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ACTION DES MODIFICATEURS ASSIMILABLES

Oa peut affirmer, dès aujourd'hui, qu'il ne s'agit pas d'un microbe provenant des voies respiratoires, car les expériences de M. Straus (1) ont démontré que l'air expiré est presque complètement privé de de germe; il en renferme plus de six cents fois moins que l'air inspiré; il est bactériulogiquement pur. Le poumon joue pour l'air atmosphérique le rôle d'an véritable filtre.

Les expériences récentes de MM. Brown-Séquard etd'Àrsonval(2) sont au contraire tout à fait en faveur de la théorie qui rapporte ces accidents de l'air confiné à l'accumulation d'un poison chimique. Elles ont établi en effet qu'un agent toxique d'une énergie excessive s'échappe sans cesse des poumons; c'est une ptomaïne, un alcaloïde offrant clans son action beaucoup d'analogie avec celui que Brieger appelle névrine pulréfactrice. .11 y aura lieu cle comparer, si l'on malheureusement à nouveau l'occasion d'observer chez l'homme les accidenls cle l'air confiné, les troubles présentés parles malades avec ceux qui oui. été constatés par MM. Brown-Séquard et d'Arsonval dans leurs expériences. En tout cas, il ne nous paraît plus posssible d'admettre avec Virchow qu'il s'agisse d'une maladie identique à la fièvre récurrente (3) puisque la nature microbienne de ce typhus parait démontrée.

Cela n'est pas à dire que l'encombrement ne joue un rôle dans la propagation du typhus pétéchial, sans doute en créant un milieu favorable à la multiplication de son microbe pathogène, et l'on peut justifier ainsi cette proposition de Virchow :

« Quand une armée, dit Virchow (3), est renfermée dans un camp ou dans des cantonnements étroits, quand les hommes, par les mauvais temps, s'entassent sous les tentes ou dans les maisons, ils se trouvent exposés aux accidents de l'air confiné; il se produit un miasme des maisons, on peut même dire un miasme des chambres, comme un miasme des prisons et un miasme des navires. »

Le séjour dans l'air confiné favorise le développement de certaines maladies constitutionnelles et infectieuses, et particulièrement celui de la tuberculose, de la scrofule et delà chlorose; c'est sans doute en plaçant l'individu dans de mauvaises conditions hygiéniques et aussi en l'exposant davantage aux causes d'infection qu'il exerce cette influence fâcheuse.

On a attribué aux variations quantitatives de l'ozone atmosphérique une influence pathogénique ; son excès favoriserait le développement de la grippe, son insuffisance celui du choléra; on a rcconuu

(I) J. Straus, Sur l'absence de microbes dans l'air expiré (Annales de l'Institut Pasteur), 1888.

WBrowti-SétniaTd ot d'Arsonvnl, Comptes rendus de la Société de biologie, 1888-1880. U) Virchow, Du typhus famélique et de quelques maladies voisines, traduit de l'allemand par H. Hallopcau, Paris, 1868.

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l'inexactitude de cotte manière de voir, basée sur un nombre trop restreint d'observations.

Nous n'avons pas à nous occuper ici des substances irritantes toxiques ou infectieuses qui peuvent altérer l'air îespirable, elles ont été ou seront étudiées dans d'autres chapitres.

ARTICLE II. — ACTION D'u.MÎ ALIMENTATION DÉFECTUEUSE.

Bien que les aliments soient empruntés en majeure partie aux règnes végétal et animal, nous les rangeons néanmoins parmi les modi ficateurs chimiques, car dans tous les cas ils agissent ddmvjuement, et leur introduction dans l'organisme équivautsimplement à celle d'une certaine quantité de substances azotées, hydrocarbonées et salines.

Il est nécessaire à l'entretien de la santé qu'ils soient ingérés en quantité suffisante, mais non excessive, et de bonne qualité; nous aurons donc à considérer successivement les troubles engendrés par l'insuffisance) par la surabondance, et par la mauvaise qualité de l'alimentation.

§ 1. — Inanition et alimentation insuffisante.

Quand un individu se trouve complètement privé d'aliments, il est dit en état d'inanition; cette condition ne peut pour ainsi dire jamais être étudiée chez l'homme, mais on l'a réalisée chez les animaux et fon en a observé ainsi les effets.

