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ARTICLE IV. — VERS CESTOÏDES

On en distingue deux familles principales, celles des taenias et des bothriocéphales.

§ 1. — Taenias (1).

Ils peuvent habiter le corps humain sous deux formes, celle de ver intestinal (fig. 30) et celle de larve cyslique (fig. 37 à 44). Leur partie la plus importante est la tète.

Elle est, chez le tœnia soMum(1ïg. 30), déforme octaédrique et porte, à ses angles latéraux, quatre ventouses constituées par des sortes de cupules creusées dans son tissu; ces ventouses communiquent avec l'extérieur au moyen d'un orifice dirigé en avant et mesurant environ le tiers de leur largeur; douées de mouvement, elles peuvent se projeter au dehors, comme portées par un pédicule. Elles renferment d'ordinaire un pigment qui leur donne une coloration noire. C'est par elles surtout que l'animal s'attache à la muqueuse. Son extrémité antérieure est connue sous le nom de rostre ; c'est un organe contractile que l'animal peut propulser ou rétracter et même invaginer à volonté ; il est entouré d'une double couronne de crochets. On distingue à ceux-ci une lame ou griffe et une base; cette dernière est échancrée dans sa pai lie moyenne et se divise en deux racines qui s'implantent dans une logetle creusée dans le rostre ; la griffe, légèrement incurvée, fait saillie au-dessus du rostre. On distingue des petits et des grands crochets, la taille des premiers étant à celle des seconds comme deux sont à trois. Ils suivent le rostre dans ses mouvements (lig. 31 et 32).

Chez le txnia sagiriata, dit encore inerme ou mediocanellata, la tète est comme tronquée en avant (fig. 3o), par suite de l'absence de proboscide, et elle n'est point armée de crochets. M. Mégnin a soutenu, à tort, que l'état armé et l'état inerme sont deux âges différents ou deux degrés difiérents de développement que peut présenter le même parasite, soit successivement s'il ne quitte pas le milieu qu'il habite

(i) Nous nous sommes surtout servi, pàur la mise au courant <1e cet article, du livre, déjà cité, de M. Raph. Blanchard.

imoLOGlli.

jusqu'à son onliùic maturité et sa lin iiaLurolie, soit en même temps si deux individus de mémo origine habitent des milieux différents. Dans les deux variétés il y a également des tamias acéphale* ; le Mokm

appelé lùte est un organe transitoire (1), destiné à lej lixation du lamia.

Chez l'animal en voie de développement, la portion qui fait suite à la tète et que l'on appelle le cou, donne:

naissance, par bourgeonne-] ment, à des anneaux dont les premiers sont de très petytes dimensions; ils deviennent plus volumineux à mesure qu'ils s'éloignent de la

Flff. 30. — T&nm ëolïdm.

Fig. 31. — Tète'-' de Txnia soliurià grossie 45 fois, d'après Leuckait.

tète (ûg. 30, 31 et 3o) ; bientôt ils présentent sur l'un de leurs bords latéraux, en alternance irrégulière chez le tamia inenne, régulière chez le tœnia solium, une petite fossette ; elle esl d'abord vers le milieu de leur longueur, mais quand ils vieillissent, elle se trouve reportée]

il) Mégnin, Sur lacaducilé des crochets et du scolex lui-même chez les Txnias (Compte! rendus de la Société de biologie, * 880).

en arrière. Sa forme est celle d'une poche dans laquelle on . accède par un pore marginal, dont le pourtour forme, sur les anneaux mûrs (flg. 34), un bourrelet saillant; le fond est percé d'une .ouverture, le pore génital, qui conduit dans le cloaque sexuel. Ces anneaux sont hermaphrodites , avec cette particularité que les organes mâles, d'abord prédominants, s'atrophie plus tard à mesure que les organes femelles se développent; ceux-ci renferment souvent plusieurs centaines d'œufs; quand ils sont fécondés, ils se détachent, sont expulsés avec les fèces, et se détruisent promplement. Les œufs qu'ils renferment sont ainsi mis

Fig. 32. — Grand et petit crochets île Twnia solium, grossis 280 fois, d'après Leuckavt.

Fig. 34. — Fragment du Twain solium Fijj. 33. — Anneau mûr du T.vnia solium, \u composé d'anneaux murs, d'après Lapai- la farc dorsale, d'après Sommer. boulbène.

en liberté. On peut y voir un embryon pourvu, si l'anneau provient d'un (ténia solium, de six crochets aciculaires.

