ARTICLE 1". - PROPHYLAXIE GÉNÉRALE
Soustraire les sujets à l'influence des causes morbifiques et les mettre à même de leur résister lorsqu'ils ont à les subir, tel est l'objet de la prophylaxie; nous devons indiquer par quels moyens elle peut arriver à ce résultat.
Nous avons vu que les causes morbifiques sont internes ou externes.
L'art est à peu près impuissant contre les causes internes héréditaires; les prédispositions font partie de l'organisation; lorsqu'elles existent, le médecin doit seulement s'efforcer de les atténuer et d'éviter l'action des causes occasionnelles qui peuvent en provoquer la manifestation. Les fils de goutteux devront être soumis à un régime sobre et éviter les professions sédentaires; les enfants des scrofuleux et des tuberculeux seront élevés de préférence à la campagne et au grand air; les rhumatisants éviteront soigneusement l'action du froid humide. Malheureusement trop souvent la prédisposition est assez puissante pour donner lieu malgré tout à la manifestation morbide; les fils de goutteux ont pour la plupart la goutte, et les aliénés engendrent souvent des aliénés.
Par contre, l'action des causes que nous appelons intrinsèques dynamiques (3) peut être évitée, puisqu'elles sont constituées par l'exercice défectueux des fonctions qui pèchent par excès ou par manque d'activité.
(1) M. Peter, Leçons de clinique médicale, t. II, p. 5b r.t suivantes.
(2) Potain, article Anémie, du Dictionnaire encyclopédique.
(3) P;ige 47.
Il appartient à l'hygiène d'étudier les moyens propres à empêcher ou à atténuer l'action des causes physiques, mécaniques, chimiques ou animées.
L'habitation, le vêlement, l'alimentation et le genre de vie doivent différer dans les pays chauds et les pays froids, l'hygiène indique les règles que l'on doit suivre à cel égard (1).
C'est elle qui détermine la quantité et la nature des aliments qui conviennent à un sujet (2); elle astreint le nouveau-né à l'allaitement et en indique les règles; elle engage le goutteux à s'abstenir d'une alimentation trop riche et à prendre de l'exercice. Elle fournit à chaque profession des indications spéciales. Elle évite les intoxications par les objets usuels (vases et conduits de plomb), par les boissons alcooliques ou aromatiques, par le tabac, etc.
Le rôle de la prophylaxie est surtout important en ce qui concerne les maladiesinfectieuses; elle peut lesprévenir: i° enmodifiant lemiUeudans lequel se développe l'agent rnorbifique ; 2° en détruisant cet agent; 3° en V empêchant de se propager; 4° en s'opposant à sa pénétration dans l'organisme et enfin 5° en rendant celui-ci réfractaire à son développement ou à son action.
1° L'on sait dans quelles conditions se développent certains germes infectieux; il en est ainsi, par exemple, des miasmes paludéens; il est certain que le plus souvent ils naissent dans les marais et séjournent dans leur voisinage immédiat. Les villes qui, comme Rome (3), sont infectées par la malaria sans reposer sur un sol marécageux, sont de rares exceptions. Il suffit donc, le plus souvent, de dessécher les marais des pays à fièvres pour les rendre salubres; nous en avons fail l'expérience en Algérie ; en France même, on a réussi dans beaucoup de localités à faire disparaître les fièvres en creusant des canaux.
On peut de même prévenir l'apparition du lyphus dans une accumulation d'hommes en les nourrissant bien et en évitant l'encombrement.
2° L'action directe sur l'agent infectieux est souvent possible, tout à fait indiquée, mais trop négligée dans nombre de cas. Il faut, par exemple, traite? énergiquement par les désinfectants, les matières rejelées par les malades atteints de fièvre typhoïde et de choléra, car c'est par elles que, selon toute vraisemblance, ces maladies se propagent le plus souvent; on doit donc, au moment où elles sont excrétées, les soumettre à l'action de substances susceptibles d'y détruire
(1) A. Proust, Traité d'hyr/iène. 1881.
(2) Dujardin-Beaumetz, L'hyi/iène alimentaire, 1886.
(3) L. Colin, Truite des fièvres intermittentes, article fièvres intermittentes du Dictionnaire encyclopédique.
ÉTtfûtè GENERALE DIS L'AHT MÉDICAL, l'agent infectieux, et aussi s'opposer à leur mélange avec les eaux potables des rivières, des ruisseaux ou des puits. On délruira on l'on désinfectera de môme les néo-membranes rendues par les diphtériques, les selles des dysentériques, les liquides provenant des plaies ou de l'utérus enflammé, le détritus de la pourriture d'hôpilal, et les crachats des tuberculeux (1), en un mot, tous les produits susceptibles de transporteries germes morbifiques; on fera bouillir le lait provenant de vacbes suspectes de tuberculose.