L'insuffisance de l'alimentation est au contraire d'observation trop fréquente. On peut voir des populations entières en souffrir dans les temps de famine, de disette et de guerre; la pauvreté produit les mêmes résultats, et nous observons trop souvent à l'hôpital des individus qui ne sont malades que de privations; les voyageurs qui s'aventurent dans des pays dépourvus de ressources, les marins retenus par les glaces ou les vents contraires dans des régions inhospitalières peuvent se trouver réduits à une nourriture tout à fait insuffisante; nous verrons plus loin que divers états pathologiques, en particulier certaines maladies de la bouche ainsi que de l'isthme du "osier et les rétrécissements de l'œsophage et du cardia peuvent s'opposer plus ou moins complètement à l'alimentation; l'entérite, si fréquente chez les jeunes enfants, a le même résultat. Pendant longtemps on a privé complètement de nourriture et mis ainsi en état d'inanition la plupart des fébricitanls : les médecins sont heureusement revenus aujourd'hui à des pratiques plus conformes aux enseignements de la physiologie.

ACTION DES MODIFICATEURS ASSIMILABLES- 87 Nous étudierons successivement les effets de la privation absolue d'aliment (inanition) et ceux de l'alimentation insuffisante.

a Inanition (1). - L'animal privé d'aliments réal.se, suivant Impétueuse comparaison de Lépine, la condition d'une machine qui s'alimenterait aux dépens d'elle-même. Les matériaux nécessaires a la combustion respiratoire sont empruntés au sang et aux tissus; les substances grasses sont celles qui disparaissent le plus vite et le plus complètement; il en résulte un amaigrissement rapide et considérable; l'albumine dite de circulation ( Voit) est également comburee et sa 'consommation augmente quand la graisse a disparu, comme en témoigne l'accroissement que subit l'excrétion de l'urée dans les derniers Jours de la vie; la plupart des organes diminuent de volume, mais très inégalement; la graisse perd 97 p. 100 de;son poids, la rate 66,7 p. 100, le foie 53,7 p. 100, le sang 27 p. 100, les muscles 30^5 p. 100 et les reins 25 p. 100; les poumon? n'en perdent que 17,6 p. 100, le pancréas 17 p. 100, les os et les cartilages 13,9, l'encéphale et la moelle 3,2 et le cœur 2,0; Bidder et Schmidt ainsi que Chossat avaient évalué à un chiffre beaucoup plus élevé les pertes du sang, mais ils avaient eu recours pour cette estimation à un procédé défectueux (Lépine). La perle totale du poids, chez les animaux inanitiés, varie, suivant leur embonpoint initial, de 30 à 50 p. 180. Cet aulophagisme devenant bientôt insuffisant pour subvenir aux combustions et les pertes des tissus ne pouvant se réparer, on voit se produire des troubles graves des fonctions : la température centrale s'abaisse, du moins chez certains animaux, les mouvements respiratoires deviennent moins fréquents, la quantité d'acide carbonique exbalé s'amoindrit et elle finit par devenir inférieure à celle de l'oxygène absorbé (Pettenkofer et Voit) (2). Le chiffre de l'urée excrétée, après avoir considérablement baissé pendant les premiers temps, ' reste stationnaire à la lin, nous avons vu pourquoi; le nombre des glodules rouges diminue (Malassez) en même temps que le sang deyientplus aqueux, si toutefois les malades boivent; l'asthénie et la prostration sont très prononcées. Les fondions du système nerveux semblent être les moins atteintes. Parrota démontré cependant que, clans l'albrepsie, qui est l'inanition des jeunes enfants, les cenlres nerveux sont frappés de sléalose. La durée de la survie paraît varier avec l'embonpoint initial, avec la dépense de forces que font les

(1) Consulter îi ce sujet l'article, à la fois éruilit et original, de R. Lépine dans le Nom). Dict. de méd. et de chir. prat., Paris, 1874, t. XVUl, p. 473, art. Inanition ; et aussi Chossat, Sur l'inanition (Compt. rend, de l'Acad. des sciences, 1843). — Magendie, Physiologie. — Bischoflf et Voit, Die Geseize der Êrnèhrung der Fleiscksfresser, 1860.