Quand ils sont ingérés par un autre animal, ils traversent les parois de l'intestin et vont se fixer dans différents organes où ils se développent sous une nouvelle forme, la forme vésiculeuse. Ils peuvent aussi suivre toutes les phases de leur développement chez le même animal,

ÉTIOLOGIE.

depuis l'état do prnsnile.i-, ou d'embryon Iwxacanthe , jusqu'à celui M proglotlia ou cucurbilin rempli d'œufs, eu passant par les étals in-i termédiaires de scôleït! ou larve

vésiculaire, et de swétiïle ou ver rubanaire (1).

Le taenia sa^i'Hata est le plus long de ceux que l'on observe chez l'homme; il atteint en moyenne de 8 à 10 mètres; on a complé

mm

Fig. 35. — Extrémité céphalique de '/'; sarjmata, grossie 8 fois.

Fig. 'M. — Anneau 1213 île Txnia sagimitii (*).

plus de 1,200 anneaux chez un de ces vers de longueur moyenne. Ces anneaux se détachent spontanément un à un; ils sortent avec les

(1) Mégnin, Sur le développement des tentas inermes chez les herbirores domestiques [Comptes rendus de la Société de biologie, 1879).

(*) D'après Sommer. L'anneau a déjà commencé à s'étrangler. Les glandes coquilleuscs sont en voie de résorption. D'après Leuckart. — A, à l'état de rétraction; B, à l'état d'extension;,/, ramifications latérales de l'utérus ; a, bord postérieur de l'anneau; b, lacune longitudinale; c, lacune transversale établissant la communication entre les deux lacunes longitudinales: à, canal- durèrent ; 0, poche du dire;!/, fossclte marginale; g, vàginj A, corps de Mclilis; /.-, ùiérus.

matières fécales, et aussi dans l'intervalle des selles. Leur l'orme est plus allongée (lig. 36) que chez le lœnia solium.

Ce tœnia offre souvent des anomalies; sa tête tout entière (fig. 35) peut être colorée en noir (tsenia nigra de Laboulbène) ; le nombre des ventouses peut être de 5 ou de 6; quelques anneaux présentent parfois plusieurs pores marginaux, soit sur le même bord, soit des deux côtés.

M. L. Colin a vu un ruban long de l.'i centimètres formés d'anneaux complètement fusionnés avec des pores marginaux répartis sans ordre des deux côtés ; il a donné à cette variété anomale le nom de tœnia fusa ou continua; M. Vallin a observé un cas analogue; d'autres fois la fusion est incomplète; exceptionnellement un anneau surnuméraire s'enfonce à la façon d'un coin entre deux anneaux; enfin les anneaux du ténia peuvent être perforés (tœnia fenêtré).

Le lœnia solium, notablement plus court que l'inerme, mesure en moyenne de 5 à 6 mètres. Ses anneaux sont au nombre d'environ 85Ô. Ils sont notablement plus courts et plus minces que ceux du tWia inerme; leurs pores marginaux, comme nous l'avons indiqué déjà, alternent régulièrement d'un anneau à l'autre. Ils se séparent on chaînons, groupés au nombre de 4, 6 ou 10. Ce tœnia peut présenter les mêmes anomalies que le saginata.

On a observé exceptionnellement chez l'homme diverses espèces de lœnia différentes des précédentes et désignées sous les noms de taenias abietina, nana, flaviopunvtata, ellipticà, rucumerina, madagascarinisis (Davaine).

Les tœnias sont habituellement uniques, d'où l'épithète de solium appliquée à l'un d'eux; il faut se garder de la prendre à la lettre, car il n'est pas rare de voir des malades expulser en une fois plusieurs têtes; on en a compté jusqu'à 59 ; il s'agissait dans ce cas de jeunes tœnias.

La présence de ces vers dans l'intestin est quelquefois bien tolérée ; assez souvent elle provoque des troubles de l'innervation analogues à ceux que nous avons signalés à propos des ascarides, et des troubles digestifs.

La forme vésiculeuse varie suivant l'espèce de tœnia dont provient l'embryon. S'agit-il d'un taenia solium, il se développe un cysiicerque (lig. 37 à 40).

