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Tumeurs de substance conjonctive

A Formes typiques. - a. Fibromes. - Les fibromes sont formés de tissu conjonctif fibrillaire ; ils renferment des cellules qui peuvent être allongées et fusiformes ou petites et arrondies ; leur type est, d'après Lancereaux, le tissu cicatriciel; on y trouve des vaisseaux et des nerfs. On en distingue deux variétés, le fibrome dur et le fibrome mou; la structure du premier rappelle celle des tendons; le second présente l'aspect du tissu cellulaire sous-cutané. On divise encore les fibromes en lamellaires ou fasciculés suivant qu'ils sont formés de lames parallèles ou de faisceaux conjonctifs. Ces tumeurs se développent, surtout chez les sujets âgés, dans la peau, les tissus cellulaires sousculané et sous-muqueux, ainsi que dans les tendons, les aponévroses, les nerfs et les ovaires. Ceux des muqueuses peuvent revêtir la forme de polypes. On a souvent rangé, parmi ces tumeurs, des néoplasies inflammatoires ou irrilatives : telles sont, par exemple, la plupart des productions appelées fibromes papillaires.

Les fibromes s'accroissent lentement; ils n'ont aucune tendance à rétrograder. Ils peuvent s'enflammer, subir la dégénérescence graisseuse ou muqueuse, se calcifier et s'ulcérer. Ils sont souvent multiples, mais ils ne se généralisent pas.

b. Myxomes. — Le tissu muqueux ne se rencontre, après la naissance, que dans le cordon ombilical et dans le corps vitré; chez l'embryon, le tissu sous-cutané, qui deviendra plus tard le tissu conjonctif, se présente d'abord sous la forme de tissu muqueux composé de cellules et d'une substance interstitielle gélatiniforme dans laquelle on trouve de la mucine.

PllOCESSUS MORBIDES.

Les myxomes se développent chez l'adulte dans le tissu celluloadipeux; on en a observé dans les centres nerveux et aussi dans les nerfs où leur point de départ est le périnèvre.

Les tumeurs placentaires, connues sous le nom de môles hydatiques, sont formées de tissu muqueux.

Les myxomes, dans leur forme typique, sont composés d'une substance fondamentale, presque homogène, renfermant un petit nombre de fibrilles et de cellules rondes, fusiformes ou étoilées, ce sont les myxomes hyalins (Ci g. 154); ils sont d'ordinaire riches en vaisseauxcapillaires; dans les myxomes télangiectasiques, ces vaisseaux sont lesiège de dilatations. Le plus souvent on trouve, eu môme temps que letissu muqueux, soit du tissu conjonctif embryonnaire, soit du tissu, graisseux ou cartilagineux; la tumeur est mixte et prend, suivant les

cas, le nom de myxomes :

sarcomateux, fibreux, cartilagineux ou Upomateux.

Les myxomes, comme les fibromes, peuvent s'enflammer et s'ulcérer; ils:

peuvent même se gangrener (Corail et Ranvier); plus :

souvent ils se creusent de ; cavités et constituent alors:

des myxomes kystiques. On les a vus se généraliser, mais :

c'est un fait exceptionnel.

c. Endothé Homes. — Nous croyons devoir, avec Lancereaux, distinguer ces tumeurs des sarcomes parmi lesquels on les range fréquem- ■ ment; leur structure en effet n'est pas embryonnaire ; elles sont constituées par la prolifération d'éléments conjonctifs arrivés à leur plein développement. Elles se développent souvent aux dépens de l'endothélium qui tapisse la dure-mère. Leurs éléments offrent beaucoup d'analogie avec les cellules épithéliales, et l'on ne peut être surpris ■ que Ch. Robin les ait décrites sous le nom à'êpithéliomes ; il en a vu se développer aux dépens du péritoine; Lancereaux pense qu'elles • peuvent se rencontrer partout où existent des cellules endotbéliales et il est porté à croire que bien souvent elles ont été décrites sous le. nom de sarcomes fuso-cellulaires.

Elles sont composées de grandes cellules plates, souvent allongées et pourvues d'un ou deux noyaux (fig. 155). Elles se disposent assez fréquemment en globes concentriques au milieu desquels on trouve un grain calcaire (d'où le nom de psammomes que leur a assigné

Fig. 154. — Myxome hyalin développé dans le tissu conjonctif sous-cutané des environs de l'angle de la mâchoire inférieure. Grossissement : 300.

