‹ Traité élémentaire de pathologie généraleChapitre 169 sur 183 · PRONOSTIC · texte numérisé non relu

PRONOSTIC

Prévoir l'issue des maladies, leur durée, les désordres qu'elles laisseront après elles, tel est l'objet du pronostic ; ses signes se tirent des symptômes, de l'affection, de la maladie, de la constitution générale du sujet et aussi du milieu et des circonstances dans lesquelles il vit.

Certains symptômes sont graves par eux-mêmes : nous citerons le coma, l'hyperthermie, l'asystolie, la syncope, l'orthopnée, le phénomène de Cheynes-Stokes et le collapsus algide ; il suffit de constater que le thermomètre s'élève à 42° pour formuler un pronostic presque à coup sûr fatal dans un très bref délai. Il faut cependant toujours tenir grand compte des circonstances dans lesquelles le trouble fonctionnel se produit. La dyspnée, qui est d'un pronostic grave dans une broncho-pneumonie infantile et dans le croup, n'a pas cette signification quand elle se produit dans le cours d'un accès d'asthme ; le coma est grave s'il est provoqué par une hémorrhagie cérébrale ou un œdème albuminurique, il ne l'est pas dans l'attaque épileptique. Certains symptômes sont graves, non parce qu'ils compromettent l'existence, mais parce qu'ils sont eux-mêmes extrêmement pénibles, tels sont les douleurs, particulièrement celles des névralgies, des myélites et des coliques calculeuses.

La nature de l'affection fournit des indications importantes au point de vue du pronostic. Une phlegmasie, toutes choses égales d'ailleurs, est plus grave qu'une congestion ; la signification pronostique d'une

(1) G. Sée, Leçons cliniques professées à V Hôtel-Dieu.

(2) Schlenimer, Sur les nouveaux, moyens de diagnostic de la fièvre typhoïde proposés ■en Allemagne {Union médicale, 18S0).

(3) Neuhauss, Berlin. Iclrn. Wock., 1886.

Hai.lopeau, 3e édition. 50

tumeur varie avec sa structure : bénigne, s'il s'agit d'un lipome, elle atteint une gravité éitrèhHe tjdaiid tftèsi un feëfôikibrae'.

Le siôge de la lésion n'est pas moins important à considérer: une bride cicatricielle, qui n'entraîne ordinairement aucun accident quand elle siège dans la peau, est le point de départ de toute une série de troubles et de lésions quand elle intéresse une valvule du cœur ou la paroi d'un conduit membraneux tel que l'urèthre ou l'œsophage ; une même affection, l'érysipèle, a une gravité très différente suivant qu'elle occupe la tête où elle reste ordinairement localisée, ou le tronc qu'elle peut envabir dans toute son étendue; on a remarqué que la dipbthérie du nez est plus grave que celle du pbarynx, sans doute parce que la muqueuse pituilaire constitue pour le virus infectieux une porte d'entrée plus facile que l'isthme du gosier; de même la tuberculose des os et celle de la peau se généralisent plus rarement que celle des poumons et restent circonscrites à des parties plus limitées en raison de la structure et sans doute aussi de la composition chimique des tissus dans lesquels elles se développent. Un foyer de ramollissement cérébral a des conséquences très diverses suivant le point qu'il intéresse : alors qu'il peut passer inaperçu s'il occupe les régions silencieuses de l'encéphale, il se traduit par des paralysies lorsqu'il lèse les faisceaux moteurs ou les circonvolutions qui leur donnent naissance. Il serait facile de multiplier ces exemples.

Il faut tenir compte également de l'étendue de la lésion; toutes choses égales d'ailleurs, la gravité du mal varie avec elle : affection bénigne quand elle est limitée aux grosses ramifications, la bronchite devient grave quand elle se généralise ; il en est de même pour une brûlure, une péritonite, etc.

Dans les maladies aiguës, la gravité est en rapport avec la durée et l'intensité du mouvement fébrile, et, s'il s'agit d'une maladie infectieuse, d'une part avec Yactivité et Yabondance du contage, de l'autre, avec la résistance du sujet.

Dans une même maison, une épidémie de variole ou de fièvre typhoïde épargne certains habitants, en atteint d'autres légèrement et d'autres gravement; la réceptivité pour le contage varie donc d'un sujet à l'autre; sur deux sujets exposés à une même influence infectieuse, l'un contracte une maladie grave et l'autre une maladie bénigne.

L'influence de Vactivité du contage est mise en évidence par les résultats des nombreuses inoculations varioliques qui ont été faites au siècle dernier; on avait soin de les pratiquer avec le produit de varioles très bénignes et l'on n'obtenait, en règle générale, que desinfections également bénignes.

Page 1