se groupe soit par paires, soit eu
/ chaînettes de trois à quatre éléj
Fig. îoo. - Kxsudat pneumonique. Les menls (fig. 00) ; il n'a pas de spores ;
capsules sont colorées (d'après Xotter). il mesure de 0 [A,50 à 0 y., 7I> d|
long sur une largueurun peu moindre; accouplés, ses éléments s'affrontent sans se toucher el parfois s'aplatissent légèrement aux extrémités contiguës; les chaînettes ont une capsule commune dont la forme est celle d'un cylindre à eJ
(1) Gamaléia, Sur l'ëtiologie de la pneumonie fibrineuse chez l'homme {Ami. de VinsL Pasteur, 1888).
(2) Frienkel, Weit. BèiMffèà. tehrtl vnn den Microcaccan der Pneumonie {ZetUchr.fr klin. Sfè'â., 18R6).
trémités arrondies avec une série d'étranglements correspondant aux intervalles des microbes. Ce ne sont pas des bâtonnets comme les microbes de Friedlsender, mais des microcoqnes.
Talamon a provoqué, en injectant leur liquide de culture dans le poumon du lapin à travers la paroi thoracique, >des pneumonies, des péricardites et des endocardites fibrineuses. Jamais il n'a amené la formation de pus ni d'inflammation hémorrbagique. Vaspect du poumon macroscopique et sous le microscope est celui de la pneumonie lobaire fibrineuse de l'homme. Le poumon est hépatisé dans toute son étendue ou dans la plus grande partie. Il forme un bloc compacte, pesant; les bronches contiennent des moules fibrineux. Au microscope, les alvéoles sont remplies de filaments de fibrine entre-croisés et serrés les uns contre les autres. Les noyaux des espaces interalvéolaires sont en voie de prolifération. Les vaisseaux et les bronches sont remplis de fibrine. De même la plèvre et le péricarde sont recouverts d'épaisses couches de fibrine. Frœnkel, Weiscbselbaum et Gamaleia ont obtenu les mômes résultats. Injecté sons la peau, ce microbe donne lieu à une septicémie le plus souvent mortelle. Elle amène le développement d'une pneumonie si l'on prend une culture dont la virulence a été affaiblie.
Ce pneumocoque ne reste pas limité à l'exsudal alvéolaire. Netter (1) l'a trouvé dans le sang où sa présence est passagère; on le rencontre dans les fausses membranes de la plèvre enflammée, dans les glomérules du rein, les végétations des endocardites et les exsudats méningiliques chez les sujets mort de pneumonie.
Ajoutons que d'après Frœnkel et Netter, on le rencontre souvent dans la salive normale et qu'il a élé trouvé par Zaufal dans des cas d'otite purulente et par Netter dans des méningites non consécutives à la pneumonie; Besser (2) en a constaté l'existence dans les fosses nasales, le larynx et les bronches de sujets non pneumoniques : tels sont les faits; comment convient-il de les interpréter?
Beaucoup d'auteurs, et particulièrement MM. G. Sée, Jurgensen, Cornil et Babès considèrent comme établi que la pneumonie est une maladie infectieuse due à la pénétration et la multiplication dans les alvéoles pulmonaires du microbe Pasteur-Talamou-Fraenkel : ils invoquent sa présence constante, la possibilité de provoquer cbez les animaux par l'injection de sou liquide de culture les lésions de la pneumonie et les données fournies par la clinique en faveur de la nature infectieuse de cette maladie, données qui sont : son développe-
(1) NfittPi-, Les maladies infra-pulmonaires déterminées par le pneumocoque [Bull, de la soc. anatbm., lusy). — /„« méningite due au pneumocoque (Arc/i. yen. de médec., 1889).
(2) Bosser. Les Bactéries îles mies aériennes normales i Anal. île la Semaiae méilie., 18S9).
2*8 ÉTIOLOfilE.
e La
ment sous forme d'épidémies, sa marche cyclique, l'impossibilité d. provoquer par des irritations purement mécaniques telles que des injections de poussières ou de liquides irritants, l'apparition des symptômes généraux avant celle des phénomènes locaux, le défaut derapporl entre, d'une part, l'intensité et la durée de la réaction fébril d'autre part, celle des lésions, l'impossibilité d'expliquer celles-là par celles-ci. Les pneumonies secondaires elles-mêmes, celles qui viennent compliquer la lièvre typhoïde, le choléra, l'érysipèle, la scarlatine et autres maladies infectieuses seraient dues, d'après Weichselbaum, à l'invasion du microcoque trouvant un milieu favorable.
Quelle est la valeurde ces arguments? il y a certainement des pneumonies de nature infectieuse : ce sont celles qui se produisent épidémiquement, et frappent à la fois un certain nombre d'individus dans une même localité, un même établissement ou une même famille. Daly (1) a vu ainsi se produire six cas de peumonie dans une famille de onze personnes; Wynter Blyth et Hardwiche ont cité des faits analogues; il y a des épidémies de prisons, de casernes, de navires, de villages, de maisons. Mais, à côté de ces pneumonies, n'en est-il pas d'autres, de beaucoup les plus nombreuses, qui sont provoquées par l'action du froid ou une autre influence accidentelle chez les sujets dont la résistance vitale est amoindrie par une cause passagère ou permanente? Ne doit-il pas en être ainsi de celles qui frappent les vieillards au retour de la mauvaise saison? L'intervention initiale d'un microbe n'esl-elle pas en pareil cas des plus improbables? N'en est-il pas de même pour ces pneumonies à récidives qui se renouvellent plusieurs fois à quelques mois de distance chez le même sujet? On a considéré la constance du type fébrile comme caractéristique d'une maladie infectieuse, mais cette constance n'est pas réelle, puisque l'époque de la défervescenee peut varier du troisième au douzième et même au quinzième jour; quant à l'apparition des symptômes généraux deux ou trois jours avant celle des lésions, elle n'est nullement démontrée. Aucun des arguments cliniques invoqués en faveur de la nature primitivement infectieuse de la pneumonie franche vulgaire ne nous parait donc de nature à entraîner la conviction. Les faits écologiques qui démontrent la nature infectieuse d'une maladie sont sa transmission par contagion, son apparition sous forme d'épidémies ou son existence dans certaines localités à l'état d'endémie; or la pneumonie franche s'observe dans toutes les contrées du globe et sous toutes les latitudes. Les variations brusques de la température et les causes générales d'asLhénie semblent rendre compte de la plupart des en-
(I) Daly, ei té par II. B.trth.
BACTÉRIES INFECTIEUSES. 249 demies et épidémies de pneumonie. M. Hardy (1) a presque toujours rencontré un refroidissement spécial précédant la pneumonie. M. Jaccoud a publié récemmenl deux faits dans lesquels Faction déterminante d'un refroidissement a été de toute évidence (2). Il s'en est servi pour arriver à une solution qui nous parait être l'expression de la vérité : les pneumocoques contenus dans la saliva normale et aussi dans 1rs voies respiratoires restent inoffensifs aussi longtemps que l'organisme fonctionnant normalement est pour eux un milieu hostile, mais que, sous l'influence d'une perturbation, ce milieu leur devienne au contraire favorable, ces commensaux s'y multiplient et deviennent pathogènes. L'action du froid en troublant la circulation et les sécrétions du poumon le transforme en un terrain favorable au développement du microcoque de Talamon-Frœnkel. C'est le mode d'infection que M. Jaccoud désigne sous les noms d'auto-infection, d'infection intrinsèque. 11 restera à déterminer quelles sont les causes prochaines des troubles fonctionnels qui marquent le début de la pneumonie ei a établir s'ils sont dus au refroidissement initial ou au développement du microbe.
Il faut placer en première ligne, parmi les conditions qui rendent le poumon accessible aux microbes dits pneumocoques, toutesles causes qui affa.blissent l'organisme et particulièrement les fatigues excessives et de la vieillesse : « la pneumonie, dit le professeur Peter (3) constitue la fin naturelle des vieillards. »
Il est probable que la transformation des alvéoles pulmonaires en un milieu favorable au développement de ce microcoque peut se produire, non seulement sous l'influence d'un refroidissement mais aussi sous celle d'autres causes telles qu'une maladie générale '
Le rôle des microbes reste prépondérant dans l'explication des lé Sions secondaires qui peuvent se développer dans le cours de la pneu morne du côté de différents organes et particulièrement des reins des méninges, de l'oreille moyenne, de la rate et l'intestin. En dehors des pneumocoques, d'autres microbes pathogènes peuvent trouver une porte d'entrée dans les poumons hépatisés et donner lieu à des infec tions secondaires. M. Jaccoud a vu ainsi la migration du slaphylocouue et du streptococcus produire l'infection purulenle consécutivement à une pneumonie (4).
Il est possible que d'aulres microbes que celui de Talamon et Framkel intervienne** dans la production de certaines pneumonies. Il y
(1) Hardy, loc. cit.
(2) Jaccoud, Sur la pneumonie aiguë (C. A. de t'Acad. des .sciences, 1887) \o) lu. Peler, Leçons de clinique médicale. Paris, 1873
ig(*) Jaccoud, Sur l'infection purulente suite de pneumonie (C. de VllL,nL
2Ç0 KTIOLOfilK.
aura lieu particulièrement de les rechercher dans ces formes rares qui surviennent épidémiquement §t offrent une symptomalologie différente decelle de la pneumonie a/Wtfore/onpeul, ilestvrai, les expliquer par une virulence plus grande du pneumocoque (1), mais ce n'est là qu'une hypothèse. MM. Gornil et Babès admettent que diverses espèces de micro-organismes peuvent engendrer des pneumonies de natures différentes (2).
Quoi qu'il en soit, la doctrine delà fièvre pneumonique, formulée par Dupré, de Montpellier, Marrolte, Jurgensen, Grasset, Bernheim et autres palhologistes, et combattue par nous dans un autre travail (3), nous paraît devoir être définitivement abandonnée : les observations micro-biologiques montrent bien que la pneumonie est infectieuse, mais c'est une infection localisée à un organe, et, s'il survient des troubles généraux ou une propagation du pneumocoque à d'autres organes, ce n'est que secondairement: il ne s'agit donc pas d'une maladie d'emblée généralisée et localisée secondairement dans le poumon comme l'impliquerait l'idée de fièvre pneumonique.
Nous avons vu que, d'après les observations de Netler, on pouvait trouver le pneumocoque dans l'exsudat de méningites développées indépendamment de la pneumonie; Corail admet avec une grande vraisemblance que le microbe, en pareil cas, passe de l'arrièregorge et de la trompe d'Eustache aux méninges de la base du crâne par l'intermédiaire des lymphatiques, Foa et Rattone ont pu déterminer des méningites en inoculant le microbe dans les fosses nasales. Il semble que la virulence de ce microbe salivaire puisse dans des circonstances encore à déterminer s'accroître considérablement.
27° Bactéries de la fièvre récurrente. — Cette maladie est la première des pyrexies que l'on ait été en droit de rattacher à la pénétration dans l'organisme humain d'une bactérie. C'est en effet en 1877 qu'Obermeier (4) a démontré la présence dans le sang des sujets qui en sont atteints d'un microbe spécial; ce parasite, un spirochœle (fig. 98), est représenté par des filaments longs et épais à extrémités amincies ; il mesure ordinairement de 16 à 20 pt, on l'a vu atteindre 40 (*; il est, contourné en spirale, ét chacun de ses replis a les mêmes dimensions; des mouvements très rapides et complexes l'agitent; des ondulations le parcourent d'une extrémité à l'autre; il se meut en spi-> raie, et il s'incurve sur son axe autour d'une portion immobile qui lui
(1) Bartli, loc. cit.
( 2) Corail et Bab<-s, loc. cit. : . ...
(3) H. Hallopcau, La doctrine de la fièvre pneumomqm (Revue des menées medf
'IS'obem'nier, Vorkommen feimter eine Kigenbewegung zeigender F.vder im Blute M Récurrent kranker (Central Riait /.die ,nrd. WtSSeMèh. 1S.J).
sert de pivot (Engel) (1) ; il se déplace en même temps soit suivant son axe, soit latéralement : ces derniers mouvements doivent être, d'après Heydenreich (2), considérés comme passifs. Dans une goutte de sang frais, on peut voir les globules rouges être vivement repoussés de çâ et delà par les spirilles; les mouvements actifs de ces parasites leur sont communiqués par des filaments flagellés dont on doit à Koch (3) la découverte. On les trouve exclusivement dans le sang, et seulement pendant les stades fébriles ; tout au plus a-t-on pu quelquefois les rencontrer deux jours après la cessation de la fièvre. Ces parasites sont généralement représentés par d'assez nombreux éléments. Transportés en dehors de l'organisme dans du sérum ou dans une solution à 50 p. 100 de sel marin, ils continuent longtemps encore à se mouvoir.
Koch, Carter (4) et Metschnikoff ont réussi à transmettre la fièvre récurrente a des singes en leur inoculant du sang contenant des spirochœtes d'Obermeier; Motschukowsky (5) n'a pas craint de pratiquer la même expérience chez l'homme et en a obtenu le même résultat; il faut donc admettre que ce parasite si particulier est l'agent infectieux de cette maladie bien que l'on n'ait pu parvenir jusqu'ici à en fournir la preuve irréfutable par des cultures en dehors de l'organisme et la réinoculation avec leur produit. L'impossibilité de trouver un milieu autre que le sang dans lequel il puisse vivre et se multiplier conduit Baumgarten (6) a penser qu'il est vraisemblablemenl transmis à l'homme par des piqûres d'insectes.
28° Bactéries de la fièvre typhoïde. — Le premier en 1879, M. Bouchard a trouvé ce microbe dans les urines de typhiques; en 1851, Eberth (7; en a indiqué les caractères morphologiques les plus importants; en 1884, Gaffky (8) en l'étudiant suivant le procédé de Koch a fait connaître les caractères tout particuliers de ses cultures et a donné ainsi le moyen de le distinguer a coup sûr des autres microbes qui peuvent envahir l'organisme d'un typhique; en 1889, MM. Chanlemesse et Widal(9) ont résumé l'histoire et complété l'étude dans un mémoire qui nous servira de guide pour la rédaction de cet article.
(1) lingel, Berlin, klin. Wochench., 1873.
(2) Heydenrich, l'eber der parasiter der Mckfall typhus. Berlin, 1876.
(3) Koch, Nach. Eismberg, Tabellen, 1886.
(4) Carter, Notes on the spirillum fever or Bombay [Lancet, 1878); Contribution to t/te sperimental Patholoyy of spirillum Fever (Med. chir. Trans., 1880).
(5) Mc-tschutkowsky, Mos/c. Wratsc/i. Wester., 1876.
(6) Baumgarten, Lehrb. der pat h. Myknlogie, 1 861».
(7) Eberth, Virehow's Archiv, 1880-1881.
(8) Caffky, Z. Acliol. des Abdomin. Typh. (MU*, u. d. Kaiserl. Ges. Amt 1884)
(P) ChWMkMM et Widal, Bacille typhique et étioloyie de la fièvre typhoïde (Arcb. de
Le bacille typhique peut présenter des caractères différents suivant le milieu dans lequel il est cultivé. C'est le plus ordinairement unpelit bâtonnet, arrondi à ses extrémités, long de 2 à 3 y. et environ trois fois moins large (tig. MO); il est plus grêle dans certaines cultures alors
es
Fig. HO. — Bacille typliique clans les cultures.
Fig. 111. — Bacille typhique d'une culture sur pomme de terre (d'après Cliantemcsse et Widal).
que clans d'autres il peut s'allonger en filaments étendus (tig. Ml). Parfois il se renfle dans sa partie centrale et y présente un espace clair; celui-ci peut même constituer la majeure partie de sa surface; les extrémités colorées par les réactifs sont alors petites et ont la forme de croissants dont la concavité regarderait le centre de l'élément. L'espace clair peut exceptionnellement se trouver, non au milieu, mais près d'une extrémité du bacille; MM. Chantemesse et Widal attribuent cet espace clair à une dégénération partielle du bacille laquelle le rend inapte à absorber les réactifs colorants; il est appelé à se diviser et à produire ainsi une multiplication du bacille par scissiparité. Ce microbe est facultativement anaérobie. MM. Roux, Chantemesse et Widal l'ont en effet cultivé dans le vide.
11 peut engendrer des spores (fig. 112); ce sont de petites sphères claires et réfringentes qui apparaissent à l'une de ses extrémités ; elles sont plus larges que le bacille auquel elles semblent appendues comme de petites massues; elles résistent à la dessiccation et à la gelée.
La présence de ce bacille est constante chez les lyphiques ; dans la période d'état de la maladie, on peu! l'utiliser pour le diagnostic.
Il a été trouvé d'abord sur le cadavre et étudié successivement par Eberlh, Koch, Gafïky, Chantemesse et Widal avec une technique de plus en plus perfectionnée. Il s'infiltre dans les organes entre les cellules et se réunit en amas; on le trouve en nombre d'autant plus grand que la maladie a duré moins longtemps. Il se multiplie,
non seulement dans les plaques de Peyer et les ganglions mésentériques, mais aussi, d'une manière constante, clans le foie et dans la raie, souvent dans les poumons et les méninges. Chantemesse et Widal l'ont rencontré plus rarement dans le myocarde et une fois seulementdans le testicule. Onl'a cherché en vain dans le sang, après la mort.
Ces faits ont une importance considérable : ils prouvent que les lésions spécifiques ne sont pas, comme on pourrait le croire apriori, limitées à la muqueuse intestinale ; ils donnent l'explication des troubles nerveux qui sont si fréquents dans la maladie ainsi que des complications pulmonaires et de l'hypermégalie splénique. Il ne faut
Fig. 112. — Bacille typhiqua E% 113. — Amas de bacilles typhiqucs
avec spores. dans la rate (d'après Rindfleisch).
pas oublier cependant que d'autres microbes peuvent se développer chez le lyphique et donner lieu à des accidents qui ne sont plus liés directement à l'action du microbe spécifique : ce sont des infections secondaires (1). Les microcoques pyogènes, dont Reynal a constaté la présence dans le tube digestif de l'homme sain, trouvent dans les surfaces ulcérées de l'intestin des portes d'entrée qui leur permettent de pénétrer parles capillaires ou les lymphatiques dans la circulation et d'aller former ainsi des foyers de suppuration dans différents viscères tels que les reins et la rate et dans le tissu cellulaire. Il semble que ces microbes trouvent dans le milieu typhique un terrain favorable àleur multiplication : c'est ainsi que l'on a trouvé, chez les typhiques, dans la parotide, le stapbylococcus aureus; dans les abcès souscutanés, le streptocoque ; dans la rate, le pneumocoque de Friedliinder (microbe salivaire); clans l'érysipèle secondaire, des streptocoques en chaînettes; dans la gangrène, d'autres streptocoques. La pneumonie peut être provoquée par le microbe lyphique ou par une invasion secondaire.
I) Cornil rt Babès, Les Bactéries, 2e édition, 1886.
ÊTIOLOGIE.
Sur le vivant, on peut trouver le bacille dans du sang retiré de la rate pendant la période d'état de la maladie; les recherches entreprises pendant la convalescence donnent des résultats négatifs. Ce n'est qu'exceptionnellement que ce microbe a pu être trouvé dans le sang des taches rosées (i), et dans le liquide d'éruptions miliaires (Hànot): le sang parait être un terrain peu favorable au développement du microbe qui n'y pénètre sans doute que passagèrement pour passer de l'intestin primitivement affecté dans différents organes : il peut traverser le placenta : Neuhauss l'a trouvé dans le foie et la rate d'un fœtus de quatre mois provenant d'une femme convalescenle d'une fièvre typhoïde et sans fièvre depuis trois jours.
Eberlh a également constaté que le bacille typhique peut passer de la mère au fœtus (2).
Le bacille typhique peut être trouvé dans les matières fécales : M. Chantemesse et Widal sont parvenus à le rendre reconnaissais e au milieu de la foule de microbes qui pullulent simultanément dans ces fèces en additionnant le milieu de culture de 1/500 d'acide phonique; ce bacille continue à s'y développer alors que la multiplication des autres microbes est empêchée ou retardée. Ils ont pu constater ainsi sa présence dans des selles relativement anciennes.
