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ARTICLE II. — ÉVOLUTION DES MALADIES CHRONIQUES

Elle varie essentiellement avec la nature de la maladie ; il est nécessaire d'en distinguer à ce point de vue plusieurs espèces.

Dans certains cas, il s'est développé, dans le cours d'une affection aiguë, une lésion indélébile qui donne lieu par elle-même à des accidents persistants : telle est l'altération qui trouble le jeu des valvules à la suite d'une endocardite aiguë, tel est le rétrécissement que peut subir l'œsophage après une brûlure, ou l'urèthre à la suite d'une blennorrhagie ; en ce cas, l'organisme lutte contre l'obstacle, et tant que ses fonctions s'accomplissent avec une activité suffisante, la lésion ne donne pas lieu cà des troubles appréciables; mais il vient un moment oii les organes qui compensent par un surcroit d'énergie les effets de la lésion se fatiguent ou s'altèrent, et alors commence une série d'accidents qui ne peuvent guère que s'aggraver, à moins que l'intervention chirurgicale ne puisse lever l'obstacle : c'est ainsi que la vessie se dilate dans le cas de rétrécissement de l'urèthre et que les cavités du cœur' se distendent en amont de la lésion.

D'autres fois, il s'agit d'une inflammation qui tend incessamment à faire des progrès ; telles sont souvent les lésions du foie, du rein et de la moelle épinière. Celte ténacité ne peut pas d'ordinaire s'expliquer par la persistance des causes qui ont provoqué le début de l'affection; la cirrhose du foie continue à se développer alors que le malade qui en est atteint a renoncé à tout excès alcoolique, les myélites ont tendance à envahir incessamment de nouvelles parties en l'absence de Hallopeau, 3« édition. 49

toute provocation appréciable ; peut-être faut-il attribuer la marcbe envahissante de ces lésions à la disposition que présente le tissu cellulaire des organes qui en sont, le sic^c.

Toute cause persistante d'irritation inhérente à l'organisme peut engendrer des troubles persistants; nous avons vu l'épilepsie se manifester sous l'influence des excitations partant d'une cicatrice étendue; M. Brown-Séquard la provoque par la section des sciatiques; il est bien probable qu'elle a constamment pour point de départ une cause le plus souvent méconnue d'excitation susceptible d'être transmise au bulbe.

Certaines néoplasies ont tendance à augmenter indéfiniment âè volume et à se multiplier en allant former par la voie des vaisseaux lymphatiques ou sanguins des dépôts secondaires; tels sont en première ligne les épithéliomes cancéreux et ensuite les sarcomes.

Dans les maladies infectieuses, la chronicité est due à la persistance et au développement dans l'organisme de l'agent spécifique; elles se traduisent alors le plus souvent par des accidents constants et tendent incessamment à s'aggraver : il en est ainsi pour la morve, la lèpre et la gale ; d'autres procèdent par poussées que séparent des périodes quelquefois prolongées de latence plus ou moins complète : telles sont la syphilis et la malaria.

Il est pas rare de voir des manifestations graves de la syphilis se produire chez des sujets qui ont eu vingt ou trente ans auparavant leur accident primitif et qui depuis longtemps ne présentaient plus d'accidents; même dans les premiers temps de cette maladie, alors que son développement est en pleine activité, on peut constater qu'il se fait une série d'éruptions à des intervalles relativement peu éloignés; il se produit ainsi une série d'affections dont chacune évolue et guérit en un laps de temps généralement assez court, si ce n'est dans les formes malignes; et encore si l'on étudie le mode de développement d'une lésion circonscrite tertiaire, on peut constater qu'elle est complexe et que les séries d'éléments éruptifs dont elle se compose guérissent successivement après avoir donne naissance à des éléments semblables. S'il agit, par exemple, d'un groupe d'ulcérations disposées en plaques, on voit que les plus anciennes sont cicatrisées ; ce n'est donc pas, en pareil cas, l'affection qui est de longue durée, c'est la maladie.

11 est loin d'en être toujours ainsi ; les ulcérations de la scrofule et de la tuberculose, par exemple, ont peu de tendance à la guérison et persistent pendant de très longues périodes; il en est de même des manifestations osseuses et pulmonaires de ces maladies ; il en est de même aussi du cancer et d'une manière générale de toutes les tumeurs; elles n'ont aucune tendance à la guérison spontanée.

CONVALESCENCE. Wi

Une dernière catégorie de maladies chroniques comprend celles qui §ont engendrées ou entretenues par les diathéses : ce sont les affections oculaires cutanées et ganglionnaires chez les scrofuleux, les affections cutanées et articulaires chez les arthritiques; suivant que la puissance de la diathèse est plus ou moins grande, les manifestations sont graves ou légères, passagères ou persistantes; il n'est pas rare de voir des arthropathies goutteuses et des alfections cutanées persister pendant des années. Dans certains cas, la prédisposition peut être limitée à un organe ou à un tissu ; il en est ainsi dans ces psoriasis invétérés qui paraissent indépendants de toute influence diathésique.

Les maladies chroniques guérissent difficilement; elles deviennent une fonction de l'organisme, une fonction morbide et une habitude également morbide (Peter) (1).

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