3° Pour éviter la propagation ou la persistance d'une ('pnl^mie, on doit également désinfecter les lieux qu'ont habités les malades, leurs lits, leurs vêtements, tous les objets qui se sont trouvés en rapport avec eux. Mais ces moyens sont le plus souvent insuffisants, et il faut, chaque fois que cela est possible, isoler en premier lieu les malades et aussi la population et le pays dans lequel la maladie s'est développée; on y parvient sûrement à laide des quarantaines quand elles sont bien faites. Nombre d'îles ont pu, grâce à elles, échapper à l'invasion du choléra; elles ont réussi plusieurs fois à en préserver l'Europe; depuis longtemps, elles empêchent la peste d'y pénétrer. Malheureusement, il est souvent difficile, sinon impossible, de les établir dans des conditions satisfaisantes. Une différence capitale à ce sujet doit être établie entre les quarantaines maritimes et les terrestres. Autant les premières sont efficaces quand elles sont sérieusement mises en pratique, autant les secondes échouent presque fatalement : l'expérience en a été faite assez souvent pour le choléra pour que les hygiénistes aient unanimement renoncé à celles-ci alors qu'ils maintiennent celles-là avec énergie et succès (2).
Il importe également d'isoler dans les maisons et dans les hôpitaux les sujets atteints de maladies infectieuses ; notre assistance publique s'efforce, dans la mesure du possible, de satisfaire à cet égard aux prescriptions de l'hygiène ; elle a aussi réalisé un progrès réel en créant un service de voitures spécialement affectées au transport des sujets contaminés et régulièrement désinfectées par l'étuve.
4° L'individu qui est dans un milieu infecté peut, à l'aide de certaines précautions, éviter l'absorption du contage. Si la maladie a pour moyen de transmission, comme cela paraît être la règle pour la fièvre typhoïde et aussi pour le choléra, l'eau alimentaire, on peut la prévenir presque à coup sûr en ne buvant que de l'eau bouillie ou importée d'une localité saine.
(1) Consulter, à ce sujet dans les Bulletins de la Société médicale des hôpitaux (1886), le remarquable rapport de M. Vallin, sur l'enquête concernant la contagion de la plithisic.
(2) Yoy. Brouardel, Des moyens de préserver l'Europe des grandes maladies épidémique {Annales d'hygiène, 1885, t. XIII, p. 229).
PROPHYLAXIE ET THÉRAPEUTIQUE. ™i On prévient aujourd'hui presque toujours la septicémie à l'aide des pansements antiseptiques. Déjà Maisonneuve avait essayé d'empêcher l'infection par les plaies en employant les pansements phéniqués, et M. A. Guérin (1) avait obtenu de remarquables résultats en supposant par le pansement ouaté à la pénétration des germes ; actuellement, l'usage généralement adopté des pansements de Lister ou de pansements antiseptiques analogues rend très exceptionnelles, en chirurgie, les infections purulentes et putrides ; MM. Tarnier et Pinard obtiennent les mêmes résultats, chez les accouchées, avec les solutions d'acide phénique, de sublimé et de bi-iodure de mercure.
5° Il est d'observation que les individus vigoureux, bien constitués, bien nourris et vivant clans de bonnes conditions hygiéniques, offrent une réceptivité moindre à l'égard d'un certain nombre de maladies infectieuses; on peut ainsi prémunir certains sujets contre la tuberculose en leur prescrivant un séjour dans un lieu dont l'atmosphère est pure (2). On voit, dans les épidémies de choléra, la maladie présenter un caractère plus grave chez les sujets affaiblis par une maladie antérieure. Ce n'est pas là cependant une règle commune à toutes les maladies infectieuses, et souvent au contraire des sujets robustes sont violemment atteints par la fièvre typhoïde.
Mais la condition qui diminue le plus efficacement la réceptivité pour beaucoup de maladies infectieuses, c'est une première atteinte de ces maladies mêmes ou d'une maladie qui s'en rapproche assez par ses caractères pour qu'on puisse la considérer comme étant de la même famille.
On peut rendre un sujet complètement ou incomplètement réfractaire au développement ou à l'action d'un agent infectieux. Les travaux multipliés dont cette immunité acquise a été l'objet dans ces dernières années montrent qu'on peut la produire artificiellement : A, en introduisant dans l'organisme le même agent en quantité minime ou par une voie spéciale; B, en y introduisant le même agent préalablement atténué dans son action; C, en y introduisant un autre agent infectieux; D, en y introduisant des produits solubles (3).
(1) A. Guérin, Les Pansements modernes: Du pansement ouaté et de son application à la thérapeutique chirurgicale (Paris, 1889).
(2) Jaccoud, Curabilité et traitement de la pltthisie pulmonaire, 1881.
(3) Consulter à ce sujet dans la Revue de médecine (1888-1889) l'excellente revue générale de M. Rodet dont uous suivons le plan d'ensemble et à laquelle nous empruntons une partie de nos indications. Voir dans les C.R. de l'Acad. des sciences, les Bull, de l'Acad. de méd., les Annales de l'Institut Pasteur, les comptes rendus de la Société de biologie et les Archives de médecine expérimentale les travaux de MM. Pasteur, Chauvcau, Bouchard, Duclaux, Nocard, Roux, Chamberland, Charrin, Capitau, Roger, MestchnikofT, Arloing, Corncvin, Thomas, Rodet, Gamaleia. etc. Étudier surtout le beau livre de M. Bouchard sur la thérapeutique des maladies infectieuses. Paris, 1889.