On doit à M. Bouchard d'avoir démontré la présence - du bacille spécifique dans les urines des typhiques quand elles contiennent de l'albumine rélraclile ; celle-ci est l'indice d'une lésion des reins sans laquelle ces organes ne peuvent servir à leur élimination. Les recherches de Seitz ont confirmé les résultats annoncés par Bouchard (2). La fièvre typhoïde n'existe pas chez les animaux avec les caractères qu'elle présente chez l'homme; cependant A. Fraenkel a réussi, en introduisant les cultures pures de bacilles typhiques dans le duodénum de cobayes, à produire leur multiplication dans les plaques de Peyer, la tunique sous-muqueuse et la rate. E. Frœnkel et Simmonds avaient obtenu des résultats analogues chez le lapin et la souris, et constaté la tuméfaction delà rate, des ganglions mésentériques et des plaques de Peyer. La valeur de ces expériences a cependant été contestée par Sirotininqui rapporte les accidents ainsi produits à faction d'une plomaïne extraite par Brieger des vieilles cultures du bacille typhique, la lyphotoxine, et d'autre part Beumer etPeiper ont produit par l'inoculation d'autres microbes des lésions analogues, l ue expérience de MM. Chantemesse et Widal a eu raison de ces objections. (1) Neuhauss, Nachweis's der Typhts bacille m». Irbende. {Berlin. Min. Woçhensclar.,
'^'Eberth, Ge/tt der Typhus bacillus auf deu Fœtus Dber? [Forlschr. der mediein, 1889).
(3) Seitz, Bakleri'd. Stud. i. Typhus ,Etiohgtt.
Ces auteurs ont trouvé, en effet, chez un lapin inoculé quatorze jours auparavant, tous les organes infiltrés par le microbe d'Eberth. Les mêmes auteurs ont reconnu que les inoculations des cultures non stérilisées produisent chez la souris la mort presque constamment, alors queles cultures débarrassées par l'ébullition de leurs microbes, mais conservant leurs ptomaïnes, ne la provoquent qu'exceptionnellement. Ce n'est pas à dire cependant que l'on ne doive pas attribuer, avec beaucoup de vraisemblance, un rôle prépondérant dans la production des symptômes typhiques, aux ptomaïnes engendrés par les bacilles; nous avons vu précédemment que c'est surtout par l'intermédiaire de ces substances qu'agissent d'ordinaire ces micro-organismes. Les animaux ne peuvent contracter la fièvre typhoïde, mais nous venons de voir que l'on produit néanmoins chez eux une maladie infectieuse en leur inoculant le bacille d'Eberth.
Si l'agent infectieux de la fièvre typhoïde n'est autre que ce bacille d'Eberth, on doit trouver ce microbe dans les substances dont l'ingestion donne lieu à cette maladie; c'est ce qui a été fait pour l'eau potable : Michœl et Moers en Allemagne, MM. Chantemesse et Widal, Thoinot et Loir en France ont démontré l'existence de ce bacille dans des eaux suspectes d'avoir donné lieu à la maladie.
On doit surtout à M. Brouardel (1), d'avoir établi en toute évidence, que c'est l'ingestion d'une eau infectée qui est la cause d'une fièvre typhoïde. Bien souvent déjà, on a vu cette maladie frapper exclusivement une localité, une partie de ville ou de village, une maison dont les habitants faisaient usage d'une môme eau souillée par des déjections typbiques. MM. Chantemesse et Widal ont démontré que, dans quatre années, il y a eu à Paris rapport de cause à effet entre la distribution de l'eau de rivière et l'apparition d'épidémies typhoïdes. On sait que Peltenkofer faisait jouer un rôle essentiel dans l'étiologie de la fièvre typhoïde à l'abaissement de la nappe d'eau souterraine ; MM. Chantemesse et Widal ont montré que cette manière de voir trouve en partie sa'confirmalion dans la découverte du bacille ; on conçoit en effet qu'il existe en plus grand nombre dans la nappe souterraine lorsque son renouvellement est moins actif et son débit moindre et qu'elle se trouve ainsi abaissée.
Le bacille peut conserver longtemps sa vitalité dans l'eau où il a <Hé introduit ainsi que dans le sol (2); c'est par les matières fécales qu'il se transmet le plus souvent.
(I) Brouardel, De» modes de propoi/ation de la fièvre typhoïde, congrès de -Vienne 1887 Leau potable, Revue, sàienttfiçfue, 1878. Àna. d'Myg., 1887.
palî^£,!l™ÏSr r,eeherChû5mrle baCiUe ** " »ol (Arches âe
ÉTIOLOGIE.
M. le prol'csseur.laccoud (i)amonlré que, sur 105 épidémiesde fièvre typhoïde, l'influence des matières fécales a pu être établie 60 fois; la transmission directe d'un sujet malade à un sujet sain est cependant exceptionnelle ; le nombre d'infirmiers el de malades atteints d'autres affections qui contractent la fièvre typhoïde à l'hôpital est relativement peu considérable; dans une période de quatorze ans, sur 2,506 cas de fièvre typhoïde, Murchison n'en a compté que 8 qui se soient développés à l'intérieur de l'hôpital.
Pour expliquer ces faits, on a supposé que le contage n'est pas directement transmissible par les fèces fraîchement évacuées, et qu'il n'acquiert celte propriété qu'après avoir séjourné un certain temps dans ces matières putréfiées. M. Bouchard (2) répond très justement aux partisans de cetle théorie que, si les déjections fraîches transmettent rarement la maladie, c'est parce qu'elles ne peuvent être mêlées aux boissons ni se mélanger à l'air sous formes de poussières; il ajoute que les matières non fermentées se sont montrées contaminantes, soit sur les vêtements souillés, soit dans les eaux courantes.
Le bacille lyphique provient-il toujours d'un typhique, conformément à la théorie de Buhl, ou peut-il exister en dehors de l'organisme et se développer dans des matières putréfiées (théorie pythogénique) conformément à la théorie de Murchison (3)? La question ne peut être tranchée, mais on ne peut méconnaître que les faits s'accumulent en faveur de l'origine exclusivement humaine de la maladie.
29° Bactéries du choléra. — Le mode de propagation de cette maladie a été l'objet de controverses qui se renouvellent à chaque épidémie et sont loin d'être épuisées ; il est cependant un certain no m lire de faits qui paraissent définitivement acquis. On sait que le choléra est endémique dans l'Inde et qu'il est assez fréquemment transporté dans d'autres contrées par des voyageurs, et surtout par des pèlerins : il est donc transmissible par l'homme.
La transmission se fait-elle directement ou seulement par l'intermédiaire du milieu ? En d'autres termes, la maladie est-elle contagieuse ou infectieuse ? La question n'est pas encore complètement résolue, mais elle n'a en somme qu'une importance relative, car l'infection ainsi comprise ne diffère guère de la contagion; elle indique seulement que l'agent délétère émané de l'individu malade doit subir
(I) Jaccoud, Bulletin de l'Acatl. de méd., 1877.
(2* Bouchard /itiologie de la fièvre typhoïde (Congrès ^éditai international de Geneee, 1877). - H. Guéneau de Mussy, Bull, de l'Acad. de médi. 1877. - Murchison, A trentM on c'ontinued fevers ofGreat liritain. London, 1873.
(3) Consulter sur ce sujet L'importante communication de M. H. Guéneau de Mussy a J'Académie de médecine, 1877.
une certaine modification avant d'infecter un nouveau sujet. Le fait que l'on peut surtout invoquer en faveur de l'infection, c'est l'immunité singulière que présentent certaines localités voisines de grands foyers épidémiques. La présence dans l'air et dans l'eau d'un pays des produits émanés d'un cholérique ne suffit pas pour y amener l'épi-
I démie, il faut en outre des circonstances atmosphériques ou lelluri-
I ques indéterminées jusqu'ici.
Pettenkofer, pour le choléra comme pour la fièvre typhoïde, atta-
I che une grande importance à la constitution du sol et à l'état de la nappe d'eau souterraine ; l'agent infectieux se développerait surtout dans les moments où cette nappe s'abaisse; cette théorie ne paraît pas d'accord avec les faits, car on a vu des épidémies éclater dans toutes les saisons et par tous les temps.
Le contage est transmis surtout par les individus ; la maladie ne pénètre jamais dans les îles où la quarantaine est bien faite; elle semble pouvoir se propager aussi par l'eau potable infectée par les déjections cholériques; on l'a vue souvent atteindre un grand nombre de sujets dans une même maison; Koch nie sa transmission par l'air sec.
La théorie de contagion a été soutenue pour le choléra par Fortina (1857), Ayre (1857), Huss (1865), M. Garty et Dowe (1866), Ercolani, Macnamora (1870), Murray (1870); en 1874, Nedwelzky y a décrit un parasite.
Des observateurs courageux ont voulu mettre à profit l'épidémie de choléra qui récemment a ravagé l'Egypte pour chercher à déterminer quelle est la nature de l'agent infectieux qui le produit ; chacun sait qu'une mission française, composée de MM. Straus, Thuillier, Nocard et Roux (1), et une mission allemande, dirigée par R. Koch, se sont rendues presque simultanément à Alexandrie et ont pu y étudier la maladie sur place; la perte cruelle qu'ont faite les Français en la personne de Thuillier est présente à tous les esprits.
Koch (2) a trouvé constamment dans ses autopsies, dont le nombre approche actuellement la centaine, et dans les selles des cholériques, un micro-organisme qu'il considère comme l'agent générateur du choléra. C'est un bacille dont la longueur atteint la moitié ou au plus les deux tiers de celle du bacille tuberculeux ; il est plus massif et plus épais que celui-ci et présente une légère incurvation (fig. 114); il n'est pas rare de voir deux de ces bacilles se réunir et former ainsi un S. Il peut parfois dans leurs cultures se produire d'autres formes: ce
(1) Lecholéraen Êgypte en 1883. Rapport fait par MM. Straus, Roux, Thuillier et Nocard.
(2) Koch, Confcrenz zur Erœrterung der Choiera {rage in Berlin (Berlin, klin. Wochens. 1884); Ueber die Cholera-Bacteries (Deutsche med. Wochenschr., 188-4). i
Hallopbau, 3e édition. 17
ÉTIOLOGIE.
sont des filaments allongés, ondulés et très semblables aux spirilles de la fièvre récurrente (fig. 115); Koch, en raison de ces faits, considère
Fig. 114. — Spirille du choléra.
Fig. 145. — Spirilles du choléra de cultures dans le bouillon.
son komma-bacillus comme une forme intermédiaire entre les bacilles et les spirilles.
Ces bacilles se colorent aisément par les mêmes moyens que les autres bactéries ; il est facile d'en démontrer la présence dans le contenu et dans la muqueuse de l'intestin des cholériques. Il est également facile de les cultiver dans le bouillon, le lait, le sérum, la gélatine, et leurs cultures sont tout à fait caractéristiques. La gélatine particulièrement se liquéfie dans leur voisinage immédiat; ils s'y enfoncent et y forment une dépression en entonnoir. C'est à une température,de 30° à 40° qu'ils se développent le plus activement ; mais ils peuvent se cultiver également malgré le froid. Par contre, ils ne supportent pas l'absence d'oxygène; ils sont aérobies. Ils meurent rapidement dans .un milieu acide et dans un milieu sec.
Ce microbe, d'après Koch, ne manque jamais dans l'intestin des cholériques; cet auteur l'a trouvé également dans l'eau d'un étang qui était le centre d'un foyer épidémique.
Les bacilles sont nombreux dans le contenu riziforme de l'intestin, ainsi que dans les tubes glandulaires et à la surface des plaques intestinales, et ils se creusent un chemin sous l'épithélium glandulaire; on les trouve aussi dans le tissu sous-jacent et jusque dans les fibres musculaires de la paroi intestinale; dans les cas où la muqueuse est infiltrée de sang, leur siège principal est la partie inférieure de l'intestin grêle. Koch les a cherchés en vain dans le sang et les autres viscères.
La découverte de Koch a été confirmée par van Ermengen, Nicati et Rielsch, Doyen, Gornil et Babès, Watson, Cheynes, Finkler et Prior, 1 Ceci et autres, qui tous considèrent comme constante la présence de son bacille dans l'intestin des cholériques.
Huppe (1), en observant au microscope le contenu des cultures du bacille-komma, a constaté que les micro-organismes deviennent moins mobiles lorsque leur milieu s'épuise en éléments nutritifs et en même temps qu'ils s'allongent en filaments contournés en spirales; bientôt l'on voit paraître sur leur trajet de petites spores qui s'en séparent; elles peuvent devenir assez nombreuses pour former une zooglée ; ces spores sont immobiles et ne se multiplient pas, mais elles peuvent à leur tour se transformer en bacilles-kommâ; ce sont des arthrospores. Ces particularités ont conduit Huppe à ranger ces bacilles-komma parmi les spirochaètes, et à les différencier des vibrions et des spirilles, la fructification par arlhrospore appartenant à ceux-là, tandis que chez ceux-ci la formation des spores est endogène. Van Ermengen (2) a également vu des bacilles virgules portant des masses globuleuses qui ne sont vraisemblablement autres que les spores décrites par Huppe. Koch croyait que son parasite ne se rencontrait que dans l'intestin. Doyen (3) l'a trouvé récemment dans les reins et dans le foie, non seulement chez les cholériques, mais aussi chez les animaux inoculés.
Nicati et Rielsch (4), en 1884, ont produit des accidents cholériformes chez les cobayes en leur introduisant, soit dans l'estomac à l'aide d'une sonde, soit dans le duodénum, le contenu intestinal des cholériques: les uns sont morts presque aussitôt, sans doute par intoxication; les autres, le troisième et le quatrième jour, dans l'algidité et après avoir présenté de la diarrhée et des contractures ; des injections ont été pratiquées chez des chiens dans le canal cholédoque, et l'un d'eux a succombé au milieu d'accidents cholériformes ; enfin des injections de bile cholérique renfermant les bacilles virgules ont donné le même résultat.
Peu après, van Ermengen a réussi à produire également des accidents très semblables à ceux du choléra chez les cobayes en leur injectant dans le duodénum des cultures de bacilles-komma, et il a constaté dans leur muqueuse intestinale des lésions analogues à celles que l'on trouve dans cette maladie.
(1) Huppe, Ueber die Dauer forme des sog. Komma Bacilles {Fortschritt d. Med. 1885)
(2) Van Ermengen, Recherches sur le choléra asiatique. Bruxelles, 1885. '
(3) Doyen, Recherches anat. et expér. sur le choléra épidém. {Arch de phus 1885)
(4) Nicati et Rielsch, Recherches sur le choléra, le bacille [en virnule dans Varan Jilmo
ÉTIOLOGIE.
Depuis lors, Koch (1) dit avoir obtenu des résultats positifs en procédant de la manière suivante : Il prend des cobayes auxquels iï administre cinq centimètres cubes d'une solution de soude à b p. 100 ; vingt minutes plus tard, il injecle dans l'estomac 10 centimètres cubes d'un bouillon qui contient des bacilles virgules, et, immédiatement après, dans la cavité péritonéale, de la teinture d'opium à la dose de 1 centimètre cube par 200 grammes de poids de l'animal. Le lendemain, les animaux sont malades, leurs poils] se hérissent, leurs extrémités s'affaiblissent, ils succombent au bout de un à trois jours, et à l'autopsie on trouve l'intestin grêle rempli, ainsi que l'estomac et le cœcum, d'un liquide alcalin riche en bacilles virgules.
On pourrait reprocher a ces diverses expériences de nécessiter un traumatisme abdominal capable de produire les accidents ; cette objection ne peut être opposée à celle de Doyen, qui a provoqué des accidents cholériformes en introduisant, dans l'estomac de cobayes, d'abord de 1 gr. 6 à 1 gr. 8 d'une solution à 60 p. 100 d'alcool par 100 grammes de poids de l'animal, puis une culture pure de bacilles virgules. Quelques heures après, il a vu les poils se hérisser, les membres se raidir comme s'ils étaient le siège de crampes, et la mort est survenue dans l'algidité et le coma ; ceux des animaux qui ont survécu deux ou trois jours ont été pris au bout de douze à vingtquatre heures d'une diarrhée très abondante.
La bacille cholérique paraît avoir une existence assez fragile et ne se multiplier que dans certains milieux ; Babès a trouvé que les solutions de gélatine à 10 p. 100 sont celles qui lui conviennent le mieux ; si l'on augmente ou si l'on diminue la proportion de gélatine, son développement ne s'accomplit plus régulièrement.
Le même auteur a reconnu qu'il péril rapidement dans l'eau distillée. D'après Koch, il perd sa vitalité en vingt-quatre heures dans les fosses d'aisances, en six jours dans l'eau d'un canal, en vingtneuf jours dans l'eau de fontaine.
L'action pathogène de ce bacille doit être attribuée à une substance qu'il sécrète : on ne peut interpréter autrement les cas où l'ingestion de sa culture produit la mort en quelques instants non plus que ceux où on ne le trouve qu'entrés faible quantité ; il faut comprendre de la manière les cas où les recherches des observateurs les pluscompétents n'ont donné que des résultats négatifs; sans doute les microbes y existaient, mais en trop [petit nombre pour y être reconnus ; c'est l'opinion de Koch, de van Ermengem, de Nicati et
(I) Koch, Conferenz zur Erœrterung der Cholerafrage [Zweilos Jahr) gchalten im Kaiserl. Gesund. Am. {Berl. klin. Wochenschr., 1885).
Rietsch; M. Gabriel Pouchet a réussi à extraire en petite quantité un alcaloïde toxique des selles cholériques (l);Klebs croit également avoir établi l'existence d'un poison du choléra ; les symptômes qu'il lui a vu produire diffèrent cependant notablement de ceux de cette maladie.
On ne connaît encore que très imparfaitement les produits solubles engendrés par les bacilles cholériques ; il en est un cependant qui a -al tiré l'attention dans ces derniers temps, c'est le rouge cholérique, combinaison d'indol et d'acide azoteux; il a été découvert par Poehl, et étudié depuis parBudjwid, Brieger et Dunham.
On ignore encore quelle peut être l'action pathogénique du microbe cholérique. Plusieurs auteurs assurent que le bacille virgule n'a rien de spécial au choléra. Lewis (2) en aurait découvert un semblable dans la bouche d'une personne bien portante; M. Héricourt (3) a signalé dans les eaux de la Basse- Deule à Lille un bacille virgule, et Finckler et Prior (4) assurent que ce microbe se rencontre constamment dans les selles du choléra nostras ; Koch et Meyhôfer contestent cette assertion (5).
D'après Koch, aucun de ces bacilles n'est semblable au sien : celui de Lewis est plus gros, plus élancé, moins obtus aux extrémités •que celui du choléra ; il ne pullule pas, à l'encontre de ce dernier, dans une gélatine peptonisée neutre ou faiblement alcaline; quant à celui de Finckler et Prior, il diffère nettement par sa culture du microbe cholérique.
Emmerich a plusieurs fois cherché en vain le bacille de Koch et il a rencontré constamment, avec son collaborateur Biichner, un autre bacille qui rappelle beaucoup par sa forme et ses cultures celui de la fièvre typhoïde. Les observations de ces auteurs sont restées isolées et il paraît bien établi que le bacille de Koch est l'agent infectieux du choléra^ il peut être fort difficile à découvrir, car Schottelius est arrivé plusieurs fois à l'obtenir par la culture alors qu'il n'avait pu en trouver trace par l'examen microscopique.
30° Bactéries du tétanos. Carie etRattone (6) ont établi expérimentalement en 1884 que le tétanos est inoculable aux animaux et, par consé-
(') G- Pouchet, Sur la présence des sels biliaires dans le sanq des eAaliriuùn <>t I existence d'un alcaloïde toxique dans leurs déjections (C. r. de l'Acad. des se 18S4) Joie, a^Lancet I\^cmorandum in lhe comma-shaped bacillus alleged to be de cause of • (3) Héricourt, Revue scient., 1884.
