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ARTICLE VI. — EXTASE

On appelle ainsi un état cérébral dans lequel les malades sont tellement absorbés par la contemplation d'objets imaginaires qu'ilsperdent momentanément la sensibilité et les mouvements volontaires.. L'objet delà contemplation est le plus souvent, mais non constamment, une image religieuse; cet état morbide se développe surtout! chez les sujets dont le système nerveux est très excitable ; il est assez; souvent une manifestation de l'hystérie; on peut l'observer chez les^ névropathes ; il est beaucoup plus fréquent chez les femmes que chez

(1) Féré et Demars, Revue de médecine, 1S8I.

les hommes, chez les jeunes gens que chez les vieillards. Toutes les causes d'anémie, et particulièrement l'insuffisance de l'alimentation et du sommeil, en favorisent l'apparition. On peut toujours invoquer, pour expliquer le développement des phénomènes, des troubles psychiques :1a surexcitation religieuse et la vie ascétiqueen sontles causes les plus ordinaires; l'accès lui-même est souvent provoqué par des méditations prolongées en l'absence de tout bruit et dans l'obscurité.

Si l'on examine un sujet en état d'extase, on constate qu'il est d'habitude dans une attitude fixe exprimant la passion dont il est animé ; la physionomie garde la même expression : s'il s'agit d'une extase religieuse, le malade semble dans un état de parfaite béatitude, ses regards sont constamment dirigés vers le ciel, assez souvent il se prosterne et se livre à des actes d'adoration : d'autres fois, il cherche à éprouver les souffrances du Christ, il veut s'identifier avec lui et subir le crucifiement, après avoir parcouru toutes les phases de la passion. C'est dans ces conditions que l'on a vu se produire de ces stigmates qui ont été l'objet de discussions si prolongées; tout en faisant la part de la simulation, on a dû reconnaître que la paume des mains de ces extatiques était bien réellement excoriée. Maury pense qu'ils peuvent, sans en avoir conscience, se faire avec leurs ongles des excoriations profondes ; Michéa (1) suppose qu'il se produit, chez certains de ces sujets, des sueurs locales et colorées analogues à celles qui ont été décrites par Parrot sous le nom d'hématidroses. Nous verrons (page 687) que l'on provoque par suggestion des phénomènes très analogues.

La sensibilité cutanée des sujets en état d'extase est abolie; on peut les piquer, les pincer, les brûler sans qu'ils perçoivent même de sensation ; cette insensibilité s'étend aux muqueuses; les mouvements se réduisent à ceux qui sont en rapport avec l'hallucination ; le sens de la vue est aboli ; il en de même, mais non constamment, de l'ouïe.

Les accès coïncident assez fréquemment avec des manifestations hystériques; ils représentent, dans la grande attaque, la phase dite des attitudes passionnelles ; ils peuvent également accompagner la théomanie et la démonomanie; nous verrons bientôt qu'ils coïncident fréquemment avec la catalepsie.

Nous venons de montrer que l'extase se produit dans des conditions très diverses; aussi ne pouvons-nous la considérer comme une maladie: c'est un syndrôme dont la cause prochaine n'est pas déterminée, mais que l'on tend cependant à ranger parmi les phénomènes d'inhibition (Voyez page 687).

(1) Michéa, Des hallucinations, Paris, 1846. — Maury, ouvrage cité.

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