Le fait a été démontré par l'expérimentation. En 1853, van Beneden fait avaler à un cochon des œufs de tœnia solium et l'animal devient ladre; en 1855, Haubner et Kùchenmeister donnent des anneaux de ce même tœnia à trois cochons de lait et constatent chez eux, quelques semaines après, l'existence de nombreux cysticerques. Récipro-

ÈTIOLpGIE.

aima so»

tjucmiMii . il est (I('iiimiii ii- q,ue le eysticfirgue représente l,e i;<.. linm à l'élal (Je larve. Kn 1877, Jledon ingéçq, quatre de ces parasite! recueillis sur un cadavre: au bout de trois mois et deux jours, il ; expulsait des anneaux dej

-^gç^ — la-nia soliiiin et bientol

après un ver complet.

Le cysticerque est constitué par une vésicule dej 6 à 10 millimètres de diamètre, percée sur un de ses côtés d'un petit pertuis par lequel peut sortir, en se retournant comme un doigt de gant, un appendice de 6 à 10 millimètres de longueur dont l'ex- I rémité renflée représente exactement la tête du tœnia solium (fig. 37 et 38). | Il meurt à une température de 47° à 48°.

Dans une variété décrile par Weinland, sous le nom j de cysticercus acanthotrias, il existe à la base du rostre une triple couronne de crocbels.

Les cysticerques ont été | rencontrés clans la plupart des organes ; c'est dans le cerveau, les muscles et le tissu cellulaire sous-cutané qn' on les trouve le plus fréquemment ; on lésa vus dans l'œil (fig. 39). Leur nombre peut être considérable; on en a compté jusqu'à 9,000 chez un sujet. Ceux des centres nerveux peuvent prendre une forme parli eu Hère à laquelle Zenker a donné le nom de cyslicerats r>wcmo-\ sus. La vésicule, au lieu d'être arrondie, présente des contours très!

(*) a vésicule d'enveloppe transparente, remplie de liquide. — b. orifice de la vésicule. V vésicule piriforme au fond de laquelle, en f, est attache l'animal. - «U'aniraal firf M rond de la vésicule pirilormc. - c, sa tète, repliée sur elle-même . peut s'allonger et sort* par l'orifiee b. - 2, tête d'un cyslicçrquc couronnée de 84 à M crochets. - ventouse*. — ht tèle. — 3j crochets isolés.

Kiir. 37,

Cysficerqu.::

ANIMAUX PARASITES. Î2f

irréguliers avec une série d'étranglements e! de dilatations très inégaux (fig. 40) : son aspect rappelle grossièrement celui d'une grappe

Fig, 38. — Couronne de oi'ocliols du cystieerque, grossie 1 1 < > l'ois.

de raisin; ses dimensions peuvent être considérables, on les a vues

Fig. 39. — Gys't'icefqîHj du tu <-li;iiiibi e adièVioure de l'un.

atteindre 0,93 centimètres (1). Ils donnent lieu à une phlegmasie généralement circonscrite et parfois suppuralive des tissus qui les

(I) V.-K. Zenker, Uehpr den Cysticercus racemo-im der Gehirnu (lieitn. r. A nui. und ÉmbryoL). Bonn, 1382, cité par B. Blanc-hardi

(*) A, tète du cysHcerquei

IÏT10L0G1K

entourent (1;; ils excitent eu même temps ou cowotprimeni el para-J lysent les parties de l'encéphale avec lesquelles ils sont eu rapport, et provoquent ainsi des troubles le plus souvent graves dans leurs fonctions, particulièrement des accidents épileptiformes.

L'embryon du tœnia echinococcus, qui vit dans l'intestin grêle du chien, produit Yhydatide, vésicule dont les dimensions varient de celle! d'un pois à celles d'une orange. Sa paroi est double; la couche externe, dite cuticulaire, présente une structure lamelleuse caracté^ ristique (fig. 41 et 42); la couche interne, appelée par Ch. Robin

Fig. 40. — Fragment d'un CysLicer.cus racemosns, Fig. 41. — Coupe d

d'après Zenker (gr. nat.). nocoque (*).

membrane fertile, est formée d'une substance granuleuse et de cellules ; elle donne naissance aux têtes de taenia echinococcus. On voit apparaître, d'abord à sa face interne, de petites papilles, qui bientôt se creusent d'une cavité arrondie ; celle-ci est tapissée par une mince cuticule; elle s'agrandit et prend le nom de vésicule proligère ; de la paroi de cette vésicule naissent des bourgeons sur lesquels se développent les crochets. Les têtes ainsi formées restent adhérentes à la paroi et les vésicules demeurent fixées à la membrane germinale tant que l'échinocoque est vivant (fig. 41). Quand il est mort, les têtes se détachent et nagent dans le liquide de la vésicule sous la forme dfl corpuscules blanchâtres, larges de 3 millimètres environ, qui portent

(1) Fait de MillatJ, Bull, de la Soc; média des hôpitaux, 1888.