(4) l-'incklcr et Prior, Forscli. ùber Ckolerabacterien (Ergxnzunqs Hefte ~um rv«^7 àlatt fùr allg. Gesundhdtsp/lege, 1885). 9 ~"m Lentral-
(5) Mcyhofer, Section ein Fallen von choiera nostras {Deutsch. med. Wochensch Ififif»
s™ * studiospeciment suu' etioLf-d- Man0 * rA^Z iZt
ÉTIOLOGIE.
quent de nature infectieuse; l'année suivante, Nicolaier (1) a reconnu l'existence dans le sol de bacilles dont l'inoculation amena chez les animaux le développement de celte maladie ; en 4886, Rosenbach (2) a constaté, chez l'homme, la présence de ces mêmes bacilles dans les lésions qui en sont le point de départ. De nombreuses observations, parmi lesquelles nous citerons surtout celles de Hochsinger (3) et de \. Eiselsberg (4), sont venus confirmer celte découverte; enfin Hochsinger affirme que la culture pure de ces bacilles inoculés aux animaux leur donne le tétanos. La démonstration cependant n'esl pas complète; il a été impossible jusqu'ici d'obtenir des cultures et de pratiquer des innoculations en séries; la première culture a seule donner des résultats positifs et encore non constamment; MM. Chantemesse et Widal (5), après avoir trouvé le microbe de Nicolaier dans la terre extraile d'un parquet d'une salle où se reproduisait fréquemment des cas de tétanos, ont cherché en vain à provoquer la maladie par l'inoculation de son produit de culture ; ils tendent à admettre que, dans les conditions artificielles inhérentes à l'expérimentation, les bacilles de Nicolaier perdent leur virulence tout en conservant leur faculté de germination.
Ces bacilles sont de fins bâtonnets qui forment dans les points infestés des amas irréguliers ; ils présentent souvent, à l'une de leurs extrémités, une spore ovale et brillante dont le diamètre est de trois à quatre fois supérieur au leur; ils ressemblent à des épingles; beaucoup de spores semblables sont libres parmi eux. Brieger a isolé de leurs produits et cultures une substance toxique, la tétanine, qui, à faible dose, produit chez les souris des accès nettement caractérisés de tétanos, et trois autres substances, la tétano-toxine, la spasmo-toxine et un chlorhydrate de toxine, qui donnent lieu à des accidents très semblables : il est très probable que c'est par l'intermédiaire de ces poisons qu'agit le bacille tétanique. Cependant Flûgge (6) et Rosenbach ont constaté la présence de ce bacille dans le système nerveux central.
Ces bacilles et leurs spores se trouvent en abondance à la surface du sol, surtout dans la poussière des routes. C'est sans doute de là
M) Nicolaier, Boitr. sur JEtiol. d. Wundstarrkrampfes. Gœttmgen, 1885.
(2) Rosenbacb, Zur JEtiol. des Wundstarrkrampfes bei Menschen (Arch. f. Mm. UM
r7;f)ieHochsi!;gcr, Zur JEtxol. d. menscld. Wouhtarrkrampf.s {Centralbl. fia- Bàkteri 1
^T'SS^, Experim. Beitr. 1 ^tloL der Wundsta^-krampf. {Wiener */.*.
f^SES*^ Wid.l, Reeherckes sur léliologie du ténanos {Bull. Média., «88»). (6) Fliigge, Die Mikroorganismen.
que proviennent le plus ordinairement ceux dont l'inoculation enrgendre la maladie. M. Verneuil (1) pense qu'ils sont le plus souvent transmis par les chevaux; l'école d'Alfort le conteste. Ils se transmettent également de l'homme à l'homme. Tous les sujets ne semblent pas leur offrir un milieu favorable. Ils ne donnent lieu au tétanos que chez les sujets prédisposés.
31° Bactéries de la tuberculose. — A. Robert Koch a démontré en 1882 l'existence d'un microbe de la tuberculose; mais, depuis plusieurs années déjà, l'expérimentation avait établi que les produits tuberculeux sont inoculables, et l'on pouvait par conséquent y affirmer l'existence d'une substance vivante, capable de se multiplier dans l'organisme. C'est à M. Villemin (2) que revient l'honneur d'avoir mis ce fait en évidence ; dans une communication faite à l'Académie de médecine, le 5 décembre 1865, cet éminent pathologiste annonçait qu'il avait réussi à inoculer chez des lapins de la matière tuberculeuse; il en avait introduit une parcelle sous les téguments de la base de l'oreille, et, quinze jours après, ils avait trouvé des tubercules dans beaucoup d'organes.
Ces expériences ont été depuis lors fréquemmentrenouvelées, et ceux qui les ont répétées ont reconnu, à peu d'exceptions près, que l'inoculation de produits tuberculeux donne lieu à la production de granulations et de nodules disséminés : nous citerons particulièrement celles de MM. Hérard et Cornil (3), Lebert (4), Roustan (5), Cbauveau (6) et Parrot (7) en France; de Waldenburg (8), Bernhardt (9), Klebs (10) et Gerlach (11), en Allemagne ; de John Simon (12), Andrew Clark (13) et Wilson Fox (14) en Angleterre. Plus récemment, MM. Dieulafoy et Krishaber (15) ont confirmé, par de remarquables expériences sur des singes, les faits annoncés par Villemin : sur 16 singes inoculés
(1) Sur l'prigine et la nature du tétanos (Discussion à l'Académie de médecine, par MM. Vernéuif; Nocart, Leblanc, Trasbot, Goubault, La^ncau, A. Guérin et Laborde, à l'occasion des mémoires communiqués par MM. Berger et Richelot, 1889.
(2) Villemin, Causes et nature de la tuberculose (Bulletin de l'Académie de médecine. Paris, 1800, t. XXXII, p. 152, 897); Études sur la tuberculose. Paris, 18G8.
(3) Hérard et Cornil, Société de biologie, 1868.
(4) Lebert, inoculation des tubercules (Bulletin de l'Acad. de médecine. Paris, 1866-67, t. XXXU, p. 119).
(5) Roustan, Thèse de Paris, 1877.
(6) Chauveau, Gazette hebdomadaire, 1372. .
(7) Parrot, Société des hôpitaux, 1869.
' (8) Waldenburg, Allyem. med. Zeit., 1867.
(9) Bernhardt, Deulsches Archiv f. klin. Medicin, 1869.
(10) Klebs, Ueber die Enstehung der Tuberculose (Virchow' 's Archiv, 1868).
(11) Gerlach, Ueber die Impfbarkeit der Tuberculose (Yirchow's Archiu, 1870).
(12) J. Simon, Med. Times and Gazette, 1867.
(13) A. Claik, Med. Times and Gazette, 1867. •'. . . ; .
(14) \V. Foi, Lancct, 1868.
(15) Dieulafoy et Krishaber, Bull, de l'Académie de médecine, 1881 et 1882.
avec le tubercule de l'homme, 12 sont morts tuberculeux ; sur 24 singes non inoculés, mais ayant vécu en promiscuité avec les singes inoculés, 5 sont morls tuberculeux ; sur 10 singes inoculés avec du pus phlegmoneux, un seul est mort tuberculeux; sur 28 singes tenus éloignés de toute cause de contamination, un seul est mort tuberculeux. Les auteurs concluent : 1° que la tuberculose de l'homme est essentiellement transmissible au singe par l'inoculation; 2° que la tuberculose est contagieuse de singe à singe par cohabitation.
Chauveau (1) et, après lui, Pauli et d'autres expérimentateurs ont reconnu que la tuberculose peut se transmettre par les voies digestives et que l'on peut amener, chez des animaux, le développement de cette maladie en leur faisant ingérer des produits tuberculeux.
Parmi les expériences d'inoculation, nous devons mentionner tout particulièrement celles qu'a pratiquées Cohnheim dans la chambre antérieure de l'œil, car elles sont tout à fait démonstratives : l'introduction, au-dessous de la cornée, d'un fragment de substance tuberculeuse provoque d'abord une légère kératite; au bout de quelques jours, la membrane est redevenue transparente et l'on voit nettement le fragment implanté au-devant de la capsule du cristallin ; pendant plus de deux semaines, il ne se produit rien d'appréciable; mais, au bout de vingt à trente jours, la scène change : on voit apparaître à la surface de l'iris des granulations grisâtres qui se multiplient rapidement en même temps qu'elles augmentent de volume ; l'iris rougit et, dans certains cas, il se produit une kératite grave; d'autres fois les choses reslent en l'état; les granulations persistent jusqu'à la mort de l'animal.
Tappeiner a montré que l'on peut rendre des chiens tuberculeux en pulvérisant dans leur niche des crachats de phlhisiques.
La doctrine de Villemin n'a pas été sans soulever de vives contradictions. Les expérimentateurs qui n'ont obtenu que des résultats négatifs sont en trop petit nombre pour que leur opinion entre en ligne de compte, mais il est une série de faits qui méritent au contraire au plus haut degré l'attention. Dès 1867, Lebert et Wyss (2) annonçaient qu'ils avaient amené le développement de granulations tout à fait semblables à celles de la tuberculose en introduisant sous la peau d'un animal des parcelles de matière purulente ou cancéreuse ou du poumon enflammé. Burdon Sanderson, Colin, Empis, Cohnheim, dans une première série d'expériences, Waldenbourg et
(1) Chauveau, Tuberculose expérimentalement produite par l'ingestion de matière tuberailpuvp (Gaz. méd. de Lyon, 18G8).
2 LebeH ét Wyss, Beitràge sur expérimentale Pathologie der heerdarUgen umschnebenen, disseminirten Lungen EntziXndung (Virchow's Archiu, 1867).
Metzquer, sont arrivés aux mêmes résultats : il est vrai que Gohnheim .a depuis déclaré que ses expériences, faites au milieu d'animaux tuberculeux, n'avaient pas la signification qu'il leur avait d'abord attribuée; mais il n'en est pas moins certain que l'on peut obtenir, .par l'inoculation de produits étrangers à la tuberculose et même de substances tout à fait inertes (Browu-Sequard), la genèse de granulations identiques, par leur caractères anatomiques, à celles de la tuberculose. Ces faits semblaient ôter toute valeur aux expériences de Villemin : on doit à M. Hippolyte Martin (1) d'avoir démontré, par des recherches remarquablement bien conduites, que les granulations engendrées par les produits non tuberculeux et les corps inertes ou irritants, tels que les poudres de lycopode, de poivre rouge et de cantharides, diffèrent par leur nature des granulations tuberculeuses, malgré leur identité d'aspect et de structure; il a établi, en effet, que celles-ci sont à unhaut degré inoculables en séries, tandis que celles-là ne le sont pas; il a montré de plus que la granulation non tuberculeuse reste locale et ne se généralise jamais. Si l'on inocule la granulation développée par l'introduction sous la peau de corps inertes ou d'un produit inflammatoire, cette inoculation reste souvent stérile, et si elle produit de nouveau des granulation locales, celles-ci, dès le deuxième ou le troisième terme de la série, cessent d'être inoculables; les granulations tuberculeuses au contraire se généralisent et peuvent être inoculées indéfiniment ; peut-être même le virus tuberculeux acquiert-il une intensité croissante quand on l'inocule en séries à des animaux de la même espèce: « Il y a donc lieu de décrire un tubercule infectant, un tubercule légitime, et un tubercule non infectant, non généralisable (2). »
M. Toussaint admet également que la tuberculose vraie se reproduit en séries indéfinies, et qu'elle augmente même d'énergie avec le nombre des inoculations.
B. Ces expériences démontraient le caractère spécifique et infectieux delà tuberculose, et Bouchard (3) était endroit, dès 1880, de la considérer comme parasitaire, par ce fait qu'elle évoluait, se localisait et se généralisait à la façon des maladies infectieuses; mais son son parasite restait inconnu: c'est à R. Koch que l'on en doit la découverte.
Cet auteur, en effet, a mis en fait que l'on peut trouver constamment,
(1) H. Martin, Recherches anatomo-pathologiques et expérimentales sur le tubercule. Thèse de Paris, 1879; Recherches sur les propriétés infectieuses du tubercule (Arch. de physiologie, 1881, p. 49 cl 272).
(2) H. Martin, loc. cit.
(3) Buuchard, Sur tes inaladies infectieuses (Rev. de méd. et de chir., 1881).
266 ÉTIOLOGIE.
dans les produits tuberculeux, un parasite spécial, que ce parasite peut être cultivé et que Uinoculation de son produit de culture engendre la tuberculose (1).
Pour constater l'existence du parasite, il est nécessaire de recourir à des artifices de préparation. Koch place dans une solution alcoolique de bleu de méthylène mélangée avec une solution de potasse caustique au dix-millième un fragment très mince de produit tuberculeux préalablement séché, l'y laisse vingt-quatre heures, puis le porte pendant une ou deux minutes dans uue solution concentrée de vésuvine (brun d'aniline ou de Bismarck). La vésuvine déplace la couleur bleue de tous les éléments, à l'exception des bacilles qui se détachent ainsi nettement sur le fond rouge brun de la préparation, quand on l'a lavée à l'eau distillée, traitée par l'alcool, éclaircie par l'essence de girofle et montée dans le baume de Canada. Ces bacilles sont, d'après Koch, avec ceux de la lèpre, les seuls éléments qui se comportent ainsi.
Ehrlich (2) a modifié de la manière suivante le procédé de Koch : la préparation est chauffée pendant quelques minutes à 110° pour eu coaguler l'albumine, puis placée dans de l'eau saturée d'huile d'aniline additionnée d'une solution alcoolique saturée de fuchsine dans la proporlion de 11/100; elle s'y colore d'une manière intense; on la traite ensuite par un mélange d'acide nitrique avec deux parties d'eau; au bout de peu de temps, elle est décolorée; on lave alors de nouveau à l'eau distillée ; on plonge la lamelle pendant quelques secondes dans une solution aqueuse concentrée de bleu ou de violel de méthyle; la préparation, lavée une dernière fois, est séchée et placée dans le baume de Canada. Les bacilles sont colorés en rouge, les cellules et les autres microbes en bleu ou en violet (fig. 116).
Ces bacilles sont très grêles ; leur longueur varie de 2 à 5 [a ; rarement elle atteint 7 p.; ils paraissent assez souvent légèrement incurvés. Ils peuvent contenir des spores sous forme de granulations sphériques ou ovales réfractant fortement la lumière. Ils ne meurent jamais spontanément.
Koch a trouvé les bacilles clans des tubercules du poumon, de l'intestin, du foie, de la rate, des reins et de la pie-mère, dans des arthrites fongueuses, et plusieurs fois, mais non constamment, dans des ganglions serofuleux ; ses observations ont été confirmées par la plupart des auteurs qui se sont occupés de la question. Spina, de Vienne, a nié la présence du parasite dans les granulations des sé-
(1) R. Koch, Ueber Tuberculose (Arch. f. Anat. und Physiologie, p. 190, 1882).
(2) Ehrlich, Deutsche medic. Wochens., 1882. — Du Cazal et Zuber, Le microbe de la tuberculose (Revue' des sciences médicales, 1883).
BACTÉRIES INFECTIEUSES. 267 reuses; MM. Corail et Babès(l) ont constaté au contraire qu'elle y est presque aussi constante.
On voit des bacilles dans le coagulum fibrineux qui oblitère le
Fig. 116. — Bacilles tuberculeux dans un crachat coloré par la fuchsine et le violet de
méthyle (Ziegler).
vaisseau situé ordinairement au centre de la granulation tuberculeuse ; on les rencontre également dans les parois des vaisseaux et à leur voisinage ; il en est de même pour les granulations pleurales. Dans la pleurésie cbronique tuberculeuse, le parasite existe dans le
lig. 117. — Cellules géantes avec bacilles et noyaux à la périphérie (Birch-Hirschfeld).
liquide caséeux. Dans les tubercules des muqueuses, on trouve des bacilles entre les cellules épitbéliales, dans les espaces considérés
(1) Cornil et Babès, Bulletin de l'Académie de médecine, avril et mai 1883.
268 ÉTIOLOGIE.
par Ranvier comme des voies lymphatiques; on en rencontre également dans les coagula inlravasculaires, dans les cellules embryonnaires des tubercules et surtout dans les cellules géantes.
On sait que ces cellules renferment des noyaux accumulés à leur périphérie. D'après Weigert (1), les bacilles se déposent surtout à la périphérie de la partie privée de noyaux, sur leurs limites et dans leurs interstices. L'activité nutritive de ces cellules a été stimulée par la présence de bacilles ; elles ont grossi ; leurs noyaux se sont mullipliés, et un moment est venu où leur partie centrale, insuffisamment nourrie, s'est caséifiée; c'est pour" cette raison qu'on la trouve vide de noyaux et de bacilles alors que ces mêmes éléments continuent à se multiplier à la périphérie (fig. 117). Si ces vues de Weigert sont exactes, les cellules géantes sont des éléments en voie d'ensemencement qui subissent dans leur partie centrale une nécrose partielle.
MM. Cornil et Babès ont observé les bacilles dans les différentes formes de tuberculose pulmonaire ; ils sont très abondants dans le liquides des cavernes (fig. 116) ; ils les ont vus aussi dans les tubercules des ganglions, de la rate et des reins; ils manquent souvent dans les masses caséeuses, mais on les retrouve dans leurs parois. Treitel (2) les a mis en évidence dans la tuberculose de l'iris, et Ulrich (3) dans celle de la conjonctive.
On en a aussi constaté la présence dans l'urine de malades atteints de lésions tuberculeuse de l'appareil urinaire, dans le pus de la carie vertébrale ainsi que dans les parois et les grains riziformes (4) de l'hygroma et des synovites.
C. Smith (5) ayant fait respirer un phthisique à travers un tube fermé par de l'ouate, a reconnu dans cette ouate le bacille tuberculeux.
Les bacilles se rencontrent dans les selles des phthisiques qui ont la diarrhée ; ils manquent toujours dans celles des sujets sains (Giacomi).
Leur présence dans les crachats des tuberculeux a été constatée plusieurs centaines de fois, alors qu'ils manquent constamment dans les produits de sécrétion des autres affections pulmonaires ou bronchiques ; c'est là un fait d'une grande importance, car il peut servir
(1) Weigert, Zur Théorie des tuberkulœsen Riesenzeller (Deutsche med. Wochens., 1885).
(2) Treitel, Ein Fall von operativ gehuilter Iristuberkidosc (Sert. klin. Wochensch., 1885).
(3) Ulrich, Nachweis der Tuberlcelbacillen bel Conjonctival-Tuberkulosa (Centralbl. f. prakt. Augenheilk, 1885).
(4) Nicaise, Nature tuboruleuse des hyyromas et des synovites à grains fibrineux (Bull, de l'Acai. de méd., 1883).
(5) C. Smith, On the détection of the bacilli of tuberclc in the breath of consumptivc patiente (Brit. med. journ., 1883).
au diagnostic de la phthisie; MM. Héron (1), Cochez (2), Frœntzel et Balmer (3), d'Espine (4), G. Sée (5), Jaccoud (6) et Debove (7) l'ont démontré.
On conçoit que les crachats puissent être un moyen puissant de propagation de la phthisie, d'autant plus que les bacilles présentent une résistance considérable aux causes d'altération. MM. Malassez et Vignal ont put dessécher et mouiller des crachats huit fois différentes, et y retrouver an bout de douze jours les microbes en nombre considérable.
Les études expérimentales et bactériologiques ont permis de reconnaître que le lupus est de nature tuberculeuse.
Max Schuller (8) a provoqué chez les animaux le développement de granulations en leur inoculant ou en leur faisant inhaler des fragments de lupus réduits en bouillie. Doutrelepont a constaté la présence de bacilles dans sept cas de lupus ; ils sont moins nombreux si la maladie a été traitée. MM. Gornil et Leloir (9) n'ont pas obtenu les mêmes résultats ; ils n'ont trouvé les bacilles que dans un cas de lupus sur douze; ils considèrent néanmoins cette maladie comme tuberculeuse, car ils ont obtenu plusieurs fois des inoculations positives avec des produits où l'on ne rencontrait pas de bacilles. Plus récemment, Koch a trouvé des bacilles dans quatre cas de lupus ; ils étaient en très petit nombre; il a fallu dans un fait examiner quarante-trois préparations avant d'en rencontrer un (10) ; d'après H. Martin (11), les inoculations expérimentales de lupus exécutées jusqu'à ce jour ont donné tout au moins autant de résultats positifs que de résultats négatifs.
Les bacilles, dans les cas de tuberculisation miliaire aiguë, circulent avec le sang; §ticker (12) en a reconnu la présence dans le sang extrait à l'aide du piqûre du doigt chez deux sujets atteints de tuberculose généralisée. Auparavant, Weichselbaum avait découvert des bacilles dans le sang veineux chez trois sujets atteints de la même
(1) Héron, Brit. med. journ., p. 805, 1883.
(2) Cochez, De la recherche du bacille de la tuberculose, etc. (Union médicale, 1883).
