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reconnu que l'on trouve habituellement, dans les m ines purulentes, des bactéries polymorphes, mobiles, probablement à la fois aérobies et anaérobies, et donnant des cultures qui leur sont propres. C'étaient les seuls organismes qui existassent dans seize cas de cystite suppurée. D'autres fois, ils sont associés à d'aulres microbes pyogènes, et particulièrement aux streptocoques. Ils peuvent produire, outre l'inflammation suppurative de la vessie, celle des uretères, des bassinets et des reins; ils agissent sur ces glandes, soit en remontant des bassinets dans leur tissu, soit en pénétrant dans le sang et en venant se localiser secondairement dans leur substance corticale. Ils peuvent donner lieu aux accidents de la fièvre urineuse. M. Albarran enaenfin constaté la présence dans le pus d'abcès du ligament large. Ce sont vraisemblablement les mêmes microbes que Clado (1) avait étudiés précédemment.
20° Bactéries du sycosis. — Cette affection peut se développer sous l'influence de parasites différents; nous avons vu qu'elle était assez souvent provoquée par la pénétration de microphytes dans les follicules des poils de la barbe; d'autres fois, elle est due, comme la montré Bockbart (2), à la multiplication dans les mêmes organes des slaphylococcus pyogenes aureus ou de l'albus, souvent des deux. A ces deux formes qu'Unna (3) a dénommées hyphogène et coccogène, Tommasoli (4) a montré récemment qu'il fallait en ajouter une troisième qu'il appelle bacillogène. Dans un cas où le tricopbyton faisait défaut, il a constaté la présence de petits bâtonnets droits, arrondis à leurs extrémités, de forme elliptique ou légèrement ovale; les microcoques faisaient complètement défaut. Ces bacilles ressemblaient beaucoup, par leurs caractères morphologiques et biologiques , au bacillus pyogenes fœtidus de Passet; il en différait par la coloration plus jaune de ses cultures sur pomme de terre. Tommasoli l'appelle bacillus sycosiferus fœlidus. Il a bien prouvé, par ses remarquables études, que ce bacille peut donner lieu au sycosis : il s'est, en effet, inoculé, à plusieurs reprises, ses cultures, et, amené chaque fois le développement, au niveau des poils, d'élevures bientôt suivies de pustules clans lesquelles la culture décelait exclusivement ce bacille. Il a reconnu, d'autre part, qu'il est pyogène. La démonstration est donc complète. On devra s'attacher à distinguer cliniquemenl les trois espèces de sycosis.
21° Bactéries des verrues. — Les verrues se multiplient par aulo-
(1) C.lailo, Étude sur une bactérie septique de la vessie, Paris, 1885.
(2) Bockhart, Ueber die sEtinlot/ie und Thérapie der Impétigo, der Furunkèls und der Sycosis (Mnnatsh. fur prakt. Dermatol. 1887).
(3) lin nu, Sycosis lymphogenes undkokkogencs {Mpnatsh. f.prakt. Dermatol.) 18S4
(4) Tommasoli, Ueber bacillof/enes Sykosis (Monats/i. f. prakt. Dermatol., Bd V1I1-I8S9).
inoculatipn; il y avait donc lieu d'en soupçonner la nature infectieuse. Kïihnemann (1) a montré que l'on y rencontre constamment des bacilles dont les réactions sont tellement caractéristiques que l'on doit les considérer comme les agents générateurs de la maladie. On les trouve dans les cellules dentelées de l'épiderme ainsi que dans leurs interstices et dans les fentes lymphatiques sous la forme de bâtonnets extraordinairement fins, car ils ne dépassent pas 1 y. 1/2 de longueur et leur largeur est environ six fois moindre ; on le trouve aussi parfois dans la couche granuleuse. Ils sont d'autant plus nombreux que les verrues sont plus jeunes. Kûhnemann les a cultivés mais non encore inoculés. Néanmoins leurs caractères tout parliculiers et leur présence constante dans le tissu des verrues permettent d'admettre avec une grande vraisemblance qu'ils sont la cause prochaine de cette maladie.