(2) Cités par Lapine.

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sujets et aussi avec l'âge ; Hippocrate disait (1 j : les vieillards supportent le plus aisément le jeûne, puis les hommes faits, ensuite les jeunes gens; les enfants le supportent le plus difficilement el surtout ceux qui manifestent le plus de vivacité.

b. Les effets de il alimentation insuffisante, bien que fréquemment observés chez l'homme, sont d'une étude assez difficile, par celle raison qu'ils coexistent habituellement avec ceux d'autres causes extrinsèques ou de divers étals pathologiques. Ainsi l'on observe fréquemment, chez les sujets qui ont subi des privations, la dyspepsie et la diarrhée, mais le peu d'aliments qu'ils ingéraient était de mauvaise qualité, de telle sorte que l'on peut expliquer la phlegmasie de la muqueuse intestinale par les contacts irritants qu'elle devait subir plutôt que par l'inanition elle-même; il semble bien établi cependant que l'insuffisance des aliments suffit à provoquer chez les jeunes enfants le développement de l'entérite.

Comme l'inanition, l'alimentation insuffisante produit la diminution des forces et principalement de l'activité musculaire, la décoloration des téguments, l'altération des traits, la tendance aux hydropisies, et l'amoindrissement de l'énergie morale et de l'activité psychique; elle diminue la. résistance aux causes accidentelles de maladie et à l'invasion des agents infectieux ; chez les aliénés et les fébricitants, elle semble favoriser le développement des escbares et provoquer des phénomènes d'excitation cérébrale; on explique ainsi le délire qui survient parfois sans cause appareille dans la convalescence des maladies aiguës; on a réalisé un progrès considérable le jour où l'on s'est décidé à alimenter les malades atteints de pyrexies. L'inanition chez les aliénés et les hystériques semble concourir à la genèse de la phthisie pulmonaire; nous pouvons citer le fait d'une extatique hystérique qui, après être tombée dans un état de cachexie et de marasme par le fait d'une inanition due à une auto-suggestion, s'est tuberculisée, alors qu'il n'y avait dans sa iamille aucun antécédent de phthisie et qu'elle s'était elle-même jusqu'à ce moment très bien portée.

L'inanition, dans les maladies des premières voies, accélère beaucoup les progrès de la cachexie; c'est même, semble-l-il, pour celte raison que les cancers du Larynx, de l'œsophage el de l'estomac causent habituellement la mort beaucoup plus rapidement que ne le font ceux des autres organes.

Par exception, certaines hystériques peuvent rester soumises pendant des mois, et même des années, à une alimentation insuffisante

(I) Hippocrate, Aphorismes, l" accl., 13. (ŒWe-«, édit. Lit t ré, Faiis. 1*844, t. IV, p. itl

ACTION DES MODIFICATEURS ASSIMILABLES. 89 sans en souffrir beaucoup; nous en avons connu une qui ne prenait chaque jour qu'une petite quantité de lait et dont cependant la santé générale demeurait relativement satisfaisante; c'est que, chez les Lstériques, il se produit, comme l'a démontré M. Charcot, un arrêt de la nutrition, et que leurs pertes en matériaux organiques sont aussi peu considérables que leurs acquisitions : il y a compensation.

Toutes choses égales d'ailleurs, l'insuffisance de l'alimentation est moins bien supportée par les enfants que par les adultes; dans le premier âge ses conséquences s'étendent rapidement à l'organisme entier; l'individu vil aux dépens de sa propre substance; il y a aulophagisme et par suite renversement du mouvement nutritif (athrepsie) (1); la graisse du tissu cellulaire sous-culané disparaît ainsi que celle qui remplit les interstices des muscles et des viscères; la circulalion devient languissante et il se produit une stase du sang dans les ! issus.

Leurs éléments, mal nourris, subissent la dégénérescence graisseuse et perdent ainsi leur aptitude fonctionnelle; la peau se ratatine et s'indure; les matériaux de la dénutrition n'étant plus éliminés qu'incomplètement par les reins stéatosés s'accumulent dans le sang et donnent lieu à des accidents d'encéphalopalhie urémique ; la respiration s'embarrasse, la chaleur s'abaisse, et la mort survient plus ou moins rapidement clans la cachexie et le marasme.