(3) Friintzel et Balmer, Ueber Tuberkulbacillen in den verschiedenen Stadien der Lungen tuberkulose (Berlin med. Wochens., 1883).
(4) D'Espine, Bévue de la Suisse romande, 1882.
(5) G. Sée, Diagnostic des phthisies douteuses (Bull, de l'Acad. de méd., 1883).
(6) Jaccoud, Leçon de clinique médicale, 1883-1884.
(7) Debove, La tuberculose parasitaire. Clinique de la Pitié, 1883.
(8) Max Schuller, Exper. und histol. Unters. ùber Enstehung und Ursachen der s/cro phulosen, etc. Stuttgard, 1880.
(9) Comil et Leloir, Annales de dermatologie, 1883.
(10) E. Besnier, Le lupus et son traitement (Annales de dermatologie, 1883).
(11) H. Manin, Étiologie et nature du lupus (Annales de dermatologie, 1883).
(12) Sticker, Ueber das Vorkommen von Tuberkel bacille im Blute bei der acuten allgemeincn Mdiiir tuberkulose (Centralbl. f. klin. il/ed., 1885).
ÉTIOLOGIE.
forme de tuberculose. On devait s'y attendre, car M. Villemin (i) a reconnu il y a longtemps que le sang est susceptible de développer la tuberculose par l'inoculation.
C. Les faits que nous venons d'énoncer établissent la présence d'un parasite spécial dans tous les produits tuberculeux ; pour prouver qu'il était la cause même de la maladie, il fallait, avons-nous dit, le cultiver et produire la tuberculose par l'inoculation du produit de culture; c'est ainsi que Davaine a procédé pour la bactéridie charbonneuse ; Koch y est parvenu pour le microbe tuberculeux.
Il a choisi pour milieu de culture le sérum sanguin du bœuf et du mouton recueilli pur dans un tube de verre et stérilisé par l'exposition pendant six jours à une température de 58°, puis chauffé à 65° pendant le temps nécessaire pour le coaguler et le solidifier. Il obtient ainsi une masse gélatiniforme, ambrée et transparente.
Ou transporte sur cette masse une particule de granulation tuberculeuse, et l'on place le tube dans un appareil à incubation où l'on maintient une température de 37° à 38° ; le développement du parasite est fort lent; au bout de 8 jours seulement on voit les nouvelles bactéries; vers le dixième jour, elles forment de petites écailles visibles à l'œil nu ; elles continuent à se développer pendant trois ou quatre semaines ; elles représentent alors de petits nodules assez consistants pour que l'on puisse les enlever avec un fil de platine. Ils ne pénètrent pas dans le sérum et ne contractent avec lui qu'une adhérence peu prononcée ; ils n'en déterminent pas la putréfaction.
On peut, avec ces produits, ensemencer un nouveau sol. Les inoculations sur les animaux ont été faites avec ces produits de cultures, répétées quatre, six ou huit fois, et continuées pendant 80, 100, et même 178 jours; elles ont donné des résultats constamment positifs à Koch, qui les a pratiquées plus de deux cents fois dans des conditions variées.
Le bacille tuberculeux offre une remarquable résistance aux modifications du milieu dans lequel il est ; il supporte, sans perdre ses propriétés infectieuses, des températures très élevées, ainsi qu'un dessèchement prolongé; l'action du suc gastrique, celle de la putréfaction qui détruisent la plupart des bactéries restent longtemps sans
influence sur lui.
La plupart des auteurs qui ont répété les expériences de Koch sont arrivés aux mêmes résultats. Baumgarten (2) a décrit presque en même temps que lui des éléments analogues.
(1) Villemin, Éludes sur la tuberculose. Paris, 1868.
(2) Baumgarten, Centralblatt, 1883.
M. Cornil (1) a admis, dès 1883, que les lésions de la tuberculose sont aussi manifestement liées aux bacilles que les nodules de la lèpre; ces migro-organismes se propagent parles vaisseaux sanguins et lymphatiques, car on les trouve surtout dans leur cavité et à leur périphérie : s'ils manquent dans les masses caséeuses, c'est qu'ils ont été éliminés ou détruits. Baumgarten (2), après avoir inoculé des cultures pures de bacille dans la chambre antérieure de l'œil de lapins albinos, s'est assuré que la prolifération de ces parasites précède constamment l'apparition des néoplasmes tuberculeux.
Cependant on a décrit, dans les produits tuberculeux, des microbes autres que les bacilles, et capables de produire la maladie par inoculation, mais il s'agit là sans doute de pseudo-tuberculoses.
MM. Malassez et Vignal (3), dans quatre cas de tuberculose inoculée, n'ont trouvé nulle part de bacilles; les granulations renfermaient des masses zoogléiques de forme et de volume variables, constituées par de nombreux micrococcus immobiles, très rapprochés les uns des autres et généralement d'une extrême finesse. Ils diffèrent de celui qu'à décrit Klebs sous le nom de monas tuberculosum, maïs se rapprochent beaucoup de ceux qu'ont vu MM. Toussaint et Aufrecht.
MM. Malassez et Vignal ont conclu de ces faits qu'il existe une tuberculose sans bacilles de Koch caractérisée parla présence de micrococcus et de courts bâtonnets réunis en masses zoogléiques ; cellesci jouent dans les tissus qu'elles infectent le rôle de corps étrangers phlogogènes, ces auteurs ont proposé de désigner cette tuberculose sous le nom de zoogléique.
Il est aussi d'autres tubercules d'inoculation non bacillaires dans lesquels on ne dislingue même pas de zooglée très nette ; ils semblent dus à la présence de micrococcus qui seraient de même espèce que ceux des masses zoogléiques, mais qui , au lieu d'être groupés en amas, seraient disséminées dans le tissu de la granulation : ce qui le prouve, c'est qu'ils peuvent, par inoculation, engendrer des tubercules franchement zoogléiques.
En continuant la série de leurs inoculations, avec ces mêmes produits, ces auteurs ont vu apparaître dans les granulations tuberculeuses le bacille de Koch ; ils se demandent si la masse zoogléique et les bacilles ne sont que des états différents d'un même microbe, ou si le bacille a été introduit accidentellement dans les produits inoculés. La dernière hypothèse paraît la plus vraisemblable. Il semble
(1) . Cornil, Bulletin de l'Académie de médecine, 1883.
(2) Baumgarten, Die Histogenèse der tuberk. Process. Berlin, 1885 ph%l\ogieCml) Vignâ1' Tube''Culose so°9iéique (Société de biologie et Archives de
272 ÉTI0L0G1E.
bien en ellet qu'il s'agit là de pseudo-tuberculoses : MM. Charrin et II. Roger (1) ont trouvé, chez un cobaye, dans de nombreuses, granulations miliaires tout à fait semblables à celles de la tuberculose, de petits bacilles différents de celui de Koch ; M. Dor (2) a décrit une pseudo-tuberculose streplo-bacillaires ; MM. Grancher et Ledoux-Lebard (3) ont également reconnu l'existence d'une tuberculose zoogléique et ils l'ont reproduite par la culture et en ont déterminé les caractères; enfin M. Nocard(4), d'accord avec ces auteurs, affirme qu'il s'agit dans tous les cas du même agent infectieux qu'ont décrit M. Malassez et Wignal ; il en est probablement de même pour la pseudo-tuberculose étudiée récemment par Eberth.
D. D'où vient le bacille tuberculeux? Existe-t-il seulement dans l'organisme humain ou le trouve-t-on en dehors de lui '? Koch incline vers la première hypothèse par cette raison qu'il ne se développe qu'à une température comprise entre 30 et 41° et que, dans nos climats, il n'existe aucun milieu susceptible de rester à ce degré de> chaleur pendant le temps nécessaire à l'évolution des bacilles, c'està-dire pendant deux semaines; le bacille tuberculeux ne pourrait donc se développer que dans l'organisme de l'homme ou dans celui des animaux.
Sa localisation habituelle dans les poumons montre qu'il pénètre le plus souvent parles voies respiratoires; les phthisiques sont très nombreux ; ils expectorent, le plus souvent, pendant des années, des crachats dont les particules, divisées ou desséchées, peuvent être inhalées par d'autres sujets et pénétrer ainsi dans leur larynx, leurs bronches ou leurs poumons etjs'y multiplier et y déterminer, comme dans les expériences citées de Tappeiner, la production de néoplasies tuberculeuses; c'est là, d'après M. Potain (5), le mode de transmission le plus fréquent; on s'explique ainsi les fails de contagion, particulièrement entre conjoints. M. Vallin (6) a réuni 213 cas où la tuberculose s'est transportée; par contagion : dans 107 d'entre eux il s'agissait de conjoints.
M. Gornil (7) a montré que la contagion s'exerce aussi dans les ateliers, dans les casernes, dans les bureaux, dans toutes les assemblées
(1) Charrin et Roger, Sur une pseudo-tuberculose bacillaire (Comptes ?<endus de la Soc. de biol., 1888).
(2) Dor, De la tuberculose strepto-bacillaire du lapin et du cobaye (Comptes rendus de
la Soc. de biol, 1888).
(3) Grancher et Ledoux-Lebard, Recherches sur la tuberculose zoogléique (Arch. de met.
expériment., 1889).
(4) Nocard, Sur la tuberculose zoogléique (Compt. rend, de la Soc. de biol., îssa).
(5) Potain, De la transmission de la phthisie entre époux (Mev. de méd., 1885).
(6) Vallin, Société médicale des hôpitaux, 1886.
(7) Cornil, Prophylaxie de la tuberculose (Acad. de médec, /889).
de personnes saines et tuberculeuses; M. Marfan (1) cite un bureau comptant vingt-deux employés dans lequel l'entrée de deux phthisiques fut suivie de treize cas d'infection.
Les affections aiguës ou chroniques des voies respiratoires peuvent, comme l'a démontré M. Debove (2), favoriser l'infection en provoquant la desquamation des différents segments de la muqueuse de l'arbre aérien; d'autres fois, les ganglions lymphatiques semblent être le siège initial des lésions; sans doute les bacilles ont pénétré dans des vaisseaux qui y aboutissent en s'introduisant par des excoriations de la surface cutanée consécutives à de légers traumatismes, tels que la déchirure de vésicules d'eczéma ou de pustules d'ectbyma.
Nous avons vu que les expériences de Ghauveau prouvent la possibilité de l'infection par les voies digestives ; c'est ainsi qu'il faut interpréter les faits de tuberculose initiale de l'intestin; elle est assez souvent provoquée par l'ingestion de lait provenant de vaches infectées; il faut, pour cela, d'intéressantes études de M. Nocard (3) l'ont démontré, que ces vaches présentent une localisation mammaire de la maladie. M. H. Martin (4) a obtenu, trois fois sur neuf, des résultats positifs d'inoculations pratiquées dans le péritoine de cobayes avec du lait de Paris. On s'explique ainsi comment la tuberculose primitive des voies digestives est relativement fréquente chez les enfants. On cite des cas dans lesquels la maladie a débuté par la langue ou par les lèvres.
Les organes génitaux peuvent également servir de porte d'entrée aux bacilles. Cohnheim et M. Verneuil ont montré les premiers qu'un homme pouvait contracter une tuberculose uréthrale en ayant des rapports avec une femme atteinte de tuberculose utérine; M. Fernet (5) a recueilli en un an quatre observations analogues dans son service; deux d'entre elles concernaient des femmes; on doit un fait semblable à. M. Richard (6). La tuberculose ainsi acquise se localise d'abord, chez l'homme, dans la muqueuse uréthrale, l'épididyme et les vésicules séminales; chez la femme, dans les annexes de l'utérus.
L'inoculation par la peau est également démontrée par l'observation
(1) Marfan, Sur une épidémie de phthisie pulmonaire (Semaine médicale, 1889).
(2) Debovp, Leçons sur la tuberculose parasitaire (Progrès médical, 1883).
(3) Nocard, Etudes sur l'inoculabili/é du suc musculaire et du lait non bouilli des vaches tuberculeuses (Recueil de méd. vétérin., 1885).
(4) H. Martin, Fréquence de la tuberculose consécutive à l'inoculation du lait vendu à Paris sous les portes cochcres (Rev. de méd., 1884).
(5) Fernet, T?'anvnission de la tuberculose par les rapports sexuels (Soc. méd des hôpitaux, 188i).
(6) Richard, Transmission de la tuberculose par les voies génitales (Soc. méd. des hnnilaux, 1885).
Hallopeau, 3e édition. 18
ÉTIOLOGIE.
clinique aussi bien que par l'expérimentation. On trouve des bacilles dans l'affection appelée tubercule anatoinique; on sait que Laennec est mort de pbtbisie après avoir été atteint d'un de ces tubercules; un de nos externes, dont l'observation a été communiquée à l'Académie par M. Vcrneuil (1), a contracté de la môme manière une tuberculose qui, après être restée longtemps localisée dans les os du doigt piqué et de la main, a fini par s'étendre aux vertèbres et amener la mort. Hanot (2), Holst (3), Verclière (4), Tscherning (o), Merklen (tf) et P. Raymond (7) ont publié dernièrement des faits de tuberculose cutanée parinoculation. L'incubation varie, d'après P. Raymond, de huit jours à deux mois.
11 semble enfin que cerlains sujets naissent tuberculeux. M. Peter et M. Chauveau ont trouvé des tubercules dans les fœtus de femmes tuberculeuses. Landouzy et Martin (8) ont reconnu récemment : 1° que des fragments de poumons, sains en apparence, et du sang de fœtus de pbthisique inoculés dans le péritoine d'un cobaye amènent une tuberculose généralisée ; 2° que l'inoculation de fragments de placenta provenant d'une femme phlhisique donne le même résultat; 3° que le sperme d'un cobaye tuberculeux inoculé à un animal de la même espèce le rend également tuberculeux. Weigert a constaté la présence de bacilles caractéristiques dans le sperme de sujets tuberculeux. Baumgarten, après avoir fécondé artificiellement une femelle de lapin, a trouvé des bacilles dans l'ovule de cet animal (on peut se demander avec Virchow si l'œuf aurait pu se développer malgré la présence de ce parasite). Johne a publié un fait de tuberculose fœtale observée chez le bœuf; les lésions prédominaient dans le foie, ce qui conduit à penser que les microbes ont été transmis de la mère au fœtus par le cordon ombilical. Enfin Koubassoff (9), ayant injecté des bacilles tuberculeux sous la peau de femelles gravides de cobayes, a constaté, dans trois expériences, que les microbes avaient pénétré dans le placenta et dans le lait de ces animaux ainsi que dans les viscères des fœtus ; ceux des petits que l'on ne tuait pas, survivaient en partie, bien que tuberculeux. Landouzy
(1) Verneuil, Acad. de mëd., 1884.
(2) Hanot, Soc. des hôpitaux, 1883.
(3) Holst, Semaine médicale, 18S3.
(4) Verchère, Des portes d'entrée de la tuberculose. Paris 1884
(5) Tscherning, Inoculations-Tuberkulose beim Menschen(Fortschr. de Med., 18So, n (61 Merklen, Soc. mëd. des hôpitaux, 1885.
(7) P. Raymond, Contribution à l'étude de la tuberculose cutaux par inoculation dn ecm
(France médicale, 1886). . . „ , • ; ;>;,,,./-;../> d*
(8) Landouzy et H. Martin, Faits cliniques et expérimentales pour servir alhstou, de
l'hérédité de la tuberculose {Jtev. de méd.} 1885). #„, wmrfiu
(9) Koubassoff, Passade des microbes pathogènes de la mère au fœtus (Comptes rendS de l'Académie des sciences, 1885).
et Queyrat (1) expliquent ainsi la fréquence des broncho-pneumonies tuberculeuses chez les jeunes enfants. Faut-il admettre, d'après ces données, que, comme le voulait Cohnheim, la tuberculose héréditaire résulte toujours de la transmission directe du conlage à l'embryon par le père ou la mère infecté, et que les bacilles restent à l'état latent dans le corps de l'enfant jusqu'au moment relativement tardif où se manifestent les phénomènes d'infection ; cette conclusion nous paraîtrait prématurée : la chose est possible, mais non démontrée, et l'hypothèse qui attribue la transmission de la tuberculose dans une famille à une prédisposition commune, à un trouble dans la nutrition, qui fait de l'organisme un milieu favorable à la réception et au développement du contage, ne peut être rejetée.
M. Vallin a conclu de ses recherches que l'hérédité ne se produit guère que par la voie directe, c'est-à-dire par le père ou par la mère; d'après lui, elle n'est due que très exceptionnellement à l'atavisme'. « L'enfant à beaucoup de chances de devenir tuberculeux quand les mères, à l'époque de la conception, sont déjà tuberculeuses ; si le père seul est phlhisique, les enfants restent très souvent indemnes. On ne peut encore considérer comme démontrée Ja luberculisation par conception, c'est-à-dire la contamination d'une mère saine jusque-là par le produit de conception qu'elle porte dans son sein et qui provient d'un père phthisique. La tuberculose héréditaire est d'ordinaire précoce, elle apparaît dans l'enfance ou la jeunesse; la tuberculose tardive est la plus souvent acquise (2). »
Il faut, pour l'étude de la transmissMlité de la tuberculose, tenir dans tous les cas grand compte des conditions de réceptivité : tous les hommes sont plus ou moins en rapport avec des tuberculeux; tous doivent nécessairement, étant donnée la fréquence de la maladie, inhaler ou ingérer des bacilles; s'ils ne deviennent pas tous phthisiq'ues, c'est que la plupart n'offrent pas au contage un milieu favorable à son développement; un certain nombre d'entre eux, au contraire, sont prédisposés; il en est ainsi, par exemple, des scrofuleux; d'autre part, un sujet, préalablement réfractaire, peut se trouver en état de réceptivité sous l'influence de circonstances accidentelles, qui l'affaiblissent et diminuent sa résistance, telles qu'une maladie générale I insuffisance de l'alimentation, les excès, le surmènement physique' le séjour prolongé dans un milieu mal aéré et mal éclairé, la grossesse et surtout l'état puerpéral, l'allaitement, les traumalismes dans la région du thorax. On doit encore, d'après M. Vallin, considérer comme des conditions favorables à la contagiosité, la vie en commun, sur-
(1) Landouzy et Queyrat, Revue de Médecine, 188G.
(2) Vallin, loc. '
276 ÉTIOLOGIE.
tout pendant la nuit, les relations sexuelles, la gestation dans le cas de tuberculose du mari, la jeunesse du sujet sain, la vie sédentaire, l'état avancé des lésions chez le sujel tuberculeux, etc. (1). D'autres fois, la prédisposition accidentelle peut être locale. Il semble bien résulter cle l'observation clinique que les inflammations catarrhales des voies respiratoires, provoquées par le froid ou une maladie infectieuse, telle que la rougeole ou la coqueluche, favorisent le développement de la tuberculose; Beau, Hérard, Cornii et Hanot, Jaccoud sont d'accord à cet égard (2) ; nous aurions tendance à admettre avec M. Schachmann (3) qu'il en est de même pour la pleurésie : il est établi que la tuberculose se manifeste souvent à la suite de celte maladie chez des sujets qui auparavant n'en présentaient aucun signe ; M. Landouzy a émis l'opinion qu'il s'agirait, en pareil cas, d'une tuberculose latente dont la pleurésie serait le résultat; l'hypothèse que nous formulons nous paraît aussi vraisemblable. Les deux cas peuvent se présenter.
M. Hanot considère de même les inflammations des voies digeslives comme de nature à favoriser leur luberculisation; il rappelle que, d'après Lasègue, les sujets atteints de typhlite à répétition contracteraient assez fréquemment une tuberculose intestinale ou péiïtonéale.
Au point de vue de la localisation des lésions provoquées par les bacilles qui ont pénétré dans un organisme, il faut faire la part des prédispositions locales créées par des maladies antérieures ou des circonstances accidentelles ; les expériencesde Schùller (4) sontàcet égard pleinement démonstratives : cet auteur inocule la tuberculose a un animal, soit par les voies respiratoires, soit par les voies digeslives, soit par la peau, puis il contusionne une région, une articulation par exemple, et il voit bientôt un foyer tuberculeux se produire dans cette partie Les troubles locaux de la nutrition qu'a produits le traumatisme ont évidemment, en pareil cas, amené des conditions favorables à la localisation et au développement des microbes.