22° Bactéries de la dysenterie. — La dysenterie, dans sa forme épidémique, a été considérée comme parasitaire par Radjewski (2), qui a décrit dans l'exsudat des micrococcus et des bâtonnets. Ziegl'er et Roux ont de même constaté la présence, dans les parties nécrosées de l'intestin, de nombreux microcoques. Koch a trouvé des microbes en quantité dans les selles des dysentériques qu'il a observés en Egypte; Rabès y a rencontré plusieurs fois, mais non constamment de grands microbes elliptiques, des bacilles pâles et fins, des diplocoques en chapelets, des bâtonnets et des spirilles ; mais ces éléments peuvent se trouver dans les fèces normales; des expériences de culture et de réinoculation n'avaient pas été faites et si l'on pouvait invoquer en faveur de la théorie les arguments généraux que l'on applique à toutes les maladies épidémiques la démonstration faisait défaut ■ le mémoire de MM. Chantemesse et Vidal (3) est venu jeter un jour tout nouveau sur la question. Ils ont en premier lieu reconnu que, chez les dysentériques, les matières fécales, les parois du «ros intestin, les ganglions mésentériques et la rate contiennent des microbes; ils ont établi que Von ne trouve jamais les mêmes éléments dans les garde-robes de l'homme sain, et que leurs .qualités morphologiques et pathogènes permettent de les regarder comme pathogènes. Ces microbes se présentent sous la forme de bâtonnets h extrémités arrondies, et légèrement renflés au milieu; ils se multi plient avec une grande énergie dans l'eau de Seine; leurs cultures ont des caractères spéciaux ; leur inoculation inlra-intestinale, pratiquée chez le cobaye après laparatomie, donne des résultats significatifs :
ig0) Kûhnemann, Zur Baktériologie der Verruga vulgaris (Monalsh. f. prak,. Dermatol, (2) Radjewski, Jahresbericht f. die Med. Wissensch., 1875 W Chantemesse et F. Widal, Bull, de l'Académie de médecine, im.
1ÏTI0L0GIK.
sur des animaux sacrifiés huit jours après celte opération, on trouve la muqueuse du gros intestin très épaissie. Les bacilles caractéristiques existent en grand nombre dans le liquide diarrhéique, dans les tuniques de l'intestin el surtout dans ses follicules clos; leurs cultures reproduisent le bacille inoculé : toutes les conditions requises pour établir l'action pathogénique de ce microbe se trouvent donc ainsi réalisées.
23° Bactéries de la diphthérie. — La nature parasitaire de celte maladie si éminemment contagieuse ne pouvait faire l'objet d'un doule: on doit à MM. Roux et Yersin de l'avoir démontrée (l). Son microbe est un bacille qui a été signalé par Klebs (2) el bien étudié par Loeffler (3) ; ce dernier a pu le séparer par la culture des bactéries banales que confient toujours la muqueuse buccale, et amener, en l'inoculant à la muqueuse trachéale ou aux conjonctives de poulets, de pigeons et de lapins, le développement de fausses membranes dans lesquelles on le retrouve. Il n'a pas cru cependant pouvoir affirmer qu'il fût le générateur de la diphthérie : il ne l'avail pas Irouvé dans certains cas typiques de diphlhérie; il avait rencontré un bacille identique dans la bouche d'un enfant sain ; enfin il n'avait pas réussi à provoquer des paralysies chez les animaux qui avaient résislé à ses inoculations. M. G. Hoffman confirmait ces doutes, en déclarant qu'il avait trouvé le bacille de Klebs dans des cas d'origine scarlatineuse el rubéolique, que sa virulence était très variable et qu'il existait dans les fausses membranes un bacille semblable dénué de virulence (4).
