‹ Traité élémentaire de pathologie généraleChapitre 45 sur 183 · ARTICLE III. — A' ERS NÉMATOÏDES · texte numérisé non relu

ARTICLE III. — A' ERS NÉMATOÏDES

§ 1. — Ascarides lombricoïdes.

Ce sont des vers allongés, cylindriques, nettement annelés et à sexes séparés (fig. 15 et 16). Le mâle mesure une moyenne de 0,25 cent, de long sur 0,003 mill. de large, la femelle 0,40 cent, de long sur 0,0055 de large; leur couleur est rouge pâle; leur corps est tronqué antérieurement; leur bouche présente trois lobes arrondis; l'extrémité postérieure du mâle est recourbée en forme de crochets et munie de deux spirales ou bâtonnets de chitine ; l'orifice génital de la femelle est au milieu du corps; ses œufs, dont le nombre est évalué à environ 60 millions, sont ronds, et entourés d'une matière albumineuse. Ces vers habitent l'intestin; il est probable que leurs œufs

(1) Laboulbène, article Linguxtulk du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales.

(fig. 17) y sont introduits avec l'eau; Davaine (1) pense qu'ils ne trouvent pas , en dehors du corps humain, de milieu favorable à

Fig. Ascaride lombricoïde mâle (*).

Fig. 16. — Ascaride lombricoïde femelle (** .

(1) Davaine, article Lombric du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales et Traité des entozoaires, 2° édition. Paris, 1877.

— Lancereaux , Traité d'anatomie pathologique. Paris-

(*) Grandeur naturelle, ouvert dans une partie de sa longueur. — a, tête. — b, extrémité caudale. — ce', l'intestin enlevé entre ces deux points pour montrer les replis multipliés du tube génital flottant dans la cavité abdominale, testicule et conduit déférent continus s'insérant en d, sur une vésicule séminale très allongée , et graduellement atténuée eu arrière. — b, extrémité caudale grossie montrant le double pénis (Davaine).

(**) Grandeur naturelle, ouvert dans toute sa longueur.

— a, tête avec les trois valves; à la naissance de l'œsophage , on voit un cordon transversal qui est l'anneau œsophagien. — b, extrémité caudale ; de a en 6, intestin droit fixé aux parois par des fibres transversales dans la portion antérieure et postérieure où n'existe pas le tube génital. — dd , deux lignes latérales indiquant la division des fibres musculaires en bandes longitudinales. — c, orifice vaginal très peu apparent. — ce, ovaire et trompe continus formant deux tubes repliés un grand nombre de fois autour de l'intestin et s'abouchant en un tube commun ou matrice crui ne se distingue point, chez cette espèce, par une forme ou par un renflement particulier (Davaine).

ÉTIOLOGIE.

leur développement el qu'ils peuvent, quand ils ont' été expulsés avec les matières fécales , rester pendant plusieurs années sans se développer et aussi sans s'altérer. On a contesté j que leur ingestion pût donner lieu au développement du ver et divers auteurs, parmi lesquels Leuckart et von Linslon, ont été ainsi conduits à penser que les embryons de ce ver doivent passer par un hôte intermédiaire pour pénétrer dans le corps humain. R. Blanchard (1) oppose à cette manière de voir des expériences anciennes de Davaine et d'autres toutes récentes de Grassi (2) et Calandruc-

cio qui ont cons taté la présence d'œufs ou d'ascarides dans les matières fécales de deux sujets auxquels ils avaient fait ingérer auparavant des embryons de ce ver.

Davaine a remarqué qu'ils sont plus fréquents chez les individus qui boivent de l'eau non filtrée, et il explique leur apparition sous forme d'épidémie par l'usage général

d'eau altérée. Ils se développent de préférence chez les enfants. Ils peuvent quitter l'intestin et ont une tendance toute particulière à s'engager dans les cavités qui communiquent avec ce viscère; on les a vus pénétrer dans les voies biliaires et donner lieu aux accidents des coliques hépatiques, à la dilatation des canaux biliaires et à des hépatites suppurées qui peuvent entraîner la mort. On les a trouvés dans l'œsophage, dans la trompe d'Eustache, dans le canal lacrymal et dans les sinus frontaux; ils ont pu s'introduire dans le larvnx et donner lieu à des accidents mortels de suffocation. Ils s'ac-

Fig. 17. — OEuf d'ascaride lombricoïde.