Lorsque le contage a pénétré dans Vorganisme, il peut rester localisé s'étendre de proche en proche ou envahi tous les tissus. On observe ainsi des faits de tuberculose pulmonaire osseuse ou cutanée dans lesquels les lésions restent indéfiniment circonscrites au point primitivement envahi, d'autres où elles se propagent graduellement
(A^si^'^S: u. mol. Untersnck. Uoer die Enstek. u. Ursack. 1er scrof. u. Gelenhentzund, t8H0.
aux parties voisines (1), d'autres enfin où elles sont suivies d'une tuberculose miliaire aiguë généralisée.
Le siège du dépôt initial présente à ce point de vue un intérêt de premier ordre. Les différents tissus sont loin d'offrir au conlage tuberculeux un terrain également favorable et de réagir d'une manière identique. C'est ainsi que les lupus ne renferment qu'un petit nombre de bacilles, qu'ils ne s'étendent que très lentement et que, dans la plupart des cas, ils ne se compliquent pas de tuberculose pulmonaire; la tuberculose des os peut également, dans beaucoup de cas, rester localisée; les nombreux succès obtenus par les chirurgiens dans le traitement de la tuberculose coxo-fémorale (2) en fournissent la preuve.
La propagation des bacilles tuberculeux peut se faire : 1° par l'accroissement du foyer primitif; 2° par les lymphatiques; 3° par les veines; 4° par les membranes muqueuses ou séreuses en rapport avec le foyer initial (3).
La propagation par les veines a été constatée fréquemment par Weigert (4); les bacilles y déterminent la formation d'un caillot qui peut s'opposer à leur pénétration ou la retarder. De même, leur progression à travers les lymphatiques s'arrête aux ganglions où ils séjournent et déterminent la production de foyers. Les séreuses ne sont jamais envahies que secondairement; les bacilles s'y multiplient souvent avec rapidité et en quantité prodigieuse. Comme exemple de propagation par les muqueuses, on peut citer l'envahissement des muqueuses broncbiques' et pulmonaires après celui de la muqueuse laryngée et ultérieurement celui de la muqueuse digestive, sans doute par les microbes que contiennent les crachats déglutis.
Le parasite est-il toujours transmis sous la forme de bacilles? Wesener (5) a reconnu, dans de nombreuses expériences où il a transmis la tuberculose à des lapins en leur introduisant dans l'estomac des crachats de phthisiques, tantôt frais, tantôt desséchés, tantôt putréfiés, que les bacilles manquaient très souvent et n'existaient qu'en très petit nombre dans les lésions récemment produites, tandis qu'on les , trouvait en quantité clans les lésions plus anciennes, quelque-
(1) M. Jcansclme a montré que la tuberculose cutanée peut avoir pour origine la propagation d'une infection primitivement localisée, soit dans un ganglion, soit dans le tissu cellulaire sous-jacent, soit dans un os (Congrès pour l'étude de la tuberculose, 1 888) .
(2) Lannelongue, Etude sur les caractères et la nature de l'arthrite dite fongueuse; tuberculose osseuse (Bull, de la Soc. de chir., 1882).
(3) Volkmann, XIV congrès de la Société allemande de chirurgie, De la tuberculose au point de vue chirurgical (Semaine médicale, 1885).
(4) Weigei l, Die Anatom. Wege des Tuberkelgifles (Bcrl. klin. M'ochens., 1884).
(5) Wescner, Kritische und experiment. Beilr. z. Lehre von der Fittterungstuberc. Habilit. Schrift. Freiburg, 1885.
ÉTI0L0G1E.
fois seulement plus de quinze jours après l'injection des produits spécifiques et il en conclut que très vraisemblablement les agents par lesquels la maladie a été transmise ne sont pas des bacilles, mais des spores et que c'est seulement après un travail de germination chez les sujets infectés que le parasite prend la forme dé cri le par Koch.
Les recherches de Cornil et Leloir (1) sur le lupus peuvent être interprétées dans le même sens : ces auteurs n'ont en effet trouvé qu'une fois un bacille sur les coupes de douze lupus et malgré cela ils ont obtenu des inoculations positives en série avec plusieurs spécimens de ces lupus où l'on ne rencontrait pas de bacilles.
Rappelons aussi que, dans un abcès du cou-de-pied opéré par Lannelongue, on n'a pas trouvé de bacilles, bien que l'inoculation des produits à trois séries de cobayes ait donné lieu constamment à une tuberculose généralisée : de deux choses l'une, ou le parasite de la tuberculose existait en pareil cas sous une forme différente du bacille de Koch, ou ce bacille ne s'y trouvait qu'en quantité minime.
Dans cette dernière hypothèse, qui paraît la plus vraisemblable, il faut admettre que l'élément parasitaire n'agit pas directement par luimême, mais bien par les produits solubles, les leucomaïnes qu'il engendre. Nous avons été conduits l'an passé à formuler cette interprétation par l'étude que nous avons faite, avec M. L. Wickham(2), d'un lupus à forme suppurative ; il nous a fallu des recherches multipliées pour trouver le bacille caractéristique dans l'un des foyers (3) : il est très probable , avons-nous dit, que c'est par l'intermédiaire de leucomaïnes provenant de leur nutrition et de leur action sur le milieu ambiant que les bacilles de la tuberculose donnent lieu à la production des nodules et des gommes; ils s'y trouvent en trop petit nombre pour que le développement de ces lésions puisse s'expliquer suffisamment par l'irritation qui résulterait de leur présence; il ne s'agit d'ailleurs que de lésions offrant des caractères spécifiques et ce seul fait suffit à exclure l'idée d'une simple irritation. Les bacilles sont les agents essentiels de la tuberculose et sont peut-être seuls capables de la transmettre, mais ils n'en produisent, selon toute vraisemblance, les lésions qu'indirectement, par l'intermédiaire de substances chimiques résultant de leur mouvement nutritif et de l'action qu'il exerce sur le milieu dans lequel ils se développent.
Il faut tenir compte aussi, clans la genèse des produits tuberculeu\. des associations microbiennes: M. Babès(3)a montré, en effet, que. dans
(1) Cornil et Leloir, Recherches expérimentales et histblogtques sur la nature du lupus (Arch. de physiol. norm. etpatk., 1884).
(2) Hallopeau et L. WicktianY, Sur une forme suppurative du lupus tuberculeux {Congrm pour l'étude de la tuberculose, 1888).
(3) Babès, Des associations microbiennes (Congrès pour V étude de la tuberculose. 1888).
beaucoup de cas, on trouve, avec le bacille de Kocb, d'autres microcoques auxquels les lésions tuberculeuses ont servi de porte d'entrée et particulièrement le streptocoque et le staphylocoque.
32° Contage de la morve. — Les microbes delà morve se présentent sous la forme de bâtonnets très analogues à ceux de la tuberculose, mais ne réagissant pas de la même manière sous l'influence des réactifs colorants. Ils ont été vu, en 1881, par Babès et Havas (1) ; MM. Bouchard, Capitan et C barri n les ont soumis à des cultures successives et ont inoculé la maladie à deux ânes avec le produit de la huitième culture; l'un de ces animaux est mort le neuvième jour, l'autre le quinzième ; on trouva des nodosités, chez celui-là dans les poumons et aux parties génitales, chez celui-ci à l'entrée des voies respiratoires et digeslives. On a obtenu des résultats analogues sur le cobaye avec le produit de culture de la morve humaine (2).
Lœffler et Schùtz ont étudié, cultivé et inoculé à peu près en même temps que MM. Bouchard, Capitan et Charrin cet agent infectieux (3). Ils ont d'abord constaté la présence de bacilles analogues à ceux de la tuberculose dans des préparations de poumon, de rate, de foie et de cloison nasale colorées avec une solution concentrée de mélhyle, traitées ensuite par l'acide acétique, lavées à l'alcool et trempées dans l'huile de cèdre; puis ils les ont cultivés en prenant pour milieu le sérum des animaux qui offrent la plus grande réceptivité pour ce contage, le cheval et le mouton. Après avoir obtenu au bout d'un mois quatre générations successives, ils ont inoculé le produit de la dernière à un cheval dans la pituitaire et entre les épaules ; au bout de quarante-huit heures, l'animal avait la fièvre, des ulcérations se manifestaient aux points d'inoculation, et huit jours après tous les symptômes de la morve s'étaient développés ; en pratiquant l'autopsie six semaines plus lard, on a trouvé dans des nodosités de nouvelle formation des bacilles identiques à ceux qui avaient été inoculés. Cultivés à leur tour, ces microbes ont pu être inoculés avec succès à des cochons d'Inde et à plusieurs lapins. Lœffler et Schùtz ont également obtenu des résultats positifs en inoculant à deux chevaux les microbes provenant d'un cheval morveux et soumis à huit cultures successives. Ces différents faits démontrent que la morve est due, comme le charbon, à l'invasion de l'organisme par un micro-parasile spécial. On le trouve souvent dans le sang de l'homme atteint de cette maladie. Il est fort douteux, d'après Lœffler (4), qu'il existe sous la
(1) Annales de la Société royale de Buda-Pesth, 1881.
(2) Bouchard, Capitan et Charrin, Note sur la culture du microbe de la morve et sur la transmission de la maladie à l'aide des liquides de culture (Gaz. hebdom., 1882).
(3) Lœffler und Schùtz, Deutsche med. Wochens., 1882.
(4) Lœfller, Die JEliologic der Rolzkrankeil (Auf. aus denkeiserl. Gesund. zu Berlin, 1881 ).
ÉTI0L0GIE.
l'orme de spores; Baumgarlen (1) a trouvé cependant dans des cultures des corpuscules qui les représentaient.
33° Bactéries de la lèpre. — Celle maladie ne paraît pas depuis longtemps s'être transmise dans nos climats; lorsqu'elle se présente à l'observation, c'est exclusivement chez des sujets provenant de pays où elle est endémique, et des palhologisles d'une grande autorité contestent qu'elle soit contagieuse (2). Il est certain qu'elle ne se communique que rarement et dans des conditions exceptionnelles qui n'ont pu être encore déterminées ; il existe beaucoup de faits négatifs ; on peut, non seulement garder un lépreux et vivre avec lui, mais aussi partager son lit sans contracter la maladie. Zambaco (3) n'a pas observé de faits de contagion à Constantinople, où se trouve cependant bon nombre de lépreux; mais il en existe cependant, E. Vidal (4) l'a bien montré, des observations que l'on peut considérer comme démonstratives : telle est celle d'Hawtrey Benson, qui a vu en Irlande un individu être atteint de la lèpre après avoir couché avec son frère qui avait gagné celle maladie dans les Indes; telles sont les petiles épidémies isolées créées par l'arrivée d'un individu contaminé dans une localité jusque-là indemne ; il faut enfin, comme l'a remarqué M. Brocq (o), accorder une grande valeur aux épidémies insulaires qui se sont produites récemment dans les mêmes conditions, el particulièrement à celles des îles Sandwich, où la maladie, importée en 1853 par un Chinois, a depuis lors infecté plus du vingtième de la population, qui jusque-là n'en avait pas été atteinte. M. Brocq fait observer avec raison que cetle invasion est comparable à celle des îles Féroé par la rougeole.
Des recherches récentes permettent d'admettre que la lèpre est due au développement dans l'organisme d'un microbe spécial.
L'élément que l'on considère comme tel a été signalé pour la première fois en 1868 par Hansen (6); il a été vu el décrit depuis par Eklund (7), Neisser (8), Danielssen, E. Gaucher (9), par le professeur Cornil (10), qui en a présenté à la Société des hôpitaux des prépara-
(1) Baumgarten, Centralbl. f. Bakteriol. u. Parasitante, 1888. (1) Constantin Paul, Bulletin de l'Académie de médecine, 1885.
(3) Zambaco, De la lèpre observée à Constantinople (Bull, de t'Acad. de méd., 1885). — Sur la lèpre, etc. Congrès internat, de dermat. et de syphil., 1880.
(4) Vidal, Bull, de l'Acad. de méd., 1885.
(5) Brocq, La lèpre doit-elle être considérée comme une affection contagieuse? (Annales de dermatol. et de syphil., 1886).
(6) Hansen, Forelœbige bidrag til spedalsk. Hedens Karakteristick (Nord. med. Arkw.,
(7) Ekhind, Am Sptelska, 1880.
(8| Neisser, Beitrmgc zur yEtiologie der lepra (Bresl. aerfzl. Zeits., 1879).
(9) E. fiaucher, Bactéries de la lèpre (Soc. de biologie, 1881).
(10) Cornil, Société médicale des hôpitaux, 1881.
lions tout à fait démonstratives, et enfin par Leloir (1) et Unna (2).
Il est incontestable que toutes les lésions lépreuses, qu'elles occupent la peau, les muqueuses, le testicule, la rate, le foie, les ganglions ou les nerfs, renferment en quantité des micrococcus et des bacilles mesurant de 4 u. à 6 p. de longueur sur 1 ^ de largeur, isolés ou articulés en chaînettes au nombre de deux ou trois. Ces bacilles peuvent renfermer des spores ; ils sont tantôt renflés à une de leurs extrémités, tantôt amincis aux deux, et très mobiles autour de leur axe, particularité qui les distingue nettement des bacilles tuberculeux avec lesquels ils offrent beaucoup de ressemblance ; ils sont entourés d'une capsule; quelques-uns présentent des espaces clairs, non colo-
Fig. 118. — Bacilles de la lèpre, d'après Neisser (*).
rés (fig. 118); on voit aussi, d'après Cornil, des bâtonnets volumineux. Gaucher a trouvé ces bacilles dans le sang, mais en quantité moindre ; il a pu les cultiver et constater qu'ils se reproduisent toujours sous les mêmes formes; il y a um rapport constant entre l'abondance des microbes et le degré des lésions. Lutz (3) a soutenu récemment que les microbes de la lèpre ne sont pas de véritables bacilles, mais des coccus réunis en chaînes (coccothrix).
On admet généralement que ces bacilles s'accumulent surtout dans les cellules des tissus. Unna, qui a employé un nouveau procédé d'investigation, assure qu'il a'en est pas ainsi, que les prétendues cellules ne sont que des agglomérats de bacilles et que la plus grande partie, pour le moins, de ces parasites sont libres dans les espaces lymphatiques : à l'appui de sa manière de voir, il invoque l'absence d'un corps cellulaire susceptible d'être coloré autour des amas de bacilles, l'impossibilité d'y découvrir un noyau, leur présence dans les interstices des tissus, leur forme, les espaces vides qu'ils présentent et l'absence de produits de dégénération cellulaire. Celte manière
(!) Leloir, Traité de la lèpre, 1886.
(2) Unna, Zur histologie des leprœsen Haut (Monalsh. f. pract. Dermatol Ernxnzimgsheft, 1885).
(3) Luli,Monats/i. f. prakt. Dermat., 1886.
(*) A, bacilles. — B, les mêmes avec formation d'espaces translucides. — C, cellules de boutons lépreux avec bacilles.
282 ÉTI0L0G1E.
de voir, acceptée en partie par Leloir, a été très vivement contestée; tous ceux qui depuis lors ont étudié la question, Neisser, Touton et Ilansen particulièrement, sont arrivés à cette conclusion que les bacilles lépreux siègent le plus sonvent dans les cellules et que, si Unna n'y a pas vu ces éléments, c'est parce qu'il les a détruits par ses artifices de préparation (1).
On n'avait pu jusqu'ici communiquer la maladie aux animaux par l'inoculation du produit de culture. Melcber et Orthmann (2) croient y être parvenus récemment. Ayant introduit chez un lapin, dans la chambre intérieure, une fine particule d'un tubercule lépreux sous-cutané, ils n'ont vu se produire d'autre phénomène morbide qu'une légère inflammation diffuse de l'œil opéré; mais, l'animal ayant succombé trois cents jours plus tard, ils ont trouvé dans le poumon une quantité de nodules renfermant des bacilles qui se distinguaient de ceux de la tuberculose par leur situation intra-cellulaire et leur coloration par l'aniline ; des lésions analogues existaient dans le péricarde, et il y avait un nodule dans la choroïde également riche en bacilles. Depuis lors, deux autres lapins opérés de la même manière sont morts également au bout de quelques mois, et l'on a trouvé une éruption de petits tubercules lépreux dans les yeux, les poumons, les plèvres, les péricardes, l'intestin, le foie, la rate, les veines, en un mot dans presque tous les viscères. Il n'est pas certain qu'il ne se soit pas agi là de lésions tuberculeuses.
Les tubercules lépreux sont remplis de bacilles; il en est de même des grandes cellules qui infiltrent les tissus malades; des vaisseaux sont remplis d'infarctus bactériens. Dans la plupart des tissus fibreux les bacilles poussent en longs filaments dans les interstices des fibres. L'épiderme reste constamment indemne et forme une barrière à la diffusion ultérieure du parasite (Cornil). Polilzer (3) a constaté la présence des bacilles dans les plaques pigmentées et atrophiques de la lèpre anesthésique.
34° Vactinomycètes engendre un processus inflammatoire à marche progressive et à caractères spéciaux que l'on décrit sous le npmd'acifâ nomycose. Lebert l'a, le premier, décrit chez l'homme en 1837 (4); Perroncito l'a trouvé chez le bœuf, en 1863 ; Bollinger l'a étudié en 1807 chez ce même animal et montré qu'il est l'origine de tumeurs maxillaires; mais c'est à Israël (1876) et à Ponfick (1879) que l'on doit
(1) Toulon, Die nouerai Arbeit. iïber Lepraltist. Fortsch. der Mod., 1886.
(2) Melcher und Orthmann, Uebertrayung von Lepra auf Kaninchen (Derl. /.-lui. Wochensch., 188r>).
(3) Politzer, Travail du laboratoire d'Unna (Congrès internat, de dermat. et desm philir/r., 1889.
(4) Lebert, Corps particuliers trouvés dans le pus (Traité d'anat. path. yener.), l!>o7. .
d'avoir établi que ce parasite donne lieu chez l'homme à une maladie qui n'est pas très rare dans certaines contrées el qui est remarquable par la longueur de sa durée et la gravité de ses symptômes.
L'actimomycètes (1) est un champignon du genre cladothrix; il est formé de filaments ramifiés, renflés en massue ou en crosse à leur extrémité périphérique et groupés en rayons autour d'un centre auquel ils adhèrent par leur autre extrémité (2) (fig. 119) ; il se présente sous la forme de nodules dont le diamètre peut atteindre 2 millimètres ; ceuxci sont tantôt translucides, tantôt blancs et opaques, tantôt d'une couleur qui varie du jaune au brun et au vert; les filaments, qui forment à leur centre un feutrage inextricable, constituent un mycélium ; les renflements périphériques sont des gonidies; ils peuvent être bifurqués ou trifurqués ; leur vo- Actinomycètes. lume varie de 10 à 30 p. de longueur sur 2 à 10 p. de largeur; quelques-uns sont cloisonnés et divisés ainsi en petits compartiments. Mandereau (3) cite des cas, observés chez le bœuf, où un même rameau était composé de dix ou douze gonidies. Les nodules sont souvent imprégnés de corpuscules calcaires, soit seulement dans leurs parties centrales, soit dans toute leur étendue
On a constaté que le foyer d'infection initial peut siéger : 1° dans la bouche ou le pharynx ; 2° da^ns l'intestin; 3° dans l'appareil respiratoire ; des faits récents montrent qu'il peut aussi occuper la peau. Le champignon pénètre dans les deux premiers cas avec les aliments, dans le troisième avec l'air inspiré, dans le dernier à la suite d'un traumatisme. Ce dernier mode d'infection a été récemment mis en évidence par des observations de Berlha(4) etdeMùller (5). Le premier a vu la maladie débuter par les mains une fois à la suite d'une coupure, une autre fois à la suite de contacts avec les entrailles d'un animal; le seconda constaté que le cbampignon avait pénétré dans la main avec un éclat de bois.
Dans la cavité buccale, les actinomycètes, qu'il peut être difficile de
(1) Israël, Virchows Arch., 74-7S-8S. — Centralb. f. d. med. Missent, 1883, und. — Klin. Beit. s. Kennt. der Actinomgc, 1885. — Rollinger (Centralb. f. med. ~\\ "tssensch. , 1877.
— ¥h-kct, L'Art inomi/cose de l'homme et des animaux, Iiey. de médecine, Paris, 18S4.