Plus heureux que ces auteurs, MM. Roux et Yersin ont trouvé le bacille de Klebs dans tous les cas de diphthérie qu'ils ont étudiés, et, après avoir reproduit, comme Loeffler, les fausses membranes, chez les animaux-, par l'inoculation de ses cultures, ils ont vu plusieurs fois survenir des paralysies analogues à celles que l'on observe chez l'homme à la suite de la diphthérie ; ils ont établi enfin que, conlbi moment à l'hypothèse de Loeffler, ses cultures contiennent un poison qui, suivant la dose, tue rapidement les animaux ou leur donne des paralysies.
Ce bacille est d'une longueur égale à celle des bacilles tuberculeux el d'un diamètre double; ses extrémités sont arrondies ; il est immobile ; il se groupe en chaînettes dont chaque élément est renÛé en massue à son extrémité; sa forme se modifie dans les cultures anciennes.
(1) Hou& et Yersin, Contribution à l'étude de la diphlhérie (inn. de Vmstilut Pasteur. *8JH& Brilr. Z. Rehntn. der Micrococcus {Real Encyclop. «T.' kmd !.. 1878. I
(3) LtBl'Qer, Mitth. aus dem kaiscrl Gesund. Am. Bd U, 18fe4.
(4) G. Hoffmann, Wien. med. Wochenscln:, 1888.
Ou le trouve exclusivement dans les fausses membranes; on l'a toujours cherché en vain dans le sang et dans les viscères.
Les paralysies consécutives aux inoculations ont été observées chez le lapin dès le troisième jour, chez le pigeon au bout de trois semaines. Débarrassées de leurs microbes par la filtration sur porcelaine, les cultures donnent lieu, si on les injecte en quantité suffisante dans le péritoine d'un cobaye ou les veines d'un lapin, à une intoxication qui se traduit, suivant la dose et suivant l'animal, par de la dyspnée, de l'asphyxie, des paralysies, de la diarrhée et la dilatation des vaisseaux, peut tuer rapidement ou se terminer plus ou moins lentement par la guérison. Ce poison agit aussi très énergiquement chez les moutons, les chiens et les oiseaux. La ressemblance est complète entre les paralysies diphthériques provoquées ainsi chez le chien et celle que l'on observe chez l'homme. Le poison diphthétïque se rapproche des diastases par plusieurs de ses propriétés : comme elles, il est modifié par la chaleur et d'autant plus profondément qu'il est soumis plus longtemps à une température plus élevée; comme elles, il est modifié rapidement par la lumière solaire au contact de l'air; comme certaines d'entre elles, il perd ses propriétés dans un milieu acide ; comme elles, il précipite quand on le traite par l'alcool; comme elles, il a la propriété d'adhérer à certains phosphates produits dans le liquide où il est en dissolution et particulièrement au phosphate de chaux.
Ce poison dialyse lentement; son action est d'abord locale; il ne se répand que peu à peu dans le corps. Son activité est très grande, et comparable à celle des venins. Contrairement à. d'autres maladies microbiennes, la diphthérie ne produit pas l'infection par la pénétration et la multiplication des bactéries dans les tissus, mais par la diffusion dans l'organisme d'une substance toxique préparée à la surface d'une muqueuse, pour ainsi dire en dehors du corps (1). La présence, constatée par M. Darier (2), du bacille de Klebs dans la broncho-pneumonie secondaire à la diphthérie n'est pas en désaccord avec cette proposition, car il ne s'est pas agi là d'un envahissement viscéral, par généralisation du microbe, mais d'une propagation de proche en proche à la muqueuse des bronches.
L'observation clinique fournit des données intéressantes sur les propriétés du conlage diphthérique : chez l'homme, le microbe est d'après M. Grancher (3), à la fois aérobie et anaérobie ; ce fait résulte de sa multiplication habituelle à la surface des membranes exposées à
(1) Houx et Yersitt, loc. rit.
(2) Darier, De la broncho-pneumonie dans la diphthérie, 1885.
(3j Grancher, Clinique de l'hôpital des enfants {Semaine médicale, 1884).
