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CHAPITRE XI

TROUBLES DES FONCTIONS DE REPRODUCTION CHEZ LA FEMME. ARTICLE Ier. — AMÉNORRHÉE.

La menstruation est une des fonctions dont les conditions sont nettement déterminées ; elle est en rapport avec la maturation et la

(1) Delpech, Industrie du caoutchouc soufflée; intoxication spéciale que détermine le sulfure de carbone (Ann. d'hyg. 2° série, t. XIX, p. 65).

Hallopeau, 3e édition. 40

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rupture d'une vésicule de de Graaf; elle disparaît après l'ablation des ovaires; les faits contradictoires qui ont été publiés ne sont pas démonstratifs ; il s'est agi, selon toute vraisemblance, des cas dans lesquels une partie de ces organes n'a pas été enlevée. D'autres fois, il se produit des pertes sanguines qui n'ont rien de commun avec les règles, car elles sont le plus souvent passagères et se montrent à des époques irrégulières (Terrillon) (1).

L'aménorrhée se définit d'elle-même; c'est l'absence des règles, Elle peut être permanente ou transitoire. On a admis à tort une aménorrhée par rétention.

Certaines femmes, en état de parfaite santé, cessent, sans cause appréciable, d'être réglées; c'est à peine si cette anomalie peut être considérée comme un phénomène morbide.

Souvent les règles ne s'établissent que tardivement et irrégulièrement ; après avoir paru quelquefois, elles cessent de se produire pendant plusieurs mois; c'est surtout chez les chloroliques que l'on observe ces anomalies ; elles paraissent liées, comme le trouble de l'hémopoièse, à un vice dans l'évolution des ovaires. Certaines femmes ne sont jamais réglées.

Toutes les causes d'anémie, le séjour dans des lieux mal aérés, l'insuffisance de l'alimentation ainsi que les fatigues du corps et de l'esprit amènent souvent le même trouble de la menstruation.

Les règles peuvent se supprimer accidentellement, par le fait d'un refroidissement, d'une émotion morale, d'une fatigue ou d'un excès (aménorrhée psychique).

Elles manquent souvent dans la convalescence des maladie aiguës et dans les maladies chroniques, particulièrement dans la phihisie, ainsi que dans les cachexies paludéenne, saturnine et mercurielle.

L'aménorrhée est souvent sous la dépendance des maladies des organes génitaux internes; Gallard la considère comme un symptôme fréquent de la métrite parenchymateuse aiguë et des phlegmasies péri-utérines ; l'aménorrhée a frigore est produite par une lésion de celte nature.

Les maladies des ovaires peuvent amener la cessation des règles ; on l'observe quelquefois dans le cas où ils sont le siège d'un kyste; il n'est pas rare néanmoins de voir la menstruation persister alors que ces organes sont le siège d'altérations profondes.

Symptômes. — L'aménorrhée, nous l'avons indiqué déjà, peut être compatible avec un parfait état de santé.

Assez souvent cependant les femmes qui en sont atteintes éprou-

(1) Terrillon, Des troubles de la menstruation après les lésions chirurgicales ou Iraumatiques et après l'ovariotomie {Ann, de gynécologie, 1881).

vent, au moment où les règles devraient se produire, une sensation de pesanteur dans le bassin, de la tension dans les aines, des coliques sourdes et des douleurs lombaires; souvent il survient en môme temps des sensations de cbaleur à la face, des étourdissements, des vertiges, de la céphalalgie et] une sensation d'oppression; à cet ensemble de symptômes peut s'ajouter une hémorrhagie qui est dite alors supplémentaire ; c'est le plus ordinairement une épistaxis, quelquefois une hémoptysie, une hématémèse ou une entérorrhagie ; on a vu le flux sanguin se faire par une plaie, par les oreilles, par un alvéole dentaire ; son abondance est rarement considérable, et il est loin de représenter la quantité de sang qu'aurait dû régulièrement fournir la muqueuse utérine.

Ces hémorrhagies supplémentaires peuvent se renouveler à chaque époque menstruelle; elles ont ordinairement peu de gravité; mais lorsqu'elles se font par la muqueuse bronchique, il est fort difficile de décider s'il s'agit d'une déviation du flux menstruel ou d'une hémorrhagie symptomatique de phthisie.

ARTICLE II. — DYSMÉNORRHÉE.