A. Mathieu, Revue des sciences médic, 1886. — Pctrow, Étude de l'ae.tinomycose, Prussk. med., 1888.
(2) Leloir et E. Vidal, Traité descriptif des maladies de la peau, Paris, 1S89.
(3) Mandereau, de VAcfinomycose, 1887.
(4) Bertha, Ueber einige Bemerkenwerthe Fatle von Aktinomykose (Wien. med. Wochensch., 1886).
(5) E. Millier, Ueber Tnseckten mit Aktinomykose durch eine Holzsp. (Bei/r. s. klin. Chirurgie von Bums, Blanchard, 111, 1888.)
284 ÉTIOLOGIE.
distinguer des leptothrix, donnent lieu d'abord à la formation d'une tumeur qui occupe une gencive, ou une cystite amygdalienne; leur porte d'entrée est souvent une carie dentaire; les lésions envahissent ensuite les parois de la bouche et du pharynx, Là langue (fig. 120), la
Fig. 120. — Langue actinomycosique.
région sous-maxillaire, le cou, le périoste du maxillaire supérieur, généralement par l'intermédiaire des lymphatiques; elles s'étendent ensuite de proche en proche à la face, au cuir chevelu et au thorax. Elles se manifestent d'abord par une tuméfaction suivie plus tard de suppuration; on trouve dans le liquide les champignons caractéristiques; l'abcès, en se vidant, donne lieu à une fistule qui peut s'oblitérer ou persister ; il se développe en outre un tissu de granulation qui subit la dégénérescence graisseuse et prend alors l'aspect de lait caillé.
Les altérations peuvent s'étendre aux vertèbres aux côtes, ou môme à la base du crâne et amener ainsi le développement d'une méningite et d'une encéphalite actinomycosiques.
Dans les voies respiratoires, le parasite peut ne produire d'abord qu'une bronchite, mais le plus souvent les poumons sont envahis et il se forme des foyers de broncho-pneumonie ainsi que des nodules
caséeux ; ceux-ci se dissocient, s'éliminent et laissent à leur place des cavités où l'on peut retrouver, au milieu d'un liquide purulent, le champignon qui est la cause du mal ; la plèvre, lç péricarde, le médiastin et la cavité abdominale ont été trouvés envahis.
Dans l'intestin, le champignon se présente sous la forme de plaques blanchâtres ou de nodules muqueux ou sous-muqueux qui s'ulcèrent; le péritoine est intéressé ultérieurement. Ces champignons peuvent être transportés par voie embolique des foyers primitifs dans divers organes tels que le foie, les reins, l'encéphale, les muscles, les os et la peau.
Dans un cas de Ponfick, une tumeur actinomycosique du cou avait pénétré dans la veine jugulaire et de là dans la veine cave, puis s'était étendue jusque dans l'oreillette et le ventricule droit, déterminant une péricardite et une myocardite. Israël a pu voir l'aclinomycète de l'homme, transporté dans le péritoine d'un lapin, y déterminer le développement d'une néoplasie inflammatoire.
On voit que les lésions provoquées par la présence de l'aclinomycète peuvent être prolifératives ou suppuratives. On doit se demander, avec Klebs (1), s'il est directement pyogène. C'est peu probable, car autrement il engendrait toujours la suppuration. Il ne provoque qu'exceptionnellement des phénomènes d'infection généralisée et on peut les rapporter au siège profond des foyers età l'altération septique de leurs produits.
On a observé surtout jusqu'ici l'actinomycose en Allemagne et en Russie; de Bulhoes (2) en a vu se produire un cas au Brésil. 11 est probable qu'elle est méconnue dans les autres contrées.
Ce champignon, rangé primitivement parmi les hyphomycètes, appartient, d'après Israël, à la classe des schizomycètes et est très voisin du groupe des leptothrix et streptothrix. Bostrœm (3) et Afanassjew en font une cladothrix. Johne l'a cultivé dans du sérum à 38° et Israël dans du bouillon Pasteur (4).
§ 3. — Agents infectieux incomplètement déterminés.
Nous avons vu précédemment que l'on pouvait considérer comme démontrée, par le seul fait de leur mode de transmission, la nature parasitaire de toutes les maladies contagieuses. Cette proposition est applicable à la généralité des maladies infectieuses. Si l'on devait admettre pour certaines d'entre elles une cause pure-
(1) Bostrœm, Ueber Actinomycose (Centr. B. /clin. Medicin, 1885).
(2) Kiebs, Lehrb. d. Allgem. Pathol., 188!).
(3) De Bulhoes et Magallian, Actinomycose humaine (Drazil med., 1888).
(4) Corail, De l'actynomycose (Joum. des conn. me'd., 1886).
ÉTIOLOGIE.
ment toxique, il s'agirait de poisons engendrés en dehors de l'organisme par des microbes; il peut en être ainsi pour le méphitisme des égouts et des fosses d'aisance; ce serait là encore un mode d'action très analogue; mais il doit être considéré comme exceptionnel. L'analogie que présentent dans leur évolution les infections dont le microbe n'est pas encore déterminé avec celles que nous venons d'étudier est telle qu'elle permet de conclure sans réserve à l'identité de leur nature. Nous ne doutons pas que nombre d'infections auxquelles nous sommes aujourd'hui obligés d'appliquer l'étiquette de nature indéterminée, et de séparer ainsi des précédentes, ne diminue rapidement et nous ne désespérons pas d'être en droit dans quelques années de les réunir dans une môme classe. Comment clouter, par exemple, que la syphilis, si analogue par son évolution à la morve, à la lèpre et à la tuberculose, ne soit due comme ces maladies à la multiplication dans l'organisme d'une bactérie pathogène? Comment douter qu'il en soit de même pour les pyrexies exanthématiques si analogues parleur incubation, leur contagiosité, l'immunité qu'elles confèrent à la fièvre typhoïde, maladie dont la nature bactérienne est démontrée ? la seule réserve qu'on puisse présenter est relative à la nature de l'agent infectieux; il est possible que l'on doive attribuer aux protozoaires un rôle plus important qu'on ne l'a fait jusqu'ici; les découvertes de l'hématozoaire paludéen par Laveran et des psorospermies de l'acné concrète par Malassez et Darier et de celles de la maladie de Paget par Darier plaident en ce sens. Quoi qu'il en soit, nous allons exposer les données positives que l'on possède sur ces agents infectieux : nous verrons que pour plusieurs d'entre eux déjà la démonstration est presque complète.
1° Agent infectieux du rhino-sclérome. — Cette maladie rare, caractérisée au début par une tuméfaction d'une des ailes du nez ou de la muqueuse de la cloison, à laquelle fait suite un épaississemenl avec nodosités de la lèvre supérieure, des fosses nasales, de la voûte palatine et quelquefois du pharynx et du larynx, est liée, comme l'ont montré d'abord Frisch (1), puis Pellizari (2), Chiari et Riehl (3), Cornil et Alvarez (4), Babès (5), Dittrich (6), Paltauf et V. Eiselsberg (7),
(1) Frisch, Mliol. d. Rhinosclerom (Wien. med. Woch., 1882). (") Pellizari, Il Rhinosclerom. Florence, 1883.
3} Chiari Sténose des Kehlkopfs bel Rhinosclerom (Med. Jahrb. von der À. A. Gesellschaft, Heft. 2, Wien.V — Chiari et Riehl, Das Rhinosclerom der Schleimhaut (Zeisch. /. Heilkunde. Prag., 1886). ' "" ' ' .
(4) Cornil et Alvarez, Mémoire pour servir à l'histoire du rhvwsclerome (Arch. dephyswl.
norm. et path., 1S8.:>).
(5) Babès, Racteriologie, Bude-Pesth, 1886.
(6) Dittrich, Zcilschr. f. Jlrilk.. 1884.
(7) l'altauf u. v. Tiselsberg. Forlichr. d. med., 18SC.
à la présence de bactéries. Ces derniers auteurs ont pu les étudier dans cinq cas différents.
D'après leur description, ce sont de petits bâtonnets mesurant de lp.,5 à 3 f* de longueur sur G>,o à 0>,8; quand ils sont bien colorés par le violet de métbyle, on y voit des grains arrondis qui, pour Cornil et Alvarez, sont probablement des spores. Ils sont terminés par une extrémité arrondie qui donne aux plus petits un aspect ovoïde ; certains d'entre eux sont étranglés dans leur partie moyenne.
On les trouve en grand nombre dans les cellules, dans les interstices et dans les vaisseaux lymphatiques du derme; on les voit rarement dans les vaisseaux sanguins.
Avec une préparation plus perfectionnée, on reconnaît que ces bactéries sont entourées d'une capsule ovoïde très nette formée par une substance anbyste, colloïde, dure et résistante ; elles peuvent s'unir par fusion de telle sorte que la substance colloïde des capsules entoure plusieurs bâtonnets ; elles présentent une grande analogie avec les pneumocoques ou bactéries de Friedlànder.
MM. Cornil et Alvarez tendaient à admettre que la présence de ces bactéries amène la dégénérescence hydropique du protoplasma cellulaire, la dissolution des noyaux et la formation des globes hyalins réfringents qui, M. Mikulicz (1) l'a montré, caractérisent anatomiquement cette maladie. Ditlriçh a établi qu'il en est bien réellement ainsi.
Frisch a pu cultiver à l'état de pureté ces bactéries ; ses tentatives d'inoculation sont restées infructueuses, comme toutes celles qui ont été pratiquées depuis, notamment par Paltauf et Eiselsberg (2), Mibelli et Dittrich; cependant Stepanow (3) a vu les produits de culture du bacille, inoculés dans la chambre antérieure de l'œil de cobayes, donner lieu à la génération de nombreux micro-organismes semblables. Malgré ce désidératum, la présence constante de ce parasite dans les parties où siège le rhinosclérome et ses caractères' tout particuliers semblent bien indiquer qu'il est la cause prochaine de cette maladie.
D'où provient cette bactérie? Nous avons vu précédemment que Lowenberg et d'autres bactériologues ont constaté la présence des pneumo-bactéries de Friedlànder dans diverses maladies des fosses nasales et particulièrement dans l'ozène et la rhinite. On est conduit ainsi à se demander, avec Baumgarten (4), si le microbe du rhinosclérome ne serait pas un hôte banal de ces cavités, lequel deviendrait
(1) Mikulicz, (Arch. f. klin. Chir., Bd XX, v. Langenbeck's).
(2) Paltauf et V. EisMbciy, Fortschr. d. Met!., 188t.
(3) Stepanow, Ueber die Impfuugen der /{hhwsclerom (Med. Obosv,, 1888).
(4) baumgarten, Lehrb. d. pathol. Mykol., 1888.
ÉTIOLOGIE.
pathogène, soil par suite de modifications dans la nutrition ou les sécrétions de la muqueuse et conséquemment dans le terrain qu'elle constitue, soit par suite d'une augmentation de sa virulence ; il faudrait admettre alors que ses propriétés biologiques se seraient quelque peu modifiées, car ses réactions ne sont pas identiques à celles du microbe de Friedlânder. Baumgarten émet également l'hypothèse qu'il peut s'agir d'une infection provoquée par un autre agent inconnu et que les bactéries capsulées habitant les fosses nasales trouvent dans le tissu ainsi modifié un terrain favorable à leur pullulation.
Il est peut-être prématuré, dans ces conditions, de rechercher quel est le mode d'action du microbe; nous devons faire connaître cependant, l'interprétation ingénieuse qu'a proposée récemment Mibelli. D'après lui, il faut distinguer, à côté des cellules hydropiques décrites par Mikulicz, des cellules colloïdes qui réfractent fortement la lumière et dans lesquelles on ne peut découvrir de bacilles; on voit en outre des corps libres, du volume d'un globule rouge, qui ont les mêmes réactions et des cellules à facettes dont le contenu est formé de nombreux corpuscules sphériques serrés les uns contre les autres. Quelle est la nature de ces dégénérescences? La botanique nous apprend que beaucoup d'algues ont la propriété de produire une substance mucilagineuse, la glée. On sait que cette glée peut se présenter, suivant l'ancienneté plus ou moins grande de sa formation et son contenu variable en eau, sous des formes diverses. Or il est, d'autre part, certain que le bacille durhino-sclérome forme, aussi bien dans les cultures que dans les tissus, une glée, qui se présente comme une enveloppe claire limitée par une ligne sombre; il est donc possible que ce soit cette glée, à diverses périodes de son développement, qui remplisse les grosses cellules et prenne la place de leur protoplasma. Le contenu des cellules hydropiques serait ainsi cette glée très aqueuse et, par conséquent, très molle, amorphe, difficile à voir et à colorer. Le contenu des cellules colloïdes serait celte même glée en partie desséchée et par suite plus réfringente, plus dure, revêtant une forme déterminée et se colorant facilement. On trouve aussi de petits corps colloïdes elliptiques; ils représenteraient des bacilles recouverts d'une seconde enveloppe colloïde qui les masquerait. C'est une nécessité physique que toute enveloppe périphérique subissant une pression centrifuge prenne la forme globuleuse. Il en résulte que la première enveloppe du bacille est en forme de bâtonnet, la seconde ellipsoïde, la troisième arrondie et, suivant la quantité d'eau qu'elle renferme, colloïde et à facette ou mucilagineuse et demi-fluide. S'il en est ainsi le bacille du rhino-sclérome, comme celui de la lèpre, avec lequel il
offre de grandes analogies, agirait sur les tissus par sa présence même bien plus que par ses produits toxiques.
2° Agent infectieux de la syphilis. — Il n'est pas douteux que cette maladie, transmissible exclusivement par inoculation, ne reconnaisse pour cause prochaine la pénétration dans les tissus d'un agent organisé. L'observation montre qu'il subit d'abord, dans le lieu même où il a été introduit, une période d'incubation dont la durée varie de quinze à soixante-dix jours ; qu'il donne lieu ensuite, dans cette même partie, à la manifestation initiale de la maladie, l'induration; qu'après une seconde incubation, il est transporté dans les ganglions voisins, puis dans la circulation générale et dans tout l'organisme, qui se trouve infecté; qu'il se traduit enfin ultérieurement par une série de manifestations, variables suivant les sujets, d'abord superficielles, puis de plus en plus profondes à mesure que la maladie est plus invétérée.
Les lésions qu'il provoque sont, au point de vue histologique, tout à fait comparables à celles de la tuberculose et de la lèpre, maladies dont la nature parasitaire est aujourd'hui démontrée et le microbe bien connu.
La syphilis paraît avoir été inoculée au singe par Klebs et par Martineau.
Les nombreuses recherches qui ont été faites dans le but d'en isoler, d'en cultiver et d'en inoculer le parasite générateur n'ont pas encore donné de résultats complètement démonstratifs.
Aufrecht (1) a trouvé dans les néoplasmes syphilitiques des cocci assez volumineux et généralement unis deux à deux. Klebs (2) a obtenu, par la culture d'un liquide provenant d'un chancre infectant récemment extirpé le développement d'un gazon de champignons fo rmés de bâtonnets fréquemment entre-croisés. Birch-Hirschfeld (3) a de même trouvé dans les gommes et les condylomes des micrococci et des bâtonnets en amas ou contenus isolément dans les cellules. MM. de Tornery et Marcus (4) ont cultivé des liquides provenant de chancres indurés et de plaques muqueuses, et en ont obtenu des colonies de micrococci sans caractères.
On a attaché plus d'importance aux faits constatés par Luslgarten (5). D'après cet auteur, les produits syphilitiques renferment des
• (1) Aufrecht, Syphilismikrolcok/ccn [Centralbl. f. d. med. Wis., 1881).
(2) Klebs, Ueber syphilis Bnpfung bei 7'hieren (Prag. med. Wochenschr., 1878]; Bas Contagium der Syphilis, eine experiment. Studie (Arch. /'. e.rper. Path. und Pharmakologie, 1879).
(3) Birch-Hirschfeld, Bactérien in Syphilis Neubild. {Centralbl. f. d. med. Wiss., 1881).
(4) De Tornery et Marcus, Becherches sur le microbe de la syphilis {C. B. de la Soc ■de biologie, 1884).
(5) Lustgartcn, Bie syphilisbacilleu (Wien. med. Jahrb., 1883).
Hallopeau, 3c édition. J9
ETIOLOG1E.
bacilles qui ont beaucoup d'analogie avec ceux de la tuberculose, mais s'en distinguent par la. plus grande fréquence d'une légère incurvalion, et surtout par ce fait qu'ils perdent, au contact des acides chlorbydrique et azotique, leur coloration par le violet de gentiane. Ces éléments sont toujours incorporés en des cellules que Luslgarlen considère comme migratrices, soit isolément, soit par groupes de deux à huit. 11 les a trouvés seize fois dans des produits syphilitiques, aussi bien dans le tissu des néoplasies que dans les produits de sécrétion, et dans la syphilis congénitale comme dans la syphilis acquise.
Doutrelepont et Schûtz (t), de Giacomi (2) et Gottstein (3) ont pleinement confirmé les données de Lustgarlen, et ce bacille de la syphilis semblait dès lors devoir prendre place à côté des bacilles tuberculeux et lépreux, bien que les essais de culture eussent échoué, quand le travail d'Alvarez el Tavel (4) est venu inspirer des doutes sur sa spécificité.
Ces auteurs ont cherché en vain le bacille de Luslgarten dans les coupes de néoplasmes syphiliques ; ils l'ont trouvé au contraire fréquemment dans leurs produits de sécrétion, lorsqu'ils occupent les parties génitales; mais ils ont constaté qu'un microbe présentant les mêmes caractères objectifs et se comportant de même sous l'influence des matières colorantes se rencontre dans le smegma prœpulial, dans le mucus sécrété par les grandes et les petites lèvres, ainsi qu'au pourtour de l'anus, et ils sont arrivés à cette conclusion que le bacille Irouvé par Luslgarten dans les coupes des produits et dans les sécrétions syphilitiques peut n'être autre que ce bacille banal. Les auteurs qui l'ont cherché ne l'ont qu'exceptionnellement découvert dans les coupes de néoplasies syphililiques : quand il s'agit de lésions ulcéreuses, on peut penser qu'il a été transporté par mégarde de la surface dans la profondeur, et, pour ce qui est des lésions gommeusesr M. Alvarez (j) pense que l'on a pu prendre pour telles des lésions luberculeuses dont le bacille, nous le répétons, offre beaucoup de ressemblance avec le précédent el ne peut en être distingué que par un examen hislologique 1res soigné.
Depuis lors, Klemperer (6), Kœbner, Matterstock (7) et Fordyce (81
(1) Doutrelepont, Ueber Bacillen bei Syphilis {Deutsche Med. Wochenschr., 1885). — Doutrelepont et Schiitz, eod. loc.
(2) De Giacomi, Neue Fxrlmiujsmethode der Syphilisbacillen {Corresp. bl. d. Schweitzer
JErztc, 1885). .
U) Gottstein, Zusatz zum Referai iXber de Giacomi Fxrbung der Syph: Bac. (Fortsctiri
d (.^Aiva'reVet Tavel, Recherches sur le bacille de Lustgarlen (Arc/i. d. phtjsiol. norm.
et path., 1885).
(5) Alvarez, Journal dus connaissances médicales, 1885.
6 Klemperer, Ueber Syphilis und Smegma Bacillen [Deutsche Med. Wochenschr., 1883S
(7) Matterstock, cité par Gerhardt (Deutsche med. Wochenschr., 1885).
(8) Fordyce, BaciUen Befund bei Syphilis. Berlin, 1888.
ont confirmé dans leurs points essentiels les faits énoncés par Alvarez et Tavel sans accepter leurs conclusions (1) : Klemperer reconnaît l'existence dans le smegma prépulial d'un bacille identique à celui que l'on trouve dans les sécrétions d'origine syphilitique des organes génitaux, et il n'a pas trouvé les bacilles de Luslgarten dans les coupes des néoplasies syphilitiques; cependant il n'admet pas l'identité des deux éléments: les bacilles de Luslgarten, colorés et soumis à l'action de l'alcool, conserveraient leur coloration beaucoup plus longtemps que ceux du smegma, et ils la perdraient beaucoup plus vite dans les acides, particulièrement dans l'acide sulfurique ; Lichtheim et Neisser (2) ont également admis ces différences de réaction; Matterstock, au contraire, affirme que l'on ne peut distinguer les deux bacilles, il nie la valeur diagnostique du microbe de Lustgarten, mais il maintient sa valeur étiologique ; telle est également la conclusion de Weigert (3) : elle ne repose actuellement que sur la présence contestée de ce parasite dans les néoplasies syphilitiques non ulcérées; il reste donc un doute : un avenir prochain montrera ce qu'il en est.
