PONDÉRATION DU CORPS HUMAIN. I
ù Von veut pousser plus loin ces recher- ! :hes.
, Mais en indiquant la direction que le peinp re doit donner à cette étude, nous avons empli notre but ; de plus longs détails sur :e sujet seraient déplacés ici, et nous indiquerons seulement à ceux qui seraient curieux de les connaître les ouvrages où ils pourront les trouver. On pourra donc consulter Aristote, de Motu animalium ; Borelli, de Motu animalium , et M. Cuvier, qui a traité le même sujet dans le premier volume de ses Leçons d'anatomie comparée , contenant les organes du mouvement.
SECTION IV
Résumé des notions précédentes.
Si par l’énumération des connaissances qu’il est indispensable d’acquérir pour devenir un peintre babile , on avait découragé le jeune artiste près de s’élancer dans la carrière, on n’aurait point atteint le but que l’on s’est proposé dans ce traité. En faisant considérer la forme soumise tour à
l46 DES FORMES.
tour et nécessairement au contour , au ma* deléy au coloris y aux proportions et au rnéca-j nisme , ainsi qu’à la pondération de toutes les parties qui composent le corps humain mis en mouvement , on a voulu fixer l’attention sur ce que l’on peut apprendre de certain touchant l’homme , afin que de ce point fixe on pût pénétrer plus avant dans ce que son organisation même physique a encore i d’incertain pour nous.
L’analyse est le seul moyen de connaître toutes les parties d’un ensemble très-com- [ pliqué, et d’arriver à la synthèse qui nous fait redescendre du principe aux conséquences, des causes aux effets, enfin de l’ensemble aux parties. Or la synthèse devant être l’opération principale de l’esprit du peintre quand il compose et exécute un ouvrage, nous avons été obligé de considérer les formes du corps humain, d’abord et successivement , sous l’influence du contour, de Y optique , du modelé, des proportions, du geste , et des lois de la mécanique et de la gravitation.
Après avoir étudié séparément tous les accidens auxquels les formes et les parties
11ÉSUMÉ DE9 NOTIONS PRÉCÉDENTES. l47 du corps humain sont assujéties, on doit employer toute la force d’attention dont la vue et le raisonnement sont susceptibles, pour saisir la connexion et les rapports nécessaires que tous ces accidens ont entre eux , quand l’homme ou l’animal exerce le mouvement le plus simple. Ainsi le jeune peintre dont les études préliminaires auront été bien dirigées, jugera, à la première inspection d’un objet qu’il veut copier :
i° S’il doit s’éloigner ou se rapprocher du modèle pour le comprendre en entier dans le cercle de vision, et à quelle hauteur passe la ligne d’horizon par rapport à l’ensemble du modèle;
2° De la direction des lignes principales que forment les contours du corps et des membres;
3° De la direction des membres qui saillent ou reculent , par l’effet de la dispensation de la lumière sur les parties plus ou moins inclinées par rapport aux rayons lumineux;
4° Du centre de gravité par la position et les efforts du membre qui le supporte et par la position des autres parties formant contrepoids l’une à l’autre;
DES FORMES
5° Des proportions qui caractérisent les j formes de l’individu que l’on a devant les yeux ;
6° Et enfin du geste qui indique l’action que le modèle fait, a fait, fera ou veut faire.
De cet ensemble de remarques si Ion- ; gués à écrire et qui, dans l’œil et l’esprit d’un peintre exercé, passent rapides comme l’éclair, il résulte pour celui qui les a faites, un sentiment intime de la vie et un besoin d’en tracer l’apparence, comme pour se convaincre qu’il en est plein lui-même, qu’il la saisit, qu’il la comprend et qu’il a la faculté de la reproduire.
On dit souvent en parlant d’un ouvrage peint : Il est fait avec amour. Mais il faut être peintre pour comprendre tout ce qu’il y a de vrai et de profond dans cette locution s devenue si banale. Avec du temps, de la patience et une intelligence médiocre, on parvient à saisir une à une toutes les combinaisons des lignes, des formes et des couleurs sur un corps organisé; mais pour faire de tout cela un être vivant, un homme enfin, il faut l’être soi-même et avoir au fond du
RÉSUMÉ DES NOTIONS PRÉCÉDENTES. l49 cœur ce feu , cet amour qui vivifie tout , qui pénètre partout, et qui enfin donne la faculté de produire.
C’est ordinairement quand un élève commence à mettre en ordre toutes les études partielles qu’il a été obligé dé faire ; c’est quand il voit poindre la vie en quelque sorte du milieu du chaos et de la mort , que son cœur bat tout-à-coup avec violence, et que d’écolier qu’il était il se sent déjà artiste. L’habitude d’un travail opiniâtre lui a déjà rendu familières les opérations de l’œil et de l’esprit les plus difficiles; il dessine, il peint comme on lit; non sans peine, mais sans y faire attention. Le sujet qu’il veut rendre est désormais le point principal où se dirigent tous ses efforts , bien que les difficultés qu’il se propose de surmonter soient beaucoup plus grandes que toutes celles qu’il a abordées jusque là. Ce n’est plus un personnage seul, et dans un mouvement simple,qu'il veut rendre ; maintenant il groupe des figures dont l’intention et les mouvemens , modifiés d’après l’âge, le sexe, le caractère et le sujet , tendent cependant à un seul but ; enfin il compose.
l5o DR LA COMPOSITION.