ARTICLE II. — RALENTISSEMENT DES CONTRACTIONS CARDIAQUES
L'expérimentation physiologique possède dans l'excitalion du nerf vague un moyen sûr de provoquer ce trouble fonctionnel; la même cause intervient, à l'état pathologique, dans les cas où ce nerf se
(1) Bouveret, De la tachycardie essentielle symptomatique (Bévue de médecine, 1889).
(2) Rosenbach, Deutsch. med. Wochenschr., 1889.
trouve comprimé par un néoplasme, soit dans son trajet à travers s le cou et le médiaslin, soit dans son trajet intra-crânien ; la lésion des origines du nerf dans le bulbe, et son excitation réflexe par les altérations de parties non déterminées de l'encéphale ont la même action (pouls lent de la méningite, pouls cérébral). On a vu plusieurs fois des traumatismes intéressant les vertèbres cervicales ou le Irou occipilal donner lieu à ce phénomène. Traube a expliqué également par l'excitation du pneumo-gastrique le ralentissement des contractions cardiaques que provoque la digitale; mais cette explication n'est pas généralement acceptée, car on a vu l'action de ce médicament persister après la section du nerf vague ; Vulpian admet qu'elle s'exerce sur le muscle cardiaque.
Il n'est pas rare de voir, en clinique, se produire le ralentissement du pouls, alors que l'on n'a aucune raison de supposer une lésion du pneumo-gastrique; ce phénomène se produit quelquefois dans laj convalescence ; on l'observe de même, après la défervescence, dans i la pneumonie et l'érysipèle. Blot l'a constaté dans l'état puerpéral; chez environ le quart des femmes en couche, le chiffre des pulsations tombe passagèrement à 40 par minute (Blot). Le ralentissement dm pouls est constant dans l'ictère; on a reconnu que, chez les animaux,, l'injection dans le sang des sels biliaires suffit aie produire : ici en-icore il ne faut pas invoquer une action sur le pneumo-gastrique, carn le phénomène se produit alors même que l'on a pratiqué la seclion de ce nerf. Outre la digitale, la pilocarpine, l'aconit, la nicotine el aussi les composés cyaniques produisent le ralentissement des con tractions du cœur.
Ce symptôme a été également signalé dans la cyanose, dans la myocardite et dans la dégénérescence graisseuse du cœur; Corail ent a communiqué à la Société de biologie une observation démonslra-^ tive. Les mélancoliques ont parfois le pouls Irès lent.
Le chiffre des pulsations tombe à 40, à 30, et jusqu'à 10 par minute.
Le ralentissement du pouls, quand il est permanent, semble pouvoir entraîner des conséquences très graves. Il n'est pas rare de le <| voir coïncider avec des troubles importants de l'innervation cérébrale, et particulièrement avec des accès épileptiformes, avec des i vertiges, des absences, des attaques syncopales et souvent aussi des j accès de dyspnée; le pouls s'arrête parfois complètement dans ces crises (1). Le nombre des mouvements respiratoires est fréquemment augmenté. En pareil cas, il existe, d'après M. R. Tripier (2), une déviation du rhythme cardiaque, consistant, soit dans un rhylhme cou-
(1) Charcot, Leçons sur les mal. du syst. nerveux. — Longuet, Z7htoit médicale, 1884.
(2) R. Tripier, Déviation du rhythme cardiaque {Rev. de méd., 1884).
Iplé avec ou sans bigémination de pouls, soit dans une arhythmie irré- I gulière, soit dans la succession ou l'alternance de ces deux espèces (de troubles. Les contractions cardiaques peuvent n'être pas perçues à lia radiale; c'est alors surtout que la lenteur du pouls devient exces- Isive. On s'explique bien ces accidents par l'insuffisance que doit présenter en pareil cas l'irrigation bulbaire; mais on peut se demander, I d'autre part, si le ralentissement du pouls n'est pas lui-même la I conséquence d'une lésion bulbaire qui produirai! en même temps Iles accès convulsifs; il est probable que les deux hypothèses peuvent I se réaliser. Chez une de nos malades de l'hôpital Tenon, nous avons trouvé une compression du pneumo-gastrique qui nous a paru expliquer d'une manière suffisante l'ensemble des accidents (1).
Le ralentissement du pouls a, dans ces circonstances, une signification fâcheuse, il indique un trouble persistant dans les fonctions du bulbe; il en est de même quand il se produit dans une affection fébrile accompagnée de phénomènes cérébraux, car il est alors l'indice à peu près certain d'une altération des méninges.
ARTICLE III. — INTERMITTENCE, IRRÉGULARITÉ ET INÉGALITÉ DES CONTRACTIONS CARDIAQUES.
Dans V intermittence cardiaque, bien décrite par Lasègue (2), il se produit une pause après une série de battements réguliers; la contraction qui la suit est ordinairement plus énergique ; elle coïncide aussi souvent avec des bâillements et du malaise gastrique, à tel point qu'on peut se demander si le symptôme n'a pas pour point de départ un désordre dans les fonctions de l'estomac.
Les contractions inégales sont celles qui n'ont pas toutes la même énergie: elles présentent souvent une irrégularité caractérisée par leur succession à intervalles différents ; le désordre peut se produire sous les formes les plus diverses; assez souvent, une contraction forte est suivie presque immédiatement d'une contraction faible ; l'irrégularité est quelquefois assez considérable pour qu'on puisse dire, avec Bouillaud, qu'il y a folie du cœur.
L'irrégularité est ordinairement provoquée par une lésion cardiaque ; c'est dans l'insuffisance milrale qu'on l'observe le plus souvent; on i l'a signalée également dans l'endocardite. Elle peut être, comme l'intermittence simple, sous la dépendance d'une affection gastrointestinale; on l'observe parfois chez des sujets névropathes; elle constitue, comme le ralentissement du pouls qu'elle précède d'habi-
(1) L'observation a été publiée par M. Slackler, dans la Bévue de 7nédecine, 1881.
(2) Lasègue, Archives de médecine, 1872.
tude, un des symptômes des affections cérébrales et surtout de Ia méningite; elle a enfin été signalée dans la dernière période des fiévres adynamiques.
Elle s'accompagne ordinairement d'insuffisance dans l'intensité des contractions et constitue un des éléments de l'asystolie.
Nous avons vu que, d'après M. R. Tripier, dont les observations paraissent démonstratives, les déviations de rbytbme cardiaque coïncident avec le ralentissement persistant du pouls et des attaques épileptiformes.