Il n'y a aucune raison sérieuse de penser que les bacilles décrits récemment par Eve et Lingard (4), non plus que les bactéries à double point de Disse et Taguchi (5), doivent être considérés comme les agents infectieux de la syphilis ; les premiers ont été trouvés clans le sang de sujets atteints de cette maladie ainsi que dans leurs lésions spécifiques, et cultivés dans le sérum; ils offrent de l'analogie avec les bacilles tuberculeux; Baumgarten fait remarquer à juste titre qu'ils ne diffèrent pas des bactéries saprophytes banales. Pour ce qui est des bactéries à double point de Disse et Taguchi, le fait que ces auteurs les ont rencontrées exclusivement dans le sang suffit à montrer qu'elles n'ont aucune valeur, car il est reconnu que le sang
(1) Si la découverte de Lustgarten se confirme, voici la quatrième maladie due à la multiplication d'un microbe présentant une telle ressemblance avec un microbe normal ou lié à une maladie bénigne que l'on a beaucoup de peine à l'en différencier : le microbe de la syphilis ressemble à celui du smegma préputial, celui- de la pneumonie à un microbe de la salive, celui du rhinosclérome au pneumocoque de Friedlander que l'on trouve vulgairement dans les fosses nasales, celui du choléra épidémique à celui du choléra nostras (on pourrait y ajouter, d'après M. Bordas, celui des oreillons qui se trouverait en abondance dans la salive), et chacun de ces parasites se localise dans les mêmes parties ou dans des régions en connexions physiologiques : on peut se demander s'il y a là une simple coïncidence et si l'on ne pourrait pas émetire l'hypothèse d'une lointaine parenté entre ces agents, les espèces nocives étant nées, à une époque et sous l'influence de conditions indéterminées, d'ancêtres qui leur seraient communs avec les espèces bénignes.
(2) Lichtheim uud Neisser, Taijebl. des Strasburg. Versamml. Deulsch. Naturfor&ch und mrlze, 1885. ' '
(3) Weigert, Deutsche med. Wochenschr., 1885.
(4) Eve et Lingard, On a Dacillus cultivated from the Blood and from the]diseaded tissues in syphilis {The Lancet, 1886).
(•>) Disse und Taguchi, Ueber d. Contagium der syphilis (Deutsche med. Wochenschr
292 ÉTIOLOGIE.
des syphiliti([ues n est que passagèrement inoculable et qu'au bout de peu de temps l'agent infectieux réside presque entièrement dans les diverses manifestations locales de la maladie.
3° Agent infectieux de la rage. — Introduit dans les tissus, presque toujours par morsure, cet agent reste d'abord latent, puis au bout d'un laps de temps qui varie surtout de lo à 60 jours, quand le virus provient d'un chien, mais peut atteindre plusieurs mois et même dix-huit mois, comme le prouve un fait que nous avons observé avec Tachard (1), les résultats généraux éclatent. Nous avons tendance à croire que, jusqu'à ce moment, l'élément infectieux est resté localisé dans le point même où il a été introduit; dans le fait personnel dont nous venons de parler, le sujet avait été mordu à la main; c'est après une séance prolongée de gymnastique que les symptômes généraux se sont manifestés, et ils ont été précédés par des douleurs qui partaient de la cicatrice et remontaient le long du bras. 11 est bien vraisemblable que l'action exercée sur le contage, inclus jusque-là dans la cicatrice, parles efforts musculaires a provoqué son passage dans les filets et tronc nerveux qui l'ont alors transmis à l'encéphale.
Les recherches de MM. Roux (2), di Vestea et Zagari (3) et Burdach ont établi, en effel, que le virus rabique peut cheminer dans les nerfs du membre blessé pour gagner l'axe cérébro-spinal; dans une partie des cas étudiés par M. Roux, les inoculations faites avec les nerfs du membre mordu par un chien enragé ont provoqué la rage, landis que les inoculations pratiquées avec les nerfs du membre sain restaient inoffensives; dans un cas, un seul des nerfs du côté mordu a donné des résultats positifs. M. Roux, d'autre part, a prouvé que l'on peut transmettre la rage en injectant quelques gouttes de son virus dans l'épaisseur d'un nerf périphérique. L'absorption peut également se faire par les vaisseaux sanguins; M. Pasteur a fréquemment produit la rage par des inoculations intra-veineuses ; il ne semble cependant que ce soit le cas le plus fréquent et MM. di Vestea et Zagari concluent de leurs expériences ainsi que de leurs observations que, sûrement, l'absorption du virus a lieu par voie nerveuse dans tous les cas [de rage humaine où l'on peut saisir un rapport entre l'évolution des phénomènes morbides et le siège de la morsure.
On s'explique ainsi comment beaucoup de morsures rabiques restent inoffensives, comment les plus redoutables sont celles des mains et de la face, parties riches en filets nerveux, el surtout comment les
(1) Tnchard, Union médicale 188ti.
m Roux' Sur la présence du virus rabique dans les nerfs [Ann. de VInstit. Pasteur, 1888). (3) i ni Vestea et Zsfrari, Giorn. internat, d. science medic. Naples, 1889. - Sur la transmission de la rage par une morsure {Ann. de VJnstit. Pasteur, 1889).
premiers symptômes de la rage prête à éclater commencent parle membre mordu.
Pasteur (I) a montré que c'est surtout dans les centres nerveux que vient s'accumuler le principe virulent : on produit sûrement la maladie en insérant à la surface du cerveau un fragment de substance cérébrale pris chez un animal enragé et dilué dans un bouillon stérilisé. Pasteur a prouvé que le transport d'un fragment du bulbe enlevé par trépan à un chien enragé chez un autre chien lui donne la rage au bout de trois semaines au plus lard. L'organisme est cependant infecté tout entier, car les glandes salivaires, lacrymales et pancréatiques ainsi que les ganglions lymphatiques contiennent le virus.
Les recherches entreprises dans le but de découvrir le microbe générateur de la rage n'ont pas encore donné de résultats certains. Bermann Fol (2), a trouvé, dans les moelles rabiques, des microcoquesoccupant, soit les interstices de la névroglie, soit les tubes nerveux;, disposés sans ordre défini et mesurant environ 0^,2, ces microcoquesr cullivés et inoculés, ont plusieurs fois transmis la rage. Babès dit s'être convaincu qu'il existe dans la moelle et le cerveau rabiques un microbe, rond de Ou.,5 à Oy.,8, susceptible d'être cultivé et que sa culture pure, en deuxième et même en troisième génération, donne la rage aux animaux chez lesquels on l'inocule. Ces faits n'ont pu., jusqu'ici être confirmés.
En 1869, Mottet et Protopopoff ont trouvé, dans un liquide trouble recueilli dans les méninges de lapins auxquels ils avaient inoculé- la rage par trépanation et qui avaient succombé en vingt-quatre heures-, une masse de très petits bâtonnets en même temps que des cellules lymphoïdes; les cultures de ces microbes ont provoqué la mo>rb en douze heures avec les symplômes de la rage paralytique (3). Ces observations, d'une signification très contestable, sont restées isolées. Tout porte à croire que le microbe de la rage est encore à découvrir.
Nous verrons plus loin (4), comment M. Pasteur est arrivé à guérir la maladie par des inoculations.
4° Agent infectieux des oreillons. — MM. Capitan et Charrin ont trouvé clans le sang et la salive de malades atteints d'oreillons, affection épidémique et contagieuse, une grande quantité de microbes et de bâtonnets (o). La présence des mêmes microbes a été conslalée par
(I ) Pasteur, Méthode pour prévenir la rage après morsure (Ann. d'hyg., 1885,, t. XI V p. 456). — Résultats de l'application de la méthode (Ann. d'hyg., 188(5, t. XV, p. 289)' *
(2) flermann Fol, Académie des sciences, décembre 1885.
(3) Cornil et Ilubès, lo:. cit.
. (4) Voy. chapitre Thérapeutique.
(5) Capitan et Charrin, Bulletin de la Société de biologie. 1881.
ÉTIOLOGIE.
MM. Jaccoud eL NeUer dans le sang et dans le liquide extrait patponction de la tumeur parotidienne chez deux sujets atteints d'infection ourlienne (1). Tout récemment des cultures laites avec le sang provenant de malades chez lesquels on avait constaté la même affection ont fourni à M. Bordas (42) un hacille qu'il croit identique à celui qui avait été trouvé par les auteurs indiqués précédemment; il l'a également rencontré en abondance dans la salive; ce liquide est pour lui le véritable agent de contagion des oreillons; il est très vraisemblable que les bactéries pénètrent par le canal de Sté.non dans la parotide et dans le sang et que la manifestation secondaire du côté du testicule est due à ce qu'elles trouvent dans cet organe un terrain favorable à leur développement.
Des expériences de réinoculation après culture n'ont pu être faites, car l'on ne connaît pas d'animal auquel celte maladie soit susceptible d'être transmise.
5° Agent infectieux de la coqueluche. — La coqueluche (3) est éminemment contagieuse, surtout dans sa période d'invasion. Letzerich a décrit, en 1874, un champignon qui lui appartiendrait en propre, mais l'on ne peut accueillir qu'avec une grande réserve les découvertes de cet observateur, car il semble que bien peu d'entre elles aient été confirmées par ceux qui ont été étudié ultérieurement les mêmes questions. En 1876, Tschauer a trouvé, dans les crachats des coquelucheux, des spores et un mycélium qui offriraient des caractères spéciaux; Henke dit également y avoir vu un champignon; Burger (4) y décrit de petits bâtonnets ellipsoïdes étranglés dans leur partie moyenne ; ils se trouvent surtout entre les éléments cellulaires, ordinairement isolés, quelquefois groupés en chaînettes ; plus rarement, ils sont incorporés dans le corps d'une cellule; contenus en masse dans les crachats de coqueluche, ils feraient défaut dansles autres.
Plus récemment Affanassieff (o) a étudié à ce point de vue les matières muqueuses que les coquelucheux expectorent à la fin de leurs accès et il y a constaté la présence d'une quantité de bacilles, petits, grêles, animés de mouvements rapides, et renfermant souvent des spores. Leur produit de culture, injecté dans la trachée de jeunes chiens et déjeunes chats a provoqué, chez ces animaux des pneumonies accompagnées parfois d'accès de toux coqueluchoïde nettement caractérisés.
(1) Jaccoud, Leçons de clinique médicale faites à ta Pitié, 1882 et 1885.
\i) Bordes, De la culture des oreillons (C. Ji. de la Soc de biologie, novembre lhb9).
3 H Roger, Recherches cliniques sur les maladies de l'enfance, t. II. Pans, lbS3.
4 Burger, Der Keuchhusten Pilz (Derl. Idin. Wochcmchr 1883).
(5) Affaiassieff, Die JEliol. u. /clin. Bacteriol. der Keuchhusten {Satnt-Petersb. med. Wochenschr., 1887).
Affanassiefi considère ce bacille comme différent de tous ceux qui ont été décrits et c'est pour lui l'agent générateur de la coqueluche. Ces conclusions n'ont pas été confirmées jusqu'ici. Baumgarten fait observer avec raison que, pour les adopter, il faudrait préalablement établir que l'on ne trouve pas le même bacille dans les crachats provenant d'autres maladies et qu'il n'y a pas d'autres bactéries susceptibles de provoquer chez les mêmes animaux des pneumonies une toux rappelant celle de la coqueluche. Nous avons vu que Deilchler décrit des protozoaires qu'il considère, sans aucune preuve, comme les agents générateurs de la coqueluche (p. 38).
6° Agent infectieux du pseudo-rhumatisme. — Dans cette maladie, caractérisée surtout par des arthropatbies suppurées, des plaques érythémateuses, des frissons et un état général grave, MM. Cayla et Charrin (1) ont trouvé des microbes arrondis ou ovoïdes, le plus souvent disposés en chapelets et très semblables aux streptococci. L'inoculation du liquide a donné lieu à des phlegmasies suppurées et à une septicémie promptement mortelle. Les microbes n'ont pas encore été cultivés.
7° Agent infectieux de Vozène. — Cette affection ayant pour signe principal une odeur fétide qui lui appartient en propre, on pouvait penser, à priori, qu'elle était due à la présence dans les fosses nasales d un microbe spécial. Guidé par cette idée théorique, M. Lœwenberg (2) a cherché le parasite et paraît l'avoir découvert. Étudiant à ce point de vue le mucus nasal des punais, il y a trouvé constamment un microbe particulier, unique et caractéristique. C'est un très gros coccus associé toujours à un congénère; il se groupe en chaînes ou en amas; sa forme est sphéroïde ou elliptique; ses dimensions sont considérables : il atteint de 1,1 p. à 1,65 p. de longueur. C'est donc un megacoccus. On le trouve surtout sur les filaments muqueux qui sont tendus entre le septum et les cornets. En semant des fragments de ces filaments dans de l'agar-agar, M. Lœwenberg a obtenu des cultures de ce mégacoccus. Cultivé dans la gélatine, il lui donne une odeur analogue à celle de l'ozène. Inoculé aux souris ou aux rats, il leur communique une septicémie fétide et les tue rapidement. Il ne manque, pour compléter la démonstration, que la transmission de l'ozène à des animaux en tant qu'elle puisse être faite.
8° Agent infectieux de la carie dentaire. — Des microbes interviennent, d'après Willougby Miller (3) et Galippe, dans le développe-
(1) Cayla et Charrin, Pyohémie spontanée; pseudo-rhumatisme infectieux (Soc. de chirurgie, 1885).
(2) Lœwenberg, De la nature et du traitement de l'ozène (Un. mêd., 1883).
(3) Willougby Miller, Der Ein/luss der Microorganismus auf die Caries der menschlic/irn Zxhne (Arcli. f. exper. Pttth., 1882). 1
296 ÉTIOLOGIE.
ment de la carie dentaire : la fer mentation des matières qui séjournent dans la bouche amène la formation d'acides qui al laquent l'émail et le décalcifient ; l'os dentaire mis à nu se laisse pénétrer par des quantités de schizomycètes sous la forme de leptothrix, de bacilles et de micrococcus; ces derniers en obstruant les canalicules contribueraient à amener la mort de la dent.
W. Miller (i) a rencontré plus de cent espèces de micro-organismes dans la cavité buccale. II. admet que cinq d'entre elles peuvent concourir à provoquer la carie, dentaire. Les bactéries a sont constituées par des cocci et des diplococci isolés ou disposés en chaînettes; elles sont les agents de la fermentation lactique, point de départ de la carie. Les bactéries |3 offrent l'aspect de bâtonnets et de cocci plus ou moins longs; si on examine une dent cariée, on trouve ces éléments dans les canalicules de la dentine. Les bactéries 7 et S sont des microcoques que l'on distingue de l'espèce a par l'aspect de leurs cultures. Enfin les bactéries e se présentent sous la forme de bacilles incurvés qui offrent de l'analogie avec celui qu'à décrit Koch dans le choléra. En se groupant deux à deux, ces bacilles prennent la figure d'un S ou d'un 0 ; en plus grand nombre, ils forment des chaînes contournées en spirale; certains d'entre eux sont anaérobies et peuvent vivre dans la pulpe en dehors du contact de l'air.
Ce qui semble prouver que ces microbes sont bien les agents générateurs de la carie, c'est que Miller a provoqué ceLle altération en les déposant sur la surface de section dentaire. Elles emplissent les canalicules dont les parois dilatées se perforent bientôt. D'après Cornil et Babès (2), les bactéries des fermentations acétique et butyrique peuvent également pénétrer dans les dents cariées, ainsi que les leptothrix buccaux.
Dans un travail récent, MM. Galippe et Vignal (3) ont repris l'étude bactériologique de la carie dentaire; ils y ont trouvé, dans les canalicules de la dentine, six espèces de microbes dont cinq sont des bacilles et la sixième un coccus; ce dernier et deux des bacilles coagulent le lait en formant de l'acide lactique. Ces auteurs ont constaté, en outre, la présence, dans la pulpe enflammée des dents cariées,, de trois autres organismes, le bacterium termo, le staphylococcus aureus et une autre bactérie formant de l'acide lactique.
D'après MM. Galippe et Vignal, tous les micro-organismes qui for-
rjj Willougby Miller, Ueber Gxhrung Vorgxnge im Mundc [Deutsche med. Wochenschr.r 1884, 1885, 1886). — Die micro-organism. d. Mundliôhle, die ôrtlicken u. Allgem. Erlcrankh. xoelche durch dieselbcn herungeinf. iverden. Leipzig, 1889.
(2) Cornil . et Babès, loc. cit.
(3) Galippe et Vignal, Notes sur les micro-organismes de la carie dentaire Comptes rendus du la Soc. de biol., 1889).
ment de l'acide lactique dissolvent la matière minérale de la dent. Quant à la substance organique, les micro-organismes qui ont la propriété de détruire la matière protéique la font disparaître. Ils sont aidés dans leur œuvre de destruction par les produits des microbes saprogènes qui abondent dans la boucbe.
Si, malgré ces intéressantes découvertes, nous classons encore provisoirement le microbe de la carie dentaire parmi ceux dont la nature n'est pas complètement déterminée, c'est en raison du nombre de microorganismes trouvés par MM. Miller, Galippe et Wignal : il est peu probable qu'ils soient tous les agents pathogènes de la maladie ; il faudrait isoler celui ou ceux auxquels appartient ce rôle.
95 Agent infectieux de Vietère grave. — Victère grave est considéré par beaucoup de médecins comme une maladie infectieuse. Eppinger(l) y a, en 1875, signalé un micrococcus. M. Balzer (2) a constaté chez des sujets morts de cette maladie la présence, dans les cellules hépatiques, de micrococcus et de bacilles; il les a trouvés également dans le rein et dans la peau; mais il fait remarquer que ses recherches n'ont qu'une valeur relative, car l'examen histologique n'a pu être fait que vingt-quatre heures après la mort.
10° Agent infectieux de la perlèche. — On distingue sous ce nom, dans le Limousin, une affection aphteuse qui siège aux commissures des lèvres et se développe par suite de l'habitude de boire au même vase de bois ou de grès. J. Lemaistre (3) a constaté que les cellules épithéliales des parties ainsi altérées renferment de nombreux microcoques souvent groupés par deux et en chaînettes; il a cultivé ce microbe qu'il appelle streptococcus plicatilis, en raison de sa tendance à l'enchevêtrement; il en a constaté, par des cultures, l'existence dans l'eau des vases par lesquels se faisait la contamination, mais il n'a pas produit la maladie par son inoculation. La démonstration n'est donc pas complète.
11° Agent infectieux de la pellagre. — Il est établi que cette maladie est endémique dans les pays où l'on consomme du maïs et M. Th. Roussel (4) a reconnu, avec les auteurs italiens, que c'est à la consommation de celte céréale altérée qu'en est dû le développement. On a incriminé d'abord l'action du verderame, puis celle des bactéries que l'on trouve dans les graines altérées du maïs ; les recherches récentes de Paltauf ont donné à cet égard des résultats négatifs ; cet auteur
(1) Eppinger, Prager Vierteljahrs, 1875.
(2) Balzer, Bull, de l'Acad. de méd., 1882.
(3) J. Lemaistre, De la perlèche, etc. (Journ. de méd. de la Haute-Yicnnc, 188G).
(4) Th. Roussel, De la pellagre, de son origine, de ses progrès, de son existence en France, de ses causes, de son traitement curât if et préservatif. Paris 1845. — Bull, de l'Acad. de méd., 1801-1881.
et Heider (I) attribuent, comme l'avaient fait Lombard (2), Selmi (3) et Costez, le développement de cette maladie à une intoxication par un alcaloïde provenant du maïs gâté; Heider a constaté en effet que le bacille du maïs engendre une substance toxique, narcotique et paralysante.
12° Agent de la verruga Peruana. — Cette maladie, endémique au Pérou, ne rentre pas, comme son nom semble l'indiquer, dans la catégorie des verrues. Elle est caractérisée par des tumeurs très vasoulaires développées aux dépens de la peau et du tissu conjonctif sous-jacent et analogues à celles du mycosis fongoïde. Izquierdo (4) a trouvé dans les vaisseaux et les interstices cellulaires des parties malades, des microcoques qui semblent devoir être rangés, d'après sa description, parmi les streptocoques. Les expériences nécessaires de culture et d'inoculation n'ont pas été faites.