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l'air en même temps que de sa pénétration dans les reins, le poumon et le système nerveux. Il est inoculable, bieu que des expérimentateurs courageux aient pu se badigeonner la gorge avec des fausses membranes diphthériques sans contracter la maladie ; ces faits prouvent seulement qu'il y a des conditions encore indéterminées de réceptivité. Trop de sujets ont contracté la maladie par contagion directe pour que sa possibilité fasse l'objet d'un doute; il suffit, pour s'en convaincre, de parcourir les annales des hôpitaux d'enfants.
La partie primitivement envahie est, le plus souvent, la muqueuse pharyngée; d'autres fois, c'est la pituitaire, la muqueuse laryngée, la conjonctive ou la peau privée de son revêtement épidermique par une circonstance accidentelle. M. Grancher cite ainsi plusieurs cas de diphthérie qui ont débuté par des piqûres faites en pratiquant la trachéotomie chez des diphthériques ou à leur autopsie ; chez Albarran, la porte d'entrée parait avoir été une morsure à la paume delà main. M. Grancher fait remarquer, à juste titre, que ces différences de localisation initiale exercent une influence considérable sur la durée de l'incubation et l'évolution de la maladie. D'après nos observations, la diphthérie qui envahit de prime abord la pituitaire ou l'arrière-cavité des fosses nasales est celle qui marche le plus rapidement.
24° Bactéi'ies de la gangrène. — Les conditions dans lesquelles se développe la gangrène montrent qu'elle ne peut se produire sans l'intervention d'un agent venu du dehors (1). Elle ne se manifeste, en effet, que dans les parties en communication directe ou indirecte avec l'air extérieur, c'est-à-dire les téguments, le poumon et le tube digestif. Lorsqu'elle se développe exceptionnellement dans les centres nerveux, c'est qu'ils communiquent par une perforation crânienne ou vertébrale avec le milieu ambiant ; si l'on voit survenir des foyers gangréneux dans d'autres organes, c'est qu'ils s'y sont produits secondairement, et Ton trouve alors constamment, dans une partie en communication avec l'extérieur, une lésion gangreneuse initiale. Les mêmes causes qui, dans les téguments et les poumons, provoquent la gangrène ne donnent lieu, dans les parties à l'abri de l'air, qu'à la nécrobiose simple : telles sont, par exemple, les embolies cérébrales, spléniques et rénales.
Par quel mécanisme s'exerce l'influence du milieu ambiant ? certainement dans certains cas, et très vraisemblablement dans tous, par la pénétration de microbes dans les parties dont la nutrition s'altère. Dans tout foyer gangréneux, on peut voir en quantité des
(1) Hallnpeau, Bull, du la Soc. clin., 1880;
UACTÉtUES INFECTIEUSES.
micro-organismes sous les formes de bacilles ou de microcoques isolés, en chaînettes ou en zooglée ; la question est de savoir lesquels se sont développés secondairement après avoir été apportés par l'air dans le foyer. Koch (1) est arrivé à des résultats positifs, mais seulement pour les souris : après avoir produit la gangrène par l'inoculation de substances putrides dans l'oreille d'un de ces animaux, il a trouvé (fig. 107) dans les parties malades des micrococcus de 0,5 y. cle diamètre, ordinairement disposés en chaînettes élégantes et régulières, quelquefois accumulés en masses épaisses. Ces éléments produisent la gangrène des tissus partout où ils pénètrent; sous leur influence, les cellules du sang et du lissu conjonctif se détruisent ; il en est b de même des cellules cartilagineuses ; les micro- *!.<Ma bes se propagent du point inoculé dans les par- ' ' ties voisines; ils ne pénètrent ni dans le sang, i.ig. tu7. — Micrococcus ni dans les viscères ; s'ils tuent rapidement, c'est et bactéries de la gan-
, , ... ' ' , ,'. ' grcne provenant d'un
sans doute parce qu ils sécrètent une ptomaine membre congelé (*). délétère et soluble. Une partie des microbes contenus dans les foyers sont, suivant l'expression d'Ogston saprogèws; ceux-ci ne produisent pas la gangrène.