(0 R Blanchard, Traité de zoologie médical,', 1890. Nous avons consulté avec grand fruit cet excellent ouvrage pour la rédaction de cet article et des suivants.

'W GLttCSM. I Bakteriol. und Parasitent B. I, 1887. - We.tcrer, tuf Fraoe der Ascarisentwikclung, loc. cit., 1889.

ANIMAUX PARASITES. m cumulent quelquefois en de telles proportions qu'ils obstruent l'intestin ; le même accidenta été observé dans l'œsophage. On a admis, en Allemagne, qu'ils peuvent perforer l'inslestin; Davaine, dune manière trop exclusive, repousse cette manière de voir; plus souvent ils s'en»agent dans les orifices de perforations produites par d autres causes; ils peuvent également pénétrer dans le péritoine après a morf dans la presque totalité des cas où on les a trouvés dans la cavité de cette séreuse, il n'y avait pas d'inflammation; on les a rencontrés aussi dans des tumeurs abdominales communiquant avec l'intestin; il n'est pas rare qu'ils sortent de l'abdomen par l'intermédiaire d'abcès qui s'ouvrent le plus souvent à l'ombilic ou dans l'aine. Ils peuvent enfin pénétrer dans les reins ou leurs voies d'excrétion.

Leur séjour dans les voies digestives peut ne donner heu a aucune espèce d'accidents; d'autres fois ils provoquent divers troubles de l'innervation, tels que des sensations anormales, des vertiges, des attaques épileptiformes ou hystériformes, des illusions sensorielles, et aussi des désordres digestifs, tels que de la salivation, de la diarrhée parfois sanguinolente, des palpitations, de la toux, de la dyspepsie, du prurit nasal, et l'altération des traits. Ce ne sont pas là des résultats purement mécaniques de leur présence; ils semblent dus bien plutôt à l'action irritante de certains de leur liquides; divers auteurs ont été pris en les étudiant de larmoiement avec gonflement des caroncules, d'éternuemenls, de vives démangeaisons et de tuméfaction des doigts; cette action irritante peut encore se produire quand le ver a été conservé dans l'alcool. Elle est due, d'après Leuckart, à une substance soluble dans l'alcool, et probablement huileuse, qui semble provenir surtout du renflement vésiculeux des fibres musculaires (1). C'est un des parasites que l'on rencontre le plus souvent dans l'intestin de l'homme. A Dresde, on le trouve chez un sujet sur neuf. Il est plus fréquent chez les enfants.

On a exceptionnellement observé chez l'homme Yascaris mystax et une fois l'ascaris maritime de Leuckart.

§ 2. — Oxyures vermiculaires.

Ce sont de petits vers ronds, blancs, filiformes (fig. 18, 19, 20). Le mâle, long de 3 à 4 mill., est muni d'un spicule à son extrémité postérieure; la femelle, longue de 10 mill., à tête mousse, se termine par

(1) R. Blanchard, loc. cit.

ÉTIOLOGIE.

une queue mince, 1res pointue sont d'un côté plats, de l'autre avoir été expulsés avec les fèces et avoir été introduits dans l'estomac d'un homme ou d'un animal.

Ils résistent au dessèchement, ce qui favorise leur transport. Ces vers se développent d'abord dans l'intestin grêle; on les trouve depuis le duodénum jusqu'à la valvule de Baubin; c'est là qu'a lieu leur accouplement; les mâles meurent rapidement et sont éliminés avec les fèces ; les femelles

. Ses œufs, souvent en nombre énorme, arrondis. Ils ne se développent qu'après pénètrent dans le cœcum, yséjournenl jusqu'au moment où leurs œufs ont atteint leur maturité, descendent alors dans le rectum et tendent à sortir par l'anus (1); on les rencontre quelquefois dans le vagin, souvent dans l'urèthre ou la vessie ; on les observe presque exclusivement chez les enfants; la nuit, ils sortent souvent du rectum et on les trouve autour de l'anus ou à la vulve. Ils déterminent une phlegmasie delà muqueuse avec sécrétion de muco-pus ; les malades

Fig. 18. — Oxyure mâle (*)

Fig. 19. Oxyure femelle (**).

Kig. 20. — OEufs d'oxyure (Eiehhorst).

accusent de vives démangeaisons; on assure qu'il peut en résulter des troubles de l'innervation analogues à ceux que produisent les ascarides ; ce qui est plus certain, c'est que le prurit dont ils sont la cause peut conduire les enfants à l'onanisme. Michelson a,trouvé chez un enfant,

(1) R. Blanchard, loc. cit.