13° Agent infectieux du lichen ruber. — Lassar (5) a trouvé, dans les espaces lymphatiques et le tissu conjonctif des parties atteintes de celle maladie, des bacilles extrêmement fins, très courts, très nombreux, formant des amas zoogléiques. Rien ne prouve qu'ils soient la cause de ce lichen dont la nature infectieuse doit cependant être considérée comme très vraisemblable. Nous avons apporté récemment un argument en celte hypothèse en publiant un fait dans lequel les éléments éruplifs débutaient manifestement par une dilatation des orifices sébacés et sudoripares (6).
14° Agent infectieux de la dermatite pustuleuse chronique en foyers à progression excentrique. — La maladie que nous avons fait connaître sous ce nom (7) est bien certainement de nature infectieuse; on ne saurait s'expliquer autrement comment les pustules qui en constituent les lésions initiales renaissent constamment, si la thérapeutique n'intervient point, à la périphérie des anciens foyers ou dans les parties qui se trouvent en contact avec eux; mais l'agent qui les provoque est encore indéterminé ; l'examen histologique n'y a encore fait découvrir que les microbes vulgaires du pus, éléments dont le rôle est certainement secondaire.
(1) Paltauf et Heider, Der bacillus maïalis und seine beziehungen sur Pellagra {Wien. med. Jahrb., 1888).
(2) Lombroso, Vcleni del mais, Bologna, 1878.
(3) Selmi, Délie alterazoni aile quati snggiare il grano turco e specialmente di qucllo che ingenera la Pellagre {Real. Acad. der lincei, 1877).
(4) Izquierdo, Spaltpilze bei der verruga Peruana (Virchow's Archiv, 1885).
(5) Lassar, Mikro-organismen des lichen ruber {Deutsche med. VCochenschr.. 1885).
(6) Hallopeau, Réunions cliniques de l'hôpital Saint-Louis {Ann. de Dermat. et.de Syphi* ligr., 1889).
(7) Hallopeau, Sur une nouvelle forme de dermat. pustuleuse chronique en foyers a progression excentrique {Congrès internat, de dermat. et de sy/ihiligr. Paris, 1889).
AGENTS INFECTIEUX INCOMPLÈTEMENT DÉTERMINÉS. 299 15° \gent infectieux du mycosis fongoïde. -La nature parasitaire de cette dermatose est très vraisemblable ; ses néoplasies, que Ion voit rétrocéder au point de disparaître entièrement, se comportent, a cet égard, comme celles qui sont d'origine parasitaire; on a cru, il y a quelques années, en avoir découvert le microbe pathogène; Hochsinger et Schiff (1), d'une part, Hammer et Rindfleisch, de l'autre, se disputaient le mérite de l'avoir trouvé; il a été malheureusement démontré que ces auteurs n'avaient eu affaire qu'à des microbes banals, venus du dehors dans les tumeurs exulcérées ; les recherches pratiquées depuis lors par Kôbner (2), Dônitz et Lassar (3), Mariocchi (4) et Ledermann (5) sont restées infructueuses : l'agent infectieux du mycosis fongoïde est encore à trouver.
16° Agents infectieux de Vêpithèliome, du xeroderma pigmentosum, du • sarcome multiple et du carcinome. — Leur existence est probable, bien que non encore démontrée. La découverte de protozoaires par Malassez, Cornil et Albarran (page 142) dans des épithéliomes, par Darier dans les néoplasies épithéliales qui caractérisent la maladie de Paget conduisent à penser que toute les tumeurs de cette nature sont dus an développement de parasites de même ordre. M. Pringle (6) a émis cette même hypothèse pour le xeroderma pigmentosum en raison des néoplasies épithéliales qui s'y développent. Le même auteur a constaté la présence de bacilles particuliers dans deux cas de sarcomes primitifs de la peau sans se prononcer sur leur valeur palhogénique. Scheuerlen (7) dit avoir trouvé constamment dans le carcinome des bacilles différents des autres bactéries; l'inoculation de leur produit de culture dans les mamelles de chiennes a donné lieu à la production de tumeurs formées de cellules épithéliales. Divers auteurs ont confirmé ses assertions et Parke assure avoir extrait par culture le bacille de Scheuerlen du sang de malades atteints de carcinome et de sarcome (8); le triomphe de ce microbe ne devait cependant que être de courte durée, car bientôt on constatait, de divers côtés, qu'il ne représentait qu'un vulgaire saprophyte tout à fait étranger à la genèse du carcinome. Baumgarten pense qu'il s'agit du leptothrix ap-
(1) Hochsinger und Schiiï, Zur lehre von granulosen fungoïdes (Vierleljarhsc. f. Dermat. u. Syphiiigr., 1886). — Hallopeali, Du mycosis fongoïde (Revue des se. med., 1885). — Auspitz, Ein Fait von granulom. fungoïdes (Vierteljarhsc. f. Dermat. u. Syphiiigr., 1885).
(2) Kœbner, Histolog. u. IJakteriolog. iibcr mycosis fungoïdes Aliberl (Forlschr. d. med., 1886).
(3) Dônitz und Lassar, Ueber mijeosis fungoïdes (Virchow's Archiv, 188!)).
(4) Marocchi, XIIe Congress d'Italien JErzte, 1889.
(5) Ledermann, Zwei Fiille von Mycosis fungoïdes (Arch. f. Dermat. u. Syphiiigr., 1889).
(6) Pringle, Congrès international de dermat. et de sgphiligr. Paris, 1889. <7) Scheuerlen, Die Aetiol. d. Carcinom (lierl. /clin. Wochenschr., 18S9). (8) Franke, Miinch. med. Wochenschr., 1887.
300 ÉTIOLOGIE.
pelé bacille de l'épiderme eL que ce champignon, s 'introduisant naP les conduits galaclophores, trouverait clans le lissu du cancer un milieu favorable (1). Nous ne ferons que mentionner l'opinion de M Fortes d'après laquelle les cellules du cancer seraient considérées à tort comme des éléments de l'organisme et représenteraient des animalcules vésiculeux voisins des échinocoques (2).
Si Ton n'a pas réussi jusqu'à présent à reproduire le cancer par l'inoculation des microbes auxquels on en attribue le développement par contre l'inoculation des produits cancéreux eux-mêmes a donné maintes fois des résultats positifs. Ordinairement, le fragment decancer introduit sous la peau d'un animal, après avoir proliféré pendant quelques jours, s'atrophie et, au bout de 15 à 20 jours, il n'en reste plus trace (Cohnheim), mais il n'en est pas toujours ainsi : Langenbeck a trouvé des noyaux cancéreux dans le poumon d'un chien auquel il avait* inoculé dans les veines du suc cancéreux ; Lebert et Pollin ont obtenu un résultat analogue ; plus récemment, Goujon, Gohn, Quinquaud, et Klenke ont réussi à inoculer le cancer.
On a vu, d'autre part, un cancer se développer dans l'angle de l'œil chez un sujet atteint d'un cancer du dos de la main; il semble bien qu'il y ait eu là une aulo-inoculalion (3); il en est de même des cas dans lesquels un épilhélioma de la joue est survenu à la suite d'un épilhélioma de la langue, de ceux où un cancer de l'estomac a succédé à un cancer de la langue et où une tumeur secondaire s'est développée au siège d'une piqûre après une ponction pratiquée dans la paroi abdominale pour une ascile symptomatique de cancer (4).
Dernièrement enfin, Hahn (5) a pu, en transplantant, chez un carcinomateux, des fragments du tissu morbide dans des parties saines, y amener le développement de nouvelles tumeurs.
Il est possible qu'il ne s'agisse là que des phénomènes analogues à ceux qui se produisent dans les greffes animales; mais on peut les expliquer avec plus de vraisemblance par la présence de parasites.
En résume, le microbe du carcinome n'est pas encore connu, mais si l'on considère que des protozoaires ont été trouvés par Gornil, Malassez et Albarran dans des épithéliomes, et par Thoma (6) dans des carcinomes de l'estomac, du gros intestin et de la mamelle, que des
(1) Baumgarten, Zur Carcinomfrane (Beutsch. med. Woôhenschr., 1SS8).,
(2) Fortes, Carcinom u. Sarkom (Centralbl. f. Bakt. u. Parasiten/c, 1888).
(3) Kaufmann, cité par J.edoux-Lebard, Le cancer mal. parasit. (Arc/t. i/ihi. de med., 18S5). (4; Faits cités par Longuet, Des néoplasmes (Union médicale, 1885).
. (S) Hahu, Ueber Transplantation von carcinomatoser haut. (Berl. /clin. Woc/ienschr. 1880).
(6) Thoma, Ueber cigenartiç/e parasitàrc Organismus bel der Epithelzellen der Carcinome (Fortschr. med,., 18SU).
tumeurs analogues parleur structure ont pu être rapportées en toute certitude par Darier à l'invasionde parasites de la même famille si l'on tient compte enfin des résultats positifs qu"ont donnés les inoculations et de ce fait que le carcinome atteint toujours primitivement des organes en relation directe avec le milieu extérieur, on arrive à conclure que, conformément à la thèse soutenue par M. Besnier et défendue par M. Ledoux-Lebard (1), le carcinome est très vraisemblablement une maladie parasitaire (Voyez chapitre Tumeurs).
17° Agents infectieux de la variole et de la vaccine. — La variole est éminemment contagieuse; elle ne se développe jamais spontanément; les sujets qui en sont atteints sont constamment contaminés par les produits émanés d'un varioleux. La transmission peut se faire par l'air, les vêtements, l'habitation ou l'inoculation.
On trouve, dans les pustules varioliques, des micrococcus qui occupent les cellules altérées et leurs insterslices. Ils ont été décrits surtout par Keber, Zuelzer, Colin, Luginbûhl, Weigert, Cornil et Babès (2) ; Weigert en a constaté la présence dans le foie, la rate, les reins et les ganglions lymphatiques, au centre de foyers miliaires. D'après Klebs, ces parasites se groupent toujours par quatre (micrococcus telragcnus). MM. Cornil et Babès ont reconnu qu'ils s'accumulent surtout au niveau des pustules, dans les petites cavités aréolaires du corps muqueux de Malpighi. On les voit facilement sur les préparations doublement colorées dans lesquelles le tissu est rouge tandis que les microbes ont pris la couleur bleu violet du violet B de mélhyle : ils mesurent environ 3 p. ; leur forme est ronde ; ils sont nombreux à la périphérie •de la pustule; on les trouve aussi au voisinage des papilles, à la base du corps muqueux, dans les cavités ou fentes allongées et sans doute aussi dans les lymphatiques. Bareggi (3) en a particulièrement •constaté la présence en grande quantité dans les boutons âgés de trois à sept jours ; il les a trouvés surtout dans le liquide exlrail des papules ; ils persisteraient pendant des mois et des années dans des croûtes desséchées. Cet auteur a semblé apporter la preuve que ces microcoques sont les agents pathogènes de la variole, car, ayant inoculé la cinquième génération de culture à deux malades dont l'un était atteint d'une cirrhose du foie, l'autre d'une entérite, il les a vus tous deux contracter la variole : cependant, ces faits sont restés isolés,
(1) Ledoux-Lebard, Le cancer, maladie parasitaire (Ai-ck. gén. de médec, 1885).
(2) Zuber, /oc. cit. — Keber, Vh-chow's Archiv. 1868. — Zuelzer, Berlin, med. Woch. 1873. —Luginbûhl, Verhand. der phys. mnd. ùèsèlt. Wurzburg, vol. IV, 1873. — Weigert Anat. Beitr. sut? Lettre von d. Poctcen., 1875. — Cornil et Babès, Sur le siège des microbes dans la variole, etc. (Bull, de la Soc. méd. des hôp. et Union méd., 1883).
(3) Bareggi, Sull'essenza del contagio vajoloso et su altri punti nella cziologia e dell. patoyenesi del vajolo (Gazclta degli ospilali, 1886).
ÉTI0L0GIE.
ils ne semblent pas avoir attiré l'attention, et les bactériologues les plus compétents considèrent encore comme inconnu l'agent infectieux de la variole.
11 en est de môme pour la vaccine. M. Ghauveau a démontré que les parties actives de son virus sont les corpuscules solides qu'il renferme : en effet, il a constaté que la fillration lui enlève ses propriétés. De plus, si on le laisse reposer en couche suffisamment épaisse, on peut reconnaître que les inoculations donnent plus souvent des résultats positifs avec les couches inférieures qu'avec les couches supérieurs du liquide. Si on le dilue, on obtient, par l'inoculation, un nombre de plus en plus faible de résultats positifs, mais les pustules virulentes présentent constamment les mêmes caractères ; si l'infectieux était un ferment soluble, les choses ne se passeraient pas ainsi; les inoculations seraient positives en plus grand nombre, mais leurs effets seraient atténués.
Les travaux récents ont fait voir que les corpuscules vus et décrits par Chauveau sont des microbes.
Straus a constaté, dans les pustules vaccinales du veau, la présence d'un micrococcus spécial; il a pratiqué des coupes sur les pustules excisées du premier au huitième jour, les a colorées par la solution de violet de méthylaniline, puis décolorées par l'action successive de l'alcool absolu et de l'essence de girofle; dans ces conditions, les micrococcus gardent seuls la coloration bleue; on les voit sous forme de points circulaires, identiques les uns aux autres, mesurant à peine 1 [a de diamètre, et réunis en amas; on les trouve, au début, seulement dans la couche de Malpighi, plus tard dans celle couche et dans le derme sous-jacent où ils occupent surtout les fentes lymphatiques. A côté des amas de ces micro-organismes, on en voit qui en parlent sous forme de traînées composées d'une rangée unique de micrococcus alignés très exactement les uns à la file des autres et témoignent ainsi de leur mode de migration et de propagation ; ils sont identiques à ceux de la lymphe vaccinale. Ces préparations hislologiques fournissent la preuve anatomique de la présence d'organismes dans la lésion spécifique] que détermine l'inoculation du cowpox. Sur des plaies simples, on ne trouve jamais rien de semblable (1). MM. Cornil et Babès ont vu les mêmes éléments dans les cavités aréolaires du corps muqueux, au niveau des pustules vaccinales.
Voigt (2) a récemment cultivé les bactéries du vaccin ; il en décrit trois variétés; il reconnaît lui-même que l'une d'elles n'est pas pathogène et qu'une autre ne se développe pas constamment; il reste
(1) Straus, Bull, de la Soc. de biol., 1882. 1,2) Voigt, Deutsche med. Wochensch., 1885.
donc, comme agent spécifique, celle qu'il signale en premier lieu et qui ne paraît pas différer des micrococci vus par Straus; il a trouvé cependant, dans les vieilles cultures, des bâtonnets composés de cocci. Quist (1), dans des cultures qui paraissent avoir été bien faites, n'a trouvé que des micrococci des plus petites dimensions.
Malgré ces résultats, on est encore aujourd'hui à la découverte des agents générateurs de ces maladies. On a cherché dernièrement s'il ne s'agirait par de protozoaires : Pfeiffer (2) et v. d. Lœff (3) assurent avoir trouvé constamment de ces parasites dans les boutons de variole et de vaccine, mais malheureusement leurs descriptions diffèrent et Pfeiffer reconnaît que ceux qu'il a décrits ne peuvent être distingués de cellules dites d'engrais (Mastzellen). La question est donc encore à l'étude.
18° Agents infectieux de la rougeole et de la scarlatine. — Bien que le mode de transmission de ces maladies ne puisse guère actuellement laisser de doute relativement à leur nature microbienne, il faut reconnaître que leur agent infectieux n'a pu jusqu'ici être étudié d'une manière satisfaisante.
M. Babès (4) a trouvé, dans les produits de sécrétion de la rougeole au début et dans les alvéoles pulmonaires des sujets qui ont succombé à cette maladie avec une pneumonie secondaire, des quantités de petits microcoques isolés, groupés deux à deux ou disposés en chaînettes. Il a obtenu, en les cultivant, des chapelets de streptocoques très semblables à ceux du pus. On ne peut actuellement décider s'ils appartiennent en propre à la pyrexie ou si ce ne sont pas plutôt des microbes banals qui ont trouvé dans ces produits de sécrétion un milieu favorable à leur développement.
En ce qui concerne la scarlatine, Klein (5) a décrit un microcoque, Edington (6) un bacille comme l'agent infectieux de cette maladie : le microbe de Klein n'est autre que le staphylococcus pyogenes aureus; le bacille d'Edington se rencontre dans les squames comme ce microcoque, comme les bacilles du foin et des pommes de terre, il n'a aucun rAle dans la genèse de la maladie.
Mme Baskin (1) affirme au contraire qu'un autre microcoque est
(1) Quist, De la culture ai lificielle du vaccin {Gaz hebd., 1884).
(2) PfeilTer, Ein neuer Parasit. der Pocken processus aus der Gattung Sporoz. (Mohatsh. f. prakt. Dermat., 1887).
(3) V. D. Loeff, Ueber Proteiden oder Amôben ber Yariola vcra (Monatsh. f. prakt. der mat., 1887).
(4) Corail et Babès, loc. cit.
(5) Klein, The Etiology of scarlet fever (Proceedings of the Royal society, 1886).
(6) Edington, Journ. medic. Brit., 1887.
(7) Marie Ruskio, Sur l'étiologie do la scarlatine (S° congrès des médecins russes à Saint-Pétersbowg, 1889).
304 ÉTIOLOGIE.
le parasite qui engendre la scarlatine. On le trouve dans le sang et les viscères pendant Jes quatre premiers jours de fièvre, il est constamment inclus dans les1 globules blancs ; c'est un diplococcus dont l'un des éléments est plus gros que l'autre. Il existe constamment dans les squames. Des recherches de contrôle seront nécessaires pour se prononcer sur sa valeur.
19° Agent infectieux de la fièvre jaune. — La fièvre javne est une maladie à la fois infectieuse et contagieuse : endémique dans certains pays situés dans la zone torride, elle éclate sous forme d'épidémies dans les parties chaudes de l'Amérique et sur la côte occidentale de l'Afrique ; elle a été plusieurs fois transportée en Europe par des navires ayant à bord des sujets qui en étaient atteints, mais les petites épidémies ainsi provoquées ont été de courte durée (1); il parait donc certain que l'agent infectieux ne trouve que dans les climats torrides des conditions favorables à son développement (2). On n'a pas encore de données précises sur sa nature. M. Lacerda (3) a rencontré en abondance, chez les sujets morts de la fièvre jaune, un champignon microscopique : on le trouve particulièrement] dans la bile, le foie, les reins, les liquides vomis et le cerveau. Les expériences de culture et d'inoculation n'ont pas encore été faites.
Plus récemment, MM. Garniona (4) et Domingo Freire (o) croient avoir trouvé un microbe de la fièvre jaune ; le premier l'a appelé peronospora lutea, le second cryptococcus xanthogenicus; ils ont également fabriqué un vaccin et pratiqué au Brésil des inoculations préventives. M. Rochard (6) esl convaincu, comme le sont tous ceux qui ont lu leurs descriptions (7), qu'ils ont été victimes d'illusions. M. Babès a signalé dans le foie et dans les reins des micro-organismes qui n'ont pu être retrouvés par d'autres auteurs. Nous dirons donc avec Sternberg (8) : les micro-organismes spécifiques de la fièvre jaune sont encore à trouver.
Il en est de même de ceux de la grippe et de la dengue.
(1) Épidémies de Barcelone et de Saint-Nazaire. Voyez Mélier, Relation de la fièvre jaune, survenue à Saint-Nazaire. Paris, 1863.
(2) PettenkofFer nie que la maladie se transmette par contagion; l'agent infectieux serait adhérent aux objets matériels.
(3) Lacerda, C. ti. de l'Acad. des se.
(4) Carmona y Yalle, Leçons sur Vctiologie et la prophylaxie de la fièvre jaune. Mexico, 188b.
(5) Domingo Freire, Doctrine microbienne de la fièvre jaune, le vaccin de la fièvrj jaune. Rio de Janeiro, 1885.
(ti) Rochard, Du microbe de la fièvre jaune (Acad. de mèd., 1884).
(7) Ledantec, Recherches sur la fièvre jaune, Thèse de Paris, 1886.
(8) Sternberg, Investit/, relal. to theetiology and prophylaxie of yellow few(Ucd. News, 1888).