A. a On cloiL à M. Cbauveau (1 ) d'avoir établi par ses expériences sur I inoculation et 1 .njection sous-cutanée du badllm anlkraeis ^ mouton d Algérie, annnal qui présente normalement une faible réceptivité pour cet agent, que les effets de la matière infectieuse varient essentiellement suivant qu'on l'a introduite en petite quantité ou à forte dose ■ dans ce dernier cas seulement on obtient des résullats positifs. L'influence de la quantité de virus introduite n'est pas moins évidente pour le charbon symplomatique du bœuf.
On peut, suivant les doses, produire des effets absolument nuls ou atténués à divers degrés (2) ; ceux-ci rendent les animaux réfraclaires à l'action des fortes doses.
M. Pasteur a établi qu'il en est de môme pour le virus rabique.
Le virus claveleux, dilué dans l'eau à ± agil comme un jjj^f
Emmerich assure que l'on rend réfractaire au rouget des porcs les lapins chez lesquels on en a introduit le microbe en petite quantité par injection intra- veineuse. Nous avons vu (page 190) que le microbe de la maladie pyocyanique, placé à dose faible sous la peau du cobaye, ne donne lieu qu'à des accidents locaux tandis qu'a dose élevée il tue par infection généralisée (Bouchard) (3).
Walson Cbeyne a cherché à fixer par des chiffres le nombre de microbes pyogènes nécessaires pour donner lieu à des accidents : il en faudrait 225 millions pour amener la mort, de 100 millions à 112 millions pour produire un abcès; au-dessous de 9 millions il n'y aurait pas d'action pathogène.
Ces données ne sont pas jusqu'ici applicables à la prophylaxie humaine ; M. Rodel pense cependant qu'elles expliquent les effets relativement bénins, dans la plupart des cas, des inoculations varioliques pratiquées au siècle dernier; nous attacherions pour notre part une plus grande importance au mode d'inlioduction du virus et au choix de cas excessivement bénins pour la récolle du produit inoculé.
6. Le mode d'introduction du virus exerce une influence considérable sur les effets qu'il produit. L'agent infectieux du charbon symptomatique, très actif quand on l'injecte sous la peau d'un bœuf, donne lieu à des accidents beaucoup moins graves quand on l'introduit dans la queue etn'agitplus que comme vaccin si on l'injecte dans les veines; de même, les effets du virus rabique sont atténués si ou l'introduit
(1) Chaureau, Des causes qui peuvent faire varier les résultats de l'inoculation charbonneuse sur les moutons algériens ; influence de la quantité des agents infectants applicables à la théorie de l'immunité (C Jt. de l'Acad. des scic7tces, 1880).
(2) Chauvcau, De l'atténuation des effets des inoculations virulentes par l'emploi de tres petites quantités de virus (C. Jt. de l'Acad. des sciences, 1881).
(3) Bouchard, Cours de pathologie générale, J887-1888.
dans les veines. MM. Galtier (1) Nocard et Roux (2) ont pu conférer ainsi l'immunité aux animaux herbivores et Ton sait que, dans le cas de morsure, la durée de l'incubation varie avec le siège de la lésion (page 191). Le virus de la septicémie gangréneuse se comporte de même (3); celui de la péri-pneumonie contagieuse des bêtes à corne introduit dans le tissu cellulaire de la queue, y détermine des lésions locales, mais les animaux survivent et sont préservés d'une autre atteinte; l'injection clans les veines a le même résultat.
Nous avons vu (page 191) que les microbes de la pyocyanine, introduits à petites doses dans les veines d'un lapin, le tuent rapidement; ils n'agissent qu'à dose plus élevée si on les introduit sous la peau et ils sont pour ainsi dire sans action s'ils sont ingérés avec des aliments.
Appliquant ces données à ce qui se passe chez 1 homme, nous avons indiqué quelles différences présente l'évolution delà tuberculose suivant que le contage pénètre par les voies respiratoires ou par la peau, et nous avons montré combien les phénomènes d'intoxication diphthérique sont plus fréquents et plus intenses lorsque le contage se localise d'emblée dans les voies respiratoires, plus rares quand il se localise au tégument externe.
M. Charrin a établi que le microbe de la maladie pyocyanique, tout en paraissant à doses faibles ne produire chez le cobaye que des accidents locaux, leur confère néanmoins une immunité d'abord relative puis complète si l'on multiplie les inoculations ; les ulcérations locales qu'elles provoquent diminuent rapidement d'étendue et bientôt cessent complètement de se développer; les humeurs et les tissus Je Vanimal inoculé ont donc subi par le fait de ces inondations et de ces réactions localisées une modification qui leur confère l'immunité (4). Il y aurait lieu de rechercher si, cbez l'homme, les pustules malignes avortées ne constitueraient pas une immunité contre des inoculations ultérieures.
B. Les vims peuvent être atténués, soit indirectement par leur passage dans des organismes peu favorables à leur développement, soit directement par l'action des conditions physico-chimiques auxquelles on les expose.
a. Les faits qui établissent Y atténuation de virus par leur passage dans certains organismes sont nombreux ; le horse-pox est plus actif que le
(1) Gallicr, Nouvelles expériences sur l'inoculation antirabique en vue de préserver les animaux lierbivores de la rage, etc. (Acad. des sciences, 1885).
(2) Nocard et Roux, Ann. de. l'inxtitut Pasteur, 1885.