(*) Montrant, de haut crt bas) le dévéloppéiïtérit supposé dë la tète.

ANIMAUX PARASITES. 120 leur extrémité antérieure un rostre pourvu de 4 ventouses et en-

Fig. 42. — Figure théorique représentant les divers modes de multiplication de

l'Échinocoque (*).

touré d'une double couronne de crochets beaucoup plus petits que

(*) a, b, développement de la ïésicule proligère à la surface et aux dépens de la membrane germinale. — c, d, e, développement des tètes de Taenia, d'après Leuckart. — f, g, h, i, k, développement des tètes de Tœnia, d'après Moniez. — /, vésicule proligère complètement développée et remplie des tètes de Taenia. — m, vésicule proligère dont la paroi s'est rompue ; on n'en retrouve plus qu'un fragment, sur lequel s'attachent trois tètes, à différents degrés d'invagination. — n. tète mise en liberté par la rupture de la vésicule proligère, invaginée en elle-même et parcourue par des vaisseaux. — o, p, q, r, mode de formation des vésicules secondaires exogènes. — s, vésicule exogène à l'intérieur de laquelle se voit une vésicule proligère fertile. — vésicule exogène ayant produit deux vésicules petitesfilles, l'une exogène, l'autre endogène. — H, v, x, mode de formation des vésicules secondaires endogènes, d'après Kuhn et Davaine. — y, z, mode de formation des vésicules secondaires endogènes, d'après ÏN'aunyn et Leuckart : y, aux dépens d'une tète de Tœnia ; z, aux dépens d'une vésicule proligère. (Empruntée à R. Blanchard, Traité de zoologie médicale.)

IIai.lopeau, 3e édition. 9

130 ÉTIOLOGIB.

ceux descysticerqucs ; leur parenchyme renferme de nombreux grains calcaires (flg. 43),

Les hydalides semblent en outre contenir normalement, dans leurs déchets nutritifs, des proportions variables d'une leucomaïne signalée par Manson et Schlagdenhauffen. Cet alcaloïde serait la cause des accidents toxiques, tels que l'urticaire, et aussi de la péritonite, qui ont été observés maintes fois chez l'homme dans les cas où le kyste est venu à s'ouvrir dans la séreuse abdominale (Blanchard). Il se trouverait en plus grande quantité dans les moments où évoluent les têtes de taenia, alors qu'il serait fort peu abondant dans les périodes de repos de l'échinocoque ; c'est pourquoi l'irruption du liquide dans les séreuses serait tantôt suivie d'accidents plus ou moins graves, tantôt inoffensive. C'est là une hypothèse qui n'a rien que de vraisemblable, mais qui demande néanmoins à être vérifiée.

Souvent la grande vésicule donne naissance à des vésicules filles d'où naissent les échinocoques.

Les hydatides se développent le plus souvent dans le foie; on en a trouvé dans les muscles, les os, le tissu conjonctif sous-cutané et les centres nerveux.

Dans la forme connue sous le nom de tumeur à échinocoques multiloculaires ou tumeur hydatique alvéolaire (Carrière), forme que l'on ai observée dans le foie, les vésicules restent isolées et leur enveloppe lamelleuse se transforme en une masse gélatineuse (fig. 42). Ces parasites provoquent la prolifération du tissu conjonctif interlobulaire et l'atrophie des cellules hépatiques. Très nombreux, ils forment des séries qui semblent correspondre aux réseaux lymphatiques. Quelquefois le centre de la masse est formé par une grande poche; des al-, véoles de petite taille l'entourent. La poche centrale est évidemment l'hydatide mère. Il est très probable, en effet, que cet échinocoque multiloculaire, comme le cysticerque racemosus, doit ses caractères morphologiques au développement continu de cellules filles à la surface de la cellule mère, et à leur pénétration dans les canaux biliaires ou lymphatiques. La fréquence de cette forme en Suisse et dans le sud-ouest de l'Allemagne a pu faire supposer qu'il s'agissait d'une espèce différente de l'hydatide vulgaire ; Klemm a prouvé qu'il n'en est rien, car en faisant avaler à un chien des scolex d'échinocoque multiloculaire, il a amené le développement du taenia cchinococcus (i).