Nous n'avons considéré jusqu'ici que l'insuffisance des aliments pris dans leur ensemble; or l'on sait que l'alimentation doit être variée, et eonlènir simultanément des substances prottHques, hydrocarbonées et salines; si l'un ou l'autre de ces éléments fait défaut alors que les autres sont en qualité suffisante, il en résulte des accidents de nature variée.

La privation d'eau a les mômes effets que l'inanition ; elle constitue par elle-même un obstacle bientôt insurmontable à l'ingestion des aliments solides en même temps qu'elle trouble la digestion gastrique; c'est ainsi qu'elle fait maigrir les malades et aussi les sujets sains, à leur détriment.

La privation d'aliments proléiques est également presque aussi nuisible que l'abstinence complète (Magendie).

La suppression des substances hydrocarbonées a des conséquences beaucoup moins fâcheuses; la tolérance parfaite par les diabétiques du régime spécial qu'on leur impose montre que la proportion des aliments sucrés et amylacés peut être tout au moins réduite dans des proportions considérables sans que l'organisme en souffre.

(I) Parrot, ouv. cit.

00 IÎTlOLOGili.

Les sels alcalins qui entrent dans la constitution de l'organisme doivent être comptés parmi les aliments nécessaires.

Leur présence dans le sang sert à maintenir dissoutes diverses! substances albuminoïdes, à permettre l'oxydation de plusieurs composés organiques, à faciliter celle des graisses (fïorup-Besanez) el à fixer l'acide carbonique. Le chlorure de sodium fournit l'acide du Suc gastrique; la privation de ce sel a pour premier effet de produire! l'inappétence et le dégoût pour les aliments ; plus tard $àr\fieihnenit des vomissements, l'amaigrissement et l'asthénie (Boussingaull).

Barbier d'Amiens rapporte que des seigneurs russes ayant voulu, dans un but d'économie, supprimer le sel marin dans l'alimentai imi de leurs vassaux, les ont vus tomber dans un état de langueur et fle faiblesse extrêmes. Dans les ordres religieux les plus sévères on n'a pu proscrire le sel ( I ).

Les expériences de Roloff (2) ont monté que l'on peut produire chez les jeunes chiens et les jeunes moutons des lésions du squelette, si on nourrit leur mère, pendant leur allaitement, avec des fourrages pauvres en phosphates; Voit (3) a fait des observations analogues; Roll (4) a observé le rachitisme chez des lionceaux et des léopards auxquels on ne donnait pas d'os; déjàChossat avait signalé la diminution des sels terreux dans le squelette des animaux qui n'en ingèrent pas une quantité suffisante; il est vrai que Milne-Edwards n'a pas constaté que clans ces conditions la composition des os fût modifiée, et cftie Weiske et Wildt dans des expériences bien conduites sont arrivés au même résultat; mais d'autre part Roloff et Haubner (3) ont vu rosléomalacie survenir chez des animaux adultes privés de sels calca'frès

Garrod (6) a soutenu que l'usage d'aliments trop pauvres en sels de potasse est la condition pathogénique du scorbut; il a montré que la viande salée n'en contient que fort peu et que les substances les plus utiles contre le scorbut en renferment au contraire beaucoup. On peut lui objecter que l'on a observé des épidémies de scorbut, chez des groupes d'individus qui n'étaient pas privés de légumes frais

§ 2. — Alimentation surabondante.

L'importance de cet élément étiologique ne paraît pas avoir étJ

(1) Barbier d'Amiens cité par Oré, art. Aliments, Alimentation du Nouo. Dict. de méd. et de chir. prat., t. I, Paris, 1864.

(2) nolofl*. Arch. f. toissensch. ffeilk.

(3) Voif, Bericht der Nalurforsch. Versamml. in MUnchen, 1877.

(4) Roll, Palh. und Ther. d. Hausthiere.

(5) Haubner, Jahrsb. der Dresd. Gesell. fur Natur und ffeilk, 1870.

(6) Garrod, Sur l'essence des causes et la prophylaxie du scorbut {Edinburgh monthly Journ., 1845).

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