(3) Cliauveau et Arloing, Acad. de médecine, 1884.
(4) Charrin, L'immunité après lésion locale {C. li. de la Soc. de biologie, 1889).
cow-pox (Chauveau), et celui-ci l'emporte sur le vaccin jennérien ; les transmissions réitérées chez l'homme atténuent ce virus.
Le virus variolique s'épuise rapidement chez Je cheval et le bœuf (Chauveau) et s'y atténue.
Le virus de laclavelée s'atténue par le passage chez des sujets relativement réfraclaires, et peut ainsi devenir propre à des inoculations préventives (I).
M. Pasteur atténue le virus du rouget des porcs en l'inoculant en série au lapin ; il se sert du produit ainsi obtenu pour pratiquer avec succès des inoculations préventives.
Le même auteur enfin a obtenu l'atténuation du virus rabique en l'inoculant successivemeut à une série de singes.
b. Les conditions physico-chimiques qui peuvent produire V atténuation d'un virus sont multiples. Avec M. Rodet, nous étudierons successivement les effets du vieillissement des cultures, de la chaleur, de la lumière, de Voxygène, de la dessiccation, des antiseptiques et des cultures.
a. Le vaccin perd son activité quand on le laisse vieillir : le fait est bien connu des vaccinateurs; le vaccin de génisse, en particulier, donne bien plus souvent des résultats positifs quand on l'emploie au moment où on le recueille, ou dans les heures qui suivent, que si l'on se sert de tubes vieux de plusieurs jours et à plus forte raison de plusieurs semaines.
M. Pasteur a reconnu que le virus du choléra des poules s'atténue en vieillissant et peut alors servir à des inoculations préventives. Il en est de même pour le microbe septique qu'il a trouvé dans la salive.
M. Rodet (2) a constaté le même effet pour les cultures de staphylococcus pyogenes aureus; l'atténuation que l'on obtient en les laissant vieillir se transmet héréditairement.
Le mode d'action de cette cause n'est qu'incomplètement déterminé; à mesure qu'elles vieillissent, les cultures s'accompagnent de la formation de nouveaux produits qui peuvent agir chimiquement sur les microbes et en diminuer l'activité.
|3. On peut atténuer par la chaleur l'action de plusieurs virus; le fait est bien établi, surtout pour ceux du charbon et du charbon symptomatique ; en portant à une température de oo° le virus charbonneux, M. Toussaint en a produit l'affaiblissement ; M. Pasteur a déterminé l'atténuation persistante et transmissible du même agent en le soumettant, d'une manière prolongée, à l'action d'une température de 42 c\ 43°. Ses spores résisteut mieux à la chaleur, mais M. Roux a
(lypourquier, r. R. de VAcad. des sciences, 1885.
(2)i Rodbav'ioc.yflâ#.'h ùo 'lù-oi nii ■■ r :
PROPHYLAXIE ET THÉRAPEUTIQUE. ~w
reconnu qu'en les faisant chauffer a 70° on en a atténue l'activité.
MM. Arloing, Cornevin elThomas sont parvenus, en portant le virus du charbon symptomatique aux températures, soit de 8o°à 90°, soit de 100° à 101° à obtenir des produits atténués qu'ils utilisent pour pratiquer avec succès des inoculations préventives.
Enfin MM. Cornil et Chantemesse, en soumettant le virus de la .pneumo-entérite des porcs à l'action prolongée d'une température de 43°, l'on transformé en un produit fixe, transmissible héréditairement et susceptible de conférer l'immunité aux cobayes auxquels on 1 inocule.
Les effets de la chaleur diffèrent suivant qu'elle est appliquée d'une manière modérée et prolongée ou d'une manière intense pendant peu de temps; le premier procédé seul donne lieu à une atténuation persistante et transmissible par la culture.
' 7. M. Arloing, en soumettant à l'action de la lumière solaire des cultures de bacillus anthracis, en a obtenu un virus atténué, avec lequel il a pu vacciner des cobayes.
0. V oxygène contenu dans l'air ambiant intervient comme cause adjuvante d'atténuation du virus du choléra des poules (en même
! temps que le vieillissement) et des spores charbonneuses (en même temps que la chaleur ou la lumière).
| L'action de Y oxygène comprimé appliquée à une série de culture du bacillus anthracis les atténue au point d'en faire un bon vaccin; un résultat analogue est obtenu pour le virus du rouget des porcs (Chauveau).
e. L'atténuation du virus par la dessiccation est la base de la méthode employée actuellement par M. Pasteur pour ses vaccinations antirabiques. Il se sert de moelles de lapins inoculés dont le degré de virulence a été porté au maximum et est toujours identique, carie virus employé a passé par une série de ces animaux et par ce fait la durée de son incubation a été réduite de quinze h sept jours. On détache de
: ces moelles, avec les précautions antiseptiques, des fragments longs de quelques centimètres et on les suspend a l'air sec : leur virulence
! disparaît peu a pe*u et finit par s'éteindre d'autant plus lentement que la température est plus basse ; on en dispose ainsi une série dans des flacons maintenus secs par de la potasse, et, chaque jour, on inocule sous la peau du chien que l'on veut rendre réfractaire une seringue de Pravaz de bouillon stérilisé, dans lequel on a délayé une parcelle d'une de ces moelles, en commençant par une assez ancienne pour que l'on soit sûr qu'elle ait perdu sa virulence. Les jours suivants on
; -opère de même avec des moelles de plus en plus récentes, et l'on finit par inoculer une moelle placée depuis un jour ou deux seulement
dans le flacon : l'animal est dès lors réfraclaire à l'action du virus rabique; on peut le lui -inoculer sous la peau ou sous la dure-mère sans quo la maladie se déclare, el cependant Ja dernière moelle employée est très virulente, car on peut constater qu'elle communique fcd rage a un lapin après sept jours d'incubation.