Après avoir indiqué les caractères des taenias, des cysticerques et des hydatides, nous devons montrer comment ils pénètrent dans le corps humain et s'y localisent.

(i) Bireh-Hirschfeld, Lehrb. d, patholog. Anat., 3te Auflage, 1886.

Les Lœnias que l'on trouve chez l'homme sont produits dans la plupart des cas par l'ingestion de viande crue ou mal cuite contenant des cysticerques; ces vers perdent leur vésicule, se fixent aux parois de l'intestin et donnent naissance aux anneaux (proglottis) ; le cyslicerqne du porc engendre le tœnia soliuin, celui du bœuf le taenia inerme ; d'après les recherches de M. Mégnin (1), l'ingestion, avec l'eau alimentaire on avec des légumes, d'œufs ou d'embryons hexacanthes provenant de proglottis peut également produire le tœnia ;

Fig. 43. — lichinocoqucs de l'homme (*).

c'est peut-être ainsi qu'il faut s'expliquer l'existence du tœnia chez des enfants à la mamelle ; il y en a plusieurs exemples authentiques.

On ne sait pas exactement d'où proviennent les œufs dont l'ingestion donne lieu au développement des cysticerques; il est probable qu'ils peuvent naître, dans des cas exceptionnels, d'un tœnia contenu dans l'appareil digestif du sujet lui-même, car, sur quatre-vingts cas de cyslicerque oculaire observés par de Graefe (fig. 39), il en est cinq dans lesquels il y avait en même temps un tœnia dans l'intestin ; on connaît, d'après R. Blanchard, trente et un cas dans lesquels la coexistence du tœnia canina et de cysticerques a été constatée. Il est

(1) Mégnin, Comptes rendus de la Société de biologie, 1880.

(*) 1. groupe d'éehinocoquos encore adhérents à la membrane germinale par un funicule, grossi 40 fois. — 2, échinocoque grossi 107 fois, la tête est invaginéc, et à l'intérieur de la vésicule caudale il existe un l'unicule. — 3, le même comprimé: la tête rétractée, les ventouses, les crochets et les corpuscules calcaires sont apparents à l'intérieur. — 4, échinocoque grossi 107 fois, la tête est sortie de la vésicule caudale. — 3, couronne de crochets, grossie 800 l'ois (Davaine, Entozoaires).

ÉTIQLOSIE.

diFfîcile de ne voir la que de simples coïncidences. Dans d'autres cas, le sujet a dû absorber des a^ufs de taenia soliurn provenant d'une personne de son entourage; il en était ainsi dans un fait de ïroisier (1).

L'ingestion des embryons du taenia echiitococcm produit les hydatides. Ce laenia habite l'intestin du chien ; les proglottis, expulsés avec les matières fécales, se dissocient et les œufs qu'ils renferment peuvent être entraînés dans les cours

Fig. 44. — Cysticerque ladrique provenant d'un kyste situé dans (J'eau OU les fonla paroi abdominale, chez l'homme (Davaine) (*). . .

h ' ^ tames qui servent

à l'alimentation, et pénétrer ainsi dans les voies digestives.

Les kystes hydatiques sont très fréquents en Islande où les chiens vivent dans les habitations et ont souvent le taenia.

§ 2. — Bothriocéphales.

Le bothriocephalus latus (fig. 46), assez semblable au taenia par son aspect extérieur, en diffère cependant par des caractères importants : sa tête (fig. 45), légèrement aplatie et dépourvue de rostre, présente, sur chacun de ses côtés, une fente longitudinale profonde qui remplace les ventouses ; ses anneaux sont plus larges et moins longs; leurs pores génitaux sont situés au milieu de leur face ventrale (fig. 47) et non sur les côtés comme chez le taenia. Sa longueur est considérable : elle atteint ordinairement de 6 à 10 mètres; on l'a vu s'étendre jusqu'à 16 mètres.

Ses œufs, de forme ovale, se développent d'abord dans l'eau et donnent naissance à un embryon armé de six petits crochets et re-

(I) Troisier, Bull, de la Soc. méd. des hôpitaux, 1885.

