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TROISIÈME PARTIE

Les processus morbides donnent lieu à des troubles fonctionnels de nature diverse qui peuvent se produire : 1° dans l'organe affecté ; 2° dans d'autres organes reliés au premier par des connexions physiologiques ; 3° dans tout l'organisme. Subordonnés à la lésion, ils naissent, se développent et disparaissent avec elle.

On voit assez fréquemment survenir des troubles fonctionnels sans altération appréciable des parties, mais il n'en faut pas conclure qu'ils ne soient liés à aucune lésion ; tout démontre, en effet, que le fonctionnement de nos organes est en relations étroites avec leur constitution matérielle et ne peut varier qu'avec elle ; c'est une loi physiologique. Si, dans des cas qui sont loin d'être rares, on ne peut arriver à découvrir la lésion, il faut en accuser l'insuffisance de nos moyens d'investigation et se garder de conclure qu'elle n'existe pas.

Nous avons vu que les symptômes constituent avec les processus morbides (lésions en évolution) les éléments des maladies. Nous les étudierons dans les différentes appareils (1).

j CHAPITRE PREMIER

Nous aurons à considérer: 1° l 'accélération des contractions du cœur; 2° leur ralentissement ; 3° leur irrégularité, leur inégalité et leur intermittence; 4° l'accroissement de leur énergie (palpitations); 5° les troubles que peut présenter la circulation du sang dans les cavités ; 6° l'affaiblissement des contractions cardiaques (asystolie); 7° la lipothymie et la syncope.

(1) Il ne faut pas confondre avec les symptômes les phénomènes physiques que l'on utilise pour le diagnostic sans qu'ils aient aucune importance dans l'histoire de la maladie; tels sont les bruits perçus par l'auscultation du cœur et du poumon : un bruit de souffle est un signe dont la valeur est souvent considérable, ce n'est pas un symptôme, car c'est une conséquence purement physique de la lésion, sans aucune signification pour le fonctionnement de l'organe ; l'étude de ces phénomènes n'appartient pas à la pathologie générale ; elle se rattache à la séméiotique.

THOUBLES FONCTIONNELS (SYMPTOMES).

ARTICLE ter. AGCÉtlÎRATION DBS IîATTEMENTS DU CŒUR (tachycardie).

On peut attribuer théoriquement ce trouble fonctionnel • 1° à l'exci tat.on d.recte ou réflexe des ganglions automoteurs et à celle des nerfs accélérateurs ou de leur origine spinale ; 2" à la paralysie des nerfs modérateurs.

La fréquence des contractions cardiaques est susceptible de varier sous des influences purement physiologiques ; on sait que l'exercice musculaire l'augmente dans des proportions souvent considérables • elle s'accroît de même momentanément sous l'influence des émotions' de la digestion, etc.

Parmi les causes qui l'accroissent à l'état pathologique, il faut signaler, en premier lieu, l'augmentation de la température organique ; le rapport qui unit les deux phénomènes est assez constant pour que l'on ait pris, jusqu'à ces derniers temps, la fréquence du pouls comme mesure de la fièvre ; il faut reconnaître cependant que la mesure n'est pas bonne, non seulement parce que dans certaines maladies, telles que les méningites, l'excitation des nerfs vagues empêche les contractions cardiaques de s'accélérer malgré la fièvre, mais aussi parce qu'il en est d'autres, telles que la fièvre typhoïde, où l'on peut observer de l'hyperpyrexie avec une fréquence médiocre du pouls et, au contraire, une accélération considérable des contractions cardiaques avec une chaleur relativement peu élevée. M. Marey, se basant sur les lois de la mécanique et sur les faits observés dans les tuyaux en caoutchouc, avait annoncé que le cœur bat d'autant plus vile qu'il se vide plus facilement et il en avait conclu que l'abaissement de la tension artérielle augmente la fréquence des contractions cardiaques, comme son élévation la diminue (l). Vulpian (2) a montré au contraire que, chez l'animal vivant, le phénomène inverse se produit par le fait des relations nerveuses qui existent entre le cœur et les vaisseaux. Si donc l'on voit les contractions du cœur devenir plus fréquentes à la suite des hémorrhagies et dans l'anémie, ce n'est pas à cause de l'abaissement de la tension, mais bien plutôt, sans doute, par suite de l'action excitante qu'exerce l'altération du sang sur les ganglions automoteurs ou les nerfs accélérateurs.

Les affections cardiaques et surtout l'insuffisance mitrale provoquent fréquemment une accélération du pouls. On ne sait pas exactement par quel mécanisme elle se produit dans ces circonstances : on ne peut l'expliquer par l'asphyxie, car on l'observe dans des cas

(1) Marey, Physiol. de la circulation du sang. Paris, 1863.

(2) Vulpian, Leçons sur l'appareil vaso-moteur. Paris, 1875.

FONCTIONS DE L'âPPAREIL DE LÀ CIRCULATION. 491

où l'hématose se fait régulièrement; il est probable qu'il faut en chercher la cause dans la modification des impressions que le sang circulant dans les cavités cardiaques exerce sur les nerfs centripètes de leurs parois et la perturbation des réflexes auxquels donnent lieu normalement ces impressions.

Dans l'hystérie, le cœur bat souvent plus vile qu'à l'état normal; ses contractions s'accélèrent plus facilement que chez les sujels sains sous des influences accidentelles.

M. Bouveret (1) a décrit récemment une tachycardie essentielle paroxystique : elle procède par accès pendant lesquels le nombre des battements s'élève jusqu'à 200 par minute; ils entraînent en se prolongeant des troubles de la circulation et de la respiration; le cœur reprend dans leurs intervalles son rhylhme normal. M. Bouveret localise avec raison c ette névrose dans cette partie des centres et des rameaux pneumo-gastriques qui constitue l'appareil modérateur de l'aclivité du cœur; seule, leur paralysie peutimpliquer une pareille accélération des contractions cardiaques. La même cause intervient dans les faits de tachycardie accompagnée de troubles respiratoires et gastriques qu'ont signalé MM. Riegel et Rosenbach (2), et dont le point de départ paraît être une excitation de la muqueuse gastrique, ainsi que dans certains cas de paralysie labio-glosso-laryngée, dans la compression du nerf pneumo-gastrique et dans la maladie de Basedow.

L'augmentation de fréquence des contractions cardiaques ne paraît entraîner par elle-même aucune conséquence fâcheuse; il est même certain que son rôle est le plus souvent ulile; dans la fièvre, par exemple, et dans l'exercice forcé, on conçoit que l'activité plus grande des combustions entraine une activité plus grande de la circulation. Cependant les accès de tachycardie quand ils se prolongent entraînent des troubles graves de la respiration et de la circulation, et peuvent amener la mort. D'autre part, le symptôme a parfois une significalion pronostique défavorable ; il en est ainsi par exemple dans la fièvre typhoïde où il indique un état grave, alors même que la température n'est pas hyperpyrétiqne ; il en est de même chez les jeunes enfants.

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