ACTION DE LA PRESSION ATMOSPHÉRIQUE
produisant l'asphyxie ; l'expérience suivante le prouve : trois moineaux sont enfermés sous trois cloches; dans l'une d'elles on produit la raréfaction de l'air, dans une autre on absorbe par la potasse l'acide carbonique qui se dégage, dans la troisième l'air n'est modifié que par la respiration de l'animal. Or les trois moineaux meurent avec les mêmes symptômes; si l'on cherche la cause commune qui les a produits, on n'en trouve qu'une, la raréfaction de l'oxygène dont la pression était réduite à 0,035.
L'animal résiste plus longtemps quand l'abaissement de la pression se fait lentement que quand il se fait brusquement. En augmentant la proportion d'oxygène on peut faire supporter une dépression trois fois plus considérable. P. Bert et Grocé-Spinelli ont éprouvé tous les accidents du mal des montagnes en s'enfermant dans des caisses où l'air était raréfié ; les troubles ont commencé à se produire quand la pression s'est abaissée à 42 centimètres — chiffre représentant la hauteur du mont Blanc. Dans les ascensions, le sang s'appauvrit en oxygène dans la proportion de 13 p. 100 à une hauteur de 2,000 mètres, de 21 p. 100 à 3,000 mètres, de 43 p. 100 à 6,500 mètres, de 50 p. 100 à 8,500 mètres. Cette diminution d'oxygène liée à la diminution de la pression est le fait dominant. Les sujets luttent d'abord en accélérant leurs mouvements respiratoires; mais bientôt les inspirateurs se fatiguent et l'anoxbémie produit dans la nutrition et les fonctions des organes un trouble profond dont les effets doivent être étudiés chez les ascensionnistes et les aéronautes.
Le symptôme le plus caractéristique du mal des montagnes est un affaiblissement musculaire tel que les sujets qui eu sont affectés ont la plus grande peine à se mouvoir ; les plus robustes marcheurs ne peuvent faire quelques pas sans s'arrêter; le moindre poids les fatigue; le moindre effort leur est impossible; ils éprouvent une sensation d'abattement profond et de défaillance; leurs forces sont anéanties; leur respiration accélérée et irrégulière devient anxieuse; leur pouls s'accélère également ; il peut battre 140 fois par minute; il est irrégulier, dicrote et dépressible. Les malades transpirent abondamment; ils sont tourmentés par la soif et sans appétit : souvent ils font des efforts de vomissements alors même que leur estomac est vide ; leurs traits s'altèrent; ils éprouvent des palpiltalions violentes, des battements carotidiens et temporaux ainsi que des bourdonnements d'oreille. On peut voir se produire une congestion de la face qui est ultueuvse, tuméfiée et violacée. D'autres fois, la scène est autre : le sujet pâlit et tombe en lipothymie ou eu syncope; la tension artérielle a été trouvée abaissée par Lortet au mont Blanc. On a noté encore des hémorrhagies, de l'obscurcissement de la vue et un état
IÏTIOLOGIE.
de profonde dépression psychique ;ivec lendanre an sommeil et une céphalalgie violente. Une fatigue quelconque exagère ces accidents ou les provoque; ils se produisent après une marche trop rapide ou le soulèvement d'un fardeau ; leur gravité va en croissant avec la hauteur; elle varie cependant suivant les pays et les sujets; dans les Alpes, le mal commence généralement à se produire à 3,000 mètres, landis qu'au Mexique on peut atleindre 4,500 mètres sans rien éprouver; plus la limite des neiges éternelles est élevée, plus les accidents sont tardifs. 11 faut tenir compte de ï'accôutumanîçé; on s'habitue àù* ascensions; on arrive à mieux supporter la fatigue. On voit les guides dans les Alpes résister le plus souvent à Faction pathogénique des grandes altitudes.
Dans les régions moyennes, ces troubles sonl de courte durée ; sous l'influence du repos, l'anxiété, la fatigue et l'abattement font bientôt place à une sensation inespérée de bien-être ; les mouvements respiratoires et cardiaques se régularisent, les forces reviennent : le voyageur reprend alors sa marche et souffre de nouveau. Sur les montagnes élevées, les accidents persistent malgré le repos; les sujets atteints éprouvent des palpitations, de la dyspnée, une angoisse respiratoire et parfois une tendance invincible au sommeil.
Dans les ascensions aéronautiques, les effets nuisibles de la dépression barométrique ne se font sentir qu'à une hauteur beaucoup plus considérable que dans les montagnes, sans doute parce que l'anoxhémie due à la fatigue musculaire ne vient pas s'ajouter à celle que produit l'appauvrissement de l'air respirable. Les accidents qui ont été notés le plus souvent par les aéronautes sont l'accélération des mouvements respiratoires et cardiaques, l'anxiété, la céphalalgie, une sensation de constriction frontale, l'aspect rouge ou violacé de la face avec gonflement des lèvres, distension des veines, teinte violacée des téguments qui aux lèvres et aux mains deviennent presque noirs; la défaillance, l'inertie, rendant impossible tout mouvement; des hémorrhagies nasales, conjonctivales, labiales, gingivales et bronchiques, des palpitations, l'altération de la voix, des bourdonnements d'oreilles, une sensation de vertige avec obnubilation des sens qui peut aller jusqu'à la syncope et enfin la mort. Le souvenir de la catastrophe du Zénith est présent à tous les esprits ; le ballon s'est élevé jusqu'à environ 8,500 mètres.