(*) 1, scolex ou tête, col et portion du corps grossis 40 fois et très légèrement comprimés. — 2, crochets. — 3, corpuscules grossis 350 fois.

couvert de cils vibratils (flg. 48) (oncosphères). Celui-ci se transforme, chez un hôte encore inconnu, en une larve dite plérocercoïde qui habite un second intermédiaire, le saumon ou la lotte.

Le fait a été établi par les expériences de M. Braun (1) ; cet auteur, ayant trouvé dans les muscles et différents viscères de saumons et de lottes des larves de bothriocéphales, les a fait ingérer à des chiens et à des chats et a amené ainsi le développement, dans 1 intestin de ces animaux, de vers rubanés identiques aux bothriocéphales de l'homme. On a trouvé les mêmes parasites dans la perche et la truite vulgaire. C'est donc en s'alimenlant avec la chair de ces poissons que l'homme fait parvenir dans son intestin ces larves qui s'y transforment en bothriocéphales.

Ce ver est surtout fréquent en Suisse, dans le nord-ouest de la Russie, en Suède et en Pologne ; en Allemagne, on l'observe souvent dans la Prusse occidentale, à Hambourg et à Berlin ; à Paris, on en voit surtout chez des personnes qui ont voyagé dans ces pays.

Une espèce de bothriocéphale a été décrite à l'état de larve sous le nom de ligula Mansoni. C'est un strobile aplati avec plis transversaux irréguliers et une tête distincte munie en avant d'une papille dont la pointe est rétractée en cupule profonde formant ventouse. Il mesure de 30 à 35 centimètres de longueur sur environ 3 millimètres de lar-

(1) Braun , Zur Enlwinklunyscjesch. d. breit. Bandwurmes (Virchow's Arch., 1883.)

(*) t, h, tète du bothriocéphale de l'homme grossie 6 fois et vue sous deux aspects. — /c, tète de bothriocéphale du turbot grossie 12 fois (coupe transversale montrant la disposition des ventouses (Davaine).

(**) o, 6, c, d,e, f, fragments pris de distance en distance, grandeur naturelle. — g, anneaux ratatinés après la ponte (Davaine).

Fie. 45.

Tête de bo-

thriocéphale (*).

Fig. 46. — Bothriocéphale de l'homme (**).

lïTJOLOGIË.

gëtif. C'est à Leuckart que l'on doit d'avoir démontré que cette ligule n'est que l'élat Jarvaire d'un bothriocéphale. Son embryon hexacanthe,

au lieu de passer par son hôte habituel, le poisson, se' développe en ligules larvaires dans le corps humain.

Il paraît commun au Japon; i deux médecins de ce pays, Ijima et Murasa, en ont fait connaître récemment neuf nouveaux cas (1).

F/'g. 47. — Trois anneaux du bothriocéphale (*

Fie. 43. — OEufs de vers rubanés

On a rencontré très exceptionnellement chez l'homme le bothriocephalus cordatus de Leuckart et le bothriocephahis crislatus de Davaine (2). Ces divers vers peuvent donner lieu aux mêmes accidents que le tamia.

ARTICLE V. — TREMATODES.

Ces vers sont aplatis, ordinairement courts, à peau glabre, sans anneaux distincts et pourvus de ventouses en nombre variable; ils sont pour la plupart hermaphrodites. Ceux que Ton rencontre chez l'homme sont des distomes.

(1) Ijima et Murasa, Some new cases of the occurrence of Bolrioccph. liguloides. Tokyo, janvier 1888.

(2) Davainc, article cestoïuks du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, et Traité des entozoaires et des maladies vermineuses, 21' édition, Paris, 1877.

(*) Grossis ; en a se voit le mamelon et l'orifice génital mâle, au-dessous l'orifice femelle ; au troisième anneau, le pénis est saillant ; il est rentré dans les premiers. (**) i, Tœniasolium; 2, Tœnia mediocanellata ; 3, Bothriorcphalus latus.

Le distoma hepaticum (la douve du foie, fasciola hepatica) peut, d'après Baelz (1), se présenter sous deux formes, le distoma hepatis endemicum seu perniciosum et le distoma innocuum.

Le distoma hepatis endemicum, très fréquent chez le mouton, est rare dans l'espèce humaine : Blanchard n'a pu en réunir que dix-sept observations. Leuckart a démontré que son embryon se développe chez un hôte intermédiaire, la limnœa trunculata; il produit des cercaires Iqui, parvenues à l'état de maturité, deviennent libres, et après avoir nagé quelque temps dans l'eau habitée par les mollusques, se fixent sur un corps submergé, par exemple sur une plante, aquatique, avec lequel l'homme peut les ingérer.

