CINQUIÈME CLASSE. — DES CAUSES PATHOLOGIQUES
Les troubles morbides engendrés par les divers modificateurs que nous venons d'étudier peuvent à leur tour en produire d'autres et ceux-ci peuvent de même exercer une action pathogénique ; on arrive ainsi à distinguer dans les maladies une série d'affections hiérarchiquement subordonnées et susceptibles d'être elles-mêmes influencées dans leur évolution par d'autres causes. C'est ainsi, par exemple, qu'une lésion valvulaire d'origine rhumatismale, après être restée silencieuse pendant de longues années, peut, lorsque le cœur s'affaiblit, soit par le fait de l'âge, soit à la suite de fatigues ou d'une maladie intercurrente, donner lieu à tous les symptômes de l'insuffisance cardiaque; la même lésion peut amener la production d'une embolie qui à son tour sera suivie, si elle occupe les parties motrices de l'axe, d'altérations secondaires de la moelle, des nerfs et aussi des articulations et des muscles.
Ces actions secondaires se produisent surtout par l'intermédiaire des nerfs et des liquides en circulation.
Le rôle du système nerveux dans la propagation ou la généralisation des impressions morbides est loin d'être encore complètement déterminé, bien que, depuis quelques années, des faits nouveaux aient appris à le mieux connaître. On sait qu'une lésion localisée peut être le point de départ de douleurs, de sensations anormales, de phénomènes d'excitation ou de paralysie, et enfin, de troubles vaso-moteurs et trophiques dans d'autres organes. On sait que les lésions du système nerveux lui-même peuvent être suivies d'altérations secondaires des faisceaux intéressés et des parties auxquelles ils se distribuent.
Les lésions de circulation ont le plus souvent pour résultat un obstacle plus ou moins considérable au cours d'un liquide, et par suite l'accumulation de ce liquide en amont de l'obstacle et son écoulement en quantité insuffisante dans les parties situées au delà. Les conséquences varient beaucoup suivant qu'il s'agit de tel ou tel liquide. Les plus importantes sont naturellement celles qu'entraîne un obstacle au cours du sang. L'augmentation de la tension en amont de l'obstacle produit l'hypertrophie de la partie correspondante du cœur; son abaissement au delà a pour effet l'anémie artérielle des parties auxquelles se distribue le vaisseau lésé.
Si l'obstacle est constitué par une particule solide (embolie), il siège d'ordinaire, quand il s'agit d'une artère, dans un vaisseau de Hallopeau, 3e édition. 20
ÉTIOLOGIE.
potil calibre, et produit, si le cours du sang ne peut se rétablir par voie anastomotique, un infarctus suivi de nécrobiose ou de gangrène.
L'oblitération des conduits excréteurs amène la rétention de l'humeur qui doit les traverser et des accidents plus ou moins graves quand il s'agit de produils dont l'accumulation dans l'organisme peut être dangereuse, tels que l'urine ou la bile; d'autres fois, la glande dont le conduit est oblitéré se transforme en kystes (kystes sébacés, kystes du rein).
L'oblitération des voies digestives produit l'accumulation des aliments au-dessus de l'obstacle ; elle est suivie souvent de leur expulsion par vomissements ; elle les empêche de subir les transformations nécessaires à leur assimilation et tuerait les malades par inanition, si le plus ordinairement la mort ne survenait plus rapidement par péritonite, collapsus ou septicémie.
Les liquides de l'organisme et surtout le sang et la lymphe transportent dans toutes les parties les substances nuisibles par lesquelles ils peuvent être infectés. C'est par leur intermédiaire que se généralisent les infections et les intoxications.
Nous avons vu quelle est l'importance de ces toxémies; elles sont souvent produites par une des causes que nous avons énumérées, et l'on peut admettre avec vraisemblance que les accidents provoqués par les microbes sont dus surtout aux substances toxiques qu'ils engendrent.
M. Bouchard (1) a d'autre part mis évidence le rôle que jouent en pathologie les aulo-inloxications.
L'organisme, a-t-il dit, est un laboratoire et un réceptacle de poisons, il en reçoit par les aliments, il en fabrique par sa désassimilalion, il en forme par ses sécrétions ; ils existent normalement dans le sang et sont éliminés avec l'urine. M. Bouchard (2) a constaté l'existence dans ce produit de sept substances toxiques qui viennent du sang. Les, maladies peuvent augmenter la quantité ou le nombre de ces poisons ou en entraver, soit la neutralisation parle foie, soit l'élimination par les émonctoires et particulièrement par les reins, et devenir ainsi la source d'intoxications secondaires.
Les affections des voies digestives peuvent avoir pour résultat
(1) Ch Bouchard, De l'auto-inioxication considérée comme accident deutéropathique dans les maladies fébriles. Leçon d'ouverture du cours de pathologie générale (Union médicale 1886). — Sur les poisons qui existent normalement dans l'organisme et en particulier sur la toxicité urinaire {Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 1886).
(2) Bouchard, Leçons sur les auto-intoxications dans les maladies, Paris, 1? 39. Nou» avons emprunté à ce livre une partie des matériaux qui nous ont servi à la rédaction de cet article.