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ARTICLE II

— DÉGÉNÉRES- CENCES CIREUSE, MUQUEUSE ET AMYI.OÏDE.

Fig. 147. — A, granulations albumiiicuses. — B, dégénérescence graisseuse : la fibre du milieu est normale, la dégénérescence est au début dans la fibre située à gauche et très avancée dans la fibre située à droite. Grossissement: 250 (Péris).

On trouve fréquemment, dans les autopsies, des altérations plus ou moins notables dans l'aspect ou dans la constitution chimique du contenu cellulaire : leur origine, leur nature et leur importance, sont le plus souvent très difficiles à déterminer en raison de l'incertitude de nos connaissances en chimie physiologique.

§ 1. — Tuméfaction trouble.

Nous ne ferons que mentionner ici l'altération connue sous le nom de tuméfaction trouble : les cellules qui en sont le siège présentent un aspect granuleux ; elles ont perdu leur transparence; les granulations fines qu'elles renferment sont de nature protéique; elles sont dissoutes facilement par l'acide acétique; on les considère comme produites par la précipitation des albuminoïdes du protoplasma. Cet état se rencontre dans les maladies les plus différentes; on n'en connaît pas la signification'; il ne peut servir, comme on l'a prétendu, à caractériser l'inflammation.

§ 2. — Dégénérescence cireuse.

La ditQënérescenre cireuse, signalée par Zenker dans es muscles Il Ai.LOPEAii, 3e édition. 27

des typhiques, n'a également qu'une importance très secondaire; ces organes présentent, quand ils en sonL atteints, une coloration d'un gris rougeàtre qui les fait ressembler à de la chair de poisson; leurs éléments ont perdu leur strialion, leur substance est divisée en blocs irréguliers.

Cette altération est toujours consécutive à la mort de l'organe; elle doit donc être considérée comme cadavérique. On l'observa dans la plupart des maladies fébriles de longue durée, dans le tétanos et dans les muscles qui ont été lésés par une violence extérieure.

On peut la produire expérimentalement en provoquant le tétanos d'un muscle, ou en y enrayant pendant vingt-quatre heures les actes nutritifs ; l'expérience peut être faite facilement sur la langue en la liant à la base. Péris pense qu'il se produit, dans ces circonstances, une modification dans la distribution des éléments qui composent les fibres musculaires; les parties connues sous le nom de disdiaclasles se confondent en une masse homogène, bien qu'irrégulièrement fragmentée. Cette altération peut affecter les muscles lisses aussi bien que les muscles striés (Maier-Perls). Nous allons voir que V. Recklinghausen la rattache à la dégénérescence hyaline, alors que nous l'avons déjà mentionnée parmi les altérations que Weigert désigne sous le nom de nécrose de coagulation : il y a là une regrettable confusion.

§ 3. — Dégénérescence muqueuse.

La dégénérescence muqueuse peut affecter le tissu conjonctif, les cartilages, les os et les éléments des tumeurs ; elle s'accompagne le plus souvent de ramollissement; les parties qui en sont atteintes offrent les réactions de la mucine. Il ne faut pas considérer comme une dégénérescence la présence de cette même substance en quantité exagérée dans les éléments des muqueuses enflammées, car elle appartient à leur constitution normale.

§ 4. — Dégénérescence hyaline.

Recklinghausen a décrit sous le nom de dégénérescence hyaline l'envahissement des tissus par une substance qui se rattache au groupe des colloïdes décrit par Laënnec, groupe qui comprend également les substances amyloïde et muqueuse. C'est, d'après cet auteur, un produit albuminoïde qui présente des réactions très analogues à celles des autres corps albumineux et cependant se colore plus fortement parle carmin, le picro-carmin et l'éosine; les acides ont peu d'action

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sur lai ; de plus, quand on traite par une solution d'ammoniaque des parties qui en contiennent, tous les éléments s'éclaircissent, à l'exception de la substance hyaline qui se tuméfie et perd de son éclat; mais on la reconnaît surtout à ses caractères physiques, à l'homogénéité de sa constitution, à l'intensité de son pouvoir réfringent; elle se rapproche de l'amyloïde par ces mêmes propriétés, sa consistance ferme, sa résistance à l'action de l'eau et des solutions ammoniacales et acides; il faut recourir au réactif iodé pour l'en distinguer ; souvent elle se creuse de cavités que remplit un liquide séreux; souvent aussi elle est disposée en travées, analogues à celles que forme la fibrine.

Ses caractères chimiques ne sont pas complètement déterminés ; il est possible qu'elle soit formée par l'union de plusieurs composés. Comme les substances muqueuse et amyloïde, elle provient du protoplasma cellulaire et est insoluble dans les liquides interstitiels; elle se trouble quand on la chauffe, mais non quand on la traite par un acide.

Elle a été décrite (1) sous le nom de substance colloïde; on la trouve dans les kystes du corps thyroïde, dans le tissu de cicatrice, dans les tumeurs de l'œil, dans les tumeurs des muqueuses, et particulièrement dans celles des voies urinaires, des trompes et de l'utérus, dans les inflammations aiguës et chroniques des reins, des glandes sudoripares et des ovaires, dans les tumeurs du tissu conjonctif, des ganglions lymphatiques et du thymus, dans les tubercules et les sarcomes, dans les myxomes du plexus choroïde, les lymphangiomes, et les carcinomes épithéliaux, dans les inflammations diphthériliques et dans les thromboses intra-vasculaires, anévrysmales et cardiaques ; enfin V. Recklinghausen lui rattache également la dégénération cireuse des muscles, et il la signale clans les fibres nerveuses hypertrophiées.