Il est certain que plusieurs agents parasitaires peuvent amener la mortification des tissus avec les caractères qui appartiennent à la gangrène ; la production de la pustule maligne sous l'influence du bacillus anlhracis suffit à le démontrer.
La gangrène gazeuse, cette complication redoutable des plaies, est due également à un microbe différent de celui qui produit la gangrène vulgaire. Bottini, qui le premier, en septembre 1870, l'a inoculée aux animaux avec le liquide putride donné par l'incision des parties œdematiées, l'attribuait à l'action d'un ferment soluble. Un peu avant, en août 1870, Nepveu avait reconnu sa nature microbienne. M. Daniel Mollière (2) déclare de même que la cause première de la gangrène gazeuse, sa cause sine qua non, est le développement de microbes dans le tissu cellulaire,
En 1883, MM. Chauveau et Arloing (3) Brieger et Ehrlich affirment
(1) Koeh. Untersuchungen tteber die Aetiologie der Wundinfcctions Kran/cheitcn. Leiij. 2ig, 1878. ' 1
(2) D. Mollière, Acad. de modec, 1S83.
(3) Chauveau et Arloing, De la septicémie gangrêneuse {Bull, de t'Aead. de médecine G mai 1886). '
O a, bactéries portant à leur extrémité une spore qui leur forme comme une tète — b 24 heures plus tard, on ne voit plus que des micrococcus et des bactéries, Grossissement
IQlfl.
Hallopeau, 3e édition. jg
ÉTT0L0G1E.
que la sepiîdémie gângrérieuse est causée par le micro-organisme que M. Pasteur a décrit sous le nom de vibrion septique. Chez l'homme h, chez les animaux susceptibles de contracter expérimentalement la septicémie gangréneusë, il se présente avec des caractères particuliers dans le tissu conjonctif et dans les séreuses.
Dans l'œdème d'un foyer gangréneùx, on trouve des bacilles dont la longueur varie de 0,006 à 0,30 et dont les plus petits sont pourvus d'une spore à l'une de leurs extrémités parfois légèrement renflée.
Dans les séreuses, ils atteignent une longueur de 0,03a à 0,065, se segmentent en articles plus ou moins courts et ne présentent pas de spores.
Ils ne pénètrent dans la circulation générale qu'à la fin de la maladie ou même après la mort.
Ils sont inoculables à la plupart des animaux à sang chaud qui servent aux expériences de laboratoire. La marche des accidents est subordonnée à la quantité, à la qualité et au mode d'inoculation du virus. Le tissu conjonctif constitue la voie la plus favorable ; le système musculaire présente une immunité remarquable. Une première atteinte atténue beaucoup les effets des inoculations ultérieures.
Dans cinq cas d'une maladie qu'il rattache à l'érythème noueux et qui s'étaient compliqués de gangrènes multiples de la peau, Demme (1) a trouvé, dans les parties sphacélées aussi bien que dans les nodules érythémateux, des bâtonnets arrondis à leurs extrémités et mesurant de 2,2 à 2,5 (/. de long sur 0,5 à 0,7 u. de large ; leurs cultures ont des caractères, spéciaux et leur inoculation aux cobayes a plusieurs fois donné lieu à la production de gangrènes multiples.
Dans le noma, Sanson (2) a constaté que le sang peut renfermer des bactéries, mais leur culture inoculée ne donne pas lieu à la gangrène. Cette année même, Schimmelbusch (3) a isolé, dans un foyer de noma, de courts bâtonnets dont les allures ont présenté des caractères particuliers; ses expériences d'inoculation, qui ont le plus souvent donné des résultats négatifs, ont cependant amené chez deux poules la production de gangrène : il faut attendre de nouveaux faits pour savoir si ce microbe est bien la cause de cette gangrène.
M. Duclaux (4) a trouvé, dans une gangrène foudroyante de la verge, du service de M. Fournier, un coccus qu'il en a considéré comme l'agent actif.