Fort de ces résultats, M. Pasteur a expérimenté sa méthode chez l'homme. Les conditions n'étaient plus les mûmes; on ne pouvait agir que sur des sujets mordus par un animal enragé et c'était là une condition défavorable. On sait que l'exlirpation du chancre induré ne réussit guère à prévenir le développement de la syphilis et que la vaccination, pratiquée pendant l'incubation de la variole, ne parait pas modifier la marche de cette maladie ; ce qui pouvait faire espérer qu'il n'en serait pas de même pour la rage, c'est la durée ordinairement plus longue qui sépare l'inoculation de l'explosion des accidjenUsi'.t'.'f-'pilji'iq yjè hio anoiJ/juiooBv eya sup ooiuq jaa'a 9im>s sa Wj
Dans une première série, du 26 octobre 1885 au 31 octobre 1886, 2,490 personnes, dont plus de 1,700 Français, sont venues subir h Paris les inoculations préventives de la rage. Le traitement a d'abord été uniforme pour la grande majorité des mordus : il était de dix jours; chaque jour la personne mordue recevait une injection de moelle de lapin en commençant par la moelle du quatorzième jour et en finissant parla moelle du cinquième jour. Sur les 1,700 Français, il en est 10 pour lesquels le traitement a été inefficace, soit 1 sur 170; par contre, dans le très petit nombre de sujets mordus qui n'ont pas été inoculés, il y a eu 17 cas de morts : ces chiffres prouvent éloquemment l'efficacité de la méthode. Sans doute elle n'est pas infaillible, mais, comme l'a fait remarquer M. Grancher, la vaccination ne l'est pas davantage.
Depuis lors, M. Pasteur s'est efforcé d'améliorer son traitement en le faisant plus rapide et plus actif pour tous les cas, et surtout pour ceux où il existe, soit des morsures à la face, soit des morsures pro: fondes et multiples sur parties nues; il précipite alors les inoculations afin d'arriver promptement aux moelles les plus fraîches ; il fait trois traitements en dix jours et chacun d'eux est conduit aux moelles les plus fraîches. Si les morsures ne sont pas cicatrisées, si les personnes ont tardé devenir au traitement, on reprend de nouveau les mêmes inoculations après des intervalles de repos de deux à quelques jours. Dans ces quatre dernières années, les résultats se sont constamment améliorés; la mortalité totale a été successivement de 1,34, 1,18, 0,74 et 0,54 p. 100, et ces chiffres doivent être considérés comme trop élevés car ils comprennent les cas qui sont survenus peu de jours après la fin du traitement, alors qu'il ne pouvait avoir encore produit l'effet
utile (1). On peut, avec M. Bouchard, tirer de ces faits ces conclusions que, si on a été mordu par un chien enragé, on a une chance de mourir sur six, tandis que si, mordu, on se fait inoculer, on n'a pas une chance de mourir sur cent (2).
On pouvait objecter à la pratique habituelle des vaccinations de l'homme après morsure fondée sur la vaccination de chiens avant morsure que l'immunité des animaux n'avait pas été démontrée après leur infection certaine par le virus rabique; M. Pasteur a montré dernièrement que l'on peut rendre réfractaires des chiens auxquels on a préalablement inoculé sous la dure-mère le virus de la rage des rues; il faut pour cela commencer les vaccinations dès le lendemain de l'inoculation, procéder rapidement, donner en vingt-quatre heures la série des moelles préservatrices et répéter le traitement une ou deux fois; si, à Vienne, M. von Frisch a échoué dans des expériences de ce genre, c'est parce que ses vaccinations ont été pratiquées trop lentement.
Les succès obtenus par M. Pasteur ne doivent pas, à notre sens, empêcher l'action directe sur l'agent infectieux aussi longtemps qu'il est localisé dans la cicatrice de la morsure, et il parait y rester jusqu'au moment où éclatent les accidents généraux; telle est du moins la conclusion que nous avons cru pouvoir tirer du fait que nous avons observé avec le docteur Tachard (3). C'est en effet, chez notre malade, après une séance prolongée de gymnastique, que la cicatrice résultant de la morsure à la main est devenue douloureuse et, pendant plusieurs jours, il n'a accusé d'autres troubles que des douleurs parlant de ce point et remontant vers l'épaule. Nous croyons donc qu'il faut, contrairement aux idées généralement admises, cautériser profondément dans tous les cas et dans toute la durée de la période qui précède l'explosion des accidents, et ne pas craindre de détruire la cicatrice si ce traitement n'a pas été employé avant sa formation.