(*) a, grandeur naturelle. — A, le même, grossi. [**) a, grandeur naturelle. — b, le même grossi.

dans un érythème suintant des plis génito-cruraux, un grand nombre d'oeufs et d'embryons de ces parasites.

§ 3. — Filaires.

Ce sont des vers nématoïdes cylindriques, à boucbe inerme, pourvue de valves saillantes.

a. Filaire de Médine ou dragonneau (fig. 21). — Ce ver, remarquable par sa longueur qui est considérable par rapport à son diamètre

». 21. — Embryons de la Fig. 22. — Embryons de la Filaria sanguinis hominis, grossis Pilaire de l'homme (*). 400 fois (Lewis).

(500/1) et atteint de 40 cent, à un mètre, babile les pays chauds. Sa tête est arrondie, son extrémité postérieure effilée et recourbée. On le trouve surtout chez l'homme, aux jambes et aux pieds, le plus souvent près du talon, dans certains cas au tronc et au scrotum, rarement aux membres supérieurs ; il donne lieu à la formation de tumeurs quelquefois allongées en forme de corde et souvent d'apparence phlegmoneuse; au bout de quelques jours une phlyetène

(*) 1, vu au grossissement de 65 diamètres. — 2, tète vue au grossissement de 350 diamètres. — 3, fragment présentant la naissance de la queue, même grossissement : en a. 1 anus (Davaine).

lin ET10L0GIE.

apparaît à leur partie la plus saillante et s'ouvre en donnant issue à de la sérosité ; on peut alors extraire la filaire. Gomment le ver s'introduit-il dans les téguments? D'après la plupart des médecins de ( marine, il y pénètre directement en perforant l'épiderme. Fedschenko a soutenu au contraire que ses larves habitent de petits crustacés, les j cyclopes, avec lesquels ils pénètrent d'abord dans l'estomac, puis dans les tissus.

b. Maria sanguinis hominis (fig. 22). — Ce ver est nuisible surtout par son embryon qui peut pénétrer dans les vaisseaux sanguins et : lymphatiques et s'y multiplier en quantités énormes; des recherches récentes ont montré qu'il est la cause de l'hématurie dite de l'Ile de France, affection que l'on observe fréquemment dans les régions tropicales, et de l'éléphantiasis des Arabes (1).

On doit la découverte de cet embryon à Wucherer (2) qui l'a vu en! 1866 à Bahia dans les urines chyleuses. Depuis lors, Crevaux (3) l'a étudié en 1870 à la Guadeloupe, et Spencer Cobbold à Porl-Nalal (4); Lewis (5) (fig. 22) l'a trouvé dans les selles et dans le sang des chyluriques; il a établi ses rapports avec l'éléphantiasis et lui a donné son nom de filaria sanguinis hominis. En 1875. Patrick Manson a constaté de même, chez des sujets atteints d'éléphantiasis, la présence de ce parasite dans le sang et dans les tissus malades; Bancroft, Lewis et S. Aranjo, de Bahia, l'ont trouvé à l'état adulte, le premier dans un abcès lymphatique du bras, le second dans un caillot sanguin d'une tumeur éléphantiasique du scrotum; en 1880, Venturini a rencontré les mêmes embryons que Patrick Manson dans l'urine et le sang d'un malade atteint d'hémato-chylurie ; en 1881, M. Ledentu (6) aj présenté à la Société de chirurgie une observation d'hydrocèle contenant un liquide graisseux dans lequel il a trouvé ainsi que M. Damaschino des filaires bien caractérisées; enfin, en 1882, M. Damaschino a montré à la Société des hôpitaux les embryons qu'il avait recueillis pendant la nuit dans le sang d'un malade de son service.

Il est donc établi qu'un parasite spécial se trouve le plus souvent dans le sang et les urines des sujets atteints de chylurie et assez souvent dans les lymphatiques des parties devenues éléphantiasiques, particulièrement dans l'éléphantiasis du scrotum, et aussi dans Yêléâ

(L) Consulter à ce sujet une remarquable revue de H. Barth, dans les Annales de dermatologie et de syphiligraphie, 1881 .

(2j Wucherer, Gazeta medica di Bahia, 1868.