(1) Démine, Zur Kcnntniss der schweren Eïythemv und de)' acuten muli/plex ffautgai yriin \Fortschr. d. modic, 1S88).
(2) Sanson, A case of noma in whir.li morvint/ hodics weve abservrd in the blnod durait/ life (Mcd- cliir. Truns., 1878).
(3) Schimmelbusch, Min l'ail von. Noma [Deutsch. med, A\ uchensch., ISS'.',.
(4) Duclaux, Ann. de Hast. Pasteur, 1888, p.
M. Tricotai (1) a trouvé, dans les foyers de gangrène sénile el sur leurs limites, des bacilles déliés qui renferment parfoisune spore dans leur partie moyenne ou a l'une de leurs extrémités, il les a cultivés et a provoqué par leur inoculation chez des souris, des cobayes et des lapins des gangrènes à extension progressive. Il est très vraisemblable qu'ils jouent un rôle dans la production de cette gangrène sénile; ils n'en sont pas la cause prochaine puisque celle-ci est constamment une oblitération vasculaire, mais c'est sans doute à leur pénétration dans les tissus qu'il faut rapporter le développement des altérations qui caractérisent la gangrène et la distinguent de la nécrobiose simple.
2;i° Bactéries du chancre mou. — 11 résulte des recherches de Ducrey (2), que ce microbe ne se développe pas dans les milieux ordinaires de culture artificielle, il faut donc considérer comme non avenus les résultats annoncés par deLuca(3). Ducrey est arrivé à l'isoler en pratiquant chez l'homme des inoculations successives avec les précautions antiseptiques. Par cette méthode, la quantité de micro-organismes que l'on peut étudier dans un chancre laissé à découvert décroît graduellement dans les ulcérations expérimentales des premières générations, et l'on obtient, à partir de la cinquième ou sixième réinoculation, un produit purulent, qui, tout en conservant toute sa virulence spécifique de manière à reproduire indéfiniment le chancre mou le plus typique, reste sans action sur tous les milieux de culture mis à l'épreuve. Cependant ce virus pur montre constamment et exclusivement au microscope un même bacille long de 1 y., 48, large de Op., 50, par conséquent gros et court, à extrémité très arrondie el présentant souvent une entaille latérale comme on en remarque dans les microbes en oo. Ce bacille se réunit ordinairement en groupes de 4 à 8 éléments; siégeant surtout dans les interstices cellulaires, il peut se trouver aussi dans les globules du pus. Les expériences de M. Ducrey paraissent démonstratives.
26° Bactéries de la pneumonie. — Il est avéré aujourd'hui qu'il existe constamment des microbes dans l'exsudat pneumonique. En est-il un parmi eux qui est la cause de la maladie, ou doivent-ils être considérés seulement comme des parasites banals trouvant clans le milieu pneumonique un terrain favorable et s'y multipliant? Bien que la première solution soit actuellement acceptée par la plupart des auteurs, laquestion est encore sujette à controverse: nous exposerons
(1) Tricomi, II microparissila délia gangrena senile (Reu. interna; ion. de med. <■ r.liirurg., 1886).
(2) Ducrey, Recherches expérimentales sur la nature infinie du. principe contagieux du chancre mou. (Congrès international de dermatol. et syphitigr., 1889).
^ (S) De Lues, Gazs. degli 0*pi lali, 1889.
244 ÉTIOLOGIIS.
le pour et le contre, et nous indiquerons la conclusion que l'on est aujourd'hui en droit de formuler (1).