De forme elliptique (fig. 49 et 50), complètement plat, d'une couleur rose pâle, le distoma hepatis mesure de 8 à 1 1 millimètres de long sur 4 millimètres de large et porte deux ventouses, l'une buccale, l'autre ventrale ; on le trouve en nombre considérable dans la vésicule et les voies biliaires dilatées; on l'a rencontré aussi plusieurs fois dans des veines et dans le tissu cellulaire. Les sujets chez lesquels il se développe ont d'abord un appétit anormal, puis une sensation de pression à l'épigaslre ; leur foie et leur rate se tuméfient ; affaiblis par une diarrhée sanguinolente, ils s'œdématient et finissent par succomber. Il suffit, pour faire le diagnostic, d'examiner les selles : on peut y voir constamment les œufs caractéristiques de l'animal (fig. 51).

Le distoma sinensc, décrit antérieurement par M. Gonnell (2) comme fréquent en Chine et donnant lieu à des troubles graves dans les fonctions du foie, est voisin du précédent; on peut en dire autant du distoma lanceolatum (fig. 52) rencontré également dans les voies biliaires, du distoma crassum, du distoma conjunctum et du distoma Burki.

Le distoma hepatis innocuum a été trouvé accidentellement chez un phthisique et un cardiaque qui n'avaient présenté aucun trouble des

(1) Bœlz, Ueber einige neue Parasiten des Menschen (Berlin. klin. Wochens., 1883).

(2) M. Connell, Lancet, 1875.

Fig. 49. — Douve du foie, grossie.

Fig. 50. — Embryon de douve du foie, grossi 400 fois (Leuckart).

It(> ÉTIOLOGIE.

fonctions du foie. Les conduits hépatiques étaient distendus et rentrnnaient en grand nombre les œufs du parasite. Celui-ci est plus volumineux que le précédent; il peut atteindre 2 centimètres de long.

Le distoma Ringeri, très fréquent à l'île Formose, où, d'après Manson, il atteindrait près d'un sixième de la population, se développe dans les branches de

l'artère pulmonaire, amène la formation d'infarctus et donne lieu à des hémoplysies graves.

Von Anmon a trouvé un distome dans le cristallin (distoma ophthalmobium), chez un enfant atteint de cataracte lenticulaire.

Le distome hétérobie est long de 1 millimètre à lmm,6; Bilharz l'a trouvé en grand nombre dans l'intestin grêle d'un enfant (1).

Le distoma hematobium, gynsecophorus hœmatobius, bilharzia hœmatobia, découvert par Bilharz en 1851, est très commun en Égypte et en Abyssinie, chez les indigènes qui boivent l'eau du Nil sans la filtrer; on l'a vu aussi au cap de Bonne- Espérance; il estunisexué; sa longueur moyenne varie de 6 à 9 millimètres: ce parasite se rencontre surtout dans le sang de la veine porte ou de ses branches; ses œufs (8g. 53) s'accumulent dans les parois de l'intestin, de la vessie et des uretères ; ils peuvent former le noyau de calculs vésicaux (2).

M. Damaschino (3), qui a pu l'étudier sur des pièces envoyées d'Alexandrie par le Dr Zancarol, a reconnu qu'il provoque, à la surface de l'intestin, des lésions analogues à celles de la dysenterie et qu'il en est de même pour la vessie et la partie inférieure de l'urè-

(1) L. Vailland, article Entozoairbs du Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques. Paris, 1870, XIII.

(2) Spencer Cobbold, Société royale de médecine et de chirurgie de Londres, 1885.

(3) Damaschino, Lésions pt'oduites par le distoma haematobium (Soc. méd. des hôpitaux, 1882).

Fi g. 51. — OEuf de douve hépatique.

Fig. 52. — Distome lancéolé.

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Fig. 53. — OEuf de Bilharzia hxmatobia.

thre Ses œufs ont la forme d'une semence de courge dont un boutest mousse, l'autre aigu; ils sont munis d'un petit appendice pointu (fig 53). D'après Bilharz, le parasite, logé dans le sang, irait déposer ses œufs à l'extrémité des réseaux capillaires. Il est la cause des héimaturies d'Egypte.

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