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ARTICLE XX. — TROUBLES DES ACTIONS REFLEXES

Tous les centres nerveux, depuis l'encéphale jusqu'aux ganglions contenus dans les viscères ou les membranes de revêtement, peuvent, sous l'influence d'excitations centripètes, devenir le point de départ d'excitations centrifuges qui donnent lieu à des contractions musculaires, à des paralysies ou à des troubles de sécrétion ou de nutrition.

Les contractions réflexes peuvent siéger dans les muscles de la vie de relation et dans ceux de la vie organique.

Les réflexes cérébraux sont ceux qui attirent le moins l'attention, car les actes auxquels ils donnent lieu sont le plus souvent considérés à tort comme volontaires.

Les réflexes bulbaires peuvent se traduire par les convulsions généralisées, les troubles vaso-moteurs et la perte de connaissance qui caractérisent l'attaque épileptique. L'excitation initiale part quelquefois d'un viscère tel que l'intestin irrité par des helminthes ou d'une cicatrice ; dans ce dernier cas, on voit les réflexes s'étendre graduellement à de nouveaux muscles comme dans le schéma de Pfluger. Chez un malade que nous avons observé aux Incurables dans le service de notre maître Archambault, une cicatrice étendue de l'avantbras a été ainsi le point de départ de convulsions qui, d'abord limi-

(I) Gellé, art. Surdité du Nouveau dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques et Précis des maladies de l'oreille, Paris. 1884.

lées au membre affecté, se sont graduellement étendues aux muscles du cou et de la face du rnéme côté, puis à ceux des membres iulérieurs, pour enfin se généraliser. D'autres fois les convulsions sont limitées à un groupe de muscles; il en est ainsi, par exemple, dans les tics do la face.

Les réflexes spinaux s'exagèrent chaque fois que la moelle ou une de ses parties se trouve soustraite à l'aclion modératrice qu'ex< rce sur elle la partie des centres nerveux située au-dessus; on les trouve également accrus dans les myélites chroniques et dans les cas où la substance grise subit d'une façon persistante des excitations Iransmises par les nerfs centripètes ou par les faisceaux descendants; ils peuvent affecter des caractères tout à fait semblables à ceux delà convulsion épileptique; d'autres fois ce sont des contractions tétaniformes ou des mouvements rhythmiques.

Les réflexes ganglionnaires donnent lieu au spasme des muscles soumis à l'action des centres atteints et à des troubles de l'innervation vaso-motrice. C'est ainsi qu'en trempant une main dans l'eau froide, on provoquera contraction des artérioles de l'autre main ; la f rougeur de la pommette dans la pneumonie ne peut s'expliquer que par une action réflexe sur les vaso-moteurs: il en est de même de la roséole pudique qui, chez nombre de sujets, se produit sur la poitrine quand on découvre cette partie, et de la slricture générale des vaisseaux dans le cas d'entérite aiguë ou d'étranglement interne. On ignore pourquoi l'excitation centripète se réfléchit, tantôt sur les vasoconstricteurs, tantôt sur les vaso-dilatateurs, et produit ainsi des modifications diverses dans l'étal des parties.

Les coliques hépatiques et néphrétiques sont dues à la contraction réflexe des canaux irrités par la présence de calculs; la toux el les vomissements sont également des phénomènes réflexes : il en est de même du lénesme vésical et de la polyurie.

Les réflexes jouent un rôle considérable en pathologie ; c'est par leur intermédiaire qu'agissent la plupart des causes morbi tiques. Les actions vaso-dilatatrices, en particulier, semblent intervenir puissamment dans la genèse des phlegmasies. Nous avons vu deux fois l'irritation des téguments provoquer un travail phlegmasique dans la partie symétrique de l'autre moitié du corps (l). On Connaît l'ophthalmie sympathique.

M. Barié a montré que des excitations parties de l'estomac, de l'intestin ou des voies biliaires retentissent par voie réflexe sur l'ap-

(I) Hallopeau et Neumann, Contribution à l'étude des inflammations réflexes (Comptes rendus de la Société de biologie, 1878). — Hallopeau, Sur un cas de gangrène symétrique anormale (Comptes rendus de la Société de biologie. 1880).

pareil cardio-pulmonaire; entretenant les artérioles pulmonaires dans un état de contraction spasmodique, elles exagèrent la tension dans le système de l'artère pulmonaire et amènent ainsi d'abord la dilatation, puis l'hypertrophie du ventricule droit; il en résulte soit des palpitations ou des intermittences des contractions cardiaques, soit des accès d'oppression, soit des accidents très voisins de l'angine de poitrine, soit seulement une légère anhélation après les repas. Ces actes réflexes se passent surtout dans le domaine du grand sympathique ; peut-être le pneumo-gastrique n'est-il pas étranger à la transmission des excitations. M. Cartaz a bien décrit des névroses réflexes d'origine nasale qui sont des accès d'asthme, des quintes de toux spasmodique et des migraines. Certains poisons, tels que la strychnine, l'opium et la belladone, exagèrent les réflexes en augmentant l'excitabilité de la substance grise.

Au lieu d'être exagérés, les réflexes normaux sont parfois diminués ou abolis ; il est nécessaire, pour qu'ils se produisent avec leurs caières normaux, que les nerfs centripètes, la substance grise à laquelle ils aboutissent et les nerfs centrifuges qui en émanent soient intacts: on peut donc les trouver affaiblis ou abolis chaque fois qu'il existe un obstacle à leur transmission par l'une de ces parties.

La diminution des réflexes par lésions des nerfs centripètes a une importance considérable en séméiolique ; c'est à elle qu'il faut attribuer, selon toute vraisemblance, la suppression des réflexes tendineux qui constitue un des symptômes les plus fréquents de l'alaxie locomotrice dans toutes ses périodes; on l'observe le plus communément en percutant le tendon rolulien qui, sous l'influence de cette manœuvre, ne provoque plus, comme à l'état normal, l'extension brusque de la jambe ; on peut souvent constater que ces mouvements font également défaut quand on vient à percuter les tendons des muscles biceps fémoral, tibial antérieur, tibial postérieur, biceps et triceps du bras et fléchisseurs des doigts; d'après Westphal, la lésion qui amène la disparition du phénomène du genou dans l'ataxie locomotrice progressive et clans la maladie de Friedreich occupe la zone d'entrée des fibres radiculaires postérieures dans la substance grise.

Les myélites qui donnent lieu à la destruction de la substance grise antérieure ou postérieure doivent nécessairement s'accompagner de la suppression des réflexes.

11 en est de même des lésions des nerfs moteurs qui doivent servir à la transmission centrifuge de l'excitation.

Ce n'est pas seulement dans les maladies des centres nerveux que les réflexes tendineux peuvent être modifiés ; M. Bouchard a constaté leur disparition fréquente, et particulièrement celle des réflexes pa-

m TROUBLES FONCTIONNELS (SYMPTOMES).

tellaires, chez les malades alteints d'un diabète de longue durée.

La paresse des réflexes gastriques engendre la dyspepsie et la dilatation de l'estomac, celle des réflexes intestinaux la constipation, celle des réflexes vésicaux la rétention d'urine : c'est ainsi que l'inertie utérine empêche l'accouchement de se terminer ou produit l'hémorrhagie si elle survient après l'expulsion du délivre. L'asyslolie est souvent un trouble des réflexes cardiaques, et le phénomène de Cbeyne-Stokes doit être rapporté à un trouble des réflexes respiratoires.

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