L'homme peut vivre cependant à une altitude considérable'; on trouve au Mexique et dans l'Himalaya des villages à 4,000 métrés d'élévation; mais, d'après M. Jourdanel, la santé de leurs habitants subit une altération qu'il rattache à l'anoxhémie : ils sont peu vigoureux, peu actifs et sujets aux vertiges ainsi qu'à la dyspepsie.
ACTION DE LA PRESSION ATMOSPHÉRIQUE. 09 Les expériences de P. Bert ont montré que Y augmentation de la pression atmosphérique peut, si elle est très considérable, donner lieu à de graves accidents et même entraîner la mort. L oxygène agit comme un poison, particulièrement sur le système nerveux ; mais l'excès de pression auquel l'homme peut se trouver soumis n atteint jamais des proportions assez considérables pour donner lieu a ces désordres. Les ouvriers qui travaillent dans des chambres à air comprimé et dans les cloches à plongeurs n'y éprouvent que des troubles sans gravité ; leur respiration devient irrégulière, en même temps que plus profonde et plus lente ; leur pouls, d'abord accéléré, se ralentit plus tard; leur voix est changée; ils accusent une sensation de tension intra-musculairc, des douleurs parfois intolérables dans l'oreille, liées au refoulement du tympan dans l'oreille moyenne où l'aune peut pénétrer par la trompe; il leur faut faire effort pour parler; ils sont pâles; ils ont de la diurèse; lear sang veineux a l'aspect de sang artériel.
Ces ouvriers sont cependant exposés à de graves dangers, non pendant leur séjour dans l'air comprimé, mais au moment où ils cessent d'être soumis à son action, si la pression s'élevait à cinq atmosphères ou au-dessus et si elle est trop brusquement abaissée : ils peuvent être alors atteints de vertiges, de perte de connaissance, de délire, de convulsions, de douleurs vives, de paralysies diversement localisées et d'hémorrhagies pulmonaires et nasales ; chez beaucoup d'entre eux, on voit apparaître des tumeurs sous-cutanées que l'on désigne sous le nom de puces et de moutons, un gonflement douloureux des muscles, particulièrement chez ceux qui ont beaucoup travaillé, des douleurs articulaires qui peuvent être violentes; plus rarement on observe de la cécité ou de la surdité, assez souvent de l'anxiété respiratoire, la petitesse extrême du pouls et le refroidissement des téguments. Un certain nombre meurent rapidement dans le coma, d'autres subitement; ceux qui survivent peuvent rester dans le coma pendant plusieurs heures; d'autres sont sourds et aveugles, ils balbutient quelques mots sans suite; ils accusent des douleurs atroces dans les membres et dans la tête, leurs pupilles sont énormément dilatées; on a vu de l'emphysème se développer sur la poitrine, dans les aisselles et aux bras. Il se produit enfin, le plus souvent quelques minutes, parfois plusieurs heures après la sortie des caisses à air comprimé, des paralysies qui occupent d'ordinaire les membres inférieurs, le rectum et la vessie et persistent souvent; dans aucun cas on n'a vu jusqu'ici guérir celles qui ont duré plus de quarante-huit heures. Les divers individus réagissent différemment; sur plusieurs personnes soumises simultanément à la même pression et à la même décom-
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pression, les unes restent indemnes, d'autres présentent des accidents légers, d'autres sont sérieusement frappées. Plus le séjour dans l'appareil est long, plus les accidents sont à craindre. On sait aujourd'hui que ces divers accidents sont dus surtout à la mise en liberté, au moment de la décompression, des gaz dissous dans le sang par les hautes pressions. L'exactitude de cette hypothèse, formulée d'abord par Rameaux (1), et plus tard par Hoppe-Seyler (1857), a été démontrée expérimentalement par Paul Bert : chez les animaux tués par une brusque décompression, on trouve dans le sang une quantité de petites bulles de gaz constituées par de l'azote (de 70 à 80 pour 100) et de l'acide carbonique (de 30 à 20 pour 100); elles sont parfois en telle abondance dans les gros vaisseaux, et surtout dans les veines, que le sang y est mousseux. On conçoit que ces bulles, jouant le rôle de corps étrangers, puissent entraver la circulation dans les petits vaisseaux, et amener ainsi la formation d'infarctus ; telle est, selon toute vraisemblance, l'origine des ramollissements que l'on a trouvés dans la moelle chez les individus atteints de paraplégie persistante à la suite d'une brusque décompression. On a constaté, quatre jours après la décompression, la présence de ces bulles; on a trouvé également des gaz dans le liquide céphalo-rachidien, dans le sang de fœtus et dans le liquide allantoïdien.
Au moment de la décompression, la brusque dilatation des gaz contenus dans l'intestin et l'estomac peut, d'après Marey, provoquer la dyspnée en s'opposanl à l'abaissement du diaphragme et en même temps donner lieu à la congestion des viscères situés hors de l'abdomen en faisant refluer dans leurs vaisseaux la grande quantité de sang que les veines de cette cavité contiennent à l'état normal; P. Bert l'a contesté.