(3) Crevaux, Hématurie chyleuse et graisseuse des pays chauds (Arch. de med. nav.,

^(^Sp. Cobbold, On the development of the Bilharzia hasmatobia (British med. Jovn,.. 1 872)

(5) Lewis, Annual Reports of the sanitary commission for India, 1874. (G) Ledentu, Bulletins de la Société de chirurgie, 1884.

phantiasis vrai des Arabes et dans les varices lymphatiques. On est conduit ainsi à admettre que la présence de cet entozoaire est la cause même de ces troubles morbides et à considérer ces maladies comme parasitaires. Elles peuvent coïncider et doivent être attribuées à des localisations différentes du même parasite. Si, dans certains cas de lymphurie, l'examen donne des résultats négatifs, c'est, d'après Sonsino, parce qu'il est pratiqué alors que les parasites ont été éliminés auparavant avec les urines ou qu'ils ont pénétré dans la circulation générale et s'y sont détruits (d) ; le même auteur affirme qu'ils peuvent séjourner longtemps dans l'organisme sans occasionner de troubles morbides. Leur présence, dans le cas d'hématurie d'Égypte, coïncide souvent avec celle du distomum hœmatobium qui contribue à produire les accidents.

L'embryon de la filaire de Médine, mesure 0 mill. 35 de longueur sur 7 à k8 [* de largeur; son extrémité céphalique est arrondie et mousse,' son extrémité caudale effilée en pointe; il paraît enveloppé d'un mince étui sans ouverture dans lequel il s'allonge et se raccourcit librement. Chose étrange, on ne le trouve dans le sang que pendant la nuit ; il s'y montre vers sept heures du soir, y est visible en grande quantité au milieu de la nuit et disparaît au matin ; ce fait explique comment de bons observateurs l'ont cherché en vain chez des chyluriques.

P. Manson a montré qu'il peut être absorbé par les moustiques avec le sang humain et subir dans le corps de ces animaux une série de transformations : l'étui qui renferme l'embryon s'en écarte, puis se dissout; l'animal s'accroît; une bouche se dessine et l'on peut y distinguer quatre lèvres; au bout de quelques heures, la filaire, si elle vit encore, atteint 1 millimètre de long; on peut lui reconnaître un tube intestinal; la bouche devient infundibuliforme ; les organes sexuels apparaissent; l'animal, qui était engourdi depuis son passage dans le corps du moustique, commence de nouveau à se mouvoir; il sort dans l'eau où l'insecte est venu mourir et y séjourne. Il peut être ingéré de nouveau par l'homme avec l'eau alimentaire et pénétrer ainsi dans l'organisme par les voies digeslives.

Il s'accumule particulièrement dans les lymphatiques, dont il produit la dilatation et dans lesquels il gêne la circulation; c'est ainsi que M. Ledentu explique à juste titre la production d'éléphantiasis, d'hydrocèles chyleuses et d'adéno-lymphacèles et qu'il faut interpréter celle des urines et des selles chyleuses.

• L'animal adulte présente une longueur de 8 à 10 centimètres et un

(l) Sonsino, A New séries of cases of filaria sanguinis,ei.c. (Med. Times and Gaz., 1883).

112 ÉTIOLOGIE.

diamètre d'environ 3mm,3- La tôlfl légèrement arrondie est supportée par un cou très grôle; la bouche est plate.

On voit que ce parasite peut, comme plusieurs autres helminthes, se développer chez l'homme sous des formes différentes; il parait siéger surtout dans le système lymphatique, mais nous avons vu que les embryons pénètrent également dans le sang et y séjournent passagèrement.

c. Filaire loa. — C'est un ver cylindrique qui s'introduit et détermine une phlegmasie ordinairement bénigne entre la conjonctive et la sclérotique; il se meut avec rapidité. On l'a observé surtout chez les nègres. Il parait originaire de la côte occidentale de l'Afrique.