Klebs, le premier, a signalé dans les crachats des pneumoniques J dans les parties hépatisées un microbe qu'il a appelé le monas pnlmonale. 11 a reconnu que cet élément, tout à fait semblable à ceux qui existent dans la salive, se trouve à l'étal normal dans le produit de sécrétion des bronches. Les obsersalions de Friedlœnd'er ont eu plus de retentissement. En 1882, dans un premier travail, cet auteur (2) annonce que, dans huit cas de pneumonie, il a trouvé constamment, si ce n'est après le neuvième jour, des microbes, aussi bien dans le tissu enflammé du poumon et de la plèvre que dans les crachais. Ce sont des micrococcus ellipsoïdes mesuranl 1 (* de longueur et deui
tiers deu.de largeur, ordinairement groupés deux à deux (tig. 83}
-isEap;-' mais formant aussi souvent des f<£ v'-l^lv chaînettes. Ils sont formés d'une
Fig. lu». - Ma-ococcus pneu^ke. substance homogène qui se colore facilement par l'aniline. On les trouve en quantité étonnante clans les exsudais bronchiques et inlraalvéolaires de l'hépatisalion rouge: dans un cas, ils manquaient dans les bronches et les alvéoles, mais il y en avait un grand nombre dans lej lymphatiques inlerlobulaires qui se trouvaient distendus. Ce fail rapproché de la présence des micrococcus dans le tissu pleural, est important en ce qu'il démontre le passage du parasite dans la circulation.
Pour distinguer ces coccus des granulations, on colore les préparations avec l'eau d'aniline d'Ehrlich, puis on les plonge dans une solution d'iodure de potassium ; les micrococcus seuls restent colorés.
fi) Marotte, De la fièvre synoque péripneumonique (Arch. gén. de méd., 1873). — Jilrgensen, Krankheiten des Respiral ionsapparats. — Bernheim, Leçons de clinique méM ■ cale. Nancy, 1877.— Halîopeau, La doctrine de la fièore pneumonique {Revue des sciences I médicales, É87S). — G. Sée et Labadie-Lagrave, Médecine clinique. Des maladies spécifS ques (non tuberculeuses) du poumon. Paris, 1885. — Cornil et Babès, loc. cit. — Kleb| Deit. sur Kenntniss der pathogenen Schislomycelen {Arch. fur exper. Palh., Band IV.— Bàrtb, La pneumonie est-elle une maladie infectieuse? (Revue des Sciences mëdicaleË 1884).' J a. Hardy, De la nature de la pneumonie (Union médic, 1884, leçon publiée par A Siredcy). — Bricou, Du pneumococcus (Progi-ès médical, 18So). — Weichselbaura, tJcber die Mtiol. u. path. Anat. der Lungen Ëntzund. (Wien. med. Wochenxch., 1886. — pio Foaet Gcorgio ltattone, Osservagioni edexperiments sul pneumococco {Gas. diclmiche £885). — riatenow, Ucber die diagn. Bedeut. d. Pneumoniekokken {Wursburg. med. Klini'k 1885). — Lancereaux et Besançon, Étude sur quelques cas de pneumonie observés a l'hôpital de la Pitié au printemps de ISS6 (Arch. gén. de médecine. 1880). - Mei.elnejH Grippe et pneumonie. Paris, 1887. - Jaccoud, Sur la pneumonie aiguë (C. II. de I oc.Ml. des sciences, 1887). - H. Barth, La Bactériologie médical-, ses méthode* et ses progrés i Revue des sciences médicales, J 887).
12) Fricdlœnder, Ueber die Schizomyceten bei deracuter fibrbiœsen Pneumonie K\ t> < ho**
Arehiv, B. 87).
' Gunlher et, peu après, Matray (I) observent les mêmes micrococcus et indiquent qu'ils sont constamment entourés d'une capsule incolore; c'est une sorte de coque ellipsoïde, pâle et transparente ; elle a rarement, d'après Friedlœnder (2), une largeur moindre que le coccus qu'elle entoure, et elle a souvent des dimensions doubles et môme quadruples; quand les micrococcus sont accouplés deux à deux, ou en chaînettes, elle prend une forme elliptique; les réactions chimiques semblent indiquer qu'elle est formée de mucine ou d'une substance analogue ; jamais on ne trouve d'amas de zooglée. Cette capsule fait défaut autour des micrococcus contenus dans les crachats. Pour la mettre en évidence, Friedlœnder a maintenant recours au procédé suivant: la préparation, placée sur une lamelle, est passée trois fois à la flamme, plongée quelques minutes clans la solution d'acide acétique à 1 p. 100, puis séchée à l'air; on la traite alors pendant quelques secondes par la solution saturée de violet de gentiane dans l'eau d'aniline, on lave et l'on examine: la substance fondamentale des microcoques ne s'est pas ou s'est à peine colorée, tandis que la capsule l'est vivement et ressort nettement.
