTION SÉBACÉES

A l'état physiologique, la; peau est constamment le siège d'une élimination de matières grasses qui rendent la surface épidermique douce et onctueuse au loucher.' Cette élimination se fait par les glandes sébacées et aussi par les glandes sudoripares. On sait, en effet, que la sueur normale contient de la graisse et des acides gras.

Dans certains cas, cette sécrétion est insuffisante; la peau est sèche, rude et écailleuse ; il en est ainsi dans l'ichlhyose et la xérodermie, et aussi, d'après Kaposi, dans le psoriasis et le lichen ruber (1).

Plus fréquemment, -cette sécrétion est exagérée et donne lieu à diverses altérations de la peau : c'est tantôt la production d'un enduit d'apparence huileuse (séborrhée huileuse), tantôt, chez les jeunes enfants, une concrétion d'un jaune brun plus ou moins foncé qui recouvre le cuir chevelu en lui adhérant intimement ; c'est le plus souvent l'affection que l'on a longtemps décrite sous le nom de pityriasis capillitiiel que caractérisent des pellicules minces, d'un blanc brillant, amiantacées, tombant et se reproduisant incessamment; elle est la cause d'alopécie la plus habituelle. On observe souvent en même temps, au devant du sternum, des plaques isolées ou confluentes d'une coloration jaunâtre et entourées d'un liséré rouge; elles sont parfois recouvertes desquames friables et jaunâtres; entre les épaules, l'affection est représentée par de larges plaques qui offrent les mêmes caractères. On doit à Unna (2), d'avoir démontré la relation de cette éruption, bien décrite chez nous sous les noms d'eczéma marginé ou

(1) Kaposi, Leçons sur les maladies de la peau, traduites par E. Besnier et Doyon, 1884.

(2) Unna, Das sebon'hôisches Eczem {Monatsh. f. prakt. Dermatol., 1887).

u22 TROUBLES FONCTIONNELS (SYMPTOMES).

d'eczéma flanellaire, avec la séborrhée du cuir chevelu. Il la localise dans les glandes sudoripares: cependant les faits dans lesquels les éléments éruplifs se disposent en séries parallèles correspondant aux lignes d'implantation des poils et vont peu à peu se confondre avec des boutons d'acné, montrent que les glandes sébacées jouent un rôle prédominant dans leur production (1); on n'a pu, il est vrai, y découvrir en pareil cas d'altération, mais le trouble de la fonction ne suppose pa] nécessairement une lésion appréciable par nos moyens d'investigation. D'autre part, Brooke (2) conteste, non sans raison, que cette éruption séborrhéique des régions présternale et interscapulaire mérite le nom d'eczéma, car elle n'est pas vésiculeuse, et on peut la traiter avec succès par des topiques que tolèrent mal d'ordinaire les surfaces eczémateuses : tels sont le soufre et le goudron.

Cependant la séborrhée entraîne souvent à sa suite de véritables eczémas; ils débutent d'ordinaire derrière les oreilles et au cuir chevelu; puis, comme l'a bien montré Unna, ils envahissent le front, les tempes et le pourtour des narines; ils peuvent s'étendre au tronc, et aux membres. Le même auteur a établi qu'elles revêtent souvent, quand elles se généralisent ainsi, l'aspect du psoriasis, avec lequel elles sont souvent confondues, et dont elles constituent, suivant nous, une variété (3).

Comment ces diverses affections cutanées sont-elles liées aux troubles des fonctions sébacées? Lorsqu'il y a seulement hyperidrose huileuse, on peut supposer que la sécrétion des matières grasses est simplement accrue dans des proportions anormales, mais cette explication n'est plus suffisante lorsqu'il s'agit d'un eczéma ou d'un psoriasis séborrhéique : il faut admettre alors, ou bien que les matières grasses excrétées sont altérées dans leur composition et deviennent irritantes, ou bien qu'elles sont modifiées de manière à devenir un milieu de culture pour des microphytes encore indéterminés, lesquels donneraient lieu à l'irritation des téguments, soit par eux-mêmes, soit par leurs produits. On doit considérer comme bien peu probable qu'il s'agisse là d'un trouble lié à une altération généralisée des glandes sébacées et sudoripares, et toutes les vraisemblances sonL au contraire en faveur d'une dyscrasie, d'un vice dans l'élaboraration des matières grasses, d'où résulte leur excrétion en quantité anormale et la modification qui les rend nocives par elles-mêmes ou

(1) Hallopeau, Acné et eczéma séborrhéique {Réunion clinique de l'hôpital Saint-Louis, février 1889. Ann. dedermat. et de syphiligr.).

(2) Brooke, The relation of the seborrh. process. to some other affections of theskin {The British Journal of dermatology, juin 1889).

(3) Hallopeau, Eczéma séborrhéique. Réunion clinique de l'hôpital Saint-Louis, }an\. 18S9.

parles microphytes qui s'y développent. L'absence d'altération appréciable dans les glandes sébacées vient encore à l'appui de cette interprétation (1).

Dans certains cas, l'accumulation des produits sébacés à la surface de la peau en concbes brunâtres, lisses ou saillantes rappelle l'aspect de l'icbthyose. D'autre fois, les matières grasses s'accumulent au pourtour des orifices sébacés, et amènent, particulièrement sur le nez et à son pourtour, la formation de concrétions grasses qui peuvent devenir le point de départ d'épitbéliomes (2). Les notions récentes apportées par la découverte de coccidies dans ces tumeurs permettent de considérer comme vraisemblable que la matière séborrhéique constitue un milieu favorable au développement de ces parasites. Les obstacles à l'excrétion de la matière sébacée, tels que les agglomérations de cette matière, les corps étrangers, les parasites (psorospermies), les cicatrices ont pour résultat son accumulation, la distention des culs-desacs glandulaires, leur inflammation et par suite la production des états morbides que l'on désigne sous les noms de comédon, demilium ou grulum, d'état granité de la peau et d'acné. M. Barthélémy (3) a soutenu récemment l'hypothèse d'après laquelle cette dernière affection reconnaîtrait pour cause la dilatation de l'estomac par l'intermédiaire de substances toxiques qui s'y élaborent : elle nous paraît en désaccord avec ce fait d'observation vulgaire que ceLte alfection présente son maximum de fréquence et d'intensité dans la jeunesse, période de la vie où les fonctions digeslives s'exercent avec le plus de régularité.

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