Il peut également s'introduire dans la peau. Blot l'aurait vue passer d'un œil dans l'autre à travers le tissu conjonctif du nez (?).

d. Pane a décrit en 1864 (1) une filaire labiale qu'il avait extraite, chez une jeune femme, d'une pustule siégeant à la lèvre; elle mesurait environ 34 millimètres de longueur. Grassi (2) siguale une filaire inerme extraite d'une tumeur conjonctivale ; elle paraît identique à la filaire péritonéale qu'a fait connaître Babes.

e. Nielly (3) a trouvé dans les vésico-pustules d'une pseudogale, chez un mousse qui n'avait pas quitté la France, un nématoïde mesurant 0mm,333 en longueur et 0mm,013 en largeur à sa partie moyenne; après l'avoir examiné avec le concours de MM. Bavay et Corre, il est arrivé à le considérer comme une filaride ou une anguillulide ; l'embryon du ver existait dans le sang. Cet animal diffère de la filaire de Wucherer. Nielly tend à le regarder comme identique à celui qu'O'Neill a signalé comme une filaire dans les vésicules de l'affection décrite sous le nom de craw-craw chez les noirs de la Côte-d'Or, affection qui offre beaucoup d'analogie au point de vue clinique, avec la dermatose qu'il a observée. L'animal serait vraisemblablement ingéré avec l'eau banale des ruisseaux de la campagne.

§ 4. — Trichines.

Ces helminthes habitent à l'état de larves les muscles et à l'état adulte le tube digestif. L'homme ingère les larves contenues dans la chair de porcs infectés ; les vers se développent, et atteignent une longueur qui est, pour les mâles, de 3 millimètres, pour les femelles,

(1) Pane, Nota su di un elminte hematoïde. (Ann. delï Acad. degli aspir, naturalisa. Napoli, 1864)

(2) Grassi, Filaria inermis, ein Parasit der Menschen, des P fer des, des Escls (Centralbl. fur Ba/cteriol. and Parasitenk, 1887).

(3) Nielly, Un cas de dermatose parasitaire observée pour la première fois en France (Bull, de l Acad. de médecine, 18b2).

rte '■> millimètres environ (fîg. 23); ils sont visibles à l'œil nu, blancs, tins comme des cheveux. Peu de jours après la fécondation, les embryons mis en] liberté percent les parois intestinales et pénètrent, en cheminant dans les interstices des tissus, jusque dans les muscles où on peut les voir dès le quatorzième jour après l'infection. On en itrouve, à cette période, dans les cavités du péritoine, de la plèvre et du

l'ig. 23. — Trichine (♦).

péricarde ; on a admis également qu'ils peuvent pénétrer dans les lymphatiques et les vaisseaux sanguins.

J. Chatin (!) a montré, contrairement à l'opinion de Virchow et de Leuckart, que les vers ne pénètrent pas dans les fibres musculaires, mais s'arrêtent dans le tissu conjonctif interstitiel; ils s'accumulent au voisinage des tendons, se développent et bientôt sécrètent un produit analogue à la chitine qui les entoure et leur forme une première enveloppe; il s'y ajoute bientôt un revêtement de tissu conjonctif (fig. 24).

(1) Chatin, Les Trichines et la Trichinose, Paris, 1883.

(*) 1 et 2, trichines déjà parvenues dans le tissu musculaire, mais non encore enkystées. — 3, trichine enkystée dans le tissu musculaire. Le kyste est limité par une membrane qui montre, par transparence, la niasse granuleuse interne et la trichine. — 4, kyste dépouillé do son enveloppe et réduit à la masse granuleuse interne dans laquelle la trichine se trouve incluse. — 5, trichine extraite du kyste et très grossie (J. Chatin);

HalLopeau, 3o édition. 8

ÉTTOLOGTE.

L'embryon ;t augmenté do volume; ses ôfrgaries sont devenus plus! distincts ; le ver s'est allongé et s'est recourbé en spirale en se pelo-j tonnant sur lui-même. Trois semaines lui suffisent pour s'enkyster.

Au microscope, on constate que la fibre musculaire est chargée del granulations et quelquefois en dégénérescence cireuse; su gaine esJ distendue et épaissie; on voit à sa facé interne des noyaux de nou-j

velle formation. Le parasite!

apparaît sous la forme d'uia ver cylindrique enferme] dans un kyste ovoïde qui sel continue par ses deuxextré-1 mités avec une fibre muscu-j laire plus ou moins altérée.] Au bout de trois à six moisi leur enveloppe s'incruste!

de sels calcaires. Ces kystes, à peine visibles à l'œil nu,| forment de petits grains gri-j sâtres disséminés dans lous^ les muscles (fig. 25); ils!

sont plus abondants dansl

Hg. 24. — Fragment de muscle contenant des tri- Fig. 25. — Faisceau musculaire ren-

chines enkystées (grossissementde 40 diamètres).

fermant des trichines calcifiées, grandeur naturelle.