Ç. Les antiseptiques agissant sur les virus ou sur leurs milieux de culture peuvent, à doses insuffisantes pour les détruire, en produire l'atténuation. Celle-ci peut-être persistante ou transitoire : c'est ainsi que M. Gamaleia.a obtenu, par l'action du bichromate de potasse sur la culture du virus charbonneux, des vaccins usités en Russie; MM. Cbamberland et Roux étaient arrivés aux mêmes résultats, soit avec la même substance, soit avec l'acide phénique; MM. Klein et
Maximowitsch y sont également parvenus avec le sublimé à ^qTJTJq' ce
(1) Pfrdrix, Le* vaccinations antirabique* [Ann. de V Institut Pasteur, mars 1890).
(2) Bouchard, Thérapeutique maladies infect. Paris, 1889.
(3) Tachard, Union médicale, 1884.
ice
Wfl ÉIHDg GÉNÉRALE DE L'ART MEDICAL,
dernier autour a utilisé on outre ]e nuphlhol p et Neisser l'iodolorn
Des résultais analogues ont été obtenus avec diverses substanc par M. Arloing,, Cornevin, GrancJier et Ghaulard (1).
M. Charrin a reconnu que l'acide borique, le naplilbol et le sulfure de mercure modifient l'activité du microbe de la maladie pyocyanique; l'acide borique transforme ce bacille eu filaments (2).
vi. M. llodet rapproche ajuste titre de l'atténuation parles antiseptiques celles que peuvent déterminer les produits de cultures; il cite, à cet égard, les expériences de M. Zagari qui a atténué le bacillus anthracis avec le milieu, ayant servi à la culture du microbe cholérique et celles de M. Pavone, qui ont abouti aux mêmes résultats avec les produis du bacille typhique.
M. Bouchard a montré que les cultures du microbe pyocyanique atténuent l'activité du virus charbonneux; MM. Charrin et Guignard ont reconnu que, dans ces conditions, les bactéridies s'altèrent rapidement; il suffit d'ailleurs de les ensemencer dans un milieu approprié pour qu'elles reprennent bientôt leur forme et leur virulence nor- -HWAf&oji&i au'h 89Ôn zaoiâèfiQke ?M. : odcnoini âa :.>b layraoqoolavàb uc • ;,,n G. L'immunité à V égard d'un virus peut être conférée par l'action d'un autre virus. — Les immenses bienfaits de la vaccination jennerienne témoignent journellement en faveur de cette proposition si, comme il parait démontré, le virus vaccin diffère du virus variolique. Il résulte en effet des expériences de M. Chauveau (4) et de la commission lyonnaise que la variole, inoculée au bœuf et au cheval, produit chez ces animaux des varioles très bénignes, essentiellement distinctes des éruptions vaccinales, et que, réinoculé à l'homme, leur virus engendre la variole et non la vaccine ; M. Rodet fait remarquer à juste titre que leur transformation chez ces animaux en vaccine serait une exaltation, car leurs manifestations sont beaucoup moins accentuées que celles du horse-pox et du cow-pox; et il est d'observation que ce n'est pas une exaltation, mais au contraire une atténuation qui se produit ; les assertions de Cely, Thiélé et Willougby qui prétendent avoir transformé chez le bœuf le virus variolique en virus vaccin, reposent donc, selon toute vraisemblance, sur des expériences entachées d'erreur ou mal interprétées.
Beaucoup cle sujets vaccinés restent indéfiniment réfractaires à de nouvelles inoculations ; bon nombre d'autres recouvrent leur récep-
(1) Citation de Rodct.
(2) Charrin, La maladie pyocyanique, 1889.
(3) Charrin, loc. cit.
(4) Chauveau, liech. expérim. de la Société des se méd. de Lyon sur les relations gui existent entre la variole et la vaccine {Bull. de. l'Açad. de médecine, 18Gi-6o-6G).
tivité au bout d'un certain nombre d'années ; nous avons vu (page i 78) i que les causes d'ati'aiblissement peuvent amener ce résultai; c'est peut-être ainsi qu'il faut expliquer la fréquence des cas dits intérieurs de variole dans les hôpitaux.
On peut espérer que Ton trouvera du vaccin pour d'autres maladies. M. Pasteur a reconnu que le virus du choléra des poules les vaccine à l'égard du bacillus anthracis.
D'après Emmerich et Zagari le microbe de l'érysipèle, injecté à deux reprises dans les veines de cobayes, les rend réfractaires à l'action de ce même bacille. Peut-être faut-il s'expliquer par une action de cette nature l'influence favorable que l'érysipèle exerce sur le lupus .
D. L'introduction dans l'organisme des produits solubles engendrés par les microbe* pèét lui conférer V immunité à V égard des mêmes agents. — On peut, a dit M. Pasteur (1) dans sa note sur le choléra des poules, se rendre compte des faits de non récidive en supposant que la vie du microbe, au lieu d'enlever et de détruire certaines matières dans le corps des animaux, en ajoute, au contraire, qui seraient un obstacle au développement de ce microbe; les excrétions nées d'un fonctionnement vital peuvent s'opposer à un fonctionnement vital de même nature. Dès 1880, M. Chauveau (2) a également admis la réalité de ce mécanisme ; il se basait sur l'acquisition constante de l'immunité par les jeunes sujets nés de mères inoculées du sang de raie dans les dernières semaines de la gestation- el appartenant à une espèce qui ne se prête que très exceptionnellement au passage du bacille du sang de la mère dans celui du fœtus.