Dans les autres formes de pneumonie, Friedlœnder n'a trouvé que des micro-organismes privés de capsule; celle-ci serait donc, d'après cet auteur, presque caractéristique de la pneumonie fibrineuse.
Friedlœnder a cultivé ces parasites, suivant la méthode de Koch, dans la gélatine nutritive jusqu'à la huitième génération ; ces produits n'avaient pas de capsule, les cultures avaient un aspect tout particulier; sur la surface de gélatine, il se formait une petite élevure d'où partait une substance blanchâtre en forme de clou.
Ces produits de culture, dissous dans de l'eau distillée et stérilisée, ont été injectés dans des poumons de lapins, de souris, de cobayes et de chiens ; les résultats ont été négatifs chez tous les lapins, positifs chez un chien sur cinq, chez environ la moitié des cobayes, et chez toutes les souris; celles-ci sont mortes de dix-huit à vingt-huit heures après l'opération; elles commençaient, après quelques heures, à présenter une dyspnée qui augmentait progressivement; l'animal succombait avec un abaissement progressif de la température. On trouvait dans les poumons des centres d'induration rouge.
Friedlœnder a fait aussi inhaler plusieurs fois par des souris le liquide renfermant les produits de culture en le pulvérisant dans leur cage; chaque fois, quelques-uns de ces animaux sont morts, et l'on a trouvé à l'autopsie des lésions pneumoniques en même temps que
(1) Matray, Ueber Pneumoniekokken (Wiener med. Presse, 1883).
(2) Friedlœnder, Soc. de méd, de Berlin, IS8:t, analyse dans la Semaine yiédicqle, Villaret,
KTIOLOGTF..
des micrococcus ilans les poumons, la plèvre, la raie el le sang. Plusieurs auteurs ont confirmé clans leurs principaux traits les observations de Friedlsehder.
En raison de ces faits, confirmés" bientôt par Leyden, Afanassiewj Gram, ÎVauwerk, Foa et Ratlone, le microcoque capsulé de Friedi ifender a été considéré comme l'agent générateur de la pneumonie ; la démonstration semblait complète en sa faveur et cependant son triomphe a été de bien courte durée; on pourrait intituler son histoire : grandeur et décadence d'unrhicrobe. Friedla?nder el ses partisans avaient conclu prématurément de faits vrais à une loi générale; ils avaient négligé de s'assurer que leur microbe réalisait une des conditions nécessaires pour qu'il fût. reconnu pathogène, nous voulons dire la présence constante dans les parties atteintes. Or, tous les autours sont d'accord aujourd'hui pour reconnaître que sa présence dans l'exsudat pneumonique est exceptionnelle; Weichselbaum ne l'y a rencontré que dans 9 cas sur 120 ; on l'a trouvé, d'autre part, dans la salive normale; on comprend qu'il puisse passer facilement de la cavité buccale clans l'exsudat pneumonique.
Le microcoque que l'on rencontre le plus souvent, constammenl même d'après M. Gamaléia (1), dans la pneumoniefibrineuse, c'est celui qui a été découvert par Pasteur en 1881 dansla salive d'un enfant mort de la rage, trouvé par Talamon dans les crachats et l'exsudat
pneumonique et bien étudié par #' Frsenkel (2). Gamaléia propose de
\* ' l'appeler streptococcus lanceolatus
;% Pasteitri. Sa l'orme est celle d'un
v. iïj M grain d'orge, entouré d'une aréole
o« é claire qui répond à une capsule,
- fm mesure environ trois fois son dia-
■ï/mi !* ' é. mètre et paraît formé de mucine. 11