Virchow). Gornil et Ranvier attribuent la formation de ces globes calcifiés à un bourgeonnement des tuniques vasculaires et désignent les tumeurs sous le nom de sarcomes angiolitiques. Un fait d'Eppinger montre qu'elles peuvent se généraliser (1).

d. Cholestéatomes. — Décrites sous ce nom par J. Mûller, et sous celui de tumeurs perlées par J. Gruveilbier (2), elles se rencontrent surtout à la base du cerveau, dans l'épaisseur de la pie-mère : elles peuvent atteindre un diamètre de plusieurs centimètres; elles sem-

Fig. 155. — Endothéliome de la dure-mère. Disposition alvéolaire. Grossissement : 250.

blenl formées par l'union de plusieurs nodosités; sur une coupe, leur surface parait brillante, et on y distingue des couches concentriques; l'examen histologique montre qu'elles sont formées de cellules plates; elles ont été classées parmi les tumeurs épitbéliales, mais il est plus probable, en raison de la région où elles se développent et de leur structure, qu'elles sont de nature endotbéliale.

e. Gliomes. —Les gliomes sont formés d'un tissu réticulé analogue à celui de la névroglie et renferment comme elle de nombreux noyaux arrondis ou ovalaires; ils contiendraient aussi, d'après Klebs (3), Heller (4) et Renaut (5), des éléments nerveux, si bien qu'ils mérite-

(1) Eppinger, Prager Vierteljahrs., 187a.

(2) Cruveilhier, Traité d'analomie pathologique.

(3) Klcbs, Vierteljahrs. f. pralct. Heilk., 125 Bd.

(4) Heller, Tage Bl. d. Naturforsch. Freiburg.

(5) Renaut, Gas. méd., 1883.

Hallopeau, 3e édition, 30

raient le nom de neuroyliomes. M. Bard (1) admet l'origine nerveuse de leurs cellules fondamentales. Ziegler (2) conteste qu'il en soit ainsi dans la généralité des cas; d'après lui, Ton trouve dans les centres nerveux des tumeurs qui sont dues à une prolifération de la névroglie, sans participation active des éléments nerveux, et auxquelles il faut conserver la dénomination de gliomes. Nous étudierons plus loin les neurogliomes (V. Tumeurs nerveuses). Les gliomes se développent dans le cerveau, la moelle, la rétine et les nerfs optiques ou acoustiques ; il faut leur assimiler, d'après Birch-Hirschfeld (3), certaines tumeurs des capsules surrénales. Le gliome est de nature bénigne, ce qui ne l'empêche pas de donner lieu, par la compression qu'il exerce sur les centres nerveux, aux plus redoutables accidents.

/. Lipomes. — Les lipomes présentent une structure tout à fait comparable à celle du tissu graisseux; ils se développent surtout dans le tissu cellulaire sous-cutané, quelquefois au-dessous des membranes muqueuses ou séreuses; ils peuvent acquérir des dimensions considérables. Leur accroissement n'est aucunement en rapport avec l'état général de la nutrition ; un individu peut maigrir en même temps que son lipome grossit. Ces tumeurs sont souvent multiples, mais elles ne se généralisent pas et récidivent rarement.

B et C. Formes prototypiques et mixtes. — Sarcomes. — Ces tumeurs, pour Cornil et Ranvier, sont constituées « par du tissu embryonnaire pur ou subissant une des premières modifications qu'il présente pour devenir un tissu adulte » ; elles sont, dans le premier cas atypiques ou plutôt prototypiques, dans le second métatypiques; il n'est pas rare de voir les éléments embryonnaires coexister avec des éléments complètement différenciés; il s'agit alors de tumeurs mixtes. Lancereaux les appelle fibromes embryonnaires. On en distingue plusieurs variétés, qui diffèrent par la forme et le mode de disposition de leurs cellules.

Le sarcome g lob o- cellulaire est composé de cellules rondes et peu volumineuses que sépare une substance amorphe ou vaguement fibrillaire; quelquefois des cellules fusiformes groupées en faisceaux s'interposent entre les cellules rondes et donnent au tissu une apparence alvéolaire; celte variété se développe souvent dans les os.

