CHAPITRE III
CONVALESCENCE (2) ARTICLE Ier. — CONVALESCENCE RÉGULIÈRE.
Lorsque les symptômes propres d'une maladie ont cessé de se produire et que ses lésions essentielles sont en voie de régression, le sujet n'est pas dans son état normal; il faut un certain temps pour que les désordres se réparent, que les lésions s'effacent complètement, que les troubles de nutrition dont tous les tissus ont été le siège disparaissent, que les fonctions se rétablissent et que les forces se relèvent: cette période est désignée sous le nom de convalescence ; on ne l'observe qu'à la suite des maladies qui ont provoqué des troubles de la sauté générale. On peut admettre qu'elle débute au moment où la défervescence est complète, bien que les lésions puissent persister encore un certain temps après.
Sous l'influence de la fièvre, de l'inanition, de la perte des matériaux organiques et de l'altération des organes hématopoiéliques (G. Sée), il s'es^ produit de l'amaigrissement, une prostration des forces et une dégénérescence de tous les tissus: dans le cas où la maladie a été grave et de longue durée, le sujet est pâle et amaigri;
(1) M. Peter, Leçons de clinique médicale, t. Il, p. 417.
(i) Fernet, article Conyalbscbnck, Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, et Brochin, Dictionnaire encyclopédique. — Rathcry, Des accidents de la convalescence, Paris, 1875. — Janets, Considérations sur la convalescence des maladies aiguës. 'thèse de Paris, 1866.
sa voix est souvent affaiblie ; le moindre effort musculaire lui est pénible; s'il veut se lever, il chancelle comme le ferait un homme ivre, la tête lui tourne et il tomberait s'il n'était soutenu; il a peine à rester longtemps assis.
On peut noter souvent un affaiblissement des facultés intellectuelles ; la lecture ne peut être continuée que pendant quelques instants ; la puissance d'attention est surtout atteinte (Brochin); certains malades ont perdu la mémoire.
La sensibilité psychique est accrue ; les sujets s'émeuvent facilement; ils sont impatients et irritables ; ils ont une grande sensibilité au froid; leurs sens sont impressionnables: c'est l'état de faiblesse irritable, décrit par les Anglais.
L'énergie des contractions cardiaques est diminuée, et cependant il se produit aisément des palpitations, péniblement resssenlies ; le premier bruit du cœur s'entend mal et souvent il est légèrement soufflant, par le fait de l'anémie; on entend également un souffle anémique dans les vaisseaux du cou. Le pouls est ordinairement mou, dépressible, ralenli, polyerote et irrégulier (Lorain) ; sa fréquence augmente beaucoup sous l'influence des moindres mouvements.
La voix est faible et la respiration un peu accélérée.
L'appétit revient d'ordinaire rapidement ; la plupart des typbiques demandent à manger avant la défervescence ; le goût est cependant altéré au début par le fait de l'altération que présente d'habitude la muqueuse linguale; mais, au bout de peu de jours, cette altération a d'ordinaire disparu.
L'urine est plus abondante que pendant la fièvre, pâle, limpide ou troublée par les phosphates et les carbonates terreux quand elle est alcaline, ce qui, d'après Gubler, serait la règle. Sa densité est amoindrie ; elle n'est, d'après Molé (1), que de 1014 à 1016 au début ; les chlorures qui avaient beaucoup diminué pendant la fièvre remontent au chiffre normal sous l'influence de l'alimentation et quelquefois même le dépassent ; les matières azotées tombent au-dessous de la moyenne normale. L'appétit génital se réveille. Les règles restent souvent suspendues jusqu'à la fin de la convalescence.
Les produits épidermiques ont souffert dans leur nutrition et présentent des altérations de nature diverse. La peau est souvent le siège d'une légère desquamation. L'ongle dont l'accroissement avait été suspendu pendant la maladie recommence à se développer et une dépression transversale, correspondant à l'arrêt de la nutrition,
(i) Molé, Sur les signes précis du début de la convalescence. Thèse de Paris, 1870.