PRONOSTIC
La, syphilis, à en juger par des descriptions des contemporains, est moins grave aujourd'hui (i) qu'à l'époque de son apparition, soit parce que l'activité de son virus s'est atténuée, soit parce que la réceptivité des individus a diminué de génération en génération, sans doute sous l'influence des inoculations successives.
L'expérimentation a démontré que la gravité de la maladie varie en raison de V abondance des éléments infectieux introduits dans l'organisme (Voyez page 792).
Dans les maladies chroniques, il faut distinguer celles dont les progrès sont incessants et inévitables et celles qui peuvent être enrayées ou même guéries. Le pronostic des premières, parmi lesquelles nous citerons la lèpre, la morve, la rage et le cancer, est nécessairement fatal. Les inflammations chroniques des centres nerveux ne sont guère plus favorables, bien qu'elles tuent d'ordinaire plus lentement. Le pronostic des secondes est très variable; certaines, telles que les rhumatismes chroniques, sont pour ainsi dire indéfiniment compatibles avec l'existence; elles ne sont graves que par les souffrances et le genre de vie pénible qu'elles imposent aux malades; d'autres sont tantôt bénignes et tantôt malignes : telle est la syphilis qui, chez la plupart des sujets, guérit au bout de quelques années, tandis que, chez d'autres, elle tue, soit en désorganisant les centres nerveux, soit en amenant des lésions viscérales osseuses ou vasculaires et la cachexie. La tuberculose doit être comptée parmi les maladies les plus funestes, bien que, dans certains cas, elle puisse rester localisée, et guérir complètement.
La vigueur de la constitution et la résistance plus ou moins grande du sujet influent puissamment sur le pronostic; les individus débiles, mal nourris, mal développés, sont d'ordinaire plus gravement atteints que les sujets vigoureux. Certaines maladies semblent prendre un caractère plus grave quand elles se développent sous l'influence de l'hérédiLé; il en est ainsi pour la tuberculose, le rhumatisme, la goutte, etc.; un sujet âgé oû're d'habitude moins de résistance qu'un adulte ou un enfant; la pneumonie lobaire, qui guérit presque toujours chez celui-ci, est très grave et se. termine le plus souvent par la mort chez le vieillard. On a de même observé que, d'une manière générale, la syphilis se traduit par des manifestations plus fâcheuses chez les sujets àgésque chez les jeunes gens; c'est l'inverse pour la tuberculose. On sait quelle gravité peuvent prendre, chez les sujets atteints d'alcoolisme, les affections d'ordinaire les plus bénignes. Il faut avoir égard enfin au milieu dans lequel vil le malade; l'air
(1) Voyez L. Jullien, Traité des maladies vénériennes, 2e édition, 1886.
confiné, l'humidité et le froid sont des condilions qui lendent à aggravrr la maladie.
M. Peter a bien montré les dangers de la mauvaise hygiène à laquelle sont soumis les habitants des villes qui vivent dans des pièces trop petites, où l'air est pris sans cesse et repris par les voies aériennes (1 ). M. Potain a mis en relief l'influence du séjour dans les grandes villes sur le développement de l'anémie des jeunes gens (2).