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CHAPITRE II j

HYPERTROPHIES

On dit qu'un organe s'hypertrophie quand il présente dans toutes ses parties un accroissement anormal, sans que ses éléments soient dégénérés ou envahis par des substances étrangères à leur composition. L'hypertrophie est toujours la conséquence d'une exagération dans l'activité du mouvement nutritif, avec prédominance de l'assimilation sur la désassimilation. Sa cause la plus habituelle est la suractivité fonctionnelle; les muscles en sont le siège le plus ordinaire; chacun sait que ces organes augmentent de volume sous l'influence d'un exercice exagéré; les hypertrophies professionnelles en fournissent un témoignage frappant ; il en est de même de l'hypertrophie dont le cœur devient le siège lorsqu'un obstacle au cours du sang vient augmenter son travail et de celle que présentent les parois vésicales lorsque l'émission de l'urine se fait avec difficulté; on peut, dans ce cas, observer l'augmentation du volume des éléments ou l'augmentation de leur nombre. Hepp (1) a trouvé aux fibres musculaires du cœur hypertrophié un diamètre quatre fois supérieur à celui des fibres du cœur sain. Dans l'hypertrophie physiologique de l'utérus gravide, on constate que les fibres lisses sont de sept à onze fois plus longues et quatre fois plus larges qu'à l'état normal (Kœlliker).

On peut considérer également comme une hypertrophie vraie l'épaississement que subit l'épidémie dans les points où il subit des frottements ou des pressions réitérées : il semble que, sous l'influence de ces excitations fréquemment renouvelées, la nutrition des cellules s'active ainsi que leur tendance à se multiplier. Le développement plus considérable du cerveau chez la moyenne des sujets cultivés paraît indiquer de même que cet organe peut augmenter de volume sous l'influence d'une grande activité fonctionnelle. Les anlhropologistes ont trouvé que les crânes des Parisiens contemporains présentent, en moyenne, des dimensions supérieures à celles des crânes des Parisiens du moyen âge.

On constate souvent l'augmentation de volume du corps thyroïde, du foie, de la rate et des glandes lymphatiques ; mais le plus souvent

(l)Hepp, Diepath. Verœnd, d. Muskelfaaer, Dissort. Zurich, IS.'xi.

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elle est due, soit à une inflammation chronique, soit à une congestion, soit à l'accumulation d'une substance anormale telle que la graisse et la matière amyloïde, et la véritable hypertrophie des glandes doit être considérée comme rare. On observe cependant parfois l'hypertrophie de la mamelle; nous en avons eu sous les yeux un remarquable exemple chez une jeune femme hystérique.

Dans la maladie décrite par Pierre Marie sous le nom d'acromégalie (i) il se produit, quelquefois dans l'enfance, plus souvent à la puberté ou à l'âge adulte, une hypertrophie des pieds, des mains et du visage avec cyphose : elle porte surtout sur le squelette, mais elle intéresse aussi les parties molles; les lèvres, la langue et la verge sont souvent tuméfiées ; A. Broca y a constaté une hypertrophie considérable des parties spongieuses du squelette (2). A côté de cette maladie, il faut placer Vostéite déformante de Paget, bien étudiée par Pozzi'(3) et Thibierge; l'hypertrophie, dans cette affection, porte particulièrement sur le crâne et la diaphyse des os longs qui s'incurvent. Dans la lêontiatis ossea de Virchow (4), l'hypertrophie est limitée aux os du crâne et s'accompagne de volumineuses hyperostoses.

Il faut aussi, d'après Pierre Marie (o), distinguer de l'acromégalie Yostéo-arthropathie hyper tr opinante pneumonique : les mains y sont également hypertrophiées, mais elles sont en même temps le siège d'une déformation considérable; il y existe une cyphose, mais elle occupe les régions dorsale supérieure et lombaire et n'est pas cervicale et dorsale supérieure comme dans l'acromégalie; à la face, la déformation y occupe le maxillaire supérieur tandis que, dans l'acromégalie, c'est l'inférieur qui est hypertrophié. On pourrait se demander s'il n'y aurait pas là seulement des localisations différentes d'une même maladie; mais ce qui différencie surtout le nouveau syndrome décrit par Pierre Marie, c'est son origine pneumonique; il est toujours, comme la déformation hippocratique des doigts, sous la dépendance d'une affection pulmonaire antérieure et on peut le rapporter avec vraisemblance à une action élective de substances infectieuses d'origine microbienne (P. Marie).

Parfois, il se produit, presque toujours dans la première enfance, une hypertrophie d'une partie du corps : c'est le plus souvent un doigt qui augmente de volume; d'autres fois, c'est tout un membre

(1) Pierre Marie, Sur deux cas d'acromëgalie (axçov, extrémité) {Revue de médecine, 1886). L'acromégalie, étude clinique (Progi'ès médical, 1889).

(2) A. Broca, Un squelette d'acromégalie (Arch. générales de médecine, 1888).

(3) Pozzi, Congrès de chirurgie, 1885. — G. Thibierge, Arch. gén. de médec, 1890.

(4) Virchow, Path. des tumeurs, traduction française par P. Aronssohn. Paris, 1807-1869. (b) Pierre Marie, De l'ostéo-arthropathic hypertrophiante pneumonique. Rev. de médecine, 1890.

Hallopeau, 3e édition. 29

ou une moitié du corps ; l'hypertrophie porte alors sur tous les éléments de la partie atteinLe; les os et les parties molles s'accroissent simultanément; on voit, très exceptionnellement, cet accroissement gigantesque se manifester dans l'adolescence ou à l'âge adulte. Dans certains cas, chez les jeunes sujets, une lésion osseuse, telle qu'une fracture ou une carie, provoque un allongement du membre affecté.

La cause prochaine de ces hypertrophies n'est pas déterminée : lorsqu'elles ont pour siège une moitié de la face ou du corps, on peut invoquer l'influence d'un trouble de l'innervation ; la même interprétation peut être appliquée aux hypertrophies des membres, car on les a vues coïncider avec des troubles de l'innervation sensitive, sécrétoire et circulatoire, tels que des sueurs abondantes, de la salivation, des anesthésies, des hyperesthésies, et une hyperthermie locale. Pierre Marie incline à penser que Facromégalie est liée à un vice de développement.

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