Peu après, M. Toussaint (3) croyait démontrer la possibilité de la vaccination par produits solubles; il rendait des moutons réfractaires au charbon en leur injectant, sous la peau, du sang provenant d'un animal atteint de celte maladie et maintenu pendant dix minutes à la température de 55°; il croyait, à tort, avoir ainsi déterminé la morl de toutes les bactéridies.
Ces expériences ont été reprises depuis lors par MM. Roux et Chamberland (4), et ces auteurs ont reconnu que l'on peut donner l'immunité contre le charbon avec du sang charbonneux privé de bactéridies vivantes.
(1) Pasteur, C. B. de l'Acad. des sciences, 1881.
(2) Chauveau, Des causes qui peuvent faire varier les résidtats de l'inoculation charbonneuse sur les moutons algériens ; influence delà quantité des agents infectants ; application à la théorie de l'immunité (C. B. de l'Acad. des sciences, 1880). Sur le mécanisme de l'immunité (Ann.de l'Institut Pasteur, 1888).
(3) Toussaint, Bull, de l'Acad. de médecine.
(i) Roux et Chamberland, Sur l'imtriunité contre le charbon conférée par dts substances chimiques (Ann. deVlnstitut Pasteur, 1888).
Eu 4884, M. Ken-an ml reprit de vacciner contre le choléra en introduisant sous la peau le produit de cultures de ses microbes tués par la chaleur : les résultats qu'il annonçait ont été accueillis avec un grand scepticisme.
Kn 1880, M. Salmon (1) a vacciné les pigeons contre le choléra des porcs avec la culture slérilisée de son microbe
Charrin (2) a montré que les cultures du bacille pyocyanogène, stérilisées par la filtration, confèrent aux lapins l'immunité contre ce microbe; Bouchard (3), avec l'urine filtrée des lapins infectés par ce même microbe, ainsi que Charrin et Ruffer (4) avec l'urine et le sang de lapins infectés par son produit de culture, sont arrivés aux mêmes résultats.
MM. Roux et Chamberland (5) ont établi que les cultures des vibrions septiques, injectées à plusieurs reprises dans l'abdomen de cobayes, leurs confèrent l'immunité à l'égard de ces agents infectieux quand elles ont été préalablement privées de leurs microbes, soit par l'action d'une température de 105 à 110°, soit par la filtration.
On peut, par le même procédé, rendre des cobayes réfraclaires à l'action du charbon symplomalique (0).
MM. Chantemesse et Widal (7) ont constaté qu'une dose de culture typhique, invariablement mortelle pour les souris ne lue, pas dans la grande majorité des cas, ceux de ces animaux auxquels on a fait absorber préventivement des produits solubles, non vivants, élaborés par le bacille typhique : ils ont acquis l'immunité.
M. Pasteur a émis l'opinion que les succès de ses vaccinations antirabiques peuvent s'expliquer par l'existence d'une matière vaccinante qui serait associée au virus rabique, celui-ci gardant sa substance propre dans toutes les moelles en dessication, mais s'y détruisant progressivement et plus vile que la matière vaccinale (8).
On peut également obtenir l'immunité contre la maladie pyocyanique en injectant les produits solubles de ses cultures (9). Les mêmes
(1) Salmon, Map. of the commis, of agncult., 1885-1886.
(2) Charrin, Sur la résistance de l'organisme à l'action des microbes (CH. de l'Acad. des sciences, 1887).
(3) Bouchard, lit. sur les urines dans les maladies infectieuses (Bull, de la Soc. de biologie, 1888).
(4) Charrin et Ruffer, C. II. de la Soc. de biologie, 1889,
(5) Roux et Gh&raberïand, Immunité contre la septicémie conférée par les substances solubles(Ann. de l'Institut Pasteur, 1 88H) .
(6) Roux, Immunité contre le charbon symptomatigue conférée par tes substances solubles {Ami. de l'Institut Pasteur, 1888).
(7) Chantemesse et Widal, De l'immunité contre le vii-us de la fièvre typhoïde conférée parles substances solubles (Ann. de l'Institut Pasteur, 1888).
(8) Pasteur, Lettre sur la rage (Ann. de l'Institut Patteur, 1889).
(9) Cliarrin, De la maladie pyoajanique, 1889.
substances se développenl dans le corps du lapin infecté par cette maladie; on doit en effet à M. Bouchard (1) d'avoir montré que, dans ces conditions, l'injection des urines stérilisées de ces animaux produit l'immunité; le pouvoir vaccinant de cette urine est même bien supérieur à celui du sang; il suffit d'en injecLer une quantité huit fois moindre pour obtenir les mêmes effets ; d'après M. Charrin, en eli'et, les matières vaccinantes ne se trouvent dans le sang qu'à l'état de passage.
Nous devons dire enfin que M. Peyraud (2), de Libourne, assure avoir conféré l'immunité contre la rage à des lapins par l'injeclion de tanaisie, toxique qui produit des effets très analogues à ceux de la maladie et celle contre le tétanos par la strychnine; l'action de ces poisons doit nécessairement être tout à fait différente de celles des matières solubles fabriquées par les microbes.