Les règles peuvent devenir douloureuses et difficiles dans des conditions très diverses. C'est un accident fréquent chez les hystériques où il coïncide avec l'ovarile, l'épigastralgie et les autres manifestations de la névrose ; d'autres fois la dysménorrhée paraît liée à in état congestif de l'utérus; telle était du moins l'opinion d'Aran; telle est aussi celle de Courty et de Siredey. On doit à Bernutz (1) d'avoir démontré que ce trouble fonclionnel est aussi provoqué fréquemment par un obstacle à l'écoulement des règles. Cette excrétion nécessite, pour se faire régulièrement, le concours d'actions complexes qui sont la congestion de l'ovaire, l'application de la trompe à la surface de celte glande et la dilatation des orifices, particulièrement celle du col : qu'une de ces actions physiologiques ne puisse avoir lieu, ou qu'un obstacle mécanique s'oppose au cours du sang, il y aura rétention du produit menstruel, dysménorrhée. Les obstacles à l'excrétion peuvent être de nature très diverse; nous citerons, d'après Bernutz, l'imperforation ou l'oblitération, soit congénitale, soit acquise, de l'orifice vulvaire, de l'hymen, du vagin, du col utérin et les tumeurs développées dans la cavité utérine ou sur le trajet des trompes et aussi les déviations ou flexions utérines. Il est des cas enfin ou ce trouble est en relation avec l'exfolialion d'une partie de la mu-

(1) Bernutz et Goupil, Clinique médicale sur les maladies des femmes, 1860.

queiise utérine, exagération de la mue épilhéliale physiologique (dysménorrhée membraneuse). Cette dernière variété est subordonnée, d'après Siredey (1), à une affection utérine (métrite interne, rétrécissement du col, etc.).

La dysménorrhée est surtout caractérisée par des douleurs qui d'ordinaire précèdent de quelques heures au moins l'écoulement sanguin ; elles siègent dans les reins et à l'hypogastre et s'accompagnent souvent de ténesme vésical et rectal; le ventre se météorise; les traits expriment la fatigue et la souffrance. Ces douleurs atteignent souvent un haut degré d'intensité, se reproduisent par accès et sont comparables à celles de l'accouchement; elles arrachent parfois des cris aux malades ; elles cessent généralement avec l'expulsion des caillots ou du produil pseudo-membraneux; c'est dans la dysménorrhée par rétention qu'elles persistent le plus longtemps. Celle-ci peut donner lieu à la production d'une hématocèle.

ARTICLE III. — • LEUCORRHEE.

On appelle ainsi tous les écoulements non sanguins qui se font par les voies génilales de la femme. On les observe dans la plupart des maladies de l'utérus et du vagin, et particulièrement dans les phlegmasies et les tumeurs intéressant la muqueuse ; d'autres fois, il s'agit d'une simple hypersécrétion.

Le liquide varie suivant le siège et la nature de l'affection qui donne lieu à l'écoulement. Celui que sécrètent les glandes vulvaires est ordinairement un mucus visqueux et filant, dans lequel on trouve beaucoup de leucocytes.

Le liquide vaginal est, d'après Galiard (2), plutôt un produit d'exfoliation épithéliale qu'une véritable sécrétion; il est blanchâtre, lactescent, et renferme, en même temps que des leucocytes, une quantité considérable de cellules épilhéliales plus ou moins altérées ainsi que des matières grasses et quelquefois des infusoires, particulièrement des leptothrix ou des trichomonas.

La leucorrhée utérine présente des caractères différents suivant qu'elle provient du col ou du corps de l'utérus. Dans le premier cas, le liquide est visqueux, très épais, alcalin, transparent comme du blanc d'œuf; il prend une teinte blanchcâtre dans la cavité vaginale. Le liquide provenant de la cavité du corps utérin est. plus ténu.

(1) Siredey art. Dysménorrhée du Nouveau dictionnaire de médecine et de chirurgie prat/ouM. - Galiard, Leçons cliniques sur la menstruation . Paris, 1885.

(2) Galiard, Pathologie des ovaires. Paris, 1886. - Stolte, Art. Lhucorrhfb du Dtctwnnaire de Jaccoud.

La leucorrhée, quand elle esl abondante, contribue à produire l'anémie.

ARTICLE IV. — VAGINISHE (1).

Une byperesthésie de la vulve et une contraction réflexe du constrictor canni constituent cet état morbide, qui n'est, comme l'a montre Gallard, qu'un symptôme commun à des maladies diverses. On l'observe le plus souvent chez les hystériques ; il peut être lié à une excoriation, à une inflammation, ou à une fissure de la muqueuse; Simpson (2) y a trouvé un névrome chez une de ses malades ; on l'a observé également dans des affections de l'utérus. Il met un obstacle souvent absolu aux rapports sexuels; le plus ordinairement l'exlrémité de l'index ne peul être introduite; il en est de même a fortiori du spéculum des plus petites dimensions.

L'hyperesthésie peut être étendue à toute la vulve ou limitée à l'une de ses parties, le clitoris, l'hymen ou les caroncules ; la contraction spasmodique qui l'accompagne est elle-même douloureuse et coïncide d'habitude avec une contraction synergique des muscles de l'anus (Gallard) ; elle se produit le plus souvent à la partie inférieure du vagin, au niveau de la vulve, quelquefois à 4 ou 5 centimètres de son orifice. Elle apparaît le plus souvent après les premiers rapports. La femme éprouve une sensation de cuisson qui peut se renouveler à l'occasion des mouvements forcés, de la danse, et même de la marche. Le vaginisme lié à une phlegmasie de la muqueuse est passager parfois ; le plus souvent, il est persistant et dure pendant des années.

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