le diapbragme chez les porcs; J. Chalin les a trouvés également dans les tuniques conjonctives et musculeuses de l'intestin. On a calculé que leur nombre, chez un seul individu, s'élève parfois à plusieurs millions. Ces vers peuvent vivre sous cette forme pendant nombre d'années et garder la faculté de passer à l'état adulte s'ils sont ingérés par un antre animal. Lorsqu'il en est ainsi, le travail de digestion met bientôt l'animal en liberté; il grandit rapidement, son appareil sexuel se développe, l'accouplement a lieu et) dès le cinquième jour, chaque

femelle met en liberté plusieurs centaines d'embryons, pour mourir bientôt après avoir rte éliminée avec les fèces on digérée; dès le quatorzième jour après l'ingestion, le mâle a disparu : le cycle est accompli (1).

La présence des n-ichines dans l'intestin donne lieu à une inflammation, quelquefois grave, de la muqueuse digeslive; elle se traduit par des douleurs abdominales, souvent accompagnées de diarrhée et même de vomissements, accidents parfois assez violents pour simuler une attaque de choléra; il y a en même temps du malaise général avec anorexie, insomnie et réaction fébrile intense. Quelques jours après, les malades accusent dans les membres des douleurs, souvent accompagnées de raideur musculaire et de contractures; la face et bientôt tout le corps deviennent le siège d'une légère tuméfaction œdémateuse; la fièvre persiste avec une intensité variable; il se 'produit un état typhoïde avec adynamie, sécheresse de la langue, ballonnement du ventre, sueurs profuses, dyspnée, sensation de Iconslriction thoracique due a l'envahissement du diaphragme et des (intercostaux. Dans une troisième période, la fièvre tombe, l'anasarcme devient énorme, la peau prend une pâleur cireuse, il se forme ;des eschares, la diarrhée persiste, les poumons s'œdématienl et les malades peuvent succomber du vingtième au cinquantième jour. Il est loin d'en être toujours ainsi; la morl ne survient guère que dans un huitième des cas.

La trichinose doit être considérée comme une maladie infectieuse dont le parasite est connu. Il suffit pour s*en préserver de chaulfer suffisamment la viande qui le renferme. Très rare en Franco, elle est (commune en Allemagne et aux États-Unis; et il doit en être ainsi dans tous les pays où l'on fait usage de viande de porc crue ou trop peu cuite.

§ 5. — Tricliocephalus hominis. |fpj|K

Ce némalode se rencontre surtout ^ffig dans le cœcum et parfois dans Fintestin grêle ; on l'y a trouvé en grand 26, — QÇurs de Tricltocépliale dUpar nombre; il mesure de 4 à 5 centi- (Eichhorat). mètres de long; sa partie antérieure se contourne en spirale; un spicule sort chez le mâle de son extrémilé. Ses œufs (fig. 26) sont

(1) H. Barth, Fragments d'Iiclmintliologic (Union médicale, 18R4; — Grancher, la Tri» ch'nwxe (Avnnlcx d'hygiène 1884); — R. Blanchard, ouvrage cité,

ÉTIOIiOGlE

ovales, loin- graad àiamètre atteilH 50 <j.; ijfl sont entourés d'une coque brune et épaisse, dont les pôles sont épaissis. Ce ver peut donner lieu, comme l'ascaride, à des troubles graves de l'innervation ; Barth en a rapporté un exemple; d'après Mégnin, il pourrait également, comme l'ankyloslome avec lequel on le rencontre assez souvent, provoquer de l'entérite et secondairement une anémie grave : le fait est contesté.

£6. — Ankylostome duodénal.

Cenématode, appelé aussi dochmim ilundenalis ou strongylus duodenalis, est long de 6 à 15 et même 18 millimètres (les femelles sont plus grandes que les mâles) (fîg. 27); son extrémité céphalique présente une ouverture buccale presque complètement fendue sur sa face dorsale; les bords de la fente sont recouverts de lamelles de cbitine. On voit, autour de cette ouverture, quatre saillies cornées, comparablesàdesdents, sur la face ventrale et deux sur la face dorsale.

Fig. 27. -— Ankylostome duodénal mâle, d'après Schulters (*).