Il semble, au premier abord, qu'il s'agisse là de produits différents, mais V. Recklinghausen reconnaît dans chacun d'eux les caractères de la substance hyaline. Ils se forment tous dans des organes riches en cellules et en protoplasma; ce fait permet d'admettre avec vrai» semblance qu'ils naissent du protoplasma cellulaire; déjà Meckel a émis l'opinion que les cylindres hyalins de la néphrite résultent de la fusion de cellules épithéliales détachées de la paroi; Tourtual a expliqué de même la formation de niasses gélatineuses dans le goitre ; d'autres auteurs cependant les considèrent comme des produits exsudés. Pour ce qui est de la dégénérescence cireuse des muscles, il

(1) Heckel, Ann. des Chariiekrankenhauses, 1853.

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n'est pas douteux qu'elle ne se fasse aux dépens de leur proloplasma. D'une manière générale, la transformation du protoplasma cellulaire en substance hyaline a pour conséquences immédiates la disparition des interstices des cellules et de leurs noyaux et la fusion de ces éléments en une masse homogène.

On ne peut actuellement déterminer exactement en quoi consiste la dégénérescence hyaline ; V. Recklinghausen incline à penser qu'elle est due à une concentration des liquides des tissus et du protoplasma par la diminution de la quantité d'eau qu'ils renferment et en mômie temps à l'issue de masses de protoplasma hors des cellules sous l'influence d'un excès de pression. Des troubles de l'innervation peuvent avoir la même action ; on trouve une quantité de masses hyalines dans la salive de la glande sous-maxillaire dont la sécrétion est provoquée par l'excitation du sympathique.

La résistance de la substance hyaline à l'action des divers modificateurs donne à penser qu'elle ne doit pas disparaître aisément des parties où elle s'est déposée ; elle peut cependant, quand elle est de nouvelle formation, être dissoute par une digestion artificielle; il est possible que, dans certaines circonstances, elle soit éliminée du tissu vivant.

Nous avons vu qu'elle offre les plus grandes analogies avec l'amyloïde; peut-être ces deux substances représentent-elles les âegrés différents d'une même transformation du tissu.

11 faut se garder cependant de confondre, en attachant trop d'importance à des analogies de réaction, des substances de nature différente, et c'est à juste titre que Ziegler reproche à V. Recklinghausen d'avoir englobé simultanément, dans son groupe des substances hyalines, d'une partla fibrine d'apparence homogène que l'on trouve dans les pseudo-membranes diphthéritiques et les coagulations intra-vasculaires, d'autre part les produits de transformation des cellules épithéliales qui appartiennent aux tumeurs kystiques du corps thyroïde et des "landes muqueuses. M. Armanni (1) a décrit sous le nom de dégénérescence hyaline des tubes droits du rein une altération quEhrlicli (2) a démontrée être une infiltration glycogène de leur épithélium • elle siège dans les tubes de Henle et est très fréquente dans le diabète; M. Straus (3) la considère comme caractéristique de cette maladie.

(1) Armanni, cité par Cantani, Le diabète sucré et son traitement diététique, traduit par ^EtoS Ueber d. Vor/commeu von Wycog. im DM. und im norm. OtgarUsmu*

^Ts^JS^^''^ *• hM rei" da"° Te m° v,<m; (Arc"- '"p'""-

norm. et path., 1883).

DÉGÉNÉRESCENCES

£ 5. — Dégénérescence scléreuse.

Celte dégénérescence a été longtemps confondue avec l'inflammalion chronique et c'est dans ces dernières années seulement qu elle en a été séparée. Elle a été étudiée d'abord dans les artères et dans ses rapports avec l'affection rénale que l'on désigne généralement sous le nom de néphrite chronique interstitielle par MM. Lancereaux, Peter (1), Gull et Sulton, Debove et Letulle; elle a fait l'objet de mémoires importants dus à MM. H. Martin (2), Duplaix (3), et Huchard (4 ; Ziegler la rapproche de la dégénérescence hyaline. Elle occupe, le plus souvent, d'après Duplaix, la tunique interne des valvules du cœur et des artères; on l'observe aussi dans le cœur, les rems, les centres nerveux, les poumons, le foie, le corps thyroïde, etc. H. Martin en différencie les lésions scléreuses généralement rapportées a lendarterite. L'étude de cette question devra être reprise, car il y règne encore un certain degré de confusion.

Les parties atteintes de celte dégénérescence présentent un aspect homogène, leur masse est augmentée, elles semblent plus denses; les cellules subissent souvent tôt ou tard la dégénérescence graisseuse et disparaissent; il peut se faire une calcification. Le calibre des vaisseaux étant rétréci par le fait de l'altération scléreuse, le tissu conjonctif des viscères s'atrophie et se rétracte, et il en résulte des troubles fonctionnels plus ou moins graves. Thomas en attribue le développement dans la lunique interne des artères à la diminution de l'élasticité de leur tunique moyenne.

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