ARTICLE IV. — PALPITATIONS
Chacun connaît les sensations particulières et pénibles que produisent les contractions cardiaques quand leur intensité s'exagèitè sous l'influence d'un exercice violent; ce sont les palpitations; elles peuvent être perçues avec les mêmes caractères sans que l'énergie cardiaque soit accrue, car certains individus les ressentent alors que les battements du cœur ne sont pas perceptibles par la palpation.
Elles surviennent assez souvent en l'absence de toute provocation apparente ou sous l'influence de causes qui, chez l'individu sain, sont insuffisantes à les produire ; elles constituent alors un phénomène pathologique ; les battements sont parfois assez forts pour être visibles à travers les vêtements; ils sont en outre d'ordinaire accélérés; on peut cependant observer des palpitations avec des contractions lentes dont l'énergie paraît compenser le peu de fréquence.
A la sensation pénible que provoquent les battements s'ajoulenl assez fréquemment un malaise précordial qui donne lieu à une véritable angoisse, quelquefois de la dyspnée et une constriction pénible à la gorge.
Ces palpitations reviennent par accès dont la durée est essentiellement variable, tantôt sous l'influence d'une émotion ou d'une fatigue passagère, tantôt sans cause occasionnelle appréciable.
Elles paraissent dues le plus souvent à une excitation directe ou réflexe des ganglions auto-moteurs ou des nerfs accélérateurs.
Dans d'autres circonstances, les excitations sont normales, mais les organes de l'innervation cardio-motrice deviennent anormalement excitables et réagissent avec une intensité exagérée.
On a admis des palpitations dites paralytiques, qui seraient dues à la prédominance d'action des nerfs accélérateurs par suite de la paralysie des modérateurs : rien ne prouve que les choses se passent jamais ainsi.
Au point de vue pathogénique, on peut distinguer des palpitations organopalhiques, toxiques, dyscrasiques, réflexes et névropathiques.
Les palpitations organopathiques sont provoquées le plus souvent par une maladie du cœur; elles sont plus fréquentes dans l'insuffisance mitrale que dans les autres affections cardiaques. Elles ne sont pas en relation directe avec l'hypertrophie, car on ne les observe pas d'ordinaire dans l'insuffisance aortique, malgré l'augmentation de volume énorme que présente souvent le cœur dans cette affection.
Les lésions de voisinage, et surtout les épanchements pleuraux et les tumeurs abdominales, qui ont pour effet de déplacer le cœur ou de gêner ses mouvements, s'accompagnent assez fréquemment de palpitations.
Parmi les substances toxiques qui donnent lieu à ce symptôme, il faut citer en première ligne le tbé et le café; viennent ensuite les boissons alcooliques et l'opium. Il est peu de personnes qui puissent prendre tous les jours trois tasses de thé ou de café sans éprouver ces accidents.
Le tabac a les mêmes effets, et Slokes rapporte que les collégiens et les soldats se donnent à volonté des palpitations en avalant une certaine quantité de cette substance. Ce même auteur accuse le sulfate de quinine de provoquer également ce trouble fonctionnel ; nous devons dire que nous n'avons jamais rien observé de semblable, bien que nous prescrivions fréquemment ce médicament à doses élevées.
On sait que le sang devient, quand il ne renferme pas la proportion normale d'oxygène, un excitant pour le système nerveux ; on peut s'expliquer ainsi la fréquence des palpitations dans toutes les anémies, et particulièrement clans la chlorose (palpitations dyscrasiques).
On mentionne généralement la pléthore parmi les causes de palpitations; faut-il appeler ainsi la surcharge de substances assimilables que subit le sang après un repas trop copieux'.' Nous devons encore mentionner, parmi les palpitations dyscrasiques, celles qui sont liées à la goutte; elles sont au nombre des troubles fonctionnels qui précèdent et annoncent l'explosion d'un accès, se produisent surtout la nuit et cessent au moment oh les douleurs se font sentir.
Bouillaud a également décrit des palpitations dans le rhumatisme; mais elles nous paraissent être alors constamment sous la dépendance d'une complication organique.
Les palpitations réflexes sont au nombre des plus fréquentes; on les observe surtout dans différentes maladies de l'estomac et du foie; M. Raiié ! es a étudiées sous le nom de palpitations gastro-hépatiques. Chez les dyspeptiques, elles se produisent après chaque repas, pendant les premières heures de la digestion; les excitations transmises par les filets stomacaux du pneumogastrique peuvent en rendre compte; l'action mécanique de l'estomac distendu parles aliments peut aussi contribuer aies provoquer.
On a encore signalé la présence de vers dans l'intestin parmi les causes qui les produisent.
C'est Stokes qui a fait connaître les palpitations d'origine hépatique : la mise en lumière par M. Potain de l'influence perturbatrice qu'exercent les lésions hépatiques sur les fonctions cardiaques par l'intermédiaire des vaso-moteurs du poumon excités à distance est venue confirmer l'observation du clinicien anglais.
Les affections utérines semblent pouvoir également provoquer des palpitations réflexes.
Les palpitations névropathiques s'observent dans l'hystérie, lachorée, le goitre exophthalmique, l'hypochondrie et aussi chez les adolescents et chez les individus fatigués par les excès de plaisirs ou de travail.
Les palpitations constituent par elles-mêmes un symptôme pénible qui peut conduire à l'hypochondrie.