(*) a, capsule buccale; b, œsophage; c, collier œso-; phagien ; d, pore excréteur; c, extrémité postérieure de { l'œsophage; /, cuticule; g, couche musculaire; h, dé- 1 luit de l'intestin; i, trlancle cervicale droite; k, glande cervicale gauche ; Z, canal excréteur de la glande cervicale gauche; m, intestin; «, tube testiculaire : //. vésicule séminale; q, canal éjaculateur ; r, extrémité antérieure des spicules ; s, spieules; t, papille latérale gauche; Ù, papille auale ; y, pièce chitineuse creuse, j en arrière des glandes anales; 10, tronc des deuxième, troisième et quatrième cotes latérales; x, cote antérieure gauche ; y, côte antérieure gauche ; y, côte antérieure droite ; z. troisième côte latérale droite (Blanchard, Zoologie mi'dicale}^

ANIMAUX FAHAS1TES. {{1

L'ankylostome se trouve en grande quantité dans l'intestin grêle et plus particulièrement dans le duodénum et les deux tiers supérieurs du jéjunum des individus dont il entraîne la mort; sa bouche, armée de dents, s'attache à la muqueuse intestinale et y produit des lésions qui donnent lieu fréquemment à des hémorrhagies intestinales, ainsi qu'à des troubles de la digestion persistants; il en résulte un état d'anémie profonde que Blanchard appelle ankylostomasie: l'examen du sang a montré que le nombre des globules rouges peut s'abaisser au quart du chiffre normal. Les œufs, déposés dans l'intestin, ne s'y développent pas, ils sont évacués avec les excréments; il est probable que les larves rentrent dans l'intestin avec l'eau alimenlaire (1).

On a reconnu dans ces derniers temps que l'ankylostome est la cause de maladies désignées sous le nom d'anémies ou de chloroses : telles sont la chlorose d'Egypte, appelée aussi cachexie aqueuse, malcœur, et Ykypohémie intertropicale, appelée aussi opilaçâo et cançaço, l'anémie observée en Italie chez les ouvriers des rizières et des solfatares.

Leichtensfein (2) l'a observé chez les tuiliers des environs de Cologne; Masius et Francotte (3) l'ont vu chez les bouilleurs du bassin de Liège ; et on a reconnu qu'il existe assez fréquemment chez les sujets atteints d'anémie des mimurs; on l'a signalé particulièrement chez ceux qui étaient employés aux travaux du tunnel de Sainl-Gothard; Perroncito (4), Trossat et Eraud le considèrent comme la cause de celte maladie. Dransarl, sur six mineurs atteints d'anémie, en a trouvé deux dont les selles contenaient l'ankylostome; ces observations nous paraissent confirmer l'origine parasitaire de celte anémie et non l'infirmer comme le veut leur auteur.

M. Mégnin (5) a constaté que l'ankylostome produit la maladie des chiens connue sous le nom de saignement du nez. Il a observé, chez ces animaux, une entérite liée à la présence du ver et il attribue à la même cause les accidents observés chez l'homme.

(1) Krœnkel, Anchyloslome duodénal {Soc. de tned. de Berlin, 188o(.

(2) Leichtenstein, Ueber dus Vorkommen von ÂnàKyhst. duoden. bei den Ziegèlafbèiten mder Lmgebung Kœlns (Beutsch med. Wochens, 1885).

(3) Masius et Francotte, Nouveaux cas d'unkylostomasie observés chez les houilleurs du bassin de Liège (Bull, de l'Acad. de Belgique, 18So).

(4) r-en-oncito, Recherches sur l'anémie des mineurs (Acad. des sciences. 1882); — Uiignon, YAn/cglostome duodénal et l'anémie du Saint-Gothard (Revue médicale de la Suisse romande, 1882); - Trossat et Éraud, Sur le rôle étioloqique de Vankylostome duodénal dans l'anémie des mineurs (Lyon médical, 1883) : — Dransart, Note sur l'anémie des mineurs (Association pour l'avancement des sciences, Congres de La Rochelle).

(5) Mégnin, Bu rôle des ankylostomes et des trichocéphales dans le développement des unemies pernicieuses (Comptes rendus de la Soc. de biologie. 1882).

ÉTIOLOGIE.

§ 7. — Anguillules intestinales.

Ces parasites ont été découverts par Normand (1) dans les selles: de malades atteints de di;t i-rlu';u de Cochincliine.

Fig 28. — Anguillulc stercorale (Ravay) (').

(I) A. Normand, Mémoire sur la diarrhée dite de Cochinchinc [Archives de médccii navale, t. XXVll.p. 35).

(*) 1. Premier âge, longueur 0""",35, largeur 0mm, 15. — 2. Age moyen, longueur 0mm,3' largeur 0mm,23; a, premier renflement œsophagien \ h. deuxième renflement ; c, calcul d, estomac; e, glandes (foie ou rein); f, vésicule qui deviendra un testicule ou un ovaire g, anus. —3. Age adulte femelle, longueur 1 mjll., largeur 0""V<0; a,b,c,d,e,f,g, mèn* signification ; T, ovaire ; 1, œufs. — I. Age adulte, mâle, longueur 0""»,10. largeur O^ÙOM a,'b,c,d,c,f,g, môme signification ; t, testicule; s, spicule. — 5. OEuf" contenant un embryon. — 6. Embryon sorti de l'œuf. — V. s,s. spicules; a, pièce accessoire.

L'anguillule stercorale (fig. 28), très analogue à l'anguillule terrestre, a environ 1 millimètre de long sur 0mm,4 de large.

t'ig. 29. — Anauillulo intestinale (Bavay)

L'anguillule intestinale (fig. 29) atteint 2mm,90 de longueur; son

(*) 1 . Animal adulte grossi Ib fois. — 2. Queue vue de profil. — 3. La même par dessous. — 4. Tronçon du corps contenant les oeufs; — 5. ûEuf contenant uu embryon c» voie de formation. — 0. Le même, plus développé. — 7. Larvw.

liTJOLOUIU.

corps est cylindrique, un peu aminci en avant, terminé en arrière par une queue conique dont la pointe s'arrondit sensiblement (1). On peut observer ce parasite à l'état d'embryon, à l'état de larve, à l'état de mue, dans lequel il est comme engainé dans un tube où il se meut, et à l'état adulte ; certains malades en expulsent plus de cent mille et môme plus d'un million pur jour.

Leuckart a démontré que ces deux vers, considérés d'abord comme distincts, ne sont que deux formes successives d'une seule et même espèce, l'anguillule intestinale étant la forme parasitaire et \'on</ui.llule stcrcorale la forme libre.

L'anguillule intestinale est surtout abondante dans le duodénum: elle se trouve en quantité moindre dans le jéjunum et manque dans l'iléon.

Elle représente la l'orme strongyloïde de l'espèce dimorphe rhab- <lomena.

Ses larves ont les caractères de rhabd'dis et offrent de l'analogie avec celles de l'ankylostome, mais elles sont plus grandes. Soumises à une température de 22° à 25°, elles peuvent se développer; elles arrivent à l'état sexué dans une étuve réglée à 32° ou 35°; de leur accouplement résulte l'éclosion de nouvelles larves qui en se développant perdent le caractère de rbabditis pour prendre la forme strongyloïde; en cet état, elles ne peuvent vivre libres, elles meurent rapidement; elles ne peuvent continuer leur évolution et passer à l'état adulte qu'après avoir séjourné chez un hôte qui leur offre un milieu favorable. Voici donc un ver parasite dont les embryons se développent à l'état libre en rhabditis sexués alors que les descendants de ces derniers redeviendront parasites. C'est un animal dont le cycle de développement nous présente une série de générations alternativement libres et parasites (R. Blanchard).

Le parasite se propage vraisemblablement dans l'Inde par les légumes que l'on a l'habitude d'y arroser avec de l'eau renfermant des excréments humains. Les larves contenues dans ces matières passent à l'état adulte, s'accouplent et donnent naissance à des larves strongyloïdes qui, introduites clans le tube digestif, y passent à l'état d'anguillules intestinales.

Ce parasite a été vu aux Antilles, au Brésil et en Italie ; on a cru qu'il était la cause de la diarrhée de Cochinchine; il est probable qu'il y trouve seulement un milieu favorable à son développement et ne fait que contribuer à l'on trel fuir.

(I) Bavay, Note sur l'anguillule intestinale (Archives de médecine navale, t. XXVIII, p. 64). Leptodeva stercoralis (Cobbold), psrudo-sterenralis (Pci roncitol, — Louckai'Ç j 885, Ueber die Lebenycschiclite der anguiL stercoralis.

^ 8. — Strongle géant.

Le Strongle géant, que l'on rencontre surtout dans les reins et la vessie du cheval, du bœuf et du chien, a été observé six fois chez l'homme; il siégeait dans l'un des reins ou dans la vessie.

On a trouvé une fois dans les poumons d'un enfant le slrongUas longccaginatus.

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