Ces matières vaccinantes sont probablement, d'après Bouchard (3) et Charrin, distinctes des substances morbifiques ; si l'on parvenait à les en séparer, elles pourraient être sans aucun danger utilisées pratiquement. Au contraire, M. Chauveau (4), se basant sur ce fait qu'il est possible d'obtenir, avec certains microbes pathogènes doués de toute leur virulence mais inoculés en très petites quantité, les mêmes effets, bénins au point de vue infectieux, très actifs au point de vue vaccinal, qu'avec les mêmes microbes préalablement atténués, considère comme vraisemblable qu'il y a seulement, dans ce cas, amoindrissement de la production d'une seule et même substance pathogène dont la propriété virulente ne peut plus, en raison de la faible accumulation de cette substance, se traduire par des phénomènes graves tandis que la propriété vaccinale continue à produire ses phénomènes habituels.
L'immunité acquise peut être complète ou incomplète : dans ce dernier cas, la maladie se développe, mais sous une forme atténuée; quelquefois elle reste localisée.
La durée de l'immunité acquise est des plus variables; celle qui est produite par la vaccination jennerienne se prolonge ordinairement pendant dix ans au moins; on n'a pas encore déterminé dans quelle mesure persiste celle qui est conférée parles matières solubles; sa durée varie, dans les expériences, de quelques jours à plusieurs mois.
Par quel mécanisme peut-on expliquer V immunité produite par les matières vaccinales ?
(1) Bouchard, Thérapeutique des mal. infectieuses, 1889.
(2) Peyraud, Vaccin, contra la rage par l'essence de tanaisie (C. II. de l'Acad. des sciences). — L'immunité par, les oaccins chimiques, etc. Paris, 1888.
(3) Bouchard, loc. cit.
(4) Chauveau, Sur les propriétés vaccinales des microbes (Arch. de méd. expérimentale 1889). , ■
Hallopeai;, 3e édition. 51
802 ÉTUDE GÉNÉRALE DE L'aHT MÉDICAL.
On n'invoque plus Ja théorie de l'épuisement, d'après laquelle la matière vaccinante consommerait dans l'organisme les substances nécessaires au développement du virus : vraie pour une culture in vitro, elle ne peut l'être pour un être vivant dont l'organisme répare les pertes. On a d'ailleurs constaté que les tissus de moulons rendus réfractaires au charbon par l'inoculation de la maladie atténuée restent un excellent milieu de cultures pour les bactéridies.
La théorie de M. Chauveau (1), qui attribue l'immunité à Yimprégnation persistante des tissus par une substance empêchant le développement des bactéries, est en désaccord avec l'activité des échanges nutritifs et avec l'élimination par l'urine des matières vaccinantes.
M. Bouchard (2) professe depuis dix ans que la matière vaccinale modifie la nutrition des cellules et que ce type nutritif nouveau, anomal, continue ensuite; il s'explique ainsi comment une fatigue ou une maladie modifient l'aptitude individuelle, comment un changement de climat peut rendre certaines races réfractaires à certains virus, comment l'immunité est transmissible par hérédité. D'après M. Roux ( 3), les cellules s'accoutument aux poisons formés par les microbes; il faut admettre aussi, d'après M. Bouchard, qu'elles se perfectionnent dans le rôle de phagocytes que leur a reconnu M. Metschnikoff (voir page 183) : modification de la nutrition et phagocytisme, voila deux causes par lesquelles on peut expliquer l'immunité acquise.
Des expériences récentes ont fourni encore quelques données nouvelles relativement au mode d'action des substances vaccinantes. MM. Charrin et Roger (4) ont montré qu'elles augmentent l'action microbicide du sérum; ce liquide devient un mauvais milieu de culture pour les bacilles pathogènes; de plus, M. Bouchard et Charrin ont observé qu'au point d'inoculation il se fait une accumulation considérable de leucocytes, qui peuvent, comme le veut Metschnikoff (5), contribuer à détruire les bacilles (phagocytose).
Les modifications apportées ainsi dans les propriétés du sérum ne sont pas pathogènes; MM. Charrin et Roger les ont vues persister pendant soixante-dix jours.
Pour résumer cet exposé, nous dirons avec M. Bouchard : « On vaccine en inoculant une maladie autre que celle contre laquelle on veut prémunir; on vaccine aussi avec le virus de la maladie que l'on veut combattre; on peut inoculer le virus non atténué, mais alors
(1) Chauveau, Sur le mécanisme de l'immunité. (Ami. de l'Institut Pasteur, 1888).
(2) Bouchard, loc. cit.
(3) Roux, The Proceedings of tiw. Royal socie/y, 1 880.
(4) Charrin et Roger, C. R. delà Soc. de biol. 1889 et 1890.
("i) Mutschnikoir, Étude sur l'immunité (Ann. de ITnstitut Pasteur, 1888-188'.)).
un J'oblige à donner une maladie légère en changeant par un artifice sa voie habituelle d'introduction ; on emploie plus souvent un virus atténué; on emploie enfin les vaccins chimiques non vivants, non
virulents. »