Dans le sarcome dit fuso-cellulaire (sarcome fasciculé de Cornil et Ranvier), les éléments allongés et pourvus de noyaux ovalaires se terminent par des prolongements déliés (fig. 156); ils se groupent le plus souvent en faisceaux que sépare une substance amorphe peu

(1) Bard, Des tumeurs du type nerveux (Arch. de physiol,, 18S">). ("') Zie.gler, Lehrb. d. Path. Anat., 1883.

(3) Cité par Samuel, Handbuch der allqemeinnn Pathologie. Stuttgart, 1880.

abondante (fig. 137); ces tumeurs renferment des vaisseaux à parois embryonnaires; on en distingue deux sous-variétes suivant le volume des cellules.

Dans le sarcome alvéolaire, les interstices qui séparent les faisceaux de cellules fusiformes sont remplis par des amas de cellules arrondies et la tumeur présente alors un aspect Lrès analogue à celui du carci-

Fig. 156. — Cellules fusiformes d'un sarcome.

nome; mais un examen attentif montre que les alvéoles, au lieu d'être vides comme ceux du carcinome quand on en a éloigné les cellules, sont cloisonnés par un fin réseau fibrillaire (fig. 158).

Le sarcome giganto-cellulaire de Virchow est caractérisé par la présence de grandes cellules à noyaux multiples (fig. 159). Il est de ces éléments qui contiennent des vacuoles dans l'intérieur desquelles on trouve des globules rouges et ressemblent ainsi aux cellules vasoformatives de Ranvier (1).

(I) Perrin, Delà mrcomatose cutanée. Paris, 1888.

PROCESSUS MORUIDES.

Le sarcome pigmentaire a été décril par Kaposi (1); il est coloré par l'hémoglobine provenant de sang extravasé; on l'observe dans la

Fig. 157. — Sarcome fuso-cellulaire à grandes cellules (d'après Virchow).

Fig. 158. — Sarcome alvéolaire. Grossissement : 250 (Collect. de Giessen).

Fig. 159. — Sarcome à grandes cellules Des cellules fusiformes de grandeur co lossale placées parallèlement sont entre, mêlées de cellules globuleuses. Grossissement : 300.

peau; il débute par les extrémités. Pringle (2) en a rapporté deux faits dans lesquels la tumeur renfermait des bacilles : on est ainsi

(1) Kaposi, Haulkrankheiten, 1888.

(2) Pringle, Congrès international de dermatol. et de syphiliy., 1889.

TUMEURS. 469 conduit à considérer comme vraisemblable sa nature parasitaire, d'autant plus qu'il présente en faveur de cette hypothèse un caractère important, nous voulons dire la possibilité de subir une évolution rétrograde et de s'effacer.

Dans les sarcomes mélaniques, les cellules sont infiltrées de pigment qui ne provient pas de la transformation d'hémoglobine extravasée : ils peuvent avoir pour point de départ la choroïde où les cellules pigmentaires de la peau.

Le sarcome se combine souvent avec diverses formes de néoplasies conjonclives pour former des tumeurs mixtes que l'on désigne sous les noms de fibro-sarcomes, myxo-sar cornes, glio-sar cornes, sarcomes lipomateux, chondro-sarcomes, ostéo-sar cornes, angio-sar cornes, lympho-sarcomes, mélanosarcomes.

Ces sarcomes se développent aux dépens des diverses variétés de tissu conjonclif; leur structure est dans une certaine mesure en rapport avec leur origine : c'est ainsi que les sarcomes du périoste sont ordinairement fuso-cellulaires et ceux des os globo-cellulaires ou riches en cellules géantes; les sarcomes mélaniques proviennent le plus ordinairement de la choroïde et de la pie-mère.

Ces tumeurs peuvent subir la dégénérescence muqueuse (sarcomes muqueux), graisseuse, ou calcaire; il peut s'y former des kystes sanguins (1).

Certaines variétés de sarcomes sont bénignes, d'autres malignes; les premières restent isolées et ne récidivent que sur place; les secondes ont la même puissance de généralisation que le cancer; parmi celles-ci, il faut ranger surtout les sarcomes à petites cellules et les mélano-sarcomes : « Un sarcome est d'autant plus grave, disent Cornil et Ranvier, que